Je me permets de plagier le titre d’un récent billet paru sur Arhv, pour évoquer le glissement progressif vers le fiasco de la toute nouvelle émission de France Culture consacrée à Internet.
Lorsque les deux animateurs — Caroline Broué et Thomas Baumgartner, ont commencé la première de leurs émissions par une revue de presse construite pour l’essentiel sur la lecture de titres généralistes comme Le Monde et Télérama, on pouvait se douter que quelque chose allait très vite clocher. En réalité, la qualité de leurs invités : Joël de Rosnay et Véronique Kleck a pu faire illusion un moment. Nettement moins maîtrisé la semaine suivante (sur la question du gratuit avec Olivier Bomsel), le débat vient aujourd’hui de s’effondrer en nous faisant subir une heure de propagande « décomplexée » comme on dit maintenant, en faveur de Nicolas Sarkozy, de son génie, de son courage et de ses idées neuves sur Internet.
Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement par l’intermédiaire du thème du débat : « En quoi internet peut-il changer notre rapport au politique ? » et de son unique invité : Thierry Solère, maire-adjoint de Boulogne-Billancourt et secrétaire national de l’UMP…
Thierry Solère est un des artisans de la campagne de Nicolas Sarkozy sur Internet. Le moins que l’on puisse dire est que son approche des relations entre politique et Internet est assez particulière. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’UMP n’est pas tombé de la dernière pluie en matière de communication sur les réseaux. Cela fait très longtemps que des campagnes ciblées ont été menées par une célèbre agence spécialisée, le fameux « Enchanteur des nouveaux médias », Arnaud Dassier, pour le compte du parti conservateur. Et la marque de fabrique de l”« Enchanteur », c’est, contrairement à ce que son titre ronflant suggère, l’agressivité du marketing politique. Certains se souviendront des fameux adwords achetés par l’UMP pour conduire vers son site à partir de recherches sur des mots comme « banlieue », « racaille » ou « voitures brûlées ». D’autre se souviendront du Sarkospam, message publicitaire non sollicité envoyé à des dizaines de milliers d’adresses mails, sans qu’aucune poursuite n’ai jamais été rendue possible.
Pendant près d’une heure, on a donc eu droit à une apologie sans contradiction de cette communication politique tout en finesse, recouvert par un discours bateau sur les vertus participatives du Web 2.0, la révolution du journalisme citoyen et les cyber-mamy capables de recevoir les photos de leurs petits-enfants et d’adhérer à l’UMP en un clic. Il faut reconnaître aux deux animateurs de l’émission, qu’un autre invité était prévu. Benoît Thieulin, responsable de la net-campagne de Ségolène Royal devait apporter la contradiction, j’imagine. Retenu par un retard ferroviaire, il n’a pas pu participer au débat, ce qui est fort dommage. Il aurait pu démentir Thierry Solère qui, n’ayant pas compris que la campagne présidentielle était terminée, s’évertuait à taper sur la candidate socialiste et son dispositif participatif Désirs d’avenir. Le pitch de son argumentaire était simple : Désirs d’avenir montre que Ségolène Royal n’a pas d’idées ; et d’ailleurs sa proposition participative est un écran de fumée car les contributions des internautes n’ont pas été repris dans le discours de Villepinte. Le syllogisme qui relie les deux propositions a manifestement échappé aux journalistes qui se sont contentés d’un silence ignorant. S’ils avaient préparé un peu mieux leur émission, ils auraient peut-être lu l’article paru sur ce sujet exactement dans le dernier numéro de la revue Hermès, qui montre que les choses ne sont pas aussi simples.
C’est peut-être quelques auteurs de ce numéro d’ailleurs qu’il aurait fallu inviter, en face d’acteurs impliqués comme Solère et Thieulin. Ils auraient permis de confronter un discours de pure propagande avec des recherches nombreuses sur le sujet qui apportent des réponses à la question posée par le titre de l’émission, un peu plus fines que ce qu’on a entendu. Bref, ils auraient fait une émission France Culture et non Europe 1.
Pour finir, il y eut un moment savoureux, lorsque Thomas Baumgartner, dans un sursaut de dignité, demanda à son invité si les achats de mots clés du type « voiture brûlée » n’étaient pas à son avis contraires à l’éthique. La réponse de thierry Solère fut extrêmement claire : c’est ce que tout le monde fait, et ce n’est pas interdit par la loi. Dans ces conditions, il ne voyait pas ce qui était contraire à l’éthique.
C’est bien ce qu’il me semblait.




