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    Retour sur 40 ans de relations entre sciences humaines et informatique

    Publié dans Digital Humanities par Marin Dacos le 1/02/2010 10:44 | Aucun commentaire

    Pierre vient de publier sur L’édition électronique ouverte le résumé, le support de présentation et les notes prises lors du séminaire que nous animons sur les Digital humanities à l’EHESS. Il y a même l’enregistrement audio. [EDIT] Euh… en fait, j’ai fait une fausse manoeuvre, et il faudra patienter un peu que nous rétablissions le fichier audio avant de pouvoir l’écouter…[/EDIT]

    Dans le cadre du séminaire Digital Humanities : les transformations numériques du rapport aux savoirs, nous avons reçu le 16 décembre dernier Lou Burnard, qui est directeur de l’Information and support group des Oxford University Computing Services. Figure importante de la communauté TEI, il est co-éditeur des Guidelines for Electronic Text Encoding and Interchange et participe aux travaux du British National Corpus. Il travaille depuis cette année à temps partiel pour le TGE Adonis.

    Résumé de la communication

    Les sciences humaines sont en train de vivre un tournant majeur en intégrant de manière de plus en plus étroite l’usage des technologies numériques dans leurs pratiques de recherche. Cette évolution est pourtant en marche depuis plusieurs décennies, avec, dès les années 60, la réalisation de l’index Thomisticus par Roberto Busa. Dans son intervention, Lou Burnard revient sur cette évolution historique qu’il propose d’analyser suivant une structuration en trois périodes : Literary & linguistic computing, Humanities computing et enfin Digital humanities. Ces trois moments peuvent être identifiés comme trois pistes et positionnements différents dans la manière d’explorer les relations entre sciences humaines et informatique.

    La suite sur L’édition électronique ouverte.

    Publications en accès libre en sciences humaines et sociales : les exemples de Revues.org et de HAL-SHS

    Publié dans Archives Ouvertes, Digital Humanities, Open access par Piotrr le 1/02/2010 1:34 | 1 commentaire

    Je suis invité demain à intervenir dans le colloque sur « Les sciences humaines et le patrimoine culturel à l’ère digitale » qu’organise l’Institut Historique Allemand à Paris. Voici mon résumé et mon support de présentation

    Résumé

    On distingue habituellement deux voies au sein du mouvement pour l’accès ouvert aux résultats de la recherche : la voie « or » (gold open access) qui concerne les publications  – essentiellement les revues à comité de lecture, et la voie « verte » (green open access) qui désigne l’auto-archivage par les chercheurs eux-mêmes des version pré-prints de leurs articles. Deux interrogations sont régulièrement soulevées à ce propos :
    1. Le mouvement pour l’accès ouvert trouve son origine et s’est massivement développé au sein de disciplines scientifiques particulière (sciences physiques, mathématiques, biologie et médecine). Est-ce qu’il ne résulte pas d’un mode de communication scientifique propre à ces disciplines qui ne conviendrait pas à d’autres ? L’open access est-il un mode de développement soutenable pour les sciences humaines et sociales qui ont leur culture scientifique propre ?
    2. Un certain nombre d’observateurs opposent les voies « or » et  » verte » de l’accès ouvert, les considérant comme deux modèles alternatifs parmi lesquels il faudra choisir. Comment faire son choix, quels sont les intérêts et les inconvénients de l’une et de l’autre ?
    On montrera à partir d’une analyse de deux exemples français : le portail de revues en ligne de sciences humaines et sociales Revues.org (200 revues en ligne) et l’archive ouverte HAL-SHS (20 000 dépôts en texte intégral) qu’il est possible d’apporter des réponses viables, concrètes et en acte, à ces deux questions : d’un côté les modèles d’accès ouvert « or » et « vert » sont compatibles avec les sciences humaines et sociales, sous condition d’adaptations. De l’autre, les deux voies ne doivent pas être conçues comme concurrentes mais complémentaires, parce qu’elles répondent à des besoins très différents.

