Dans le cadre d’un groupe de travail, j’ai fait un petit travail de veille sur la manière dont des revues purement électroniques en sciences humaines et sociales pourraient utiliser des services d’impression à la demande, en essayant de faire un panorama non exhaustif des différents types d’offres qui leur sont proposés. Voici le document, diffusé en cc-by-sa-2.0.
Introduction
Cette note est destinée à présenter différentes services dits d’impression à la demande pour des revues électroniques. Les services d’impression à la demande [24] peuvent permettre à ces revues d’offrir ou de bénéficier d’un service supplémentaire par rapport à la mise à disposition au format électronique. On peut imaginer plusieurs scénarios :
1.Une revue souhaite distribuer (gratuitement) sa dernière livraison aux adhérents de l’association ou de la société savante ou aux membres du laboratoire qui la soutient lors d’une assemblée générale, ou toute autre réunion interne.
2.Elle souhaite vendre un certain nombre d’exemplaires papier lors d’un événement particulier (colloque, salon, salon des revues, etc.) ou bien simplement comme support de communication (elle vend alors à prix coûtant de fabrication) ou bien pour financer une opération particulière (à commencer par sa présence au colloque ou au salon).
3.Elle souhaite vendre en permanence des exemplaires papier de ses différents numéros, via son site, ou sur le site d’une institution ou d’un libraire en ligne pour répondre à un ensemble de besoins qui ne sont pas satisfaits par la mise à disposition au format électronique : conservation et archivage par les bibliothèques, plus grand confort de lecture pour ses lecteurs, etc.
4.Dans le cas d’une publication électronique en « flux continu », elle peut constituer, a posteriori, des dossiers thématiques rassemblant une sélection d’articles faisant l’objet d’un travail éditorial (présentation, sélection bibliographique fusionnée, dossier documentaire), qui peuvent être matérialisés par des volumes imprimés pouvant faire l’objet de ventes ou de distribution gratuite dans telle ou telle circonstance.
5.Etc. bien des expérimentations peuvent être imaginées.
Depuis plusieurs années, un certain nombre d’acteurs se sont positionnés sur le marché de l’édition généraliste, en profitant d’une part du développement des technologies d’impression numérique, et de l’autre du développement d’Internet comme espace de visibilité pour les ouvrages.
Ces nouveaux intermédiaires de l’édition proposent un large éventail de services aux auteurs ou aux institutions qui éprouvent le besoin de publier. Selon les cas, ces intermédiaires proposent une large gamme de services
PAO sur fichier PDF
fabrication de l’ouvrage papier et impression
gestion d’une boutique en ligne
emballage et expédition
inscription dans un réseau de distribution
promotion
De manière transversale à cette déclinaison de services, il est important de distinguer deux cas différents
1. « Editeurs à la demande »
L’intermédiaire réclame la cession des droits patrimoniaux sur les ouvrages qu’il publie ; dans ce cas, il s’agit d’un éditeur à part entière, qui fait bien signer un contrat d’édition au sens où le CPI l’entend.
C’est le cas de Manuscrit.com (http://www.manuscrit.com/) : véritable pionnier de l’édition numérique commerciale, cette société qui existe depuis 2001 publie toutes sortes d’ouvrages. Elle dispose de collections spécialement dédiées au monde académique.
La procédure de publication est la suivante : les manuscrits, sont examinés par un comité de lecture dont le rôle semble moins être d’opérer une sélection parmi l’ensemble des propositions que d’écarter les publications trop farfelues, scandaleuses ou illégales. Ensuite, il y a signature du contrat d’édition. L’auteur cède l’ensemble des droits patrimoniaux sur la publication contre une rémunération en droits d’auteur de 8% de 0 à 50, 10% de 50 à 200, 12% jusqu’à 500 et 15% au delà sur les exemplaires papier. Pour les fichiers numériques, la part est plus importante. Il s’engage par ailleurs à accorder un droit de préférence à Manuscrit.com sur les deux prochains ouvrages qu’il peut être amené à publier par la suite [25]. En contrepartie, Manuscrit.com s’engage à céder à son tour les droits patrimoniaux à tout éditeur que l’auteur lui désignerait, à condition qu’il ne s’agisse pas d’un éditeur travaillant à compte d’auteur, qu’un prélèvement de 2% sur les droits d’auteur généré par la nouvelle publication lui soit versé, et que la mention du premier éditeur soit maintenu. La rationalité de cette démarche est que Manuscrit.com se positionne en découvreur de talents.
En ce qui concerne la diffusion, Manuscrit.com s’engage à promouvoir ses ouvrages, à les placer chez les libraires et organise des partenariats afin de promouvoir son catalogue. Une boutique en ligne permet aussi d’acheter les ouvrages directement sur le site de l’éditeur.
2. Impression à la demande
L’intermédiaire ne réclame pas la cession des droits patrimoniaux, et agit en représentant de l’auteur pour fabriquer, commercialiser et diffuser le livre. Il s’agit alors d’un imprimeur, qui peut éventuellement être un diffuseur.
Il existe un nombre assez important d’intermédiaires proposant des services d’impression à la demande. En voici la présentation de quelques uns :
Le Publieur (http://www.lepublieur.com/) : Propose aux institutions un service « d’édition déléguée » : le principe est qu’un groupe, une institution ou même une personne, se positionne en « éditeur », puis délègue toutes les opérations techniques de fabrication (compo, impression, etc.), commercialisation éventuellement et diffusion au Publieur. C’est de l’édition « fabless » ! Le cas typique est Sabine Wespieser éditeur, maison d’édition composée de la fondatrice éponyme et de Jacques Leenhardt, qui possède son site, mais dont l’ensemble des opérations techniques post-editing sont prises en charge par Le Publieur. La répartition des coûts et leur montant ne sont pas indiqués sur le site (il faut prendre contact). Pour information, le forfait à destination des particuliers qui souhaitent s’autopublier est le suivant : 450€ d’avance pour la fabrication des dix premières copies d’un ouvrage de 150 pages (+ isbn, dépôt légal, inscriptiondans la base DILICOM, vente sur le site et dans les librairies « qui le souhaitent »). Ensuite : 637€ pour un pack de 50 ex. 1100€ pour 100 ex. 3800€ pour 500 ex. Le Publieur peut aussi réaliser en plus un site propre pour l’éditeur virtuel qui, de toutes façons, dispose d’une page au sein de l’espace éditeur qui lui est réservé sur le site du Publieur.
In Libro Veritas (http://www.inlibroveritas.net/) : fabrique, commercialise et diffuse via son site Web. L’auteur ne fait pas l’avance des coûts de fabrication. Son livre est téléchargeable gratuitement sur Internet, ou envoyable au format papier contre rémunération. La particularité d’In Libro Veritas est que chaque lecteur peut fabriquer son propre livre en collectant les textes de plusieurs livres inscrits au catalogue, et se le faire imprimer et envoyer par ILV. Dans tous les cas, la rémunération de l’auteur est de l’ordre de 10%. ILV annonce un fort engagement du côté des licences libres (Creative Commons, Art Libre, FDL, etc.). Par ailleurs, la qualité technique d’impression et de mise en page du texte me semble faible.
Lulu.com (http://www.lulu.com/fr) : malgré l’apparence du nom, Lulu.com est l’intermédiaire qui semble aujourd’hui le plus sérieux et le plus important du marché. Lulu offre un ensemble complet de services autour de l’édition d’ouvrages. Les coûts de fabrication ne sont pas avancés par l’auteur ; ils entrent selon un barème dans le prix de vente de l’ouvrage. Par ailleurs, l’auteur est libre de fixer ses royalties sur le prix de vente de l’ouvrage à la hauteur de ce qu’il souhaite. Lulu prélève à son tour un pourcentage sur ces royalties. Mais celles-ci peuvent être nulles, si l’auteur le souhaite. L’acheteur paie dans ce cas uniquement le coût de fabrication et de transport de l’ouvrage. Cet acheteur peut être l’auteur lui-même, bien entendu. Dans ce cas, il peut décider que son ouvrage ne soit pas inscrit au catalogue de Lulu, ni visible pour le public sur le site. Dans le cas contraire, il dispose d’un mini espace de vente sur le site de Lulu.com. Il peut d’ailleurs y vendre plusieurs ouvrages, et peut en personnaliser l’apparence comme s ‘il s’agissait de sa propre boutique en ligne. Autour de cette prestation de base, le principe de Lulu est de proposer un ensemble de services qu’il fournit lui-même, ou que ses partenaires proposent. En effet, un peu sur le même principe que la Marketplace d’Amazon, Lulu.com abrite toute un écosystème d’entreprises et plus fréquemment de particuliers qui proposent des services autour des métiers de l ‘édition. Cela va du rewriting au kit de matériel promotionnel, en passant par l’editing, le packaging, l’animation d’ateliers d’écriture et j’en passe. Un service très important, et cette fois proposé directement par Lulu, est un service de diffusion à deux vitesses : pour 34$, l’ouvrage dispose d’un isbn, d’un code-barre, est présent pendant un an au sein de la boutique Marketplace Amazon de Lulu3. Pour 149$, il bénéficie en outre d’une diffusion dans les grandes chaînes de librairie, qu’elles soient physiques ou en ligne, et d’un vrai service de promotion4. Pour information, j’ai fait un essai avec le pdf d’un livre de 200 pages environ. Le coût de fabrication est de 8-9$ environ. Il faut compter les frais d’expédition en sus. Ceux-ci sont pour l’instant prohibitifs car l’expédition se fait à partir des Etats-Unis (9$ pour la première unité, 4 pour chaque unité supplémentaire). Il est cependant prévu que Lulu s’implante en Europe, et aussi en France.
