L’unité documentaire de Google, c’est vous.

11 octobre 2006
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Pas­sez au nou­veau Blogger
Pas­sez au nou­veau Blog­ger… et essayer de l’utiliser sans votre compte Gmail…

Tous les jours, nous assis­tons au débar­que­ment de Moun­tain View, la cité-​mère de Google, dans nos ser­vices web. La créa­tion de ser­vices Google se fait à une vitesse galo­pante, les acqui­si­tions de ser­vices exis­tants sont annon­cées très régu­liè­re­ment (der­nier en date : You­Tube), les ser­vices expé­ri­men­taux foi­sonnent [35]. Sur cela, tout a été dit et redit. On insiste peut-être un peu moins sur la cohérence que Google compte donner à son entreprise. Pourtant, l'unité documentaire de Google, c'est vous, c'est nous, c'est moi. Se construit peu à peu un système d'information mondial unifié autour d'un identifiant unique, qui s'appuie sur la pierre angulaire que constitue Gmail, le service de courrier électronique de Google. Les exemples qui confirment ce mouvement de fond engagé à pleine vitesse sont nombreux. Le nouveau Blog​ger​.com vous demande de conver­tir vos iden­ti­fiants anciens en iden­ti­fiants gmail. Le trai­te­ment de texte en ligne Wri­tely, après vous avoir qua­si­ment obligé à pas­ser de votre identifiant-​courriel clas­sique à votre identifiant-​courriel Gmail, vient de chan­ger de nom et de s’intégrer, cette nuit, à http://​docs​.google​.com/ (la pein­ture n’est pas encore tout-​à-​fait sèche). Près de trois ans après sa créa­tion, Gmail conti­nue à fonc­tion­ner exclu­si­ve­ment par coop­ta­tion, ce qui per­met à Google de savoir qui est l’ami de qui. Don­née dont ne dis­pose aucun socio­logue et qui consti­tue qua­si­ment un Graal publicitaire…

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Docu­ments will be moved permanently
Avant sa dis­pa­ri­tion, Wri­tely vous inci­tait for­te­ment à uti­li­ser votre compte Gmail comme identifiant-​courriel. Opé­ra­tion défi­ni­tive, s’il en est ! Depuis, Wri­tely a été fondu dans l’offre de bureau­tique en ligne de Google et votre compte Gmail sim­pli­fie votre vie… et celle de Google.

L’offre affo­lante de ser­vices en ligne donne chaque jour un peu plus corps au « rêve » d’un Web-​OS. Ser­vices et tech­no­lo­gies inno­vantes, qui per­mettent presque d’espérer se défaire de la tutelle de Micro­soft sur nos bureaux. Mais voilà un rêve qui per­met à Google de lire mes cour­riels (Gmail vous pro­pose déjà des publi­ci­tés contex­tuelles, liées aux mots pré­sents dans votre cor­res­pon­dance), de lire les rap­ports et articles que je rédige (ex-​writely), de connaître mon emploi du temps (Google Calen­dar), de savoir les vidéos que j’aime (You­Tube), etc. Ce n’est pas tota­le­ment nou­veau ? Ce qui est nou­veau, c’est qu’à l’aide de sa quasi-​universalité, des cookies et de l’identifiant-courriel, Google peut connec­ter l’ensemble de ces don­nées autour d’une seule unité docu­men­taire : vous. Le filet, peu à peu, se res­serre. Jamais notre vie pri­vée n’a été aussi menacée.

Faut-​il crier au loup contre ce qui s’apparente, peu ou prou, à un Escla­vage à la sauce « 2.0″ ? On peut le faire. Et consta­ter des pra­tiques simi­laires chez Yahoo (qui a fait conver­ger Fli​ckR​.com vers les comptes Yahoo) et Micro­soft (qui, comme d’habitude, part après la bataille mais s’appuie sur son inso­lente maî­trise de plus de 90% des bureaux). Mais cette démarche permettra-​t-​elle de contrer le pro­ces­sus en cours ? En pous­sant des cris d’orfraie, ne se donne-​t-​on pas bonne conscience à peu de frais ? Les dénon­cia­tions des pra­tiques mono­po­lis­tiques de Micro­soft ont-​elles suffi à contre­ba­lan­cer son immense puis­sance ? L’énergie pas­sée à atta­quer Micro­soft n’aurait-elle pas été mieux uti­li­sée à construire GNU/​Linux ?

