Last blog day after

3 septembre 2005
By
JPEG - 10.7 ko
Encore le pro­fes­seur McHale ?
©Menel­dur, CC BY-​SA

Quand on blogue, l’essentiel est de se dis­tin­guer, tout en res­tant inséré dans la blo­go­sphère. Impos­sible donc d’échapper au fameux blog day, cette opé­ra­tion inci­tant chaque blo­gueur à recom­man­der à ses visi­teurs 5 blogs de son choix ; mais, tant qu’à y par­ti­ci­per, autant le faire de manière ori­gi­nale en s’y col­lant non pas en même temps que la masse des blogs du com­mun, mais avec beau­coup plus de chic, quelques jours après.

Et puis tant qu’à faire, autant ne pas se livrer à ce vul­gaire sys­tème élec­tif qui res­semble trop au jeu stu­pide de l’île déserte. J’ai donc décidé d’évoquer plu­tôt mes der­nières lec­tures blo­guesques : L’Economie sans tabou, de Ber­nard Sala­nié, par exemple. Pour moi, ce blog repré­sente très bien un genre pos­sible du blog scien­ti­fique ou aca­dé­mique, à savoir le blog de vul­ga­ri­sa­tion. Gérard Sala­nié est un écono­miste, ensei­gnant actuel­le­ment à Colum­bia et auteur d’un essai, de vul­ga­ri­sa­tion aussi, publié l’année der­nière aux éditions Le Pom­mier. Ce qui est inté­res­sant, c’est qu’il intègre très bien la dimen­sion auto­bio­gra­phique de l’écriture du blog et s’en sert comme d’un res­sort dra­ma­tique lui per­met­tant de conduire son lec­teur dans les dif­fi­cul­tés quel­que­fois arides du rai­son­ne­ment écono­mique. Démé­na­geant de Paris à New-​York, le voici confronté à toute une série de petits tra­cas (avec les démé­na­geurs, les opé­ra­teurs de télé­phone mobile) qui lui sont autant de pré­textes à expo­ser tel topos de la théo­rie écono­mique ou tel article inté­res­sant sur le sujet. Comme l’ensemble est judi­cieu­se­ment agré­menté d’une cer­taine dose d’ironie, le résul­tat est très plai­sant : pla­cere et dis­cere.

Évidem­ment, que Sala­nié enseigne n’est pas étran­ger à sa rhé­to­rique. On sent bien la maî­trise de l’excellent prof et on se prend à regret­ter de n’avoir pu assis­ter à ses cours. Parmi les blogs renom­més en sciences humaines et sociales — et dans la zone fran­co­phone — le blog de Jean Véro­nis consti­tue lui aussi une cer­taine réus­site rhé­to­rique : par­tant d’un sujet grand public, les moteurs de recherche, et sin­gu­liè­re­ment Google, il réus­sit à popu­la­ri­ser avec suc­cès une dis­ci­pline extrê­me­ment poin­tue : l’informatique de trai­te­ment auto­ma­tique des langues. Véro­nis est un pro­fes­seur che­vronné aussi et, encore une fois, ceci n’est pas tout à fait étran­ger à cela.

Du coup, il me semble que le blog se prête assez bien à la pos­ture péda­go­gique qu’implique toute entre­prise de vul­ga­ri­sa­tion. Je l’ai dit ailleurs, l’écriture du blog repose sur la construc­tion d’un masque, d’une pos­ture, d’un per­son­nage, tout comme la pos­ture péda­go­gique qui demande des dons d’acteur. Pro­fes­seurs, acteurs, blo­gueurs donc, toutes ces fonc­tions demandent aussi une cer­taine dose de nar­cis­sisme qui, lorsqu’il est judi­cieu­se­ment employé, peut pro­duire des étincelles.

La pers­pec­tive est assez exci­tante tout de même ; parce que de bons profs, on en connaît un cer­tain nombre dans toutes les dis­ci­plines des sciences humaines et sociales, et on sait que ces dis­ci­plines ont un mal énorme à ali­men­ter le débat public (ce qui est une de leurs fonc­tions tout de même) dans des condi­tions rai­son­nables : pour un cher­cheur, inter­ve­nir dans l’espace public, c’est, ou bien publier un essai — avec dif­fi­culté et qui n’aura de chances de tou­cher qu’un lec­to­rat restreint-​, ou bien « s’engager », avec des risques impor­tants de dévoie­ment et de mani­pu­la­tion, ou bien confier sa parole à des inter­mé­diaires, des jour­na­listes par exemple, dans des condi­tions qui sont rare­ment satisfaisantes.

De ce point de vue, un blog bien mené comme celui que je viens d’évoquer, consti­tue sans doute une voie com­plé­men­taire à explo­rer. Ce ne serait pas mal tout de même de dis­po­ser de quelques dizaines de blogs de spé­cia­listes, éclai­rant l’actualité dans des condi­tions de dif­fu­sion et de cir­cu­la­tion de la parole savante mieux maî­tri­sées (par eux). Jean Véro­nis fai­sait d’ailleurs remar­quer dans une table-​ronde récente que le blog était aussi pour le cher­cheur un aiguillon pro­fi­table du fait du dia­logue franc et sans conces­sion qui s’établissait avec ses lec­teurs. Et d’ailleurs, le fait que ces blogs puissent être rela­ti­ve­ment bien fré­quen­tés et lus assi­dû­ment mani­feste l’existence d’une véri­table curio­sité, d’un besoin de com­prendre sans faci­lité ni cari­ca­ture qui n’a pas été satis­fait jusqu’ici.

Tags:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*


Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.

Enter your email address to subscribe to this blog and receive notifications of new posts by email.

Join 5 other subscribers

Twitter de Marin

Twitter de Pierre