Archives de l’auteur : Pierre Mounier

A propos Pierre Mounier

Je suis directeur adjoint du Centre pour l'édition électronique ouverte. J'ai fondé Homo Numericus, site de réflexion et d'information sur les relations entre technologies numériques et questions de société, dont je suis l'éditeur et le principal auteur.

« The book is a conversation ». Really ?

'Sitting on history'Ori­gi­nal ver­sion in french. Trans­la­tion with help from Google trans­late. Opi­nions are mine. Errors are Google’s. ;-)

The 1st and 2nd of July ‚ the Jisc and the consor­tium OAPEN jointly orga­ni­zed a confe­rence at the Bri­tish Library in Lon­don to invite a large com­mu­nity to work toge­ther on the future of open access books in the huma­ni­ties and social sciences.

Lire la suite

Le livre est une conversation”. Vraiment ?

BritishLibraryInterior02Les 1er et 2 juillet der­niers, le Jisc et le consor­tium Oapen ont orga­nisé ensemble une confé­rence à la Bri­tish Library de Londres pour convier une large com­mu­nauté d’acteurs de la publi­ca­tion en sciences humaines et sociales à réflé­chir ensemble à l’avenir de la dif­fu­sion du livre en libre accès.

Lire la suite

#dhiha5 Quelle(s) idéologie(s) pour les humanités numériques ?

YesWeDigital“Chez nous — cha­cun le sait — le jeune homme qui se consacre à la science com­mence nor­ma­le­ment sa car­rière par le poste de Pri­vat­do­zent. Après avoir conféré avec le spé­cia­liste de la dis­ci­pline qu’il a choi­sie et après avoir obtenu son consen­te­ment, il se fait habi­li­ter pour l’enseignement supé­rieur en pré­sen­tant un ouvrage et en se sou­met­tant aux épreuves d’un exa­men, le plus sou­vent for­mel, devant le jury de la faculté d’une uni­ver­sité. Désor­mais il pourra don­ner des cours en choi­sis­sant lui-​même son sujet dans le cadre de sa venia legendi. Mais il ne per­çoit aucun trai­te­ment, il n’a d’autre rému­né­ra­tion que la contri­bu­tion des étudiants. En Amé­rique on débute d’une tout autre façon dans la car­rière : on y est d’abord engagé comme « assis­tant ». D’une manière assez voi­sine, par exemple, de celle qui a ordi­nai­re­ment cours dans nos grands Ins­ti­tuts des Facul­tés des sciences et de méde­cine où l’habilitation for­melle comme Pri­vat­do­zent n’est convoi­tée que par une frac­tion des assis­tants et sou­vent tardivement.
Lire la suite

Humanités numériques et patrimoine

En com­pa­gnie d’Aurélien Berra et Bjorn-​Olav Dozo, je suis en train de rédi­ger un petit ouvrage de vul­ga­ri­sa­tion « Qu’est-ce que les Digi­tal Huma­ni­ties ? » pour Ope­nE­di­tion Press. Je publie­rai ici les pre­mières ver­sions des textes for­mant ma contri­bu­tion à cet ouvrage. N’hésitez pas à com­men­ter et cor­ri­ger, j’intégrerai les sug­ges­tions à la ver­sion défi­ni­tive du texte. Celui qui suit consti­tue un bout de cha­pitre consa­cré aux rela­tions entre les huma­ni­tés numé­riques et la société. Il traite de l’aspect patri­mo­nial. Le pro­chain trai­tera des appli­ca­tions indus­trielles en matière de trai­te­ment de l’information.

Lire la suite

Engagement et articulation

Comme cer­tains d’entre vous le savent déjà, je serai can­di­dat aux élec­tions légis­la­tives du 10 juin 2012 dans le 20e arron­dis­se­ment de Paris où j’habite (15e cir­cons­crip­tion) sous les cou­leurs du Parti Pirate. J’ai mûri cet enga­ge­ment depuis un cer­tain temps (cf. mon billet pré­cé­dent inti­tulé «  Un pique-​nique pour les pirates  »). Évidem­ment, il est dans la conti­nuité de l’enquête que j’ai menée depuis 2001 sur les enjeux sociaux et poli­tiques des tech­no­lo­gies numé­riques avec Homo Nume­ri­cus. Il est aussi en cohé­rence avec mon enga­ge­ment pro­fes­sion­nel du côté du libre accès, de l’édition élec­tro­nique libre et ouverte, et plus lar­ge­ment des huma­ni­tés numé­riques. Ces trois volets (acti­vité pro­fes­sion­nelle, tra­vail d’écriture et enga­ge­ment mili­tant) sont donc cohé­rents et arti­cu­lés. Je dis bien arti­cu­lés, et non fusion­nés. La rela­tion entre eux ne doit pas abou­tir à la confu­sion. C’est pour cette rai­son que vous ne ver­rez pas ici, sur ce blog ou sur Homo Nume­ri­cus d’autre texte que j’aurais écrit en tant que can­di­dat ou mili­tant déclaré, que ce billet de mise au point.

Pour ceux qui seraient inté­res­sés, mon blog de can­di­dat est dis­po­nible ici : http://​www​.can​di​dats​ci​toyens​.org/​m​o​u​n​i​e​r​2​0​12/ et un groupe de sou­tien à cette can­di­da­ture existe sur Facebook

Pour ceux qui ne le sont pas, je conti­nue­rai à par­ler ici, