Les cinq piliers de l’édition électronique
Publié dans L'édition électronique (La Découverte, Repères), Métiers par Marin Dacos le 1/10/2009 1:15

L’édition électronique repose sur cinq piliers distincts : la structuration de l’information, la documentation de l’information, l’optimisation des conditions de lecture, l’appropriation par le lecteur et le développement des interopérabilités (ne sont pas intégrées ici les dimensions économiques et juridiques).
STRUCTURATION DE L’INFORMATION
Les choix de structuration de l’information sont décisifs à long terme. Les enjeux de ces métiers sont la maintenabilité, l’évolutivité, l’indexabilité, la citabilité, la pérennité et l’interopérabilité des contenus. La structuration de l’information ne concerne pas que le choix d’un format, mais, plus largement, la façon dont les documents vont subir des interventions régulières tout au long de leur vie, y compris après leur publication. Il faut donc intégrer le choix des formats dans un schéma plus général, qu’on appelera schéma directeur du système d’information, qui ne servira pas qu’à produire des ouvrages, mais aussi à alimenter le catalogue en ligne, le catalogue papier et les API ouvertes par l’éditeur.
DOCUMENTATION DE L’INFORMATION
Aussi élaboré et fin qu’il soit, le système d’information n’est pas une fin en soi et il devient peu à peu ce que les professionnels qui l’utilisent parviennent à en faire. Cela dépend de la priorité accordée à cette tâche partiellement invisible, de la clarté et de l’ergonomie des interfaces qui leur sont proposées, ainsi que de l’existence de chartes de qualité de l’information, afin que celle-ci soit codée de façon harmonieuse.
L’OPTIMISATION DES CONDITIONS DE LECTURE
L’accessibilité permet au contenu d’être consulté par la plus large population possible. Les normes techniques d’accessibilité sont définies par le W3C (World wide web consortium), présidé par Tim Berners Lee. Elles ont pour objectif la prise en compte des différents environnements technologiques de lecture et des différents handicaps humains. C’est le projet « Web Accessibility Initiative (WAI) » qui regroupe les recommandations et les normes édictées par le W3C en ce sens. En particulier, il publie le « Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) ».
L’APPROPRIATION PAR LES LECTEURS
L’appropriation des textes par les lecteurs constitue une des nouveautés les plus importantes de l’édition électronique. La définition d’une politique d’appropriation éditoriale ne peut se résumer à l’insertion d’un forum, de la possibilité de faire des commentaires ou de l’installation d’un Wiki dans un coin du site… L’édition inscriptible doit correspondre à un projet éditorial fort et cohérent. C’est ici l’appropriation des contenus par ceux auxquels ils sont destinés : les lecteurs. L’appropriation est à la base des usages du texte : lecture, mais aussi partages, commentaires, copie, et…écriture de nouveaux textes.
LE DÉVELOPPEMENT DES INTEROPERABILITÉS
La mise en liens est stratégique pour insérer la publication dans l’écosystème thématique qui lui correspond, à l’échelle du Web tout entier. Cette capacité comporte toujours deux sens, sortant et entrant. En général, on se préoccupe de délivrer des données vers l’extérieur, privilégiant plutôt le sens sortant, alors que le sens inverse est tout aussi stratégique, car il assure une inscription complète du site dans le réseau. De ce point de vue, les interopérabilités sont des éléments décisifs pour donner à l’édition une véritable réticularité. La mise en liens transforme des données inertes en données actives. Elle augmente la fréquentation et apporte du sens à la lecture. Contrairement à ce qui est souvent admis, l’interopérabilité ne constitue pas en un référencement basique : référencer un site, en général, est faiblement efficace, et ne peut se passer d’un référencement au niveau des unités documentaires plus petites, idéalement le document… voire le paragraphe.
LE FOSSÉ DES COMPÉTENCES
Bouleversement, révolution, changement de paradigme, ébullition, changement de siècle : les expressions sont nombreuses pour décrire la situation de l’édition électronique à la fin de la première décennie du XXIe siècle. Ces évolutions rapides, et assez éloignées des fondements de l’édition traditionnelle, ont provoqué des tensions dans la profession, créant des déficits de compétence et des difficultés d’adaptation. Le Skillset a mené une étude des besoins de compétences de l’industrie de l’édition en Angleterre, qui conclut à un gap de compétences structurel (« skills gap »), qui va croissant. Pour remédier à cette situation, un diagnostic puis une politique de recrutement et de formation profondément renouvelée semblent s’imposer. Le gouvernement français a inauguré en 2009 un portail des métiers de l’internet et des lieux de formation correspondants
LE TABLEAU SYNTHÉTIQUE DES CINQ PILIERS ET DE LEURS DIVERSES INTENSITÉS
Les réalités de terrain sont très diverses, mais, pour les besoins de l’exposé, on modélise chaque activité en quatre intensités, de la plus faible à la plus forte. A chaque pilier correspondent des enjeux, des compétences et des métiers émergents.
Que pensez-vous de ce tableau ? Si un débat se développe, je pourrai le proposer sous la forme d’un document partagé, en lieu et place de cette image terriblement fixe…

2 octobre 2009 à 0 h 52 min
Première réaction de mon côté : je suis gêné de l’ajout d’une colonne « déficiente ». Ce terme oriente la lecture du tableau vers le jugement de valeur. Cela supposerait que c’est « mieux » d’avoir plus d’interopérabilité, documentation, appropriation. Alors que le tableau doit rester neutre et être descriptif (et cela n’empêche pas de formuler des recommandations ailleurs). Il faudrait trouver un autre terme : « degré zéro », « aucune »…
Par ailleurs, je trouve les intitulés de ligne trop long pour un tableau, cela nuit à la clarté de la lecture. Je suggère : structuration, documentation, usabilité, « appropriabilité » (ou mieux, à trouver), interopérabilité
2 octobre 2009 à 8 h 50 min
Je vais y réfléchir car pour moi l’édition électronique est aussi en lien avec la manière de concevoir la science actuelle. L’édition électronique permet de travailler sur les questions de multi- et transdisciplinarité qui demandent une co-construction des connaissance. J’ai l’impression que le format papier ne peut réellement faire face à de tels défis.
