Une informatique « pretty cool »

25 février 2005
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Quelque chose est en train de chan­ger dans l’informatique per­son­nelle (et bien­tôt, espé­rons le, pro­fes­sion­nelle). Enfin, après des années de souf­frances et de dif­fi­cul­tés, accé­der, mani­pu­ler et pro­duire des objets numé­riques devient facile, simple, agréable, sympa, en un mot pret­ty­cool (le mot que j’ai le plus entendu et lu depuis ces der­nières semaines).

On com­mence en effet à voir se des­si­ner une cer­taine logique dans la mul­ti­pli­cité des objets et sup­ports numé­riques qui ont fait leur appa­ri­tion ces der­nières années : le bien nommé ordi­na­teur de bureau devient une base per­ma­nente, une sorte de centre de res­sources autour duquel tourne une mul­ti­tude d’objets bran­chés sur lui en continu ou de manière temporaire.

Cet ordi­na­teur de bureau, relié au réseau par une connexion haut débit devient un véri­table media cen­ter, mais pas du tout au sens où Micro­soft le com­prend : pas ques­tion en effet de vision­ner des vidéos, d’écouter des fichiers audio (musi­caux mais pas seule­ment) ou de lire en pro­fon­deur ou dans la durée par l’intermédiaire de cet ordi­na­teur. Car, posé sur le bureau, avec son cla­vier posé en pre­mier plan et son écran juste en face, il est encore tota­le­ment mar­qué par le monde du bureau dont il est issu. De ce point de vue, il impose une dis­ci­pline du corps qui l’enferme dans l’univers et les pra­tiques pro­fes­sion­nelles (donc astrei­gnantes et répressives).

Toutes les expé­ri­men­ta­tion et ten­ta­tives d’innovation que l’on a pu voir depuis la nais­sance de l’ordinateur per­son­nel tournent autour de ce pro­blème : depuis l’invention de la sou­ris jusqu’au concept d’ordinateur de salon, en pas­sant par les tablets pc (aujourd’hui bra­dées, ce qui n’est pas un bon signe), les cla­viers sans fil ou les ten­ta­tives dése­pé­rées de renou­ve­ler le concept d” »espace de tra­vail » dans les inter­faces gra­phiques, les écrans (plus ou moins) mobiles, les efforts de design, les e-​books et bien d’autres choses, on tente de tou­jours de réponde à la même ques­tion : com­ment s’affranchir enfin du modèle (tech­no­lo­gique, esthé­tique, com­por­te­men­tal, poli­tique (?)) de la machine à écrire de la secré­taire des années 50 ?

Il semble bien que tout le monde com­mence à com­prendre aujourd’hui qu’il est vain de vou­loir s’en affran­chir tota­le­ment, qu’il est pos­sible de conser­ver ce modèle pour le pilo­tage d’un centre de com­man­de­ment des flux d’informations vers ou à par­tir de péri­phé­riques adap­tés à un seul usage : cames­cope, appa­reil photo numé­rique, bal­la­deur mp3, smart­phone éven­tuel­le­ment, et bien­tôt papier élec­tro­nique, site web personnel…

Et la grande nou­veauté, c’est que la mani­pu­la­tion de tout cela devient véri­ta­ble­ment pret­ty­cool, c’est-à-dire à la fois simple et agréable aussi bien pour rece­voir l’information, que l’agréger, la trans­for­mer et la publier.

Dif­fi­cile de ne pas voir qu’Apple a, une fois de plus, mon­tré le che­min dans ce domaine, par exemple avec l’ipod et sa capa­cité à « mon­ter » tout seul sur le bureau au bran­che­ment, obli­geant l’univers pc (et sin­gu­liè­re­ment Win­dows) à réagir très vite en sup­por­tant mieux et sur­tout de manière plus trans­pa­rente les connexions usb.

Le pro­to­cole RSS (ou son concur­rent) est aussi au coeur de la ques­tion, en déve­lop­pant les usages autour du push — qui consti­tuait le saint graal de tous les acteurs du web il y a quelques années -, mais un push « à la carte », qui dépasse pour ainsi dire la vieille oppo­si­tion entre le pull/​actif et et le push/​passif. Aujourd’hui, en agré­geant des conte­nus mul­ti­mé­dias, les sys­tèmes d’information RSS/​atom élar­gissent et affer­missent leur espace d’usages.

Der­nier levier de ces nou­veaux usages de l’informatique, la géné­ra­li­sa­tion de ce qu’on va appe­ler les « CMS per­son­nels » qui per­mettent aujourd’hui à tout un cha­cun de publier avec une faci­lité décon­cer­tante. Quelques grands anciens ont ouvert la voie : Php­nuke, Spip. Ils sont aujourd’hui relayés auprès de nou­veaux publics par les héber­geurs et ges­tion­naires de blogs d’un côté, par les wikis de l’autre.

Faci­lité et à obte­nir l’information, faci­lité à la trans­fé­rer d’un sup­port sur l’autre, faci­lité et plai­sir à la modi­fier, puis à la publier, il me semble que de belles années infor­ma­tiques s’ouvrent poten­tiel­le­ment devant nous, à moins que toutes ces vir­tua­li­tés ne soient détruites par un contre-​courant puis­sant s’exerçant à un autre niveau.

C’est tout l’enjeu, bien au delà des pro­blé­ma­tiques de pure consom­ma­tion musi­cale que l’on entend en per­ma­nence, des débats actuels. Car il semble assez évident que le moteur essen­tiel de ce mou­ve­ment n’est autre que l’utilisateur, et sa capa­cité à tis­ser de nou­velles rela­tions, à ima­gi­ner de nou­velles hybri­da­tions, qui ne peut s’exercer que sur des objets ouverts, qu’il s’agisse de hard­ware, de soft­ware, ou de contenu.

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