Think different

12 février 2005
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Nous connais­sons tous la blague du « si windows/​unix/​mac était un avion, alors… ».

Peut-​être très amu­sante, cette sorte de plai­san­te­rie repose sur l’idée que ce sont les sys­tèmes infor­ma­tiques qui pos­sèdent, intrin­sè­que­ment, des qua­li­tés ou défauts que l’on peut comparer.

En fait, les choses ne sont pas si simples, car il faut prendre en compte les com­por­te­ments que l’éditeur (de logi­ciel, de sys­tème) induit, par la manière dont il pré­sente son pro­duit aux uti­li­sa­teurs. Typi­que­ment, l’unixien est un type sérieux, qui a appris par coeur l’intégralité des O’Reilly sur le sujet avant de lan­cer sa pre­mière com­mande. Il a un côté psycho-​rigide qui lui inter­dira d’aboutir au résul­tat qu’il sou­haite sans com­prendre com­ment il y est arrivé. Le win­dow­sien est l’exact opposé : la fin jus­ti­fie les moyens. Le win­dow­sien est un intui­tif qui coche et décoche les (nom­breuses) options de son sys­tème sans trop com­prendre de quoi il retourne. C’est un ennemi de la ligne de code.

Et le macou­net ? <troll> Le macou­net quant à lui est le plus sou­vent un ennemi de l’informatique ; c’est très sou­vent quelqu’un qui ne s’intéresse pas du tout au sujet et pour qui l’achat d’un ordi­na­teur équi­vaut à celui d’un jouet ou d’une machine à laver selon les cas</troll>.

Cette semaine, deux pro­jets grillés à cause de macou­nets : l’un n’a pas su ins­tal­ler un plu­gin dans son navi­ga­teur ; l’autre ne com­pre­nait pas qu’il soit dif­fi­cile d’obtenir un affi­chage opti­mal avec son macos 8. L’essentiel n’est pour­tant pas le manque de com­pé­tence ; c’est bien plu­tôt l’attitude de l’utilisateur face à la dif­fi­culté tech­nique qui pose pro­blème : le pro­blème ne peut venir que d’ailleurs, puisqu’Apple serine à lon­gueur de temps que son sys­tème est par­fait. Résul­tat : le macou­net ne dit pas qu’il n’arrive pas à affi­cher un site (et ne cherche donc pas à résoudre le pro­blème) ; le macou­net dit : « le site est illisible »…

Sur­tout, Apple a pour par­ti­cu­la­rité de faire dis­pa­raître toute dimen­sion tech­nique de l’utilisation. On reste au niveau de l’usage pur « dé-​technologisé » ; du coup, il ne vien­drait pas à l’idée du macou­net que son sys­tème est obso­lète, qu’il peut mettre à jour son sys­tème, son navi­ga­teur, ou même, pour­quoi pas, lire un bout de docu­men­ta­tion pour mani­pu­ler cor­rec­te­ment ses outils ; d’ailleurs, il me semble bien qu’un cer­tain nombre d’utilisateurs ne sont même pas au cou­rant que le navi­ga­teur, et même le sys­tème d’exploitation sont, dans une cer­taine mesure, indé­pen­dants de la machine sur laquelle ils tra­vaillent. Avec Apple, on est dans l’ère du pré-​software ; du coup, on se retrouve avec des masses de gens uti­li­sant des anti­qui­tés (ce qui est leur droit), et ne com­pre­nant pas pour­quoi ils ne peuvent affi­cher du xhtml 1.0 avec du grec accen­tué sur leur petit bijou du siècle dernier.

Je suis assez remonté contre les uti­li­sa­teurs, mais c’est la firme que je vise ; car c’est elle qui est res­pon­sable de cette contre-​pédagogie qui consiste à faire croire qu’on peut uti­li­ser un outil infor­ma­tique sans le connaître un mini­mum. De ce point de vue, le « user-​friendly » est un véri­table piège : mieux vaut deman­der de four­nir un effort dès le départ, plu­tôt que géné­rer des com­por­te­ments qui peuvent être très péna­li­sants par la suite, sim­ple­ment parce qu’on se retrouve face des per­sonnes qui se trouvent à 0 sur l’échelle de la com­pu­ter litteracy

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