L’Unité Numérique


spoon:the way we get by

Pra­ti­quant « à l’insu de mon plein gré » le cloi­son­ne­ment mul­ti­la­té­ral, je me rends compte que je parle assez peu de mon tra­vail sur ce blog, et que je n’ai jamais parlé de l’Unité Nume­rique à l’ENS Lettres et Sciences humaines, au sein de laquelle je tra­vaille depuis un peu plus d’un an. C’est un peu dom­mage ;-) parce que cette petite équipe tente de faire exis­ter dans le pay­sage des sciences humaines et sociales et au niveau de l’établissement, une notion dont on parle beau­coup, mais dont les exemples de réa­li­sa­tion concrètes sont rela­ti­ve­ment rares en France.

Les fidèles lec­teurs de ce blog auront deviné qu’il s’agit de la notion d’humanités numé­riques, dont j’ai parlé à deux reprises au moins, dans « SHS 2.0 » et « Une cybe­rin­fra­struc­ture pour les sciences humaines et sociales ». Quand on parle d’humanités numé­riques, ou, plus fré­quem­ment de digi­tal huma­ni­ties, on évoque sou­vent un type d’activité par­ti­cu­lier, essen­tiel­le­ment cen­tré autour du tra­vail sur les sources. A titre d’exemple, l’ADHO (Alliance of Digi­tal Huma­nites Orga­ni­za­tions) est ver­té­brée de manière tout à fait typique, par des ini­tia­tives et asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles issues de la lin­guis­tique et de la phi­lo­lo­gie. Le contenu et la pro­gram­ma­tion des confé­rences Digi­tal Huma­ni­ties, qui ont lieu chaque année dans un pays dif­fé­rent (il y a deux ans à la Sor­bonne à Paris, l’année der­nière à Chi­cago, cette année à Hel­sinki) reflètent bien cette par­ti­cu­la­rité. Pour tra­cer de manière un peu gros­sière le pay­sage, les digi­tal huma­ni­ties se trouvent aujourd’hui struc­tu­rées par l’informatique lin­guis­tique d’une part (Trai­te­ment Auto­ma­tique du Lan­gage, Ana­lyse sta­tis­tique des don­nées tex­tuelles), par les inter­faces hommes-​machines de l’autre (anno­ta­tion de sources, visua­li­sa­tion de don­nées), par le champ du patri­moine cultu­rel enfin (numé­ri­sa­tion des sources et manus­crits, biblio­thèques numériques).

Les Huma­ni­tés Numé­riques : un barycentre

Notre approche est un peu dif­fé­rente : le pos­tu­lat sur lequel l’Unité Numé­rique construit son tra­vail est que la révo­lu­tion numé­rique qui touche et bou­le­verse le tra­vail des cher­cheurs en sciences humaines et sociales ne concerne pas uni­que­ment le tra­vail sur les sources, mais en fait tous les domaines de la recherche. Et la recherche, ce n’est pas uni­que­ment le tra­vail sur les sources ; ni même seule­ment le tra­vail biblio­gra­phique de com­pi­la­tion de la lit­té­ra­ture aca­dé­mique sur le sujet de recherche ; c’est aussi la publi­ca­tion, mais aussi la prise en charge de la com­mu­ni­ca­tion qui ne se réduit pas à la publi­ca­tion, l’organisation du tra­vail en équipe et l’insertion de toutes ces dimen­sions dans un contexte aca­dé­mique et ins­ti­tu­tion­nel particulier.

Tra­di­tion­nel­le­ment, les milieux de la recherche en France, sont mar­qués par une divi­sion sociale du tra­vail extrê­me­ment puis­sante : aux cher­cheurs le tra­vail de pro­duc­tion intel­lec­tuelle ; aux éditeurs (presses uni­ver­si­taires, éditeurs com­mer­ciaux spé­cia­li­sés) de prendre en charge la publi­ca­tion ; aux ins­ti­tu­tions aca­dé­miques de s’occuper de la com­mu­ni­ca­tion. Deux événe­ments sont venus mettre à terre ce bel ordon­nan­ce­ment, propre à satis­faire un esprit fran­çais [51]. Il s’agit d’abord du pas­sage au numé­rique des publi­ca­tions aca­dé­miques, articles de revues bien sûr, mais aussi actes de col­loques, avant de tou­cher les mono­gra­phies, ce qui ne sau­rait tar­der. Il s’agit ensuite de l’évolution des modes de finan­ce­ment de la recherche, qui ont bas­cu­lés mas­si­ve­ment et très rapi­de­ment vers des clés de répar­ti­tion par contrats et sur pro­jet, en par­ti­cu­lier avec la mise en place de l’Agence Natio­nale de la Recherche. Du coup, les cher­cheurs ont dû se trans­for­mer très vite en véri­tables entre­pre­neurs de recherche, avec des besoins criant d’organisation et sur­tout, de communication.

Le pari que tente de rele­ver l’Unité Numé­rique consiste à se posi­tion­ner au bary­centre des trois pôles : outils pour la recherche, édition-​publication, com­mu­ni­ca­tion, pour leur per­mettre de fonc­tion­ner à nou­veau dans un contexte qui a à ce point changé que la chaîne de répar­ti­tion des rôles telle qu’on la connaît aujourd’hui, avec les pro­cé­dures exis­tantes, est tout sim­ple­ment paralysée.

On peut expri­mer la même idée en la pre­nant sous un autre angle : le recours des cher­cheurs, comme de tout tra­vailleur intel­lec­tuel aux tech­no­lo­gies numé­riques est mas­sif. Nous bai­gnons tous aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, dans le numé­rique. Il semble mal­gré tout que pour l’instant, l’usage des outils numé­riques à toutes les étapes du tra­vail de recherche ne soit pas pensé comme tel par la plu­part des acteurs (cher­cheurs eux-​mêmes, éditeurs, poli­tiques et admi­nis­tra­tifs de la recherche). L’Unité Numé­rique sert à cela, entre autres : essayer de pro­po­ser une palette d’outils com­plé­men­taires pour la plu­part des étapes du tra­vail de recherche (le tra­vail de recherche « tout-​compris », avec l’édition, l’organisation et la com­mu­ni­ca­tion, si vous avez suivi) et tra­vailler à accroître la cohé­rence de cette palette.

Trois pôles

Concrè­te­ment, qu’est-ce que cela donne ? Trois pôles

1. Mutua­li­sa­tion pour les éditions cri­tiques et cor­pus : je n’entrerai pas dans le détail du tra­vail qu’effectue ce pôle (ce serait trop long pour un billet qui l’est déjà trop), mais l’idée est d’organiser un tra­vail col­lec­tif avec plu­sieurs pro­jets d’éditions cri­tiques numé­riques pour péren­ni­ser les déve­lop­pe­ments infor­ma­tiques qui leur sont néces­saires et sur­tout, accu­mu­ler des com­pé­tences, des tech­no­lo­gies, une exper­tise par­ta­gée sur le domaine. Ce chan­tier, bap­tisé Mutec est porté à la fois par l’Unité Numé­rique et le Ser­vice d’Ingénierie Docu­men­taire de l’Institut des Sciences de l’Homme à Lyon. Il est sou­tenu par le TGE Ado­nis

2. Edition-​Publication : sur ce plan, le gros chan­tier dans lequel l’Unité Numé­rique s’est enga­gée est la publi­ca­tion en ligne de toutes les revues de l’ENS LSH, soit sept revues au total. Le tra­vail qui est en train d’être accom­pli part du constat sui­vant : par rap­port aux revues de sciences dures, les publi­ca­tions en sciences humaines et sociales ont une spé­ci­fi­cité : elles sont por­teuses d’identités par­ti­cu­lières qui se mani­festent dans le trai­te­ment édito­rial des publi­ca­tions, dans la pré­sen­ta­tion de l’information. Or, dans nombre de cas, le « pas­sage au numé­rique » des revues signi­fie une perte d’identité pour elles. Deux rai­sons expliquent ce phé­no­mène : l’influence des por­tails de revues de sciences dures qui sont en fait des bases d’articles en ligne et non des plate-​formes de publi­ca­tion de revues, et, mais c’est lié, les contraintes des sys­tèmes infor­ma­tiques uti­li­sés qui ne per­mettent sou­vent aucune per­son­na­li­sa­tion au niveau de la revue. Le pari que tente de rele­ver l’Unité Numé­rique, est de per­mettre aux revues de l’ENS LSH d’être dif­fu­sées en ligne avec leur iden­tité propre, mais aussi, (pour­quoi faire simple quand on peut faire com­pli­qué), l’identité de l’établissement qui les sou­tient. Bref, c’est un bou­quet de revues ENS LSH sur lequel l’Unité tra­vaille, qui repose sur la concep­tion d’une maquette com­mune, décli­née aux cou­leurs (et à la typo­gra­phie) de chaque revue (avec, par exemple, un rap­pel visuel de la maquette papier lorsque c’est pos­sible). Ce pro­jet ne peut être mené à bien que dans le cadre d’un par­te­na­riat avec Revues​.org. Car ce por­tail, du fait de sa poli­tique édito­riale et des tech­no­lo­gies de publi­ca­tion en ligne qu’il uti­lise (Lodel en par­ti­cu­lier), est le seul à ma connais­sance qui per­mette à la fois de béné­fi­cier du gain de visi­bi­lité que repré­sente la dif­fu­sion sur un por­tail natio­nal héber­geant plus de cent revues, tout en lais­sant à cha­cune d’elle l’autonomie néces­saire à l’affirmation de son iden­tité propre sur le Web. Il y a quelques semaines, la revue Mots a ouvert le feu. Elle sera bien­tôt sui­vie de Tra­cés, puis Ata­laya, Cahiers his­pa­niques, Labo­ra­toire Ita­lien, Asté­rion et Ars Scri­bendi.

D’autres pro­jets de publi­ca­tion sont en cours dans ce pôle. Une des grosses acti­vi­tés qui le mobi­lisent est la publi­ca­tion de col­loques en ligne qui vont sou­vent jusqu’à la publi­ca­tion des actes. Ici, l’activité édito­riale se déve­loppe à par­tir d’un double constat : La publi­ca­tion d’actes de col­loque en sciences humaines et sociales sur sup­port papier est une acti­vité condam­née, en par­tie parce qu’elle est com­mer­cia­le­ment sui­ci­daire. Par ailleurs, un col­loque est un objet com­plexe, à mul­tiples facettes : d’abord, il a un cycle de vie qui s’étend sur plu­sieurs années entre l’appel à contri­bu­tion et la publi­ca­tion des actes ; ensuite il revêt une dimen­sion sociale au moins aussi impor­tante que la pure pro­duc­tion de connais­sances dont il rend compte. Or, la publi­ca­tion tra­di­tion­nelle des actes sur sup­port papier ne rend compte ni de l’un ni de l’autre de ces deux aspects. Le tra­vail qui est fait au niveau de l’Unité Numé­rique vise donc à prendre en charge à la fois la durée, et l’insertion de la publi­ca­tion dans le contexte d’une socia­lité scien­ti­fique qui doit res­ter visible. La concep­tion de sites de col­loques auto­nomes, qui s’installent et se déve­loppent dans le temps, que les com­mu­nau­tés scien­ti­fiques peuvent s’approprier pour les ali­men­ter de manière auto­nome et puis qui vont finir par accueillir des actes édités consti­tue le type de réponses qui a été choisi. Plu­sieurs sites ont été réa­li­sés ; pour le col­loque Sciences, médias et société, pour les col­loque Ges­ture, puis pour les Pre­mières ren­contres de l’Institut Est-​Ouest. Mais c’est fina­le­ment le site du col­loque sur l’histoire franco-​algérienne qui consti­tue l’exemple le plus abouti de ce que l’on peut faire.

3. Com­mu­ni­ca­tion (scien­ti­fique directe) : en dehors des for­mats bien bali­sés de la publi­ca­tion aca­dé­mique clas­sique, les cher­cheurs et les équipes de recherche ont de plus en plus besoin de com­mu­ni­quer sur leur acti­vité. Ces besoins concernent à la fois la com­mu­ni­ca­tion interne aux équipes (orga­ni­sa­tion, par­tage de docu­ments), mais aussi la com­mu­ni­ca­tion externe, à des­ti­na­tion des par­te­naires et sur­tout des finan­ceurs, dont les exi­gences vont crois­sant. C’est pour cette rai­son que l’Unité Numé­rique entre­tient pour leur usage toute une palette d’outils ou une exper­tise sur des outils comme des sites web « en kit », faciles à déployer et per­son­na­li­ser, des archives ouvertes, des outils biblio­gra­phiques par­ta­gés, voire, si c’était pos­sible, des blogs et des pod­casts. Des sites comme Léo­nard, CCFM, Conduites urbaines, des outils comme PubliENS et l’espace ENS LSH sur HAL SHS sont de bons exemples de ce que per­met le pôle de com­mu­ni­ca­tion : une dif­fu­sion large et rapide d’une infor­ma­tion scien­ti­fique riche et diverse.

