
Le mouvement des archives ouvertes est décisif pour la diffusion des résultats de la recherche scientifique. Sa réussite est possible car elle fait converger une volonté des chercheurs et des institutions. Ce mouvement est en train de toucher les sciences humaines et sociales françaises, avec l’ouverture d’HALSHS. Il reste cependant encore peu connu, malgré les prises de position officielles de grands organismes de recherche internationaux (voir la déclaration de Berlin), CNRS en tête.
Dans la francophonie et en sciences humaines et sociales, voici les dépôts ouverts au public et que j’ai pu identifier et moissonner sans problème. Le total est de 55000 enregistrements.
Bibliothèque nationale de France (28371 enregistrements)
Persée (12262 enregistrements)
Revues.org (10005 enregistrements)
Hal SHS (2061 enregistrements)
ArchiveSIC (619 enregistrements)
Universite Lyon 2 – Cybertheses (542 enregistrements)
Jean Nicod (434 enregistrements)
Ecole nationale des chartes (253 enregistrements)
ENS LSH (103 enregistrements)
MémSIC : Mémoires en Sciences de l’Information et de la Communication (56 enregistrements)
Université de Reims (49 enregistrements, dont une partie ne relèvent pas des SHS)
Dépôt archives ouvertes de Lyon 2 (38 enregistrements)
Université Paris X (14 enregistrements)
Quelques remarques :
Le dépôt de la BNF est en fait celui de Gallica. La modernisation de Gallica est donc en route et c’est une excellente nouvelle. L’insertion de notre Bibliothèque nationale dans le paysage des archives ouvertes est un événement décisif.
On notera le record détenu par l’Institut Jean Nicod (pour un dépôt de laboratoire) dont la politique est claire et établie, et qui parvient à remplir son dépôt de façon très efficace.
L’absence d’Erudit est étonnante.
Les projets naissants que sont Cairn et le CENS suivront probablement.
En conclusion, le total d’enregistrements est encourageant. La plupart des dépôts signalés dans cette liste prévoient une croissance très importante à court ou moyen terme. En particulier, HAL SHS et Persée semblent promis à un bel avenir. Cependant, il ne faudrait pas se méprendre sur le classement que j’ai adopté, car il n’indique pas une hiérarchie : le dépôt de Gallica n’a pas plus d’importance scientifique ou stratégique que celui de l’ENS LSH ou de l’Ecole nationale des chartes. Le principe intrinsèque de l’OAI est l’interopérabilité, c’est-à-dire que les rivières vont aux fleuves et que les fleuves vont à la mer. Il est sain qu’une grande archive nationale assure la sécurité et la stabilité des dépôts personnels de chercheurs (HALSHS), mais il est également heureux que des initiatives telles que ArchiveSIC et MémSic (portées, d’ailleurs, par la même structure que HALSHS, le CCSD), permettent d’identifier clairement des espaces thématiques. C’est à la fois un gain pour le lecteur, qui trouvera plus facilement ce qu’il cherche, et pour l’auteur, qui est incité au dépôt de façon moins anonyme.
Il ne faut pas non plus prendre le nombre d’enregistrements pour argent comptant. En effet, un enregistrement peut être une simple référence bibliographique et un autre peut contenir le texte intégral de l’article. Certains dépôts identifient des pages de « Livres reçus » d’une revue comme enregistrement, au même titre qu’une thèse entière publiée par Cyberthèse. Le travail nécessaire à la mise en ligne et l’intérêt scientifique de chaque document sont extrêmement inégaux. Il est donc prudent de ne pas s’en tenir au seul critère quantitatif, même s’il reste un indicateur intéressant, sur lequel l’observatoire fera des points réguliers.




L’inégalité des dépôts pose tout de même question sur la « valeur » du quantitatif. Le chiffre de 53 000 dépôts ne peut donc pas être livré brut, car il invite à une course au volume, à la visibilité institutionnelle, qui risque de se faire au détriment de la qualité. Il faut qu’émergent les outils d’une pondération claire et précise de ce volume.
Je suppose que ça va être l’enjeu des prochains billets. :)
Le dépôt de la BNF, « décisif pour la diffusion des résultats de la recherche scientifique » ? Les chercheurs de D-Lib ont commis la même bourde.
Les eprints français sans la BNF, c’est à peine plus de 20 000 références (vous en avez oublié quelques-uns, la MSH-Alpes par exemple, mais leur publicité est tellement mauvaise que c’est plus qu’excusable). Il faut aussi attendre le basculement de PubliCNRS dans HAL-SHS.
On est très, très loin d’une production académique honorable. L’Amérique latine a lancé un répertoire de thèses qui est déjà deux à trois plus important que l’ensemble des IR (instit. reposit.) français.
En fait, il y a une douzaine de dépôts, et 50.000 enregistrements dans ces dépôts (petite nuance de vocabulaire). J’ai procédé à ce repérage quantitatif pour faire un état des lieux concret, rapide et facile.
Je ne crois pas vraiment à la mise au point d’une méthode de pondération des volumes par la qualité. Clairement, la quantité restera ce qu’elle est, c’est-à-dire sans intérêt, si elle n’a pas de valeur. Pour ça, l’heure n’est pas à la pondération mais à la diffusion d’usages de lecture, d’une part, et de dépôt, d’autre part. Ensuite, le jeu des citations fera le reste. Passée une période de transition nécessairement confuse, les dépôts seront tellement visibles dans la communauté scientifique, tellement décisifs dans l’évaluation des chercheurs et des équipes, que la médiocrité y sera chassée par les intéressés eux-mêmes. Car ce qui faisait impression dans un CV (plutôt 20 références que 10, même si les 10 supplémentaires ont peu d’intérêt) va plomber, littéralement, un itinéraire scientifique, car le texte intégral sera associé à la référence bibliographique. Dès lors, le nombre tuera le nombre, et la qualité, assez logiquement, devrait l’emporter.
La pleine lumière est gage de qualité. Elle constitue un excellent régulateur. Ce qui était possible dans une revue peu diffusée, peu connue, peu accessible, devient impossible dans l’espace public, accessible, indexable, consultable, imprimable et citable que constitue le dépôt d’archive ouverte.
Ce n’est pas une bourde, même si, en effet, Gallica ne produit pas des articles scientifiques, mais des archives, au sens classique. C’est décisif comme facteur d’incitation, sachant que dans un pays de tradition jacobine comme le nôtre, le ralliement de structures majeures et centrales est susceptible d’atténuer les freins.
Avec les mêmes données, j’aurais en effet pu écrire un billet pessimiste ou insatisfait. Mais, pour avoir bataillé depuis six ans sur ce type de dossier, pour avoir essuyé des « vous êtes bien naïf, jeune homme, jamais les chercheurs n’accepteront de mettre en ligne gratuitement leurs articles » dans de multiples colloques, pendant de longues années, je constate que les choses changent. J’ai plaisir à le souligner. J’ai conscience que nous n’en sommes qu’au début d’un vaste mouvement.
Lors de la création des premiers dépôts (Jean Nicod, Cyberthèses, ENS LSH, HAL), l’écho dans la communauté scientifique fut totalement nul. L’écho de la création de HALSHS est incomparable. Pour des raisons jacobines, d’ailleurs : l’impulsion vient du sommet du CNRS. Mais, au fond, peu importe le vin, pourvu qu’on ait l’ivresse. D’autant que, pour une fois, les « tutelles » ont reconnu le travail pionnier des précurseurs, et leur ont donné les moyens de travailler correctement.
Tout n’est pas parfait, loin de là, mais le train a démarré. C’était, au fond, le message de mon billet.
Concernant les dépôts qui sont manquants dans ma liste : j’ai pu en oublier (merci de me les signaler), mais j’en ai surtout éliminé. J’ai testé le dépôt de la MSH Alpes et décidé de ne pas le citer car je ne le considère pas comme opérationnel, dans la mesure où les URL permettant d’accéder à la fiche des enregistrements sont fausses et débouchent sur des erreurs 404. Par exemple, l’article « Introduction (83, 2) » n’a pas d’auteur, a une date probablement fausse, n’a pas de résumé pertinent, et pointe vers une URL relative qui provoque une « Page not found ». Dommage. Cela dit, ma ligne de conduite consiste plus à mettre en avant ce qui marche que ce qui ne marche pas encore. Car je n’en doute pas : le dépôt de la MSH Alpes finira par fonctionner et, ce jour-là, je serai heureux d’en signaler l’existence.