Conclusion…personnelle :
d’un point de vue pratique, c’est l’offre proposée par Lulu.com qui me semble la plus innovante, pratique, et même économique lorsqu’elle arrivera en France. En revanche, il faut renoncer à toute idée de légitimation de la publication par l’intermédiaire (éditeur prestigieux, dimension symbolique du papier). Lulu.com ne fait aucune sélection (hormis les habituelles vérifications légales) sur les publications et ne fait que proposer un service purement logistique. Le fait de pouvoir être distribué par Amazon est en revanche un point intéressant. Personnellement, je trouve dommage que Lulu ne propose pas l’accès à un Web service qui permettrait de mettre en place une interface de commercialisation déportée sur le site de l’auteur (de la revue dans le cas qui nous intéresse) (mais il faut que je regarde si on ne peut pas le faire en passant par le Marketplace d’Amazon). Si on ne souhaite pas attendre, c’est Le Publieur qui me semble avoir adopté le modèle le plus proche. La grosse différence est financière, puisqu’il me semble bien qu’il faille avancer une mise de départ. En revanche, l’idée de pouvoir se constituer en micro-éditeur « fabless » est très intéressante, car elle peut permettre au collectif qui soutient la revue, d’étendre son offre éditoriale en diffusant des actes de colloques, des monographies, des dossiers documentaires, des mémoires divers dans son domaine de spécialité. In Libro Veritas me semble devoir être écarté pour insuffisance technique (pour l’instant). Manuscrit.com aussi (mais c’est un avis tout personnel) parce qu’il s’agit en fait d’un éditeur. On reste dans le système traditionnel malgré les apparences, et dans ce cas, mieux vaut peut-être chercher un véritable éditeur prestigieux.






Bonjour,
Je suis le gérant et fondateur de InLibroVeritas.
Je vous remercie pour ce papier tout à fait interresant.
La qualité de la mise en page n’est pas lié à notre systéme, mais bien à l’interface HTML qui n’est pas faite pour la mise en page. Nous avons mis en place un double systéme : un système type forum avec du balisage type BBCode, et un systéme plus proche de Word ou OOo avec un affichage du gras, retrait, italique ect. sans balisage. Ce qui est le mieux qu’on puisse faire pour l’instant. L’idéal serait une interface Flash ou AJAX, hélas c’est extrêmement complaxe car nous devons générer à la volée des pdf pour l’impression en parsant le code, c’est pas simple. Mais nous y travaillons.
Ensuite je voudai porter à votre connaissance : http://www.ilv-edition.com qui fonctionne comme lulu.com, site que nous avons dévellopé en extention de inlibroveritas et qui se veux le plus simple et le moins cher possible, avec un simple upload de pdf et une somme raisonnable vous avez votre livre, un dépot légal numérique, un n° ISBN et EAN et un référencement DILICOM. Vous faite tout en ligne comme lulu (choix des options, choix des royalties…) mais nous avons ajouter la gestions des licences.
Amicalement
Bonjour,
Je viens de lire avec le plus grand intérêt votre texte intitulé Nouveaux intermédiaires d’édition et d’impression à la demande. Votre préférence va nettement à Lulu d’après ce que j’ai lu. Il existe, à l’intérieur de Lulu, certains petits éditeurs notamment de poésie utilisant la logistique de Lulu et fournissant les mêmes prestations (en plus cher semble-t-il) Quel peut être l’intérêt pour un auteur, de passer par ceux-ci ?
Je vous remercie par avance de votre avis.
Cordialement à vous.
une exemple d’utilisation de lulu ici
http://www.fgriot.net/epicerie/cata...
Concernant Manuscrit.com, il faut noter trois choses, qui peuvent se révéler pas si anodines que ça.
Si l’idée de départ est bonne, la déception chez de nombreux auteurs publiés par Le Manuscrit est grande et beaucoup font tout pour obtenir résiliation de leur contrat. Mieux vaut donc y réfléchir à deux fois avant de signer – sauf si on se sent l’âme d’un représentant de commerce, car il faudra ensuite soi-même vendre son livre, l’éditeur ne faisant à cet égard aucun effort.
