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    Publié dans Economie du numérique, Usages, e-book par Piotrr le 31/08/2009 4:58

    La mondialisation, même numérique, n’est pas pour tout de suite. J’en ai fait l’expérience en tentant d’acheter un livre électronique sur la boutique Kindle d’Amazon. Comme je ne dispose pas de Kindle – et pour cause, il ne me servirait à rien en France -, j’ai cherché à utiliser l’application Kindle pour iPhone qui permet de lire les fameux fichiers sur son téléphone multi-fonctions. Premier obstacle : il est impossible de trouver le programme dans l’"App Store" d’Apple pour qui utilise un compte iTunes dont l’adresse est déclarée en France. En un mot, Kindle for iPhone n’est disponible que dans l’App Store américain. Pourquoi ? Mystère : ce produit est totalement immatériel et diffusé gratuitement. On ne voit pas en quoi il serait nuisible à Apple ou Amazon qu’il soit aussi disponibles pour les utilisateurs français.

    Il est possible de remédier à la situation en ouvrant un nouveau compte, localisé aux Etats-Unis, c’est-à-dire en déclarant une adresse dans ce pays. Attention, il ne faut pas attacher de moyen de paiement à ce compte, sauf si l’on dispose d’une carte de crédit américaine, car le système vérifie aussi la localisation de la carte. Fin de la première manche : j’ai un compte américain sur iTunes, et je peux télécharger gratuitement mon Kindle for iPhone.

    Rendez-vous maintenant sur Amazon, via mon application, qui m’envoie en fait, pour acheter un livre, sur Safari où s’ouvre une version du site specialement conçue pour l’iPhone. Les trois cent mille références disponibles dans le boutique Kindle sont pour le moins alléchantes. Je jette mon dévolu sur Blog your book to the top, disponible pour un peu moins de 10$. Là encore, l’acquisition est impossible à cause de bien mystérieuses "geographical restrictions" !!. Il faut donc refaire la même manipulation, en créant à nouveau sur Amazon un nouveau compte que l’on localisera sur une adresse quelconque aux Etats-Unis. Petit problème : le livre n’est pas gratuit, et il faut bien trouver un moyen de paiement. Pour contourner la difficulté, il faut passer par les "gifts cards", ces bons d’achat cadeaux que l’on peut envoyer à ses amis. Retour donc dans mon compte Amazon français, ou j’achète une gift card de 10$, que je m’envoie. Je récupère le code et l’utilise sur mon compte américain pour enfin acheter mon livre.

    Je ne ferai pas de commentaire sur l’application de lecture sur iPhone proposée par Amazon ; ce n’est pas mon propos ici. Tout ce que je peux dire, c’est que Blog your book to the top ne vaut pas les dix dollars que j’ai dépensés, ni surtout l’affreux casse-tête par lequel j’ai dû passer pour me le procurer.

    J’ai eu du mal à qualifier le sentiment de colère et de frustration qui m’a tenaillé pendant tout ce temps que je cherchais à contourner des barrières d’accès absurdes et injustes : pourquoi, parce que je vis en France, n’ai-je pas le droit d’accéder à des contenus qu’il ne coûte rigoureusement pas plus cher de me distribuer ? Ou est le problème ? Qui donc serait lésé ?

    Et je viens finalement de mettre un mot sur cette situation : discrimination. Dans le monde de la distribution des biens physiques, il est acceptable qu’un produit soit distribué dans tel pays et non dans tel autre car les coûts de diffusion sur le marché sont importants. Mais lorsqu’on parle de fichiers numériques transmis par Internet, la notion de "marché domestique" et d’"exportation" n’a pas de sens : le marché est immédiatement mondial et tout utilisateur du réseau est un client potentiel ; immédiatement et sans délai. Tout barrière d’accès à l’information sur la base de la nationalité est une discrimination inacceptable et doit être dénoncée comme telle.

    En l’occurrence, je n’ai pas eu à chercher l’ouvrage dont j’avais besoin sur des réseaux pirates car j’ai réussi à contourner le système (en violant, j’imagine, les conditions générales d’utilisation d’Amazon et d’iTunes). Mais il est probable qu’en cas d’échec je serai allé plus loin ; un autre aurait sans doute abandonné et dans tous les cas, cela aurait été 10$ de perdu pour Amazon, l’éditeur du livre et son auteur. Les éditeurs et distributeurs de contenus semblent ne pas se rendre compte qu’en restreignant artificiellement les conditions d’usages de leurs produits, ils ne font que créer dans le public une frustration qui se traduit par toutes sortes de comportements inappropriés. Quand le comprendront-ils ?

    4 commentaires pour “Cyberdiscrimination”

    1. Marin Dacos dit :

      J’ai le sentiment que le choix d’Amazon est lié à la complexité des législations sur le droit d’auteur et à la nécessité de mettre en conformité leur politique avec chaque droit national. Donc, ils font une expérience sur le marché le plus rentable et qu’ils maîtrisent le mieux.

    2. Ubique dit :

      C’est en effet une simple question de droit d’auteur. De plus, Amazon investit à perte sur ce marché, en imposant aux éditeurs un prix en dessous de 10$. Il ne peut probablement pas le faire pour le Monde entier.

    3. 4barbes dit :

      C’est une question de droits d’auteur et de droits de diffusions.

      Quand on achète un livre, l’éditeur paye pour un droits de diffusion dans le pays déterminés par le contrat avec l’auteur et avec les diffuseurs, elle sont conformes au droit d’auteur en vigueur dans le pays ou la zone touché par un droit commun. Il va de même pour les traductions mais aussi les programme télé, etc…
      C’est dans le code de la propriété intellectuelle.

      Essayez donc de regarder Arte+7 ou Arte depuis la Belgique ou l’Espagne, vous verrez le même genre de message s’afficher , et c’est lié au même type de juridiction.

      Mais ce billet est très intéressant parce qu’il soulève le problème de la mondialisation de la culture : les règles de consommation ont été changées grace à la technique, les barrières se sont effacées mais restent encore certains cadres juridques qui ont du mal a évolué (pensez à Hadopi, par exemple).

      Et en cette matière il y a vide juridique, à ma connaissance.

      http://www.plmaneteculture.wordpress.com

    4. FXBoffy dit :

      En effet la gestion des droits d’auteurs doit être la raison de ces restrictions, d’autant plus que la législation française n’a pas (encore ?) adapté le « prix unique » au circuit du livre électronique. Mais merci d’avoir fait l’expérience !

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