Au bout du compte, le por­tail Ecole Ouverte per­met de valo­ri­ser l’ensemble des réa­li­sa­tions et offre au public un moyen de se repé­rer au sein d’une masse gran­dis­sante de connais­sances diffusées.

L’autonomie comme idéal régulateur

Depuis Mutec jusqu’à PubliENS en pas­sant par les revues en ligne, les col­loques et les sites de pro­jets ANR ont peut se deman­der où est la cohé­rence annon­cée. C’est vrai que cette cohé­rence est encore (et sera tou­jours) en construc­tion. Pour l’instant, elle repose sur l’application de grands prin­cipes : uti­li­sa­tion de logi­ciels libres (comme Lodel, Spip, Open Office), res­pect, dans la mesure du pos­sible, des stan­dards de struc­tu­ra­tion de don­nées et de dif­fu­sion (html, xhtml, xml tei), accès ouvert et gra­tuit de tous les conte­nus et sous licence plus libre quand c’est pos­sible, qua­lité édito­riale des conte­nus publiés (soin des inter­faces, cita­bi­lité des docu­ments, cor­rec­tion des textes). Mais le prin­cipe le plus impor­tant, celui qui fait consen­sus au sein de l’Unité, qui en est le véri­table ciment est encore dif­fé­rent. C’est le prin­cipe du res­pect de l’autonomie scien­ti­fique et édito­riale des équipes de recherche avec les­quelles le tra­vail est fait. Et l’application de ce prin­cipe est un peu une quête du Graal car il ne se résume évidem­ment pas à lais­ser les cher­cheurs tout faire par eux-​mêmes. Il s’agit bien plu­tôt de faire en sorte que les choix qui sont faits et les actions tech­niques qui sont délé­guées à l’Unité Numé­rique ne se tra­duisent pas par une dépos­ses­sion et fina­le­ment une tra­hi­son des pro­jets de recherche. Il faut donc pour chaque pro­jet, en fonc­tion du type de réa­li­sa­tion et de demande, mais en fonc­tion aussi des par­ti­cu­la­ri­tés propres à l’équipe qui la porte, ima­gi­ner un dis­po­si­tif qui mixe un choix d’outils appro­priés, une bonne répar­ti­tion des tâches et des niveaux de déci­sion et une dose variable de for­ma­tion des équipes de recherche aux tech­no­lo­gies numé­riques. A ma connais­sance, mais je peux me trom­per, la com­po­si­tion du cock­tail n’est pas tota­le­ment stan­dar­di­sable et ne peut faire l’objet de pro­cé­dures auto­ma­tiques. Cela jus­ti­fie ample­ment une cer­taine proxi­mité de l’Unité avec les équipes de recherche, c’est-à-dire une capa­cité qu’elle doit être capable de conser­ver à accom­pa­gner le tra­vail de recherche dans la durée, et non se conten­ter de prendre en charge ponc­tuel­le­ment telle ou telle commande.

LOLF et LRU

Du point de vue des com­pé­tences elles-​mêmes, la particularité de l'Unité Numérique est d'allier des compétences diverses et complémentaires, en édition, en communication, en informatique, en documentation et en conception web. Cette diversité est essentielle, à mon avis, parce qu'elle empêche l'Unité Numérique de tomber en tant que structure dans le giron d'un des corps professionnels constitués. Pour dire les choses brutalement, l'Unité Numérique est une structure nouvelle qui répond à une situation nouvelle. On peut penser qu'elle est une manière particulière, comme d'autres le font différemment ailleurs, d'inventer un nouveau métier, celui d'éditeur numérique. Elle ne pourrait faire ni l'un ni l'autre (répondre à la situation et inventer un métier) si son centre de gravité se déplaçait et la faisait tomber de l'un ou l'autre des côtés (dans une bibliothèque, un service informatique ou une maison d'édition traditionnelle).