    Support de présentation

    Présentation des carnets de recherche à l’INHA

    Publié dans Blog, TIC-SHS par Piotrr le 25/01/2010 12:38 | Aucun commentaire

    Anne-Laure Brisac d’ Invisu m’a gentiment invité à présenter la plateforme Hypothèses et les carnets de recherche en sciences humaines et sociales à l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA). J’essaierai en à peu près une heure, d’évoquer ce qu’est le blogging en sciences humaines et sociales en montrant plusieurs exemples et de faire le point sur le développement de notre plateforme de carnets de recherche Hypothèses.

    Ce sera l’occasion pour des équipes de recherche de voir concrètement comment on peut ouvrir très facilement un site web sur cette plateforme permettant de communiquer sur l’activité d’un séminaire, d’un projet de recherche, d’une thèse, d’un projet de publication, d’un chantier de fouilles archéologiques entre autres.

    La présentation se déroule demain mardi 26 janvier à 18h00 à l’INHA, 6 rue des Petits-Champs, salle Vasari. L’entrée est libre. Venez nombreux !

    Les Digital humanities ont leur bande annonce

    Publié dans Digital Humanities, Open access par Marin Dacos le 21/01/2010 12:27 | Aucun commentaire

    Disclaimer : cette vidéo s’inscrit dans une série de détournements de vidéos, et, en particulier, du film La chute. Elle n’est pas diffusée ici pour assimiler certaines réticences face au numérique à Hitler ou au nazisme. Un peu de second degré et d’humour, que diable!

    Nous la devons à http://criticalcommons.org/

    Une base de données pour les modèles économiques de l’édition

    Publié dans Economie du numérique, Edition électronique par Piotrr le 16/01/2010 3:01 | 3 commentaires

    Dans le cadre de la préparation de notre Repères sur L’édition électronique à paraître en mars 2010 aux Editions La Découverte, j’ai été amené à travailler sur la diversité des modèles économiques de l’édition. L’impression qui prévaut est l’absence de modèle dominant : accès gratuit avec modèle publicitaire, achat à l’unité, abonnement par bouquets, vente du papier avec l’électronique, de l’électronique en sus ou à la place du papier, modèles « freemium », revenus hybrides sur plusieurs types d’activité, appels aux dons, modèle auteur-payeur… les expérimentations sont nombreuses et variées. Afin de pouvoir mieux s’y repérer, j’ai utilisé une feuille de calcul en ligne sur Google docs, qui me sert de mini-base de données très simple. J’y recense un certain nombre d’entreprises d’édition (tous types : livres, presse, revues).

    Hormis les données purement descriptives (nom, pays, types de documents diffusés), j’ai privilégié trois variables :

    - L’origine des revenus : lecteurs (ou leurs représentants comme les bibliothèques), auteurs (ou leurs représentants comme des institutions de recherche dans le cas des publications scientifiques), revenus publicitaires, prestations (comme des réalisations de sites web, des prestations de correction, de mises en page, de marketing), ventes d’exemplaires papier, dons et subventions enfin.

    - La structure dans le temps de ces revenus : sont-il récurrents (subventions, abonnements, cotisations) ou versés « à l’unité » (ventes, dons, prestations).

    - L’accès : la dernière variable ne relève pas directement du modèle d’affaire mais joue malgré tout un rôle important : l’accès aux publications sur Internet est-il libre ou non ? Totalement ou partiellement ? Dans ce dernier cas, concerne-t-il les nouveautés ou les archives, ou s’effectue-t-il selon un autre découpage ?

    Au final, j’obtiens un tableau qui ressemble à ceci :

    La visualisation n’est pas optimale dans un billet de blog. Aussi, vous pouvez vous rendre directement à l’adresse de la feuille de calcul qui est en libre accès. Je vous conseille fortement de basculer en mode de vue « liste ». Cela vous permettra de jouer avec les colonnes, de neutraliser tel ou tel critère, ou surtout de retrier (et donc faire des rapprochements) selon la présence ou l’absence de différents critères. Il y a pour l’instant assez peu de données mais j’ai bon espoir de compléter progressivement la base et surtout de pouvoir la tenir à jour car les modèles changent rapidement.

    Je ne peux pas ouvrir la base en écriture à tous pour d’évidentes raisons de protection contre le vandalisme. N’hésitez pas en revanche à m’écrire pour que je vous donne des accès si vous souhaitez participer à son enrichissement. Ce serait vraiment intéressant si on pouvait y retrouver une masse suffisante d’information apportée par plusieurs personnes. On peut aussi concevoir qu’elle évolue dans sa définition : on peut préciser des variables ou en ajouter. Attention toutefois à éviter de trop complexifier la base, jusqu’à la rendre ingérable. Quoiqu’il en soit, je suis ouvert aux suggestions qui peuvent se discuter en commentaires de ce billet.

    On peut aussi discuter des rapprochements qui apparaissent déjà, ou qui apparaîtront avec d’avantage de données.

    J’ai mis de l’anglais un peu partout pour qu’elle soit aussi accessible au-delà de la francophonie. Cela pourrait être intéressant d’avoir des contributeurs de plusieurs pays de manière à avoir un plus large panel de données. Pour m’amuser j’appelle donc cette base DPBMDB : Digital Publishing Business Model Data Base. Si vous trouvez mieux (pas difficile sans doute), je suis preneur.

    Les bibliothèques ont de l’avenir

    Publié dans Bibliothèques, Société de l'information, TICE par Marin Dacos le 8/01/2010 12:13 | 14 commentaires

    J’ai été invité par Alain Giffard à présenter une conférence intitulée « Read/Write Book. Le livre inscriptible » à la Cité du Livre, à Aix-en-Provence, dans le cadre d’un colloque de deux journées portant sur les métamorphoses numériques du livre. Intéressant exercice, pour moi, que de présenter les évolutions en cours à un public essentiellement composé de libraires, de bibliothécaires et d’éditeurs, alors que je parle en général à des publics universitaires. Il fallait déplacer le débat et les exemples, habituellement centrés sur l’approche heuristique, à un niveau plus général. Je ne suis pas sûr d’y être largement parvenu, car les problématiques scientifiques sont relativement différentes de celles qui concernent la lecture publique. J’étais d’autant plus gêné par ce « trou » dans mon raisonnement que je parle habituellement de démocratisation de l’accès au texte par le numérique. Mais je sentais bien que c’est plus compliqué dès qu’on sort du monde de la publication savante.

    L’avenir fédéré des bibliothèques

    Je suis donc arrivé à la conférence avec une question en tête: mais que vont devenir les bibliothèques, en tant que lieu, alors qu’Internet n’est pas un lieu? Je venais plaider, notamment, pour l’abandon du fétichisme du support papier, pour la prise en compte des menaces sur la neutralité du réseau, pour la prise en compte de la révolution de l’accès que constitue Internet (et son cortège de nouvelles pratiques de lectures), et pour la construction d’une fédération de bibliothèques, pour qu’elles puissent se regrouper autour de la construction d’un annuaire de ressources électroniques qui pourrait succéder au moribond Dmoz. Moi-même, ayant créé puis abandonné l’Album des sciences sociales, je connais l’ampleur et la complexité d’une telle tâche.

    L’appropriation, coeur d’une stratégie numérique

    Mais, je dois l’avouer, j’étais embarrassé face à l’apparente contradiction entre l’ancrage territorial très fort d’une bibliothèque et le caractère hors-sol d’internet. Comment ne pas partager la crainte des bibliothèques face au développement des pratiques d’internet à l’extérieur de leurs murs? Comment pourraient-elles se réinventer dans les territoires numériques? Comment pourront-elles valoriser auprès des mairies, des conseils généraux et régionaux, des actions en ligne qui ne s’adressent pas explicitement aux administrés des institutions qui financent? J’ai proposé une réponse, en insistant sur la formation, je dirais même l’éducation, que les bibliothèques devraient fournir aux populations. Le modèle d’appropriation (voir « La longue marche vers l’appropriation« ), sur la base duquel j’ai conçu le projet initial de Revues.org, repose sur cette idée principale : le développement de compétences numériques est un important enjeu de société, et il doit traverser l’ensemble du corps social, à tous âges. Il faut former les professionnels, les chômeurs, les jeunes, les vieux, les retraités et les collégiens. L’ampleur de la tâche est énorme, pour passer du digital gap à la compétences numérique, qui permettra à notre société de maîtriser son avenir numérique. C’est-à-dire de procéder à des choix de société intégrant les évolutions du numérique, et orientant fortement ces évolutions.

    Mais je sentais bien qu’il y avait là une réponse excessivement partielle à la question de l’avenir des bibliothèques. Les bibliothèques doivent développer leur offre de formation des usagers, c’est entendu. Mais, au-delà?

    Souvenirs de bibliothèque publique, le week-end

    Suite à la grève de la BPI, nous échangions, Bruno, Inès, Pierre et moi nos souvenirs dans ce lieu de culture très important. Ce qui ressortait le plus, c’était la proximité avec les livres, qui constitue pour beaucoup une révélation, et l’extraordinaire liberté des horaires. Fermeture tardive, ouverture le week-end, avaient fait de cette bibliothèque un lieu de travail et de plaisir, une réponse à une profonde demande sociale.

    Ouvrons les portes

    En réalité, les bibliothèques sont des lieux. Elles constituent des lieux de médiation avec le savoir. Des lieux d’accès au savoir. Elles constituent également des lieux de démocratisation du savoir et de l’accès à celui-ci. Des bibliothèques ouvertes à l’intérieur de plages horaires larges, proposant l’accès au savoir et à la littérature, analogiques ou numérique (qu’importe !), voilà ce dont nous avons besoin. Ouvrons les portes. Offrons des lieux de calme, d’accès à internet, mais aussi d’accès aux instruments qui permettent de manipuler le savoir numérique (traitements de texte en ligne, outils bibliographiques, moteurs, gestion de données et d’annotations personnelles, etc.). Quelle est la proportion de la population des lycées et étudiants qui n’ont pas accès au privilège d’avoir une chambre où travailler sereinement, avec un bureau, un dictionnaire, un accès haut débit à internet et un équipement informatique digne de ce nom? Quelle est la proportion de la population qui dispose, dans son entourage proche, des personnes pouvant les guider dans le maquis du savoir, leur indiquant les grilles de lecture permettant d’identifier un lieu publiant des textes de qualité par rapport à d’autres, moins méthodiques et moins structurés?

    Nous n’avons jamais eu autant besoin de médiation.

    Décidément, les bibliothèques ont de l’avenir.

    Lou Burnard : du Literary & linguistic computing aux Digital Humanities : retour sur 40 ans de relations entre sciences humaines et informatique

    Publié dans Digital Humanities par Piotrr le 15/12/2009 2:18 | 1 commentaire

    Marin et moi accueillons mercredi 16 décembre à 14h00  Lou Burnard dans notre séminaire EHESS sur les Digital humanities. Voici une présentation du contenu de cette séance :

    Les sciences humaines sont en train de vivre un tournant majeur en intégrant de manière de plus en plus étroite l’usage des technologies numériques dans leurs pratiques de recherche. Cette évolution est pourtant en marche depuis plusieurs décennies, avec, dès les années 60, la réalisation de l’index Thomisticus par Roberto Busa. Dans son intervention, Lou Burnard revient sur cette évolution historique qu’il propose d’analyser suivant une structuration en trois périodes : Literary & linguistic computing, Humanities computing et enfin Digital humanities. Ces trois moments peuvent être identifiés comme trois pistes et positionnements différents dans la manière d’explorer les relations entre sciences humaines et informatique.

    Après l’intervention de Corinne Welger-Barboza qui exposait le mois dernier le mode de fonctionnement des centres de digital humanities aujourd’hui aux Etats-Unis, la communication de Lou Burnard apporte au séminaire sur les Digital humanities une profondeur historique complémentaire permettant de mieux comprendre les enjeux devant lesquels nous nous trouvons actuellement.

    Lou Burnard est directeur de l’Information and support group des Oxford University Computing Services. Figure importante de la communauté TEI, il est co-éditeur des Guidelines for Electronic Text Encoding and Interchange et participe aux travaux du British National Corpus. Il travaille depuis cette année à temps partiel pour le TGE Adonis.

    Le séminaire est ouvert à tous, mais sur inscription uniquement,  auprès de Pierre Mounier ou Marin Dacos

    On peut aussi s’abonner à la liste de discussion du séminaire

    Message de service

    Publié dans blabla par Piotrr le 13/12/2009 3:20 | 4 commentaires

    Vous vous en êtes peut-être rendu compte : Blogo Numericus est désormais motorisé par Wordpress, excellent logiciel de publication de blogs. Plusieurs informations à ce propos :

    • la migration des contenus depuis Spip s’est effectué à peu près sans encombre. J’ai écrit pour ce faire un petit squelette Spip2wordpress qui permet de générer un fichier RSS très proche du fichier xml que demande Wordpress pour l’import des données. Mode d’emploi : appeler la page générée par le squelette. L’enregistrer en .xml. Puis faire un import de type Wordpress. Le fichier contient les posts, les auteurs, les mots-clés, les forums, les documents attachés. Si ce squelette vous intéresse, vous pouvez le télécharger, distribuer, modifier librement : export_wp. Comme de coutume, le fichier est livré « as is ». Inutile de venir pleurer si vous avez attrapé H1N1 après l’avoir utilisé. Mais honnêtement, il y a peu de chances.
    • Avez-vous bien mis à jour votre abonnement RSS ? Non ? Alors notez ceci : http://blog.homo-numericus.net/feed.  Et faites passer le message.
    • Grâce à cette migration, Blogo Numericus va pouvoir bénéficier des multiples extensions qu’offre la communauté Wordpress. Par exemple, j’ai procédé ce matin à l’installation dans la fébrilité et l’exaltation du fabuleux Wptouch qui vous permet désormais de lire Blogo Numericus sur vos Iphone, Android, Blackberry dans un format adapté aux écrans qu’offrent ces petites merveilles de technologie. Et si vous n’en avez pas encore une, et bien c’est l’occasion de passer commande au Père Noël !

    Signé : le plombier du Blogo.

    Le paradigme de l’accès

    Publié dans Economie du numérique, Edition électronique, Open access par Marin Dacos le 26/11/2009 12:41 | 3 commentaires

    Open access, by AJC1, licence CC

    Open access, by AJC1, licence CC

    Depuis la Budapest Open Access Initiative (BOAI), le mouvement en faveur du libre accès à la littérature scientifique en ligne se structure et progresse fortement.

    Initiée en 2003, la Déclaration de Berlin pour le libre accès a été signée par 300 établissements dans le monde, mais par moins de 20 organismes français. La diffusion la plus large possible des résultats de la science est pourtant dans les missions et dans l’esprit des universités, depuis leur fondation. Il s’agit là d’un enjeu de société, touchant à la fois à des questions de culture et de citoyenneté, mais également à des questions strictement heuristiques et, enfin, à des questions d’impact.

