Lodel

5 juin 2005
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Lodel, un CMS orienté édition
élec­tro­nique, vient de rem­por­ter Les Tro­phées du Libre, dans la caté­go­rie « Struc­tures publiques et col­lec­ti­vi­tés ». C’est une excel­lente nou­velle pour toute l’équipe de ce super logi­ciel, que j’utilise quotidiennement.

Pour aller vite, les point forts de Lodel sont :

1. de per­mettre la mise en ligne de textes com­plexes (au niveau struc­tu­ra­tion), édités dans un trai­te­ment de texte (Word ou Open Office). Le tra­vail de conver­sion est effec­tué via un module spé­ci­fique inté­gré au logiciel.

2. d’atteindre un niveau de géné­ri­cité inégalé pour un CMS, per­met­tant une confi­gu­ra­tion opti­male pour chaque contexte de publication.

Actuel­le­ment, toute l’équipe de déve­lop­pe­ment est en train de tra­vailler à la fina­li­sa­tion d’une nou­velle ver­sion réécrite et por­tant jusqu’à son terme la logique de géné­ri­cité (avec en outre, la prise en charge de l’internationalisation du logi­ciel), si j’ai bien suivi.

Pour moi, Lodel consti­tue un exemple très réussi de ce phé­no­mène d’inno­va­tion par l’usage, ou ascen­dante, dont parle Domi­nique Car­don dans la der­nière édition d’Internet Actu. Mais ici, comme dans la plu­part des logi­ciels libres, l’intégration de l’usage dans la concep­tion du logi­ciel est for­ma­li­sée, notam­ment par le biais de la par­ti­ci­pa­tion à des listes de dis­cus­sion à plu­sieurs niveaux.

C’est assez pas­sio­nant d’observer com­ment les listes de dis­cus­sion se trans­forment en forums au sens le plus poli­tique du terme où sont élabo­rés des com­pro­mis plus ou moins réus­sis entre les exi­gences et les besoins de par­ti­ci­pants aux pro­fils assez divers : entre l’exigence de qua­lité du code, la volonté de res­pec­ter les stan­dards, la néces­saire sim­pli­cité d’utilisation, et la satis­fac­tion de logiques édito­riales spé­ci­fiques, il y a des choix à faire qui sont dis­cu­tés, vali­dés, implé­men­tés, sou­vent en dehors de tout formalisme.

Du coup, on voit bien que ce qui fait l’essentiel de la réus­site d’un logi­ciel repose autant sur la qua­lité du contat social qui fonde le col­lec­tif qui le fait vivre, que sur de pures qua­li­tés tech­niques objec­ti­ve­ment mesu­rables. Ou plu­tôt, c’est sur une bonne arti­cu­la­tion de ces deux dimen­sions que repose l’ensemble. Nico­las Auray le montre bien dans le cas de la com­mu­nauté Debian, mais Debian est aussi un cas particulier.

Pour un CMS comme Lodel, la dimen­sion sociale du logi­ciel est encore plus évidente. Car un CMS ne « fabrique » pas grand chose contrai­re­ment à d’autres logi­ciels (comme un trai­te­ment de texte ou un tableur) ; son rôle consiste essen­tiel­le­ment à faire tra­vailler ensemble plu­sieurs rôles sur une chaîne de pro­duc­tion, à orga­ni­ser le tra­vail d’un col­lec­tif. On parle beau­coup de l’inter­face homme-​machine en infor­ma­tique. Quand j’utilise un CMS, j’ai bien plus l’impression de tra­vailler sur une inter­face homme-​homme, avec la machine comme média­teur. Le « pro­gramme » fonc­tionne comme une consti­tu­tion, qui peut être tyran­nique, hié­rar­chique, démo­cra­tique, etc.

Evi­dem­ment, il serait inté­res­sant de savoir si le contrat social sur lequel le col­lec­tif formé des concep­teurs et uti­li­sa­teurs du logi­ciel fonc­tionne, se pro­jette d’une manière ou d’une autre (avec ou sans trans­for­ma­tion) sur la manière dont le logi­ciel orga­nise le tra­vail du col­lec­tif d’édition dans le cas d’un CMS.

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