Tous les acteurs sont très conscients de cela, bien évidem­ment. C’est pour cette rai­son que le posi­tion­ne­ment d’une struc­ture de ce type est extrê­me­ment dif­fi­cile au sein d’un établis­se­ment. Si les cher­cheurs et équipes de recherche voient très vite l’intérêt de cette struc­ture qui répond bien aux besoins de la situa­tion dans laquelle la recherche se pra­tique quo­ti­dien­ne­ment pour eux, les autres acteurs, qui eux, sont enga­gés dans des rou­tines et des pro­cé­dures cor­res­pon­dant à un état anté­rieur, ont du mal à accep­ter ce qu’ils voient comme un corps étran­ger tan­tôt fan­tai­siste, tan­tôt mena­çant. C’est le cas des poli­tiques et admi­nis­tra­tifs de la recherche aussi, non par mau­vaise volonté indi­vi­duelle, mais tout sim­ple­ment parce que les cadres dans les­quels ils tra­vaillent sont assez radi­ca­le­ment ortho­go­naux à une logique d’innovation. C’est d’ailleurs un para­doxe inté­res­sant à exa­mi­ner que les nou­veaux outils de gou­ver­nance qui sont déployés en ce moment à grande vitesse dans la fonc­tion publique et par­ti­cu­liè­re­ment dans l’enseignement supé­rieur et la recherche : LOLF puis LRU sous le slo­gan de la « moder­ni­sa­tion » et de la « culture de l’évaluation », ne peuvent pas conduire à une repré­sen­ta­tion de l’innovation dans leur propre cadre et a pour effet de frei­ner voire empê­cher tout type d’invention. La géné­ra­li­sa­tion des objec­tifs chif­frés par exemple et des indi­ca­teurs de per­for­mance, le recours sys­té­ma­tique aux tableaux de bord pour déci­deurs fait radi­ca­le­ment et vio­lem­ment sor­tir du pay­sage ges­tion­naire toute pos­si­bi­lité d’invention et d’imagination, puisqu’ils reposent sur le pos­tu­lat que rien ne peut être repré­senté qui n’existe déjà et que l’activité ne peut évoluer que quan­ti­ta­ti­ve­ment, c’est-à-dire en res­tant à l’intérieur de cadres qui sont déjà donnés.

Le saut qua­li­ta­tif, la réor­ga­ni­sa­tion de l’activité sur la base d’une prise en compte de chan­ge­ments struc­tu­rels est dif­fi­cile à conce­voir dans ces cadres. Or, c’est exac­te­ment ce que fait l’Unité Numé­rique en ten­tant de répondre par un réas­sem­blage inédit d’activités et de com­pé­tences aux consé­quences de la révo­lu­tion numé­rique dans le domaine des sciences humaines et sociales. La révo­lu­tion numé­rique est une révo­lu­tion. Tout la ques­tion pour l’institution est donc de savoir si elle prend le pari de se repo­si­tion­ner dans son nou­vel envi­ron­ne­ment ou pas. J’ai du mal à ima­gi­ner les choses autre­ment que sur le mode de la rup­ture : le pari est fait, ou non. Mais je peux me trom­per et d’autres ont peut-​être ima­giné des tran­si­tions mieux amé­na­gées. Pour moi en tout cas, le débat reste ouvert.


Cré­dits illus­tra­tion : Spoon : the way we get by. © Visual Panic, en CC by 2.0 sur Fli­ckr

4 réflexions au sujet de « L’Unité Numérique »

  1. Anonyme

    Permettez-​moi de vous feli­ci­ter, et vous remer­cier, pour le tra­vail que vous effectuez.

    Je me suis per­mis de repro­duire votre article sur le forum de Via­Nor­male, avec une refe­rence a votre blog. J’espère que vous m’y auto­ri­sez. N’hesitez a me contac­ter en cas de difficulte.

    Res­pec­tueu­se­ment,

    L’Editeur de Via​Nor​male​.net

    Répondre
  2. Stéphane Pouyllau

    Bon­jour,

    Votre billet me parait fon­da­men­tal pour l’ensemble des équipes « IT » qui, comme celle que j’anime au CRHST (Paris) dans le domaine de l’histoire des sciences et des tech­niques, font de l’informatisation de don­nées en SHS pour les pro­jets de recherche.
    Comme notre col­lègue, je me suis per­mis de vous citer dans mon der­nier billet sur les équipes numé­riques et sources his­to­riques en ligne. Je par­tage vos idées sur ces nou­velles struc­tures. Merci pour ce billet très utile qui sera cité — j’en suis cer­tain — dans notre milieu.

    Cor­dia­le­ment,

    Sté­phane Pouyllau

    Répondre

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