Secteurs de l’économie informationnelle de la recherche

23 février 2009
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Lisant un docu­ment de tra­vaillant pré­fi­gu­rant un pro­jet de digi­tal huma­ni­ties, j’y note l’opposition que font ses auteurs entre don­nées pri­maires, don­nées secon­daires et don­nées éphé­mères. Les don­nées pri­maires sont les sources de la recherche : archives, enquêtes orales, rele­vés de fouilles archéo­lo­giques, enquêtes sta­tis­tiques, sys­tèmes d’information géo­gra­phiques, etc. Les don­nées secon­daires sont les publi­ca­tions : articles, ouvrages, cha­pitres. Les don­nées « éphé­mères » sont les actua­li­tés et les car­nets de recherches. Il me semble que cette vision révèle notre dif­fi­culté à pen­ser le tra­vail scien­ti­fique comme un tout. On mesure, bien entendu, la noblesse de la publi­ca­tion, et la confu­sion dans laquelle se situe, dans nos repré­sen­ta­tions, l’infra.

Pour­tant, les don­nées d’actualité scien­ti­fique (repré­sen­tées en SHS par Calenda, Fabula, Liens-​socio, notam­ment) sont fon­da­men­tales pour com­prendre le pré­sent d’une dis­ci­pline. Elles sont encore plus impor­tantes pour com­prendre et dis­tin­guer son his­toire, ses errances, ses dyna­miques, ses fractures.

Il me semble égale­ment que les car­nets de recherches, ces témoins de la recherche en train de se faire, sont fon­da­men­taux, non seule­ment en tant que traces utiles à l’histoire des sciences, mais aussi, et sur­tout, comme dis­po­si­tif heu­ris­tique, pui­sant sa fer­ti­lité dans un cer­tain nombre de carac­té­ris­tiques croi­sant celles des solu­tions exis­tant dans le monde ana­lo­gique et pro­prié­tés nou­velles, favo­ri­sées par la mise en réseau [66].

L'approche binaire gagnerait à se transformer en approche tertiaire. Par exemple :

1. don­nées pri­maires : le cor­pus de matière pre­mière uti­li­sés par les chercheurs.

2. don­nées secon­daires : le pre­mier jus de ces don­nées, la science en train de se faire, actua­li­tés, hypo­thèses, car­nets de recherches, sémi­naires, dis­cus­sions pri­vées à l’intérieur des comi­tés de sélec­tion divers et variés, listes de dis­cus­sions. Il me semble qu’entrent égale­ment ici la lit­té­ra­ture grise, d’une part, et les archives ouvertes, d’autre part. On com­prend bien qu’il ne s’agit nul­le­ment de don­nées éphé­mères. Il semble évident que, pour l’instant, cette caté­go­rie reste encore fai­ble­ment struc­turé, et qu’il fau­dra y tra­vailler. J’imagine que les épis­té­mo­logues et les his­to­riens des sciences pour­ront appor­ter leurs éclairages.

3. don­nées ter­tiaires : les publi­ca­tions, sélec­tion­nées, éditées et composées.

Cette approche en trois temps donne à voir un pan entier de la recherche, qui ne se résume pas à une oppo­si­tion entre maté­riau col­lecté et publi­ca­tion. Elle a un autre avan­tage : elle reprend la notion pri­maire /​secon­daire /​ter­tiaire rela­tive aux trois sec­teurs de l’économie. La terre, l’industrie, les services.

Qu’en pensez-​vous ? Faut-​il adop­ter une approche qua­ter­naire, per­met­tant de dis­so­cier les don­nées secon­daires en deux ensembles ? Les effets de boucle d’enrichissement entre les sec­teurs ne sont-​ils pas mino­rés par une telle approche ? Bref, il manque flux et processus…

One Response to Secteurs de l’économie informationnelle de la recherche

  1. Stéphane POUYLLAU on 24 février 2009 at 0 h 09 min

    Bon­jour,
    Je suis entiè­re­ment d’accord avec toi Marin et d’ailleurs je suis allé dans se sens là lors du sémi­naire de l’IRHT sur les publi­ca­tions élec­tro­niques. La notion qui n’apparait pas là reste celle des don­nées d’accompagnement (anno­ta­tions) qui ont des posi­tions dif­fé­rentes selon les 3 états. Pour moi il s’agit de don­nées de liai­son ou don­nées en flux (plu­tôt que « de flux »). Elles sont, la plu­part du temps, inté­grées au fur et à mesure dans les dif­fé­rents états, très impor­tantes entre le 1 et 2, elles le sont aussi en sor­tie du 3eme (post-​annotation) ; pour­tant elles sont par­fois (sou­vent ?) « oubliées » tant les cher­cheurs sont encore dans une logique « ouvrages » : « on a publié, on met dans la biblio­thèque et on passe à autre chose ». Là, aujourd’hui avec les publi­ca­tions numé­riques il y a une vie après la publi­ca­tion. Ces trois états reposent aussi la ques­tion de l’après publi­ca­tion élec­tro­nique et com­ment se fait, avec le numé­rique, l’accumulation des connais­sances quand ces der­nières sont plus sous forme de flux de don­nées à vali­der en com­plé­ment et déjà « lisibles » sur un site web par exemple.

    Sté­phane Pouyllau

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