Jongler

18 novembre 2009
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mario_groleau - 3518757118

Les évolu­tions numé­riques de la science sont mar­quées par la vitesse. La muta­tion des usages et des enjeux s’opère à une vitesse inédite, bous­cu­lant en pro­fon­deur les repré­sen­ta­tions et désta­bi­li­sant l’organisation ins­ti­tu­tion­nelle, construite pour sta­bi­li­ser l’académie en tant que pro­duc­trice de savoir, d’autorité et d’enseignements.

Paral­lè­le­ment, la science conti­nue à pro­gres­ser très vite et il est dif­fi­cile pour les cher­cheurs de lire tout ce qui paraît dans leur domaine de spé­cia­lité. On com­prend que les pro­mo­teurs des Digi­tal huma­ni­ties, dont je fais par­tie, soient quel­que­fois désta­bi­li­sés de consta­ter des écarts ver­ti­gi­neux entre les prises de conscience par les acteurs (cher­cheurs, éditeurs, uni­ver­si­tés) selon les endroits et les moments. De 1999 à 2009, dix ans de ren­contres per­ma­nentes n’ont cessé de me don­ner le sen­ti­ment que la puis­sance des évolu­tions était impré­vi­sible. Dès lors, pré­pa­rer une confé­rence sur les enjeux de l’édition élec­tro­nique reste une mis­sion impos­sible, si l’on n’a pas eu la chance de ren­con­trer la com­mu­nauté scien­ti­fique qui invite.


Au congrès Elpub, ren­contre inter­na­tio­nale annuelle sur l’édition élec­tro­nique, on ne dis­cute plus, depuis long­temps, de la per­ti­nence du libre accès (OA). On s’interroge sur le façon de le struc­tu­rer, de le rendre pos­sible, de l’améliorer, etc. On dis­cute de fédé­ra­tion d’outils, de modèles écono­miques inno­vants, de stra­té­gies en tous genres pour faire mieux.

Au Conseil scien­ti­fique puis au Conseil d’administration de l’université de Pro­vence, on m’invite pour pré­sen­ter la ques­tion de l’Open Access, afin que je défende l’idée d’une signa­ture de la Décla­ra­tion de Ber­lin. Nom­breux ont déjà par­ti­cipé à des débats sur le sujet, mais il est com­plexe et tou­jours mar­gi­nal par rap­port aux pré­oc­cu­pa­tions dis­ci­pli­naires. Il faut donc des digi­tal acti­vists, qui viennent pré­sen­ter le dos­sier, en réa­li­ser une syn­thèse, pous­ser les argu­ments, résu­mer le débat, annon­cer les dis­cus­sions à venir sur le « man­dat OA ». Je fais une syn­thèse : 300 établis­se­ments ont signé la Décla­ra­tion de Ber­lin, depuis 2003. La France n’est pas bien repré­sen­tée, car les signa­taires ne sont que 17…


L’Université de Pro­vence va-​t-​elle relan­cer le mou­ve­ment de signa­tures fran­çaises de la Décla­ra­tion de Berlin?

Signa­taires fran­çais de la Décla­ra­tion de Berlin

Uni­ver­sité Blaise Pascal
Ins­ti­tut Natio­nal Poly­tech­nique de Grenoble
Uni­ver­sité de Haute-​Alsace
Uni­ver­sité Paris-​Sud 11
Uni­ver­sité Mont­pel­lier 2
Euro­pean Research Consor­tium for Infor­ma­tics and Mathematics
Centre de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale en recherche agro­no­mique pour le développement
Centre natio­nal du machi­nisme agri­cole, du génie rural, des eaux et des forêts
Uni­ver­sité Lumière Lyon 2
Ins­ti­tut de Recherche pour le Développement
Ecole Pra­tique des Hautes Etudes
Ins­ti­tut Natio­nal de la Recherche en Infor­ma­tique et Automatique
Ins­ti­tut Natio­nal de la Recherche Agronomique
Ins­ti­tut Pasteur
Euro­pean Geos­ciences Union

Pour obte­nir un vote quasi-​unanime, il faut encore dis­tin­guer le libre accès et les archives ouvertes, le pre­mier étant plus facile à com­prendre pour cer­tains que le second, effrayés par l’objet nou­veau et son appa­rente absence de régu­la­tion. Et c’est dom­mage. Evo­quer les établis­se­ments qui ont adopté le man­dat, l’obligation de dépôt pour toutes leurs pro­duc­tions, l’Uni­ver­sité de Stan­ford, le MIT, le Natio­nal ins­ti­tutes of health, apaise les inquiets et per­met le vote d’une déci­sion forte en faveur de la Décla­ra­tion de Ber­lin, avec le sou­tien sans ambi­guïté du Pré­sident (Jean-​Paul Caverni) et du Vice-​Président (Denis Bertin).


Au World science forum (WSF), à Buda­pest, le débat s’ouvre à peine. Cela semble para­doxal pour la ville qui a accueilli dès 2001 le Buda­pest Open Access Ini­tia­tive (BOAI), mais c’est mani­feste. L’activiste digi­tal qui vient expli­quer les ver­tus du libre accès doit faire assaut de péda­go­gie, ne doit pas intro­duire la notion de cybe­rin­fra­struc­ture ni enga­ger le débat en direc­tion des dif­fi­cul­tés liées à la main-​mise de Cross­ref sur le « mar­ché » des iden­ti­fiants uniques DOI et du Cross­lin­king (liens croi­sés). Il faut redire, avec sim­pli­cité, l’efficacité scien­ti­fique, édito­riale et poli­tique de l’open acces. Pré­ci­ser clai­re­ment que l’open access ne doit pas être confondu avec la gra­tuité… car il faut bien que quelqu’un paie, quelque part. L’orateur qui me suit pré­sente les dif­fi­cul­tés des jeunes cher­cheurs afri­cains à faire émer­ger des pôles de recherche forts en Afrique. Ce mes­sage, sans doute pré­paré par des décen­nies de prise de conscience poli­tique, est audible et trouve un fort écho. Mais peu de gens, dans l’assemblée, semblent en mesure de relier la ques­tion de l’open access à la ques­tion des rela­tions Nord/​Sud.
Pas facile, de jon­gler entre les publics, dont la conscience des enjeux est si inégale.

En expli­quant les fon­de­ments de la réflexion sur le libre accès, débat­tus depuis 10 ans, on risque d’endormir le public avec un pro­pos trop géné­ral, trop phi­lo­so­phique et poli­tique, qui a été res­sassé. Mais, en pré­ci­sant l’argumentaire, en l’actualisant et le contex­tua­li­sant, c’est-à-dire en entrant plus en détails dans les enjeux de gou­ver­nance de l’écosystème numé­rique uni­ver­si­taire (Science com­mons, DOI, OAIs­ter, OAI-​PMH, …), on risque de don­ner une teinte exces­si­ve­ment tech­no­lo­gique au pro­pos, et, ce fai­sant, de le dis­qua­li­fier, en le ren­dant inaudible.
La suite à Alexan­drie en avril 2010.

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