    Internet constitue une révolution de l’accès. L’ancien paradigme de la rareté, lié à la contrainte analogique, est aujourd’hui remplacé par un paradigme de l’accès. La révolution de l’accès, constitutive d’Internet, ne sera parachevée que lorsque les barrières à l’accès aux textes auront pu être levées les unes après les autres, pour tous, riches et pauvres, du Nord et du Sud.

    Cela ne peut se faire dans la précipitation, sans méthode et sans inventer un nouveau modèle. Ce modèle s’appuie sur les deux voies, la voie dorée (édition électronique ouverte) et la voie verte (archives ouvertes). Dans tous les cas, il ne s’agira pas de gratuité, mais de libre accès. La nuance est d’importance, car la gratuité n’existe pas : il est nécessaire d’inventer des modèles amont de financement de l’édition scientifique, au lieu de maintenir de coûteuses et stériles barrières aval.

    La science y gagnera en créativité. Le savoir en puissance. La culture en diversité. La démocratie en éclairages. Alors que le NIH, le MIT et l’université de Stanford ont mis en place des obligations (« mandats ») de libre accès pour l’ensemble des recherches qu’ils financent, il est plus que temps de se prononcer en faveur du libre accès à la littérature scientifique, et de chercher à la mettre en oeuvre progressivement, partout et chaque fois que cela sera possible.

    Extrait d’une note de synthèse sur le libre accès, accompagnant une intervention au Conseil scientifique de l’Université de Provence en novembre 2009.

    Comment mieux faire connaître mes recherches ?

    Publié dans Conférence, Ego-référencement, Identité numérique par Marin Dacos le 23/11/2009 5:53 | 3 commentaires

    Sucked into the ground par Timove, licence CC

    Sucked into the ground par Timove, licence CC

    Texte de mon intervention à la Journée des entrants CNRS, qui s’est tenue à Beaune, les 19 et 20 novembre 2009.

    * * *

    On m’a demandé de vous présenter, à vous, nouveaux entrants CNRS (je n’oserai pas dire « jeunes »), comment mieux faire connaître vos recherches.

    Les compagnons de la science

    Je commencerai par préciser que vous êtes des chercheurs et des ITA, et que le programme de ces journées fait surtout la part belle aux chercheurs. Je m’attellerai donc, ici, à répondre à la question « comment mieux faire connaître NOS recherches » ?
    Les ITA ont un problème de visibilité. Alors qu’ils sont dévolus à l’accompagnement de la recherche, on les nomme « ITA », Ingénieurs, Techniciens, Administratifs. Plus technocratique, comme appellation, ce n’est pas possible. Les autres métiers ont pour nom « professeur », « maître de conférence », « enseignant-chercheur ». Les professeurs enseignants, les chercheurs cherchent, mais les ITA, que font-ils? Ils I-T-A-isent? Je crains qu’on se soit donnés les moyens de faire échouer les métiers d’accompagnement de la recherche en leur donnant un nom si jargonnant, tellement dans l’ombre, dans le grand sac indifférencié de l’obscure piétaille de l’armée de la recherche. ITA et chercheurs, dans un monde idéal, cherchent ensemble. Les ITA ne sont pas des chercheurs, car ils sont bien mieux que ça : ils accompagnent la recherche, les chercheurs. Ce sont donc des compagnons de science. Ils sont vos meilleurs alliés, amis chercheurs, dans le travail amont de la recherche, car ils développent des compétences spécifiques très précieuses, et dans le travail aval de la recherche, pour la même raison.

