
Nous continuons à travailler, Pierre et moi, à l’écriture de notre Repères qui sera intitulé L’édition électronique. Il m’a semblé indispensable d’établir une chronologie relativement claire, bien que synthétique (au regard de la taille contrainte de l’ouvrage, 128 pages), de l’histoire de l’édition électronique. J’ai trouvé une aide précieuse dans le travail au long cours de Marie Lebert, dont les dossiers et les chronologies sont incontournables : http://www.etudes-francaises.net/dossiers/.
Il m’a semblé nécessaire de séparer les grandes initiatives concernant les contenus des initiatives concernant les technologies. L’un ne va pas sans l’autre, bien entendu, mais les registres dans lesquels ils s’inscrivent ne sont pas similaires. Je commence par les technologies, qui intègrent, me semble-t-il, la question des matériels. J’apporterai bientôt, ici, une chronologie des projets éditoriaux.
Chronologie des technologies de l’édition électronique
[EDIT]1965 – MARC, MAchine-Readable Cataloging, format de données permettant d’informatiser les catalogues de bibliothèques, créé par la Bibliothèque du Congrès.[/EDIT]
1968 – ASCII, système d’encodage de texte de l’American standard code for information interchange. Il comporte au départ 128 caractères.
[EDIT]1974 – Mise au point du procédé Gyricon par Nicholas K. Sheridon. Il s’agit du premier papier électronique. cf. http://thefutureofthings.com/articl…[/EDIT]
[EDIT]1986 – SGML, Standard Generalized Markup Language (langage normalisé de balisage généralisé) devient une norme ISO (ISO 8879:1986).[/EDIT]
1987 – TEI, Text encoding initiative, norme de balisage, de notation et d’échange de corpus des documents électroniques
1991 – UNICODE, système d’encodage permettant de traiter toutes les langues de la planète.
[EDIT]1991 – WorldWideWeb, premier navigateur web, développé par Tim Berners-Lee sur NeXTSTEP.[/EDIT]
1993 – HTML 1.0 (en fait, cette version n’a pas fait l’objet de spécifications).
1993 – Portable document format (PDF) 1.0 et Acrobat reader, format et lecteur de documents mis en page, créés par la société Adobe.
1994 – DAISY, Digital Accessible Information SYstem, format pour livres audio destinés aux personnes souffrant d’un handicap visuel. Le format est d’abord propriétaire, puis ouvert.
1995 – Apache Webserver.
1995 – CNET PRISM, Presentation of Realtime Interactive Service Material, précuseur des CMS. Sera racheté par Vignette en 1996.
1996 – CSS 1.0, Cascading Style Sheets, recommandation du W3C, format destiné à gérer l’apparence des pages web.
1997 – Web Accessibility Initiative (WAI), du W3C, dont l’objectif est de proposer des solutions techniques pour rendre le web accessible à tous, y compris aux personnes handicapées.
1998 – XML, Extensible Markup Language. Langage à balises créé par le World Wide Web Consortium.
1999 – RDF, Resource Description Framework, recommandation du W3C préfigurant le web sémantique.
1999 – Dublin Core, format de métadonnées composé de 15 éléments
1999 – Open eBook, format dédié au livre numérique.
1999 – RSS 0.90 (RDF Site Summary), format créé par Netscape pour syndiquer des actualités issues de sources diverses.
2000 – PRISM, Publishing Requirements for Industry Standard Metadata, format de métadonnées dédié à l’édition (XML et RDF).
2000 – PRC et Mobipocket, format et société spécialisés dans les livres numériques pour assistant personnel (acquis par Amazon en 2005).
2000 – Microsoft Reader format (.lit) et Microsoft Reader, format et logiciel de lecture de livres électroniques de Microsoft.
2000 – XHTML 1.0, recommandation du W3C.
[EDIT] 2000 – PHP-Nuke, premier CMS populaire.[/EDIT]
2001 – OAI-PMH, Open Archives Initiative Protocol for Metadata Harvesting, protocole d’interopérabilité de l’Open Archives Initiative.
2001 – Cybook, liseuse de livres électroniques produite par la société Cytale.
2001 – Acrobat eBook Reader, logiciel de lecture pour livres numériques sous droits.
2001 – Palm Reader, logiciel de lecture destiné aux assistants personnels Palm.
2003 – MediaWiki, logiciel animant Wikipedia.
2006 – Epub, format de livres électroniques, successeur d’Open eBook.
