Les rencontre de l’Orme(2)


Suite des ren­contres de l’Orme avec un ate­lier de l’après-midi sur la ques­tion du par­tage et de l’échange dans la chaîne de pro­duc­tion édito­riale numé­rique. Ici, on est davan­tage dans la pré­sen­ta­tion d’expériences (tant mieux).

Pre­mière pré­sen­ta­tion, par Odile Che­ne­vez, coor­don­na­trice CLEMI dans l’académie d’Aix-Marseille, sur une expé­ri­men­ta­tion de pro­duc­tion d’un jour­nal d’établissement avec Spip. Plu­sieurs choses très inté­res­santes dans cet exposé : tout d’abord, cette idée que la forte sépa­ra­tion entre espace privé et site public qui carac­té­rise ce CMS par rap­port à d’autres, ou aux wiki, fonc­tionne très bien dans un contexte péda­go­gique, car, et la dis­tinc­tion entre les trois niveaux de vali­da­tion de chaque article ren­force cette dimen­sion, il per­met d’éduquer les élèves à la res­pon­sa­bi­lité de la publi­ca­tion. Autre chose, l’intervenante montre que les pro­fes­seurs qui enca­draient l’initiative étaient très inquiets du pla­giat des conte­nus sur Inter­net. Or, ce que montre cette expé­rience, c’est que ce sont les élèves eux-​mêmes qui, par le biais du forum interne, se sont auto-​régulés direc­te­ment, alors que les ensei­gnants sem­blaient rela­ti­ve­ment dépas­sés par le phé­no­mène. Autre chose inté­res­sante, les capa­ci­tés lin­guis­tiques des élèves (de l’expérimentation en ques­tion) appa­raissent de manière frap­pante en com­pa­rant les textes que les élèves ont pro­duit pour ce jour­nal de classe et leur propre Sky­blog. Les deux der­niers points mettent en évidence la réa­lité des com­pé­tences numé­riques d’un cer­tain nombre d’adolescents qui peuvent être capables d’adapter leur niveau de dis­cours aux dif­fé­rents espaces de publi­ca­tion dont ils com­prennent bien ce qui les dis­tingue, ou savent iden­ti­fier les com­por­te­ments inac­cep­tables (ainsi pas exemple une ten­ta­tive d’usurpation d’identité sur un forum).

L’exposé sui­vant, pro­posé par Laure Endrizzi de la Cel­lule Veille Tech­nique et scien­ti­fique de l’INRP, dont Homo Nume­ri­cus avait remar­qué un des der­niers textes, porte sur Wiki­pe­dia. Mal­heu­reu­se­ment, il s’agit seule­ment d’une pré­sen­ta­tion, infor­mée certes, de l’encyclopédie en ligne. Un des points impor­tants sur les­quels elle insiste, ce sont les méca­nismes internes à l’initiative qui visent à déga­ger ou mettre en valeur les par­ties de meilleure qua­lité de l’encyclopédie : les por­tail, le pro­jet Wiki­pe­dia 1.0 (qui « fixe » les articles de qua­lité et en font un export dis­tri­bué sur DVD), les labels de qua­lité, et les pro­jets thé­ma­tiques. Bref, l’idée est la sui­vante : ce qui donne de la qua­lité et qui se déve­loppe dans Wiki­pe­dia, ce sont les pro­jets col­lec­tifs et concer­tés qui orga­nisent l’acte édito­rial plu­tôt que de le pen­ser comme l’agrégation d’actes indi­vi­duels. Der­nier point impor­tant, ce tra­vail col­lec­tif au sein de l’encyclopédie porte à la fois sur les conte­nus à pro­mou­voir par ce que de qua­lité, et sur les articles qui ne le sont pas et qui sont à supprimer.

Troi­sième pré­sen­ta­tion : Sophie de Qua­tre­barbes, de l’association Deci-​dela, pré­sente un pro­jet bap­tisé « le média­teur éduca­tif ». Son asso­cia­tion conçoit, en par­te­na­riat avec un éditeur des conte­nus éduca­tifs mul­ti­mé­dias (sites et cd-​rom) sur des thèmes spé­ci­fiques. Dans le pro­ces­sus d’édition de ces conte­nus, cette asso­cia­tion cherche à amé­lio­rer l’interaction avec les ensei­gnants, les « remon­tées du ter­rain » comme on dit. Il s’agit donc d’ouvrir une plate-​forme de blogs per­met­tant aux ensei­gnants d’échanger leurs idées d’usages de ces conte­nus (comme l’organisation d’ateliers, etc.) L’ensemble de ces blogs sont agré­gés sur un por­tail afin de don­ner plus de visi­bi­lité aux pra­tiques péda­go­giques dont ils rendent compte. L’initiative en est à ses débuts. La ques­tion qu’elle se pose porte sur le manque d’enthousiasme des ensei­gnants à com­mu­ni­quer sur leurs pra­tiques et leurs expé­riences ; bref, cette ini­tia­tive ne semble pas avoir le suc­cès escompté.

Odile Che­ne­vez prend la parole pour répondre à ces inter­ro­ga­tions. En gros, la réponse est simple : quel est l’intérêt des ensei­gnants à contri­buer chez/​pour un éditeur de conte­nus ? C’est sim­ple­ment à cette ques­tion qu’il faut répondre.

Fina­le­ment, le débat s’engage sur la ques­tion de la construc­tion de l’autorité, en par­ti­cu­lier sur Wiki­pe­dia. Laure Endrizzi évoque la manière dont l’autorité sur l’encyclopédie en ligne n’est pas du tout construite sur la bio­gra­phie du contri­bu­teur, mais bien plus sur l’historique de ses contri­bu­tions sur Wiki­pe­dia. Elle évoque le Trust Colo­ring Tool, un sys­tème de cal­cul auto­ma­tique de l”« autorité » d’un contri­bu­teur en fonc­tion de la péren­nité de ses contri­bu­tions. Le résul­tat de ce cal­cul est ensuite mani­festé par une colo­ra­tion pro­gres­sive des contri­bu­tions. Ainsi, sur un article, on pourra voir cer­tains pas­sages plus ou moins colo­rés en fonc­tion de l’autorité dont jouissent leurs auteurs. On pourra donc en déduire qu’ils sont moins fiables.

Une pre­mière réac­tion me vient à l’esprit : ce méca­nisme de construc­tion de l’autorité par agré­ga­tion d’actes indi­vi­duels est contra­dic­toire avec les ini­tia­tives édito­riales qu’elle a évoquées pré­cé­dem­ment. Fina­le­ment, c’est l’aspect qui me sem­blait le plus inté­res­sant dans cet ate­lier : le par­tage et l’échange dans la chaîne de pro­duc­tion édito­riale, peuvent être encou­ra­gés de manières très différentes.


Cré­dits photo : « Power law of par­ti­ci­pa­tion », par Ross May­field, sur Fli­ckr en CC by-​nc 2.0

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