    Le CNRS a des médailles de bronze, d’argent et d’or pour ses chercheurs. Il a eu l’intelligence de se doter d’un cristal pour ses compagnons de la science. C’est un pas énorme vers la reconnaissance symbolique de leur travail. J’espère qu’il se dotera, prochainement, d’un cristal de bronze, d’un cristal d’argent et d’un cristal d’or… car il n’y a pas de raison de ne pas couronner des étapes de la carrière des compagnons. ;-)

    Maîtriser notre identité numérique

    Mais je m’égare. Comment chercheurs et compagnons peuvent-ils mieux faire connaître les recherches menées dans les laboratoires? Il s’agit, à mon sens, de référencement. Le référencement, c’est l’art de mieux faire connaître un site web. C’est un métier, qu’on appelle également le SEO, « Search engine optimization ». On n’aime guère, dans le monde de la recherche, parler de communication et de mise en valeur de soi. Il est vrai que les valeurs académiques imposent une forme de discrétion de bon aloi, une modération et une modestie propres à l’atmosphère feutrée des cabinets de recherche. Mais, nous en sommes d’accord, si vous avez le choix entre Gallimard et les Presses des Cévennes pour publier votre thèse, vous adopterez Gallimard. Parce que Gallimard vous apportera en même temps un label de qualité et de prestige, et une diffusion large. Cela s’appelle la publication. Et c’est un moment fondamental dans le travail de la recherche, le moment de la diffusion. Cette diffusion est nécessaire pour des raisons intéressées, qui servent la carrière du chercheur, et pour des raisons scientifiques, qui servent la marche du savoir. Car une recherche qui n’est pas exploitable par la communauté scientifique est une recherche qui n’existe pas.

    Je vous propose d’aller au bout de la démarche et d’engager une stratégie d’ego-référencement. J’ajoute donc, Ô sacrilège, à l’idée apparemment commerciale de référencement, le préfixe individuel « ego ».  Pourquoi ?

    Parce que si vous ne vous en occupez pas, quelqu’un s’en occupera pour vous. Que se passe-t-il quand le directeur d’un laboratoire, une agence de moyens, un président de commission de spécialistes ou un organisateur de colloques cherche à faire appel à un chercheur ou à un ingénieur? Il tape son nom sur Google. Et qu’obtient-il ? Trop souvent, il obtient comme réponse une page dans Copains d’avant. Prochainement, nous serons également gratifiés des innombrables traces qu’auront laissé sur les réseaux sociaux, dix ou vingt ans plus tôt, les futurs chercheurs en pleine explosion hormonale… Photographies, propos divers, mauvaises blagues, pétitions signées dans un contexte précis et excès en tous genres pourraient ressortir bien avant, et coller au dos des chercheurs comme un mauvais poisson d’avril, indécollable. On parle, à raison, de droit à l’oubli. Le droit à l’oubli, pour le numérique en général, et pour la recherche scientifique en particulier, n’est pas encore un acquis. Tout au plus un horizon, vers lequel nous ne nous acheminons pas.

    Je vous propose donc de prendre en main votre identité numérique, puisque vous ne pouvez pas vous exclure du paradigme internet. Vous avez une identité numérique, quoi que vous fassiez. Il est souhaitable de la maîtriser et de la mettre en valeur pour diffuser vos idées, votre meilleur profil plutôt que votre côté obscur, vos résultats scientifiques plutôt que les bribes incontrôlées de votre ego-histoire…

    Quatre principes d’ego-référencement

    Adoptons, donc, quelques principes.

    1. Faites le choix du libre accès

    Misez avant tout sur des dispositifs en libre accès. Les revues en accès restreint font partie du web invisible. Elles ne contribuent pas à votre identité numérique. Par ailleurs, elles contribuent bien faiblement à la marche de la science, parce qu’elles misent sur l’invisibilité en lieu et place de la mise en public. Or, la publication est bien la mise en visibilité, pas la mise au secret.

    2. Entrez dans l’économie de l’attention

    Prenez conscience que vous entrez dans une économie de l’attention, sous le sceau de la prolifération documentaire. Nous avons quitté le paradigme de la rareté. Quoi que l’on en pense, c’est un fait auquel il faut faire face. Le paradigme de l’attention est un bouleversement profond de celui de la rareté. Autrefois, les lecteurs cherchaient les articles. Aujourd’hui, les articles cherchent les lecteurs. Il y a plus de documents en ligne que d’habitants sur cette planète.

