« 1000 fois mieux », c’est ce que prétend faire Emmanuel Hoog, président de l’INA quand Libération l’interroge sur Google video, le projet de numérisation lancé par l”« ogre de Mountain View ».
En gros, la réponse de l’INA se positionne sur le même registre que celle de la BNF-Gallica à Google Print (la dramatisation en moins) : « pourquoi ne parle-t-on que de Google alors que nous faisons mieux, plus, plus sophistiqué depuis plus longtemps ? ». Et tout le monde d’aller répétant l’antienne selon laquelle Google n’est pas si bien que cela, très primitif, une sorte de fast-food de la société de l’information n’arrivant pas à la cheville de nos belles réalisations nationales en plus de menacer notre souveraineté par la seule puissance de ses moyens [5].
Sur tous ces points, l'opinion commune a totalement raison : Google fait beaucoup moins bien, beaucoup moins gros, beaucoup plus rudimentaire ; et c'est évidemment le secret de sa réussite...
Jason Fried, fondateur de la société 37 Signals mise à l'honneur cette semaine par Salon :
« We have this big thing about embracing constraints. When you have constraints — less time, less money — people care about every dollar they spend. Customers ask us, “How does Basecamp [6] compare with other project-management tools ?” We say it does less. Our products do less, and that’s why they’re successful. People don’t want bloated products, and constraints force us to keep our products small, and to keep them valuable ».
Il est probable que la même leçon puisse être tirée de l’histoire de Google : un service simple, un simple service, mais bien rendu, et sans multiplier les à côtés, fonctions avancées et autres fioritures (ce que faisaient les moteurs de recherche concurrents lorsque Google a vraiment pris son envol). Il y a là une apparence d’injustice : car le monde entier se précipite sur le rudimentaire en délaissant le plus sophistiqué, le « mille fois mieux » [7], la crème de la crème qu’apparemment, il ne comprend pas.
Flickr, Del.icio.us, Google, autant de services très simples qui ne prétendent pas faire plus que ce pour quoi on les utilise. Autant de services conçus et lancés rapidement, avec peu de moyens, par un petit nombre de personnes. Bref, d’un côté on mobilise des présidents de la République, on écrit des tribunes, on colloque, on disserte, on sort les trompettes d’airain, on va voir ce qu’on va voir…de l’autre, on fait sans trop se poser de question ; on a une idée, on la lance, on voit ce que ça donne. Dans un contexte à cycles d’innovations rapides, les deux méthodes n’aboutissent pas au même résultat : d’un côté, on aboutit enfin, au bout de plusieurs années, à de beaux produits, bien conçus, sophistiqués…et dépassés car conçus en fonction d’un contexte devenu obsolète. De l’autre, on dispose immédiatement d’objets simples, voire simplistes, mais constamment adaptables, en raison de cette simplicité précisément, et donc constamment en phase avec leur contexte d’usage. Premier point donc : on ne travaille pas sur cahier des charges, mais sur validation a posteriori de l’expérimentation en situation. Chez Google, c’est le rôle de Google labs, que Yahoo se met aujourd’hui à copier
Deuxième point : il ne suffit pas de lancer des services basiques pour réussir, ni surtout pour perdurer ; ce serait trop facile. La grande réussite de Google, c’est d’avoir multiplié les produits basiques pour les combiner, les agréger, les mettre en communication le moment venu : Google, Google print, Google maps, puis earth, Google news, Google adsense, Gmail, sans oublier Blogger et Picasa, sont des services qui se nourrissent et se renforcent mutuellement en formant un cercle vertueux dont nous connaissons seulement le début. C’est tout simplement génial [8]. En face, on a de superbes pyramides isolées, dont les concepteurs ignorent manifestement jusqu’à la notion de réseau. En face, on a du « mille fois mieux », mais pour une petite élite triée sur le volet, ou tout simplement inutile, invisible, parce qu’incapable de communiquer.
On peut toujours brandir le drapeau national, défendre notre belle tradition d’excellence et d’élitisme, et mourir sur place, momifiés dans notre fascination pour la culture morte. Je pense pour ma part avoir beaucoup à apprendre de Google [<a href=”#nb9” class=“spip_note” rel=“footnote” title=“Pour ceux qui s’inquiéteraient, je n’ai pas été marabouté par Larry Page. J’ai (…)” id=“nh9”>9].




J’ai trouvé cet article très intéressant.
Je crois que cela se retrouve aussi dans le système éducatif français qui est essentielement basé sur la théorie (et aussi sur la rhétorique de l’expert) alors que les anglo-saxons sont beaucoup plus dans une pédagogie par projet. Malgré cela la France n’a plus de prix Nobel depuis 8 ans .. Peux-être qu’on est tellement fort qu’on est hors catégorie ;)
Les BBS et les labels underground c’est bien, mais alors impossible de résister à l’envie vous indiquer ce chef d’oeuvre absolu de Roger Corman : Last Woman On Earth (Via Boing Boing).
Et puis si vous aimez Betty Boop, Felix le Chat, Bugs Bunny et les autres, cliquez ici : Film Chest Vintage Cartoons.
Internet Archive meriterait bien un blog entiérement dédié à sa valorisation, parceque en ce qui concerne les interfaces et l’ergonomie on est encore souvent loin du compte.
Je plussoie. Internet Archive est un super projet, sur lequel on peut télécharger actuellement des interviews des founding fathers des BBS. Le projet héberge aussi des net labels dont certains valent la peine d’être connus.
Il existe au Etats-Unis un grand pojet culturel, non commercial et ouvert avec Internet Archive. Pourquoi personne chez nos défenseurs de la culture numérique française ne parle jamais de cette fabuleuse bibliothèque multimedia en ligne gratuite et ouverte à tous ? c’est peut-être que pour obtenir les euros du contribuable Internet Archive ça n’est 1000 fois pas assez efficace, il vaut mieux faire peur avec le grand méchant G et l’horrible tonton Sam.
En attendant pour celles et ceux qui aiment le cinéma vous pouvez par exemple aller sur Internet Archive voir un film comme celui-là : Nobody Needs To Know ou bien écouter la voix de Caruso
et 1000 fois 1000 autres choses encore.
Que ça fait du bien quand c’est bien dit !
Internet Archive est à ma connaissance membre du projet OCA Open Content Alliance, qui se pose lui aussi en bibliothèque numérique.
Alexandre Moatti
(blog bibliothèques numériques http://www.bibnum.info)
(rapport bibliothèque numérique européenne http://www.bibnum.net)