Cyberdiscrimination

31 août 2009
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La mon­dia­li­sa­tion, même numé­rique, n’est pas pour tout de suite. J’en ai fait l’expérience en ten­tant d’acheter un livre élec­tro­nique sur la bou­tique Kindle d’Amazon. Comme je ne dis­pose pas de Kindle — et pour cause, il ne me ser­vi­rait à rien en France -, j’ai cher­ché à uti­li­ser l’application Kindle pour iPhone qui per­met de lire les fameux fichiers sur son télé­phone multi-​fonctions. Pre­mier obs­tacle : il est impos­sible de trou­ver le pro­gramme dans l” »App Store » d’Apple pour qui uti­lise un compte iTunes dont l’adresse est décla­rée en France. En un mot, Kindle for iPhone n’est dis­po­nible que dans l’App Store amé­ri­cain. Pour­quoi ? Mys­tère : ce pro­duit est tota­le­ment imma­té­riel et dif­fusé gra­tui­te­ment. On ne voit pas en quoi il serait nui­sible à Apple ou Ama­zon qu’il soit aussi dis­po­nibles pour les uti­li­sa­teurs français.

Il est pos­sible de remé­dier à la situa­tion en ouvrant un nou­veau compte, loca­lisé aux Etats-​Unis, c’est-à-dire en décla­rant une adresse dans ce pays. Atten­tion, il ne faut pas atta­cher de moyen de paie­ment à ce compte, sauf si l’on dis­pose d’une carte de cré­dit amé­ri­caine, car le sys­tème véri­fie aussi la loca­li­sa­tion de la carte. Fin de la pre­mière manche : j’ai un compte amé­ri­cain sur iTunes, et je peux télé­char­ger gra­tui­te­ment mon Kindle for iPhone.

Rendez-​vous main­te­nant sur Ama­zon, via mon appli­ca­tion, qui m’envoie en fait, pour ache­ter un livre, sur Safari où s’ouvre une ver­sion du site spe­cia­le­ment conçue pour l’iPhone. Les trois cent mille réfé­rences dis­po­nibles dans le bou­tique Kindle sont pour le moins allé­chantes. Je jette mon dévolu sur Blog your book to the top, dis­po­nible pour un peu moins de 10$. Là encore, l’acquisition est impos­sible à cause de bien mys­té­rieuses « geo­gra­phi­cal res­tric­tions » !!. Il faut donc refaire la même mani­pu­la­tion, en créant à nou­veau sur Ama­zon un nou­veau compte que l’on loca­li­sera sur une adresse quel­conque aux Etats-​Unis. Petit pro­blème : le livre n’est pas gra­tuit, et il faut bien trou­ver un moyen de paie­ment. Pour contour­ner la dif­fi­culté, il faut pas­ser par les « gifts cards », ces bons d’achat cadeaux que l’on peut envoyer à ses amis. Retour donc dans mon compte Ama­zon fran­çais, ou j’achète une gift card de 10$, que je m’envoie. Je récu­père le code et l’utilise sur mon compte amé­ri­cain pour enfin ache­ter mon livre.

Je ne ferai pas de com­men­taire sur l’application de lec­ture sur iPhone pro­po­sée par Ama­zon ; ce n’est pas mon pro­pos ici. Tout ce que je peux dire, c’est que Blog your book to the top ne vaut pas les dix dol­lars que j’ai dépen­sés, ni sur­tout l’affreux casse-​tête par lequel j’ai dû pas­ser pour me le procurer.

J’ai eu du mal à qua­li­fier le sen­ti­ment de colère et de frus­tra­tion qui m’a tenaillé pen­dant tout ce temps que je cher­chais à contour­ner des bar­rières d’accès absurdes et injustes : pour­quoi, parce que je vis en France, n’ai-je pas le droit d’accéder à des conte­nus qu’il ne coûte rigou­reu­se­ment pas plus cher de me dis­tri­buer ? Ou est le pro­blème ? Qui donc serait lésé ?

