Vers un THATCamp à Paris en mai 2010

18 novembre 2009
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Intro­duc­tion du sémi­naire « Digi­tal huma­ni­ties. Les trans­for­ma­tions numé­riques du rap­port aux savoirs. »

Pro­gramme du sémi­naire : http://​blog​.homo​-nume​ri​cus​.net/​a​r​t​i​c​l​e​1​0​2​5​8​.​h​tml

Ani­ma­teurs du sémi­naire : Pierre Mou­nier et Marin Dacos.

Hash­tag Twit­ter : #DHDM

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Ce sémi­naire part de l’idée qu’émerge une dis­ci­pline, appe­lée les Digi­tal huma­ni­ties, que l’on pour­rait tra­duire en fran­çais sous l’appellation « Sciences humaines et sociales numé­riques ». Cer­tains l’ont appelé Huma­ni­tés numé­riques. D’autres ne l’appellent pas…

C’est pré­ci­sé­ment de ce pro­blème que nous sou­hai­tons par­ler. Avec l’arrivée de l’informatique dans les années 1970, de la micro-​informatique dans les années 1980, du web dans les années 1990 et du Web 2.0 dans les années 2000, la science a été influen­cée for­te­ment par des dis­po­si­tifs tech­no­lo­giques forts. Elle a d’ailleurs régu­liè­re­ment contri­bué à leur inven­tion. Le web vient de Tim Ber­ners Lee, à l’époque au CERN. Les licences libres, qui struc­turent for­te­ment le réseau et le web, ont une ori­gine uni­ver­si­taire égale­ment : la licence GPL a été créée par Richard Stall­mann, cher­cheur au labo­ra­toire d’intelligence arti­fi­cielle du MIT aux États-​Unis (1983).

En paral­lèle, les besoins en ins­tru­men­ta­tion de cor­pus n’ont cessé de croître. L’arrivée de la démo­gra­phie his­to­rique, par exemple, est un exemple clas­sique de besoins de cal­culs dépas­sant les capa­ci­tés de mani­pu­la­tion manuelle. Depuis, l’explosion docu­men­taire intro­duite par la numé­ri­sa­tion du monde a aug­menté consi­dé­ra­ble­ment les besoins d’instrumentation numé­rique. Cela passe, en fait, de l’identification à l’analyse, en pas­sant par l’encodage et l’archivage. Mais il ne me semble pas avéré que les dif­fé­rentes vagues d’informatisation des méthodes de la recherche en sciences humaines, depuis les années 1970, aient débou­ché sur une approche cumu­la­tive, dans laquelles les pre­mières ini­tia­tives auraient légué un héri­tage struc­turé, sur les épaules duquel les ini­tia­tives sui­vantes auraient pu s’appuyer.

On débat­tra, sans doute, de savoir si chaque dis­ci­pline déjà établie doit se doter d’une science auxi­liaire, par exemple, pour l’archéologie, une archéo­lo­gie numé­rique, ou si les Digi­tal huma­ni­ties sont un objet à part entière, avec un cor­pus de méthodes, de concepts et d’outils cohé­rent, qui est tota­le­ment trans­ver­sal. Je m’attarderai peu, à titre per­son­nel, sur cette ques­tion, parce que je pense que c’est un pro­blème ins­ti­tu­tion­nel plus qu’un pro­blème scien­ti­fique. En effet, auxi­lia­ri­ser com­plè­te­ment le numé­rique à l’intérieur de pro­blé­ma­tiques très spé­cia­li­sées, risque de mener à des impasses et à une mul­ti­tude de réin­ven­tions de la roue. Les ten­ta­tives d’approche cumu­la­tive en seraient alté­rées. Et, à l’inverse, déta­cher arbi­trai­re­ment les digi­tal huma­ni­ties du sub­strat consti­tué par chaque para­digme dis­ci­pli­naire res­te­rait à la sur­face des choses, trans­for­mant les digi­tal huma­ni­ties en ingé­nié­rie hors-​sol…