Bonjour,
tout d’abord, merci de votre réponse et félicitation pour votre réaction positive. J’avoue que lorsque j’ai mis en ligne cette note, j’ai éprouvé quelque inquiétude en me demandant comment vous alliez réagir à la critique. Encore merci d’avoir une réaction si positive.
Je dois avouer que j’ai un peu zappé ilv-édition dans mon panorama car j’étais persuadé que son offre reposait sur la même base technologique qu’in libro veritas. A la réflexion, ce n’est pas si évident en effet.
En ce qui concerne la comparaison avec Lulu, je ne suis pas tout à fait sûr. Moi, je vous comparerais plutôt avec Le Publieur, dans la mesure où vous demandez une mise de départ dans tous les cas. A propos de prix justement, ce serait bien que vous nous éclairiez un peu plus sur les coûts de fabrication. J’ai entamé une procédure One shot sur un pdf de 45 pages, et j’arrive, en choisissant toutes les options basiques à quelque chose comme comme 17€ par exemplaire (auxquels il faut ajouter les 59€ de droit d’entrée). C’est assez cher. En revanche, quand je regarde les livres en vente sur le site, je vois des prix comme 14€ pour 369 pages par exemple, ce qui n’est pas excessif. Bref, ma question est quel est votre barême, et est-il le même quelle que soit l’offre (si non, pourquoi ?) ?
Bon, j’ai l’air de chercher la petite bête, mais c’est simplement parce que votre démarche m’intéresse beaucoup (la preuve d’ailleurs), à la fois comme imprimeur-éditeur à la demande et comme acteur engagé du côté du libre. Vous savez quoi ? J’ai assez envie de venir vous voir pour en savoir plus. Je pourrai faire une sorte de reportage dont je publierai le résultat en exclu sur blogo-numericus (et Lafeuille aussi, si Hubert veut bien). Vous m’invitez ?
Quand les critiques sont constructives, je ne vois pas pourquoi je le prendrai mal. De plus nous avons tout à prouver, et je me vois mal jouer les « durs » face à des personnes bien plus qualifiées que moi. En tant que débutant, mon seul droit est celui de l’humilité et l’écoute. Ce que je fais.
Votre message a porté. Nous avons corrigé la grille de tarification qui n’était pas bonne du tout, et générait des prix déraisonnables. Maintenant, pour 45 pages le livre coutera 10 € TTC (prix n’incluant pas de droit d’auteur, mais dans le cas du oneshot, il n’y'a pas de D.A de toute façon ^_^) Ce qui parrait bien plus honnête, nous avons également défini la réduction sur volume. Tarifs. En espérant que cela conviendra au plus grand nombre.
De toute façon le site est encore en pré-public, nous ne communicons pas vraiment. Il y’a des détails à paufiner.
J’ajoute également, mais c’est encore trop tôt, que nous ne sommes pas « que » des éditeur-imprimeur mais que nous avons également une véritable vocation d’éditeur en éditant, justement, à compte d’éditeur. Vous en aurez bientôt la vision.
Je suis bien entendu honoré de votre proposition de rencontre. Contactez moi pour les modalités => mpasquini[at]inlibroveritas.net
Bonjour,
j’imagine que vous faites référence aux prestataires qui proposent leurs services à l’intérieur de Lulu.com. Il faut voir que Lulu fonctionne à la carte ; ou, si vous voulez, selon le principe de la pizza du chef. Au départ, vous avez une base : la pâte et la sauce tomate, cad la mise à disposition de l’infrasctructure d’impression, d’expédition et la boutique en ligne. Sur cette base, vous avez la possibilité d’ajouter des ingrédients, cad différents services supplémentaires, proposés par lulu (distribution globale, inscription dans les bases libraires, isbn, etc.) ou par des prestataires indépendants qui « parasitent » (au bon sens du terme) le système.
Je trouve cette astuce très ingénieuse ; car, comme on le voit écrit à longueur de colonne, éditer un livre ne se résume pas à l’imprimer et le distribuer. Il y a tout un travail supplémentaire, de correction, d’amélioration, de mise en page, qu’on peut faire soit même, ou qu’on peut confier à un professionnel…pour un coût qui ne peut être égal à 0. C’est encore plus vrai d’un livre de poésie qui demande une mise en page particulière et une préparation particulièrement bien soignée, il me semble.
Mais est-ce bien à cela que vous faites référence ou s’agit-il d’autre chose ? Pouvez-vous indiquer ici un de ces « éditeurs » ?