[EDIT] 2006 – OASIS Open Document Format for Office Applications, format initié en 2002, devient une norme ISO (ISO/IEC 26300:2006). [/EDIT]
2006 – Sony Reader, liseuse de livres électroniques de Sony.
2007 – AZW et Kindle, format et liseuse de livres électroniques d’Amazon.
2008 – Cybook Gen3, liseuse de livres électroniques de Bookeen.
2008 – Readius, liseuse de livres électroniques enroulable.
Interrogations
Paradoxalement, la partie la moins claire est celle qui concerne les CMS.
D’abord parce qu’ils sont très nombreux, que le paysage est très éclaté, et que la notion même de CMS ne recouvre pas complètement celle d’édition électronique. Cependant, ma conviction profonde est que les CMS constituent la charpente de l’édition électronique, par rapport aux chaînes statiques de type « robinet XML », si je peux me permettre l’expression.
Ensuite, parce que je ne connais pas de véritable histoire de ce type d’outil, alors que les formats, les protocoles et les liseuses ont produit une imposante littérature. Sur la base des éléments dont je dispose, il m’a semblé utile de mettre en évidence CNET PRISM, qui est un des premiers CMS au monde, si l’on en croit Bob Doyle.
Qu’en pensez-vous ?



J’ajouterais personnellement deux autres dates.
D’abord l’Open Document Format. Même si ce format n’est pas directement lié à l’édition électronique il est d’une grande importance pour celle-ci. Je pense que c’est une passerelle importante et très encouragé aujourd’hui pour l’édition électronique car c’est le premier format ouvert normalisé et XML de la bureautique (2005).
Deuxième point les premiers CMS open-source d’importances. Je pense aussi que les CMS « constituent la charpente de l’édition électronique ». Dans les années 2000/2001 l’arrivée de CMS libres basés sur un AMP (Apache/Mysql/Php) a constituée une véritable révolution dans le développement et la démocratisation de l’édition électronique. Je pense particulièrement à PHP-Nuke, Mambo ou Xoops dont les communautés sont toujours très active.
Il serait sans doute utile de rappeler Postscript (1984)
Je remplacerais « 1977 – UNIMARC » par « 1968 – MARC ». Le format initial date de 1968, il est à l’origine des autres, et il est plus important que son dérivé UNIMARC, y compris aujourd’hui puisqu’il est l’ancêtre de MARC21, qui est le plus utilisé dans le monde.
bonjour,
j’aurais personnellement ajouté :
« 2007 – Le livre électronique retourne au papier grâce à la Livrairie de l’Oncle Tom« .
bon ok, c’est de la pub :S mais je me disais que mon activité vous intéresserait peut-être.
merci pour votre blog que je viens de découvrir, bien cordialement,
tom
@ Tom : Votre publicité est assez contextuelle pour qu’elle ne soit pas choquante.
@ X : En effet, l’objectif de la chronologie est d’identifier les dates fondatrices. MARC va donc remplacer UNIMARC.
@ JM Destabeaux : J’hésite toujours sur l’intégration de Postscript. En revanche, je crois qu’il faut en effet intégrer SGML dans la chronologie.
Merci à tous pour remarques, riches et constructives.
Bravo pour l’initiative, à mentionner bien évidemment le Librié en 2004
http://www.dottocomu.com/b/archives...
Bonjour,
Adobe Digital Editions (2007), qui est en train de se démocratiser par l’epub, tant sur les PC que sur les liseuses (Sony Reader par exemple), et qui montre la forte implication (bien qu’ambigüe au vu de la qualité du produit, certes) d’Adobe dans l’évolution de l’édition électronique.
Stanza (2008), ne serait-ce que parce qu’il a permis de reconsidérer la lecture sur téléphones mobiles et assistants personnels via l’iPhone…
Puisque vous citez plusieurs logiciels de lecture, je me demande s’il ne faudrait pas en ajouter deux :
Petite question : pourquoi l’édition « électronique » et pourquoi pas l’édition « numérique » ?
Bon courage !
Bonjour,
Merci pour ces remarques. J’ai négligé ODF, sans doute car c’est un format bureautique, mais il est stratégique, en effet. D’ailleurs, une grande partie de la stratégie de Revues.org pour l’avenir s’organise autour de ce format. Je suis donc impardonnable et je mets à jour le document à l’instant.
Concernant les CMS, j’ai hésité à intégrer PHP-Nuke (2000), qui me semble être le premier CMS véritablement populaire, à diffusion mondiale. SPIP (2001) est plus franco-français, bien qu’il offre une dimension éditoriale bien supérieure à celle de PHP-Nuke (cf. le site du Monde diplomatique, que j’intègre dans la chronologie des projets éditoriaux, car je considère qu’il s’agit d’un tournant). J’ai aussi hésité à parler de Zope, Typo3 (1998) et Cyberdocs. De loin, il m’a semblé que PHP-Nuke vieillissait mal. Il reste qu’il a ouvert la voie.
Marin
Bonjour,
Merci pour cette remarque. J’ai beaucoup hésité au sujet de Postscript, pour déterminant s’il relevait de l’édition électronique. En ce domaine, tout est affaire de définition. Postscript étant la première pierre de l’écosystème numérique initié par Adobe pour permettre aux ordinateurs de parler aux imprimantes, il m’a paru que cela relevait de l’édition papier, en fait. Je peux me tromper. J’ai fait le choix d’intégrer le PDF, qui est une évolution de la même logique, mais qui me paraissait plus fortement nativement numérique (ce que certains pourront contester). C’est une affaire de sensibilité et de définition. Cependant, j’avoue que votre remarque me fait hésiter, car Postscript est un véritable précurseur.
Marin
Bonjour,
Dans le même ordre d’idée, je crois que les base de ce qu’est un document électronique ont été fixées au PARC (Palo Alto Research Center) qui est le centre de recherche de Xerox.
On y trouvera notament la différence entre un format révisable composite (interscript) et un format final (interpress).
Interpress à donné lieu à Postscript (http://en.wikipedia.org/wiki/InterPress).
Interscript est à la base de toutes les recherches sur le document composite dont ODA (Open Document Architecture, puis Office Document Architecture) que je citerai bien aussi.
D’abord parce que c’est une norme ISO et ensuite car cette norme est la première tentative de standardiser des échanges entre traitements de textes.
Sinon, je vous met aussi en lien mon glossaire sur les standards documentaires de la sphère XML … à toutes fin utiles.
Même hésitation pour moi, en effet ; mais il me semble que Postscript est un jalon pour la prise en compte du pilotage numérique de la mise en page et du dessin vectoriel.
Autre remarque, les techniques d’anti-aliasing (Clear Type ?) restent cruciales pour l’affichage dynamique.
Il me semble que ces rappels techniques restent d’actualité dans les débats sur les capacités attendues des matériels mobiles.
Le langage PostScript constitue la pierre angulaire des constructions logicielles d’Adobe. C’est d’ailleurs ce qui a permis au PDF de prendre le dessus sur des solutions concurrentes, apparues elles aussi dans la première moitié des années 90 (Common Ground, par exemple).
PostScript permet de décrire un document indépendamment des périphériques de sortie. Un document PDF s’affiche ou s’imprime toujours au maximum de la résolution proposée par le périphérique. L’intégration du moteur PostScript dans MacOS X démontre bien la chose sur le plan de la qualité de rendu à l’écran.
J’oserai un parallèle : si, dans ce contexte, les liens génétiques entre PDF et PostScript sont mentionnés, alors il serait pertinent de mentionner également ceux de XML à SGML (qui est antérieur à la TEI).
@ Aldus : le Librié s’imposerait dans le cadre d’une chronologie exhaustive.
j’avoue que je ne comprends pas bien pourquoi exclure le Librié qui est quand même le premier dispositif en papier électronique a avoir été commercialisé. 1974 la mise au point du procédé Gyricon par Nicholas K. Sheridon inventor of Gyricon – first electronic-paper
http://thefutureofthings.com/articl...
@Aldus : il me manque sans doute une information. Je croyais que le Cybook utlisait le papier électronique avant le Librié ? N’ayant pas vu ces matériels à l’époque, cela reste abstrait pour moi. Si je me suis trompé, je modifierai, bien entendu, la chronologie.
Par ailleurs, j’intègre 1974 et le Gyricon. Merci pour le lien !
Bonsoir Marin
Non, le premier Cybook n’intégrait pas la technologie du papier électronique, il s’agissait d’un écran tactile couleur à cristaux liquides, rétroéclairé.
proche des tablet PC actuelles.
Joint un vieil article sur O1 nethttp://www.01net.com/article/132386.html
Encore bravo pour ce travail qui devrait en ravir plus d’un !