En revanche, ce qui m’intéresse plus, c’est de tra­vailler sur ces deux axes : les digi­tal huma­ni­ties comme science auxi­liaire et les digi­tal huma­ni­ties comme dis­ci­plines, pour per­mettre une véri­table pro­fes­sion­na­li­sa­tion. Je m’interroge, tou­jours, sur les connais­sances en sta­tis­tiques des études médi­cales por­tant sur la pro­ba­bi­lité d’avoir un can­cer lorsqu’on a eu un demi-​frère qui a pris son bain tous les lundi avant d’aller à l’école, par rap­port à ceux qui ont eu une demi-​soeur qui pre­nait son bain le dimanche soir… La maî­trise des sta­tis­tiques est une sub­di­vi­sion des Digi­tal huma­ni­ties. Ici, comme ailleurs, les erreurs sont au coin de la rue. L’instrument fait faci­le­ment illu­sion. Je jette mes don­nées dans la machine, et la machine me rend un glou­bi­boulga scien­ti­fique, parce qu’elle ne com­prend que des 0 et des 1, donc elle ne peut pas se tromper…

Bref, la mise en oeuvre d’instruments impose des com­pé­tences pré­cises, comme l’introduction des son­dages, des ana­lyses fac­to­rielles et de tout autre dis­po­si­tif à voca­tion heu­ris­tique l’ont imposé en leur temps. Il faut, pour cela, oser entrer dans le détail, et maî­tri­ser en pro­fon­deur les limites des outils exploi­tés. Je soup­çonne que de nom­breux thé­sards sont en train de com­pa­rer des requêtes sur Google entre « Nico­las Sar­kozy » et « Jacques Chi­rac » pour mesu­rer leur popu­la­rité res­pec­tive sur le réseau. Or, le nombre de biais d’une telle mesure, gros­sière, est pro­pre­ment colos­sal… et je ne sais pas com­bien de jurys sont capables d’en décor­ti­quer en détail les lignes de faiblesse…

Ces enjeux, mis en place, montrent bien que s’impose la consti­tu­tion d’un état de l’art des digi­tal huma­ni­ties. Que des com­pé­tences spé­ci­fiques, poin­tues, et trans­ver­sales, puissent émer­ger, se déve­lop­per et, ensuite, être iden­ti­fiées. Un état de l’art ne s’imposera pas depuis un indi­vidu ou un groupe iso­lés. Il s’imposera sur la base du consen­sus, après débats, confron­ta­tions, et dis­cus­sions. Pour cela, il nous faut construire une com­mu­nauté, la doter d’outils et de moments d’échanges, de dis­po­si­tifs de publi­ca­tion et d’évaluation.

Or, il se trouve que la com­mu­nauté des Digi­tal huma­ni­ties émerge de plus en plus net­te­ment, en par­ti­cu­lier en Angle­terre et aux USA. Nous, fran­çais et euro­péens du conti­nent, sommes invi­tés par les amé­ri­cains à nous posi­tion­ner, à par­ti­ci­per au déve­lop­pe­ment de la dis­ci­pline. Com­ment y contribuer?

Il y a plu­sieurs méthodes. Celle du Congrès et de la Consti­tu­tion d’une société savante inter­na­tio­nale, très clas­sique, me semble inadap­tée à la situa­tion. D’abord, parce que la com­mu­nauté est trop épar­pillée, trop fra­gile, et n’a pas encore iden­ti­fié ses membres poten­tiels. Ensuite, parce que l’objet concerné est, par conjonc­ture, imma­ture et, par nature, dis­persé. Struc­tu­rer vite et fort pour­rait avoir pour effet de geler l’état de l’art sur des bases aléa­toires, et créer arti­fi­ciel­le­ment de l’obscolescence. Or, nous n’avons pas besoin d’institutionnalisation, mais plu­tôt d’invention et de co-​invention.

