
- Passez au nouveau Blogger
- Passez au nouveau Blogger… et essayer de l’utiliser sans votre compte Gmail…
Tous les jours, nous assistons au débarquement de Mountain View, la cité-mère de Google, dans nos services web. La création de services Google se fait à une vitesse galopante, les acquisitions de services existants sont annoncées très régulièrement (dernier en date : YouTube), les services expérimentaux foisonnent [35]. Sur cela, tout a été dit et redit. On insiste peut-être un peu moins sur la cohérence que Google compte donner à son entreprise. Pourtant, l’unité documentaire de Google, c’est vous, c’est nous, c’est moi. Se construit peu à peu un système d’information mondial unifié autour d’un identifiant unique, qui s’appuie sur la pierre angulaire que constitue Gmail, le service de courrier électronique de Google. Les exemples qui confirment ce mouvement de fond engagé à pleine vitesse sont nombreux. Le nouveau Blogger.com vous demande de convertir vos identifiants anciens en identifiants gmail. Le traitement de texte en ligne Writely, après vous avoir quasiment obligé à passer de votre identifiant-courriel classique à votre identifiant-courriel Gmail, vient de changer de nom et de s’intégrer, cette nuit, à http://docs.google.com/ (la peinture n’est pas encore tout-à-fait sèche). Près de trois ans après sa création, Gmail continue à fonctionner exclusivement par cooptation, ce qui permet à Google de savoir qui est l’ami de qui. Donnée dont ne dispose aucun sociologue et qui constitue quasiment un Graal publicitaire…

- Documents will be moved permanently
- Avant sa disparition, Writely vous incitait fortement à utiliser votre compte Gmail comme identifiant-courriel. Opération définitive, s’il en est ! Depuis, Writely a été fondu dans l’offre de bureautique en ligne de Google et votre compte Gmail simplifie votre vie… et celle de Google.
L’offre affolante de services en ligne donne chaque jour un peu plus corps au « rêve » d’un Web-OS. Services et technologies innovantes, qui permettent presque d’espérer se défaire de la tutelle de Microsoft sur nos bureaux. Mais voilà un rêve qui permet à Google de lire mes courriels (Gmail vous propose déjà des publicités contextuelles, liées aux mots présents dans votre correspondance), de lire les rapports et articles que je rédige (ex-writely), de connaître mon emploi du temps (Google Calendar), de savoir les vidéos que j’aime (YouTube), etc. Ce n’est pas totalement nouveau ? Ce qui est nouveau, c’est qu’à l’aide de sa quasi-universalité, des cookies et de l’identifiant-courriel, Google peut connecter l’ensemble de ces données autour d’une seule unité documentaire : vous. Le filet, peu à peu, se resserre. Jamais notre vie privée n’a été aussi menacée.
Faut-il crier au loup contre ce qui s’apparente, peu ou prou, à un Esclavage à la sauce « 2.0″ ? On peut le faire. Et constater des pratiques similaires chez Yahoo (qui a fait converger FlickR.com vers les comptes Yahoo) et Microsoft (qui, comme d’habitude, part après la bataille mais s’appuie sur son insolente maîtrise de plus de 90% des bureaux). Mais cette démarche permettra-t-elle de contrer le processus en cours ? En poussant des cris d’orfraie, ne se donne-t-on pas bonne conscience à peu de frais ? Les dénonciations des pratiques monopolistiques de Microsoft ont-elles suffi à contrebalancer son immense puissance ? L’énergie passée à attaquer Microsoft n’aurait-elle pas été mieux utilisée à construire GNU/Linux ?
Je crois qu’il faut avant tout réfléchir à des propositions concernant les données personnelles en ligne. C’est-à-dire inventer des pratiques et des principes n’empêchant pas l’innovation, tout en préservant la vie privée et la liberté d’exister hors des « majors du web ». Puis construire un mouvement de pression assez puissant pour imposer le respect de ces règles. Et, au besoin, s’appuyer sur des outils nous protégeant sans nous isoler du numérique pour autant. Mozilla Firefox, de ce point de vue, pourrait être notre ami. GNU/Linux, encore trop marginal aujourd’hui, le sera peut-être moins, mais ses progrès sont saisissants et pourraient provoquer la surprise. Quoi qu’il en soit, ne l’oublions pas : l’unité documentaire, c’est nous. Sans nous, rien ne se fera. L’avenir ne tient donc qu’à un fil, mais ce fil est dans nos mains.





Je vois une filiation ou une continuité avec ceci.
Cela mériterait de poser plus de pistes d’issues.
Oui, c’est un billet général. Je compte bien essayer de creuser quelques pistes sur ce sujet délicat.
Attention quand même de ne pas sombrer dans la parano, le regroupement autour de gmail ne semble pas si obligatoire ni inéluctable que ça :
http://googleblog.blogspot.com/2006...
marin,
comme tu l’argumentes si bien, l’unité documentaire c’est nous. j’ajoute à ta réflexion ce point, essentiel à mon sens : si chacun d’entre nous est un individu unique et nettement défini dans le monde physique, rien ne le conditionne comme réplique unique dans le cyberespace… sinon l’ignorance, la naïveté ou la paresse.
les échecs répétés de régulation des entreprises à caractère monopolistique (at&t, ibm, microsoft persistent dans la domination de leurs secteurs) montre bien que la réponse à l’assaut mené par google sur notre vie privé passe non par la loi mais par un changement individuel des mentalités… et des actes.
oui j’ai un compte gmail. oui, j’utilise certains services de google (earth, moteur de recherche). et je les consomme conformément à un code de conduite personnel :
ce qui rend repérable, définissable, analysable, c’est la répétition. l’infinie variété des ressources en ligne nous met en position non de nous répéter, et devenir de la chair à statistiques, mais de nous promener, d’y glaner de nouveaux motifs d’émerveillement et d’encouragement.
alors, à l’unité documentaire que voudrait trouver en moi google, je réponds par la délibérée fragmentation de ma personnalité numérique.
Le regroupement n’est pas obligatoire, mais le pré-remplissage systématique par Google des login gmail (piochés dans un cookie) en lieu et place des login mémorisés par le navigateur oblige à cliquer pour demander l’oubli des valeurs pré-remplies, puis à remplir des informations que Google a fait mine d’oublier. Bref, rien d’obligatoire. Mais une incitation qui, sur le plan pratique, reste très forte.