Tous éditeurs avec Allpeers


Homo Nume­ri­cus a signalé cette semaine la sor­tie d’un logi­ciel de peer-​to-​peer très attendu. All­peers est une exten­sion du navi­ga­teur Fire­fox qui per­met de par­ta­ger de manière très simple n’importe quel fichier avec n’importe quelle autre per­sonne (à condi­tion bien sûr que celle-​ci soit aussi équi­pée du même logi­ciel). Lorsque j’ai eu connais­sance de ce pro­jet (que j’attends depuis long­temps), j’ai tout de suite pensé qu’il consti­tuait pour les uti­li­sa­teurs une réponse impa­rable aux attaques répé­tées de l’industrie du copy­right. A moins qu’il ne tombe sous les coups de la DADVSI ou de ses consoeurs dans d’autres pays, comme logi­ciel « mani­fes­te­ment des­tiné » au pira­tage d’oeuvres pro­té­gées, quoiqu’en disent ses concep­teurs qui mul­ti­plient les aver­tis­se­ments sur ces usages. Bien sûr, All­peers n’est pas uni­que­ment des­tiné à par­ta­ger ses pho­tos de vacances avec sa famille. Pour­tant, à y regar­der de plus près, et à l’expérimenter, il est assez clair qu’il n’est pas non plus des­tiné ni adapté au pira­tage mas­sif d’oeuvres pro­té­gées. La réa­lité semble bien plus inté­res­sante que cela car la valeur de All­peers se trouve au delà de la ques­tion de la léga­lité de l’échange (dont on voit que la défi­ni­tion tra­di­tion­nelle a sérieu­se­ment du plomb dans l’aile).

Ce qui est très inté­res­sant dans All­peers, c’est que tout le sys­tème est cen­tré autour de celui qui par­tage, plu­tôt que des fichiers par­ta­gés, contrai­re­ment aux réseaux clas­siques de P2P. Il n’y a pas de moteur de recherche ici, et l’objet le plus impor­tant que pré­sente le logi­ciel est la liste de contacts avec qui l’utilisateur par­tage ses fichiers : répar­tis dans des groupes que l’on peut consti­tuer et peu­pler à volonté, ces uti­li­sa­teurs signalent par une cou­leur leur pré­sence en ligne et on peut visua­li­ser les fichiers qu’ils par­tagent et ceux que l’on par­tage avec eux. Visuel­le­ment, l’interface fait imman­qua­ble­ment pen­ser à un logi­ciel d’ins­tant mes­sa­ging. Il est d’ailleurs tout à fait pos­sible d’aborder All­peers comme un croi­se­ment heu­reux entre ce type d’application et le p2p : au lieu d’envoyer des mes­sages à ses proches, on leur envoie des fichiers. Du coup, ceux-​ci prennent le sta­tut de mes­sage : on « envoie » un fichier comme on envoie un mes­sage. Mal­gré la simi­li­tude tech­nique, cet uti­li­taire n’a donc rien à voir en terme d’usage avec les uti­li­taires clas­siques basés sur la recherche de fichiers. Ici, l’opération est exac­te­ment inverse, puisque c’est le par­ta­geur qui pousse un fichier vers tel ou tel. Or, cet acte, qui consiste à sélec­tion­ner un contenu, à le choi­sir pour l’adresser à un public qu’il juge adapté (ici com­posé d’une seule ou d’un faible nombre de per­sonnes) cor­res­pond exac­te­ment à la posi­tion de l’éditeur.

Ten­tons un ins­tant d’imaginer les usages pos­sibles d’Allpeers, au delà du par­tage infor­mel de fichiers entre amis et col­lègues de bureau tel que le montre la petite démo visible sur le site du logi­ciel. Évidem­ment, on pense immé­dia­te­ment à la dis­tri­bu­tion par des auteurs en auto-​édition de conte­nus quel­conques (audio, vidéo ou textes). Le contexte inté­res­sant pour la dis­tri­bu­tion par ce moyen est évidem­ment lorsque le public est très res­treint. Vous avez dit longue traîne ? L’application a un effet « club » immé­diat. Car si j’ajoute un contact pour lui don­ner accès à un fichier, je le conserve évidem­ment dans ma liste. Rien n’empêche de lui en envoyer d’autres pério­di­que­ment. Dans ce cas, on peut très bien ima­gi­ner que la rému­né­ra­tion à la pièce laisse la place à l’abonnement : je suis fan de x ; d’un côté, je peux ache­ter son der­nier album qu’il m’enverra par All­peers lorsqu’il aura reçu mon paie­ment, mais de l’autre, je peux aussi m’abonner à son réseau par l’intermédiaire duquel il me garan­tit qu’il m’enverra 2 albums par an. Bon ; l’exemple n’est pas très inté­res­sant pour les albums. Il l’est plus pour un pho­to­graphe qui sou­hai­te­rait « abon­ner » par ce biais ses clients régu­liers à son flux de pho­to­gra­phies haute réso­lu­tion. Du côté de l’audio et de la vidéo, All­peers peut être un excellent moyen de dif­fu­sion de pod­casts (la ques­tion de la consom­ma­tion de bande pas­sante et d’espace disque sur des ser­veurs en ligne étant la dif­fi­culté à laquelle se heurte imman­qua­ble­ment tout pod­cas­teur). Pour ma part, en for­ma­tion, je me ver­rais bien envoyer des screen­casts à mes élèves ; et ainsi de suite.