    3. Entrez dans la conversation scientifique

    La science moderne est née grâce à la correspondance entre savants. Ces correspondances ont donné les revues. La science moderne est aussi faite de disputatio, le débat entre chercheurs, qui a donné le séminaire. Ce lieu d’échange et de confrontation, de partage et de débat. Aujourd’hui, le numérique introduit la notion de séminaire virtuel permanent. Il s’agit d’une conversation scientifique qui se joue des contraintes de temps et d’espace.

    Dans notre séminaire, hier, à l’EHESS, Corinne Welger évoque la naissance des listes de discussion dans le domaine des digital humanities. Elle cite la première liste dans ce domaine, datée de 1987. Elle évoque son origine géographique, l’Angleterre. Je poste mes notes sur Twitter, en direct. René Audet suit le séminaire depuis Québec, où il est Professeur de littérature à l’université Laval. Il réagit, me disant que la liste est née en Amérique du Nord, et que son fondateur a été, peu après, recruté au King’s College, d’où la confusion géographique. Il cherche dans les archives du réseau et m’envoie l’information précise. Humanist est bien né en 1987, mais à Toronto. Nous formons désormais un collège scientifique visible, à l’échelle du réseau.

    Le microblogging (twitter) n’est pas la seule dimension. Les carnets de recherche sont une dimension centrale. Ils permettent la création de carnets de séminaire, collectifs ou individuels. Les carnets de fouille archéologique ou de terrain ethnologique. Les carnets de programmes ANR. Les carnets de livre. Nous avons préparé, avec Pierre Mounier, notre livre au sujet de l’édition électronique sur Blogo-numericus. Les carnets peuvent aussi servir à décrypter un sujet, comme Culture et politique arabe (carnet hebdomadaire en deux langues).

    Nous avons même découvert une conversation silencieuse qui se produit en ligne.

    Hypothèses est là pour vous.

    4. Ne laissez pas Copains d’avant ou Facebook définir votre identité numérique

    Construisez un ego-radar, qui regroupera dynamiquement l’ensemble des informations, vous concernant, que vous souhaitez agréger autour de votre identité numérique pour faciliter le travail du programme qui vous financera, du collègue qui vous écrira pour débattre d’une de vos thèse, du journaliste qui vous appellera pour (enfin?) comprendre le sens profond d’une loi, d’un événement ou d’une découverte.

    Qu’est-ce qu’un ego-radar ? Tout simplement un agrégateur. Un agrégateur de données issues de votre compte HAL-SHS, de façon à lister l’ensemble de vos publications. Un agrégateur de données issues de la revue que vous dirigez, de votre veille bibliographique publique sur Zotero, de votre dépôt d’images sur FlickR Commons (ou sur CNRS images  ou Medi-HAL), de votre laboratoire, de votre carnet de recherche ou de votre micro-carnet de recherches, de votre dépôt de notes de cours ou de votre compte Slideshare contenant l’ensemble des diaporamas créés lors de vos innombrables interventions publiques à travers le monde.

    Hypothèses proposera bientôt des ego-radar.

    Libre diffusion des savoirs

    J’ai conscience de venir bousculer la sphère analogique dont nous procédons tous, cette gigantesque cathédrale de papier bâtie depuis des siècles. Le papier était et reste le support de la pensée. Désormais, la fibre optiques et les mémoires numériques deviennent également le support, le véhicule et le détonateur de la pensée. Il n’est plus temps de débattre sur la question du numérique : le papier est-il préférable au numérique, le numérique est-il dangereux ou vertueux? Le numérique est parmi nous, il ne reste plus qu’à le domestiquer, ou plutôt à le domestiquer à nouveau (puisque les scientifiques ont fortement contribué à l’invention du web), au service des valeurs de la science : libre débat des idées et libre diffusion des savoirs.