Bonjour Piotrr
Je vous remercie de votre écoute attentive.
Vous l’écrivez, vendredi dernier, nous n’avions que la moitié des invités prévus pour cette émission.
Nous comptions évoquer les mécanismes d’une nouvelle communication politique, d’un nouveau militantisme, avec un politique qui fait de l’internet (T. Solère) et un homme du réseau, qui pense néthique et particiatif, et qui par ailleurs a eu une action politique (B. Thieulin).
Boum !, l’un des deux est absent et injoignable, ce qu’on apprend à 3/4 d’heure de l’antenne. Et c’est le plus politique des deux qui reste au micro.
Je crois que, face à un discours qui certes tenait du militantisme de campagne plus que de l’analyse apaisée, nous avons eu plus qu’un « sursaut de dignité », et nous essayions régulièrement de ramener notre invité sur notre terrain. Sans doute pas assez, sans doute sans succès, vous avez raison, et c’est un tort.
Nous aurions sans doute dû faire plus court pour accorder, par exemple, plus de place à Benoît Raphaël, responsable éditorial du Post.fr, site qui pose beaucoup plus de questions que nous n’avons pu en exprimer ce jour-là.
Je vous demande, néanmoins, d’accorder à Place de la Toile le bénéfice du doute. Nous faisons vendredi prochain notre 4e émission, seulement. Nous défrichons. Et si nos sources sont parfois la presse traditionnelle, nous savons élargir notre champ de vision et d’écoute, et nous le ferons de plus en plus. Ne serait-ce qu’en se nourrissant auprès d’Homo Numéricus. Ce que je faisais au moment où j’ai vu votre post.
bien cordialement
bonne suite à vous
thomas baumgartner
coproducteur de Place de la Toile
Bonjour Thomas,
qui bene amat bene castigat
la virulence de ma critique est à la mesure de mon attente pour cette émission, qui reste, dans son principe, une excellente idée.
Bonne continuation ; concoctez-nous de belles émissions à venir.
merci d’avoir signalé cet intéressant numéro de la revue Hermes : je vais de ce pas l’acheter :-)
merci
Bonjour,
Pour être tout à fait juste et sans parti pris, il faudrait ajouter que la place de la revue Hermes sur la toile n’est pas vraiment brillante (ni pour le contenu mis en ligne, ni pour l’autorisation à mettre en archives ouvertes, ni pour l’architecture du site, ni pour le référencement et l’accessibilité).
Ceci pose aussi problème pour une revue spécialisée en communication. Si les journalistes ont des lacunes..l’édition scientifique française n’est souvent pas mieux lotie.
JM Salaun
J’ai voulu me reconnaître comme l’auteur du papier d’Hermès cité par Piotrr, qui doit être « Partie de Campagne : militer en ligne à Désirs d’avenir ». Je suis très heureux que ce témoignage ait été remarqué ici.
Effectivement, la politique de mise en ligne d’Hermès est pour le moins discutable. Mais je tiens à disposition des lecteurs qui le souhaitent la version mimeo de mon papier. Il vous suffit de me la demander à godefroy.beauvallet@enst.fr. Je serais en tout état de cause heureux de connaître vos commentaires à cet article, si vous en avez.
Bien entendu, je ne vous en recommande pas moins d’acheter ou de lire en bibliothèque le numéro d’Hermès, qui contient bien d’autres papiers très intéressants sur l’usage des TIC en politique.
Bonjour,
merci pour votre message et pour votre proposition aux lecteurs de Blogo. Petite astuce, si vous voulez que vos articles soient plus accessibles : il existe une plate-forme d’archives ouvertes qui vous permet de déposer vous-mêmes vos préprints comme vous le souhaitez :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/
Cette plate-forme est proposée par le CNRS. Elle fournit donc toutes les garanties de sérieux et de qualité requises.
Essayez ! Vous verrez, c’est très pratique.
réaction tardive mais elle aussi destinée à encourager Place de la Toile : 4 auteur(e)s du numéro d’Hermès cité (merci de la part de sa co-coordinatrice) avaient déjà été invités sur France –Culture, en juillet dernier, dans l’émission de Sylvain Bourmeau « La suite dans les idées ». Il fallait donc éviter de doublonner ! mais bien d’accord pour regretter l’absence de numéros frais online …
espérons en tout cas que Place de la Toile fera preuve de plus de perspicacité et de recul critique quand, fin juin 2008, les ICANNiens de tous les pays se retrouveront à Paris …