Il faut pou­voir ima­gi­ner aussi les contextes où le par­ta­geur n’est pas l’auteur des fichiers qu’il envoie. Pur éditeur dans ce cas, il se trans­forme en concep­teur de pro­grammes, mais d’une manière assez nou­velle, car il peut adap­ter son pro­gramme à cha­cun de ses abon­nés. Il s’agit là d’un véri­table tra­vail géné­ra­teur de valeur. La ques­tion de la moné­ta­ri­sa­tion de cette valeur et de sa remon­tée vers l’auteur consti­tue très sim­ple­ment un énorme trou noir dans la légis­la­tion actuelle. La licence glo­bale, un temps évoquée lors des débats sur la DADVSI aurait pu four­nir un début de réponse. Son rejet pur et simple par le gou­ver­ne­ment appa­raît aujourd’hui pour ce qu’il est : la pro­tec­tion légale d’un oli­go­pole sur le mar­ché de l’édition de conte­nus au pro­fit d’un car­tel d’entreprises domi­nantes, bien déci­dées à ne pas se lais­ser concur­ren­cer par une armée d’internautes subi­te­ment deve­nus micro-​éditeurs. Tous éditeurs ! c’est bien le slo­gan que pour­rait adop­ter All­peers et qui devra un jour ou l’autre trou­ver son expres­sion dans la loi.

All­peers n’est encore qu’en ver­sion bêta. Le logi­ciel n’est pas tout à fait opti­misé (il ralen­tit for­te­ment le démar­rage de Fire­fox par exemple) et il lui manque quelques fonc­tion­na­li­tés : un uti­li­taire de chat, bien sûr, la pos­si­bi­lité de le désac­ti­ver lorsque Fire­fox est ouvert, ou encore un moyen per­met­tant d’annuler un télé­char­ge­ment en cours !

5 réflexions au sujet de « Tous éditeurs avec Allpeers »

  1. Anonyme

    Merci pour ce billet très inté­res­sant. C’est une uti­li­sa­tion d’Allpeers à laquelle je n’avais pas du tout pensé et qui me semble effec­ti­ve­ment assez pro­met­teuse.
    PS : à ma connais­sance, le module de mes­sa­ge­rie ins­tan­tan­née sera inté­gré dans la ver­sion finale.

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  2. Anonyme

    Pour moi All­Peers va sur­ement se posi­tio­ner a terme comme un concur­rent de MyS­pace puisque effec­ti­ve­ment tout est centre autour de la per­sonne et le p2p est uti­li­ser pour le par­tage, ce qui est plus effi­cace que les gros ser­veurs de MySpace.

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  3. seb

    ouais ben fau­drait deja 1/​que ca marche
    2/​que le crea­teur fran­cais pense a ses amis fran­cais
    3/​qu il y ait une fAQ digne de ce nom avec des reponses

    bref qu ils se depechent avanbt que les gens qui se sont ins­crits a la beta en fevrier, qui ont attendu fina­le­ment 5 mois au lieu de 3 semaines , ne se disent que all­peers CT beau sur le papier mais qu ils etaient pas assez bons pour mener a terme un beau pro­jet
    je suis aigri car je cherche a faire tou­ner le bidule depuis un bon moment et per­sonne ne repond, ils ont meme perdu ma trace dans leur BDD

    bref la loose

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  4. Piotrr

    Je ne suis pas tota­le­ment en désac­cord avec ça. Pour ma part, j’ai dés­ins­tallé All­peers car il crashe Fire­fox. J’ai un ami qui n’arrive pas à le faire fonc­tion­ner. Bref, j’attends la pro­chaine version.

    Cela n’enlève rien au coup de génie d’avoir conçu une appli­ca­tion de cette nature bien sûr. Main­te­nant, il fau­drait mon­ter en puis­sance côté déve­lop­pe­ment et support.

    Quant à la loca­li­sa­tion fran­çaise, cela m’étonnerait que la récente DADVSI encou­rage un entre­pre­neur fran­çais à déve­lop­per ses ini­tia­tives dans son pays d’origine. Bref, moins le truc sera fran­çais et plus il sera tran­quille à mon avis. Encore une preuve par l’absurde de la grande clair­voyance de nos élites poli­tiques en per­pé­tuel retard d’une révo­lu­tion indus­trielle (comme nos géné­raux le sont d’une guerre).

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