THATCamp

Je vous pro­pose donc plu­tôt une non-​conférence. Une non-​conférence « géné­rée par l’utilisateur ». D’après Wiki­pe­dia, une non-​conférence est une «  confe­rence where the content of the ses­sions is crea­ted and mana­ged by the par­ti­ci­pants, gene­rally day-​by-​day during the course of the event, rather than by one or more orga­ni­zers in advance of the event.” An uncon­fe­rence is not a spec­ta­tor event. Par­ti­ci­pants in an uncon­fe­rence are expec­ted to present their work, share their know­ledge, and acti­vely col­la­bo­rate with fel­low par­ti­ci­pants rather than sim­ply attend » .

Il s’agit sim­ple­ment d’un événe­ment sur le modèle des bar­camps. En France, le Cléo a déjà par­ti­cipé à l’organisation du Book­Camp, non-​conférence sur le livre numé­rique orga­ni­sée par Hubert Guillaud. Nous sou­hai­tons à pré­sent déve­lop­per un THAT­Camp. The Huma­ni­ties and Tech­no­logy Camp a été inventé pour por­ter le modèle du Camp, de la non-​conférence, dans le domaine des Digi­tal huma­ni­ties. Le direc­teur du CHNM, Dan Cohen, m’a auto­risé à uti­li­ser ce nom en France. Le nom défi­ni­tif pour­rait être «  THAT­Camp Paris  » (ou un autre nom, si vous pro­po­sez mieux).

Il aura lieu le 18 et 19 mai à Paris, Bd Ras­pail, à Paris.

Le sémi­naire a pour objec­tif de pré­pa­rer cet événe­ment, de réflé­chir à ses moda­li­tés, d’identifier les lignes de force et de frac­ture des digi­tal huma­ni­ties, d’identifier les acteurs qui devront être asso­ciés à cette non-​conférence.

L’événement doit être ouvert, très ouvert, com­mu­nau­taire. La moda­lité d’inscription et de créa­tion des ate­liers sera le wiki.

La confé­rence sera, pour l’essentiel, en anglais. Nous cher­che­rons à dis­po­ser de pas­se­relles pour les inter­ve­nants n’osant pas par­ler en anglais, pour tra­duire en simul­tané leurs pro­pos. Nous allons for­mu­ler des demandes de sou­tien auprès de plu­sieurs établis­se­ments, fran­çais et euro­péens. Idéa­le­ment, la non-​conférence pour­rait débou­cher sur un mani­feste de digi­tal huma­ni­ties s’étant réunies à Paris, évoquant les enjeux, et per­met­tant de com­men­cer à pro­po­ser un dis­cours col­lec­tif et de se doter d’un programme.

N’hésitez pas à nous contac­ter, si vous sou­hai­tez par­ti­ci­per à l’organisation ou à des ate­liers qui auront lieu au cours du That­Camp : contact@​revues.​org

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5 Responses to Vers un THATCamp à Paris en mai 2010

  1. Hubert Guillaud on 18 novembre 2009 at 6 h 52 min

    Excel­lente idée !

  2. […] This post was men­tio­ned on Twit­ter by Revues​.org, Fré­dé­ric Cla­vert. Fré­dé­ric Cla­vert said: RT @revuesorg: Vers un THAT­Camp à Paris en mai 2010 http://​bit​.ly/​4​A​k​yz5 […]

  3. pouyllau on 12 décembre 2009 at 3 h 01 min

    Good idea ! Great ! Gorgeous !

  4. […] événe­ment est pré­paré par le sémi­naire sur les Digi­tal huma­ni­ties que Pierre Mou­nier et moi-​même animons à […]

  5. THATCamp in Paris — digiversity on 4 avril 2010 at 9 h 57 min

    […] für das THAT­Camp in Paris eigens auto­ri­siert, schreibt Marin Dacos, der Direk­tor des CLEO, in sei­nem Blog. Neben dem Namen wurde auch die Verans­tal­tungs­form – näm­lich die “Unkonferenz” […]

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