Ainsi, l’édition électronique doit être évolutive..mais peut-être que vous placez cela dans les questions de l’appropriation par les lecteurs, l’interopérabilité et la structuration…mais je ne suis pas certain à la lecture du tableau que cela soit pris en compte. Car le terme évolutif est semble-t’-il est pris en terme de codes et non en terme éditorial.
J’ai aussi un malaise avec la gradation de faible à forte. Par rapport à quoi ? Cette gradation se base sur quels critères ? Pourquoi la structuration de l’info serait déficiente avec des codes propriétaires ? Elle peut aussi l’être avec des codes ouverts. Il faudrait du détail, expliquer….
Mais en gros j’adhère..j’ai hâte de lire le tout.
Après réflexion car mon commentaire réagissait à l’apparition d’un billet transféré par flux RSS.
Je crois que mon commentaire est issue d’un décalage existant entre la vision de développeurs et gestionnaires de site de revues et d’aggrégateur (donc de la gestion du contenu) et le développeur et gestionnaire de revues (la création et l’apparition du contenu). Le piliers pour les deux se recoupent mais ne sont pas nécessairement interprétés de la même manière.
Quant je mentionne évolution cela renvoie à la maniabilité de l’édition électronique : maniabilité de la structure permettant l’évolution structurelle de la revue en considérant que le développement et la création de la connaissance dans un champs inter- et transdisciplinaire n’est pas nécessairement linéaire. Je pense ici a K. Popper et P. Fayrabend.
Je comprends les contraintes de gestion de sites et plate-formes mais une revue électronique doit, à mon sens, repenser sa structure de diffusion au minimum au 5 ans (mais certainement plus. En 10 ans nous l’avons fait 3 fois et nous sommes en train de travailler dessus..donc 4 fois en 10 ans) pour suivre l’avancement des réflexions théorique et pratique de son champs. Le papier ne permet pas cela, tandis que l’électronique le devrait pour éviter d’être une simple copie de l’édition papier…
La question est : est-ce que les aggrégateurs peuvent suivre. Pour la majorité, ils n’ont aucun intérêt, pour les autres (à ma connaisssance une seule, vous savez à quell plate-forme je penses ! :-)) il faudra que les bailleurs de fonds prennent conscience de cet impératif pour les revues électroniques. Pas gagné. En attendant les revues devront multiplier les expériences en différents endroits afin de montrer l’apport des nouvelles formes de diffusion jumelant la co-construction des connaissances.
12 octobre 2009 à 7 h 17 min
5 piliers de l’édition pour rendre public quoi ?
Une page de texte, une page hypermédia, une page blanche ;-)
Je ne vois pas dans vos extraits une mention sur « l’écrit » (il vous reste 127 ou 126 pages pour me direz-vous) et les possibilité offertes par le numérique à l’auteur. S’il choisit de s’exprimer avec du texte, de la musique, des images des vidéos etc. (c’est mon cas) votre tableau devient très restrictif, il y a appropriation de l’auteur autant que du lecteur. Il s’emancipe lui aussi du papier.
2 octobre 2009 à 1 h 53 min
Sur « appropriabilité » : le terme existe en anglais, mais il est majoritairement utilisé (en économie et droit) dans un sens opposé à celui que nous voulons lui donner : il s’agit de l’environnement juridique (brevets, PRI) qui permet à un innovateur de tirer profit de son innovation.
J’ai repéré un usage différent, en dérivation de « technology appropriation », qui est largement utilisé dans le sens que nous voulons. Beaucoup d’études sur l’adoption du téléphone portable notamment.
Dernière piste possible : il faut se demander si le terme d’affordance n’est pas tout simplement plus adapté.
11 octobre 2009 à 6 h 51 min
Je signale une petite coquille dans la colonne 5, ligne 4 : « en attribution » au lieu « en attribuant ».
14 octobre 2009 à 19 h 27 min
Ce commentaire rejoint le mien je crois. mais simultanément, il m’apparait possible d’utiliser les mêmes piliers et les mettre dans une perspective contenu (écrit et autres).
Je troue que nous avons ici une contribution très intéressante pour réflexion et la discussion. A Québec cet hiver ?
30 octobre 2009 à 1 h 34 min
Au sujet du paragraphe sur « l’optimisation des conditions de lecture », je suis toujours étonné de la place prise par l’accessibilité et le peu d’importance qui est laissé à l’utilisabilté (ou ergonomie ou mise en page).
D’après mon expérience l’accessibilité, en rapport avec différents handicaps humain, est un détail de l’utisabilité. Sans faire de politique, le plus souvent on travaille pour la majorité et on entreprend les efforts nécessaires pour les minorités, et non l’inverse. Si je peux faire une analogie avec les navigateurs Web, peut de professionels travaillent encore pour internet explorer 5.5 qui pourrait être comparé à un handicap.
Ce commentaire n’est valable que pour le paragraphe d’introduction de ce pillier et pas pour le tableau.
Une question, pourquoi donner tant d’importance au DRM ?
14 décembre 2009 à 7 h 56 min
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