Je crois qu’il faut avant tout réflé­chir à des pro­po­si­tions concer­nant les don­nées per­son­nelles en ligne. C’est-à-dire inven­ter des pra­tiques et des prin­cipes n’empêchant pas l’innovation, tout en pré­ser­vant la vie pri­vée et la liberté d’exister hors des « majors du web ». Puis construire un mou­ve­ment de pres­sion assez puis­sant pour impo­ser le res­pect de ces règles. Et, au besoin, s’appuyer sur des outils nous pro­té­geant sans nous iso­ler du numé­rique pour autant. Mozilla Fire­fox, de ce point de vue, pour­rait être notre ami. GNU/​Linux, encore trop mar­gi­nal aujourd’hui, le sera peut-​être moins, mais ses pro­grès sont sai­sis­sants et pour­raient pro­vo­quer la sur­prise. Quoi qu’il en soit, ne l’oublions pas : l’unité docu­men­taire, c’est nous. Sans nous, rien ne se fera. L’avenir ne tient donc qu’à un fil, mais ce fil est dans nos mains.

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5 Responses to L’unité documentaire de Google, c’est vous.

  1. Hubert Guillaud on 12 octobre 2006 at 10 h 08 min

    Je vois une filia­tion ou une conti­nuité avec ceci.

    Cela méri­te­rait de poser plus de pistes d’issues.

  2. Marin on 12 octobre 2006 at 15 h 05 min

    Oui, c’est un billet géné­ral. Je compte bien essayer de creu­ser quelques pistes sur ce sujet délicat.

  3. Filofel on 18 octobre 2006 at 8 h 54 min

    Atten­tion quand même de ne pas som­brer dans la parano, le regrou­pe­ment autour de gmail ne semble pas si obli­ga­toire ni iné­luc­table que ça :

    http://​goo​gle​blog​.blog​spot​.com/​2​006…

  4. Marin on 20 octobre 2006 at 18 h 06 min

    Le regrou­pe­ment n’est pas obli­ga­toire, mais le pré-​remplissage sys­té­ma­tique par Google des login gmail (pio­chés dans un cookie) en lieu et place des login mémo­ri­sés par le navi­ga­teur oblige à cli­quer pour deman­der l’oubli des valeurs pré-​remplies, puis à rem­plir des infor­ma­tions que Google a fait mine d’oublier. Bref, rien d’obligatoire. Mais une inci­ta­tion qui, sur le plan pra­tique, reste très forte.

  5. michaël on 6 novembre 2006 at 3 h 25 min

    marin,

    comme tu l’argumentes si bien, l’unité docu­men­taire c’est nous. j’ajoute à ta réflexion ce point, essen­tiel à mon sens : si cha­cun d’entre nous est un indi­vidu unique et net­te­ment défini dans le monde phy­sique, rien ne le condi­tionne comme réplique unique dans le cybe­res­pace… sinon l’ignorance, la naï­veté ou la paresse.

    les échecs répé­tés de régu­la­tion des entre­prises à carac­tère mono­po­lis­tique (at&t, ibm, micro­soft per­sistent dans la domi­na­tion de leurs sec­teurs) montre bien que la réponse à l’assaut mené par google sur notre vie privé passe non par la loi mais par un chan­ge­ment indi­vi­duel des men­ta­li­tés… et des actes.

    oui j’ai un compte gmail. oui, j’utilise cer­tains ser­vices de google (earth, moteur de recherche). et je les consomme confor­mé­ment à un code de conduite personnel :

    -ne jamais cli­quer sur un lien spon­so­risé (taper l’url à la main dans une autre fenêtre) ;

    - uti­li­ser gmail pour un seul usage : abon­ne­ments aux listes de dif­fu­sion, aux ser­vices de sup­port des éditeurs de logi­ciel ;

    - ne pas uti­li­ser le champ de recherche du navi­ga­teur (fire­fox, safari) avec le seul google mais alter­ner avec d’autres moteurs de recherche ;

    - créer dif­fé­rentes per­son­na­li­tés cyber­spa­tiales : l’une s’exprime dans les forums, une autre achète en ligne, une troi­sième fré­quente les chats, etc.

    - ne pas prendre d’habitudes de consom­ma­tion des res­sources numé­riques mais conser­ver, en accord avec la nature même du cybe­res­pace, une flui­dité de mes pra­tiques en ligne ;

    - pri­vi­lé­gier les res­sources four­nies par des indi­vi­dus ou des groupes d’individus à celles pro­po­sées par de grandes entreprises.

    ce qui rend repé­rable, défi­nis­sable, ana­ly­sable, c’est la répé­ti­tion. l’infinie variété des res­sources en ligne nous met en posi­tion non de nous répé­ter, et deve­nir de la chair à sta­tis­tiques, mais de nous pro­me­ner, d’y gla­ner de nou­veaux motifs d’émerveillement et d’encouragement.

    alors, à l’unité docu­men­taire que vou­drait trou­ver en moi google, je réponds par la déli­bé­rée frag­men­ta­tion de ma per­son­na­lité numérique.

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