Le matériel, mon général

19 janvier 2006
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A picture of my camera
Les pro­grès du logi­ciel libre sont épous­tou­flants. Un sys­tème d’exploitation (GNU Linux), des outils bureau­tiques à foi­son (Ope​nof​fice​.org, Ope​nof​fice​.org Base, Fire­fox, Thun­der­bird, Gimp) et, bien sûr, d’excellents outils pro­fes­sion­nels (Apache). Pour le qui­dam, tout semble donc prêt à une migra­tion de masse vers Linux. En fait, l’équation est plus com­pli­quée qu’il n’y paraît. Les logi­ciels seraient-​ils imma­tures, les fonc­tion­na­li­tés man­quantes, l’innovation absente ? Que nenni. On pour­rait nuan­cer, bien entendu, en indi­quant que les outils des­ti­nées aux créa­teurs (gra­phisme, vidéo, son) qui se trouvent sur les Macin­tosh sont supé­rieur à ceux qu’on trouve sur Linux. Soit. Mais pour un usage dit « bureau­tique », ce n’est pas le cas. Mais alors, qu’est-ce qui coince ?

Le maté­riel, mon géné­ral. Plus pré­ci­sé­ment, le pilote, c’est-à-dire ce qui per­met au logi­ciel de par­ler au maté­riel, et au maté­riel de par­ler au logi­ciel. Il s’agit d’un logi­ciel indis­pen­sable au bon fonc­tion­ne­ment d’une carte vidéo, d’une sou­ris ou d’une tablette gra­phique. Or, nous appre­nons tous les jours à nos dépends que les construc­teurs de péri­phé­riques et de maté­riels infor­ma­tiques n’aiment pas créer de pilotes pour Linux. Pire, ils rechignent à divul­guer le lan­gage qui per­met­trait à un déve­lop­peur de créer un pilote pour ce maté­riel. Les exemples sont nom­breux et connus. En ce qui me concerne, mon Fuji­film E900 flam­bant neuf n’est pas (encore) reconnu par Linux, alors qu’un ensemble logi­ciel pachy­der­mique le pilote sur Win­dows XP. Apple a com­pris depuis long­temps qu’en conser­vant le contrôle du maté­riel, elle conser­vait une exclu­si­vité sur un mar­ché glo­bal, qu’il soit maté­riel ou logi­ciel. L’alliance objec­tive entre construc­teurs de maté­riel et ven­deurs de logi­ciels pro­prié­taires risque d’ailleurs de se ren­for­cer si, comme on le craint, les pro­ces­seurs de nos ordi­na­teurs intègrent un jour des numé­ros de série uniques ou des sys­tèmes de DRM

Bref, la clé de la liberté n’est plus le logi­ciel, c’est le maté­riel. Ou plu­tôt : le logi­ciel du maté­riel. Peut-​on légi­fé­rer à ce sujet, Mes­sieurs les dépu­tés ? Suis-​je obligé d’utiliser Win­dows XP parce que j’achète une machine truf­fée d’éléments élec­tro­niques pen­sés pour un sys­tème d’exploitation unique ?

Du point de vue du consom­ma­teur, com­ment agir ? Je ne vois qu’une solu­tion : dif­fu­ser de l’information sur l’attitude des construc­teurs et pous­ser à la créa­tion d’une sorte de label « Linux-​ready » ou « Linux-​friendly ». Ou plus pré­ci­sé­ment, un label « Spé­ci­fi­ca­tions publiques : prêt pour un monde coloré »… Il y a sans doute des ini­tia­tives de ce type sur le réseau. En connaissez-​vous ? J’ai trouvé par hasard cette liste de construc­teurs d’appareils pho­tos qui n’ont pas accepté de contri­buer au déve­lop­pe­ment de pilotes Linux ou, plus sim­ple­ment, de publier de la docu­men­ta­tion sur la façon dont fonc­tionne leur bou­zin. En un mot, Kodak et Konica ont col­la­boré, dans le passé, vague­ment. Canon, Epson, Olym­pus et Nikon ne col­la­borent pas du tout. Passons-​nous le mot. Il paraît que le pou­voir est logé dans notre por­te­feuille. Et si on le vérifiait ?

Image par mpmb, licence CC.

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