Et je viens fina­le­ment de mettre un mot sur cette situa­tion : dis­cri­mi­na­tion. Dans le monde de la dis­tri­bu­tion des biens phy­siques, il est accep­table qu’un pro­duit soit dis­tri­bué dans tel pays et non dans tel autre car les coûts de dif­fu­sion sur le mar­ché sont impor­tants. Mais lorsqu’on parle de fichiers numé­riques trans­mis par Inter­net, la notion de « mar­ché domes­tique » et d” »exportation » n’a pas de sens : le mar­ché est immé­dia­te­ment mon­dial et tout uti­li­sa­teur du réseau est un client poten­tiel ; immé­dia­te­ment et sans délai. Tout bar­rière d’accès à l’information sur la base de la natio­na­lité est une dis­cri­mi­na­tion inac­cep­table et doit être dénon­cée comme telle.

En l’occurrence, je n’ai pas eu à cher­cher l’ouvrage dont j’avais besoin sur des réseaux pirates car j’ai réussi à contour­ner le sys­tème (en vio­lant, j’imagine, les condi­tions géné­rales d’utilisation d’Amazon et d’iTunes). Mais il est pro­bable qu’en cas d’échec je serai allé plus loin ; un autre aurait sans doute aban­donné et dans tous les cas, cela aurait été 10$ de perdu pour Ama­zon, l’éditeur du livre et son auteur. Les éditeurs et dis­tri­bu­teurs de conte­nus semblent ne pas se rendre compte qu’en restrei­gnant arti­fi­ciel­le­ment les condi­tions d’usages de leurs pro­duits, ils ne font que créer dans le public une frus­tra­tion qui se tra­duit par toutes sortes de com­por­te­ments inap­pro­priés. Quand le comprendront-​ils ?

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4 Responses to Cyberdiscrimination

  1. Marin Dacos on 31 août 2009 at 21 h 59 min

    J’ai le sen­ti­ment que le choix d’Amazon est lié à la com­plexité des légis­la­tions sur le droit d’auteur et à la néces­sité de mettre en confor­mité leur poli­tique avec chaque droit natio­nal. Donc, ils font une expé­rience sur le mar­ché le plus ren­table et qu’ils maî­trisent le mieux.

  2. FXBoffy on 5 septembre 2009 at 8 h 48 min

    En effet la ges­tion des droits d’auteurs doit être la rai­son de ces res­tric­tions, d’autant plus que la légis­la­tion fran­çaise n’a pas (encore ?) adapté le « prix unique » au cir­cuit du livre élec­tro­nique. Mais merci d’avoir fait l’expérience !

  3. Ubique on 11 septembre 2009 at 0 h 20 min

    C’est en effet une simple ques­tion de droit d’auteur. De plus, Ama­zon inves­tit à perte sur ce mar­ché, en impo­sant aux éditeurs un prix en des­sous de 10$. Il ne peut pro­ba­ble­ment pas le faire pour le Monde entier.

  4. 4barbes on 11 septembre 2009 at 17 h 37 min

    C’est une ques­tion de droits d’auteur et de droits de diffusions.

    Quand on achète un livre, l’éditeur paye pour un droits de dif­fu­sion dans le pays déter­mi­nés par le contrat avec l’auteur et avec les dif­fu­seurs, elle sont conformes au droit d’auteur en vigueur dans le pays ou la zone tou­ché par un droit com­mun. Il va de même pour les tra­duc­tions mais aussi les pro­gramme télé, etc…
    C’est dans le code de la pro­priété intellectuelle.

    Essayez donc de regar­der Arte+7 ou Arte depuis la Bel­gique ou l’Espagne, vous ver­rez le même genre de mes­sage s’afficher , et c’est lié au même type de juridiction.

    Mais ce billet est très inté­res­sant parce qu’il sou­lève le pro­blème de la mon­dia­li­sa­tion de la culture : les règles de consom­ma­tion ont été chan­gées grace à la tech­nique, les bar­rières se sont effa­cées mais res­tent encore cer­tains cadres juridques qui ont du mal a évolué (pen­sez à Hadopi, par exemple).

    Et en cette matière il y a vide juri­dique, à ma connaissance.

    http://​www​.plma​ne​te​cul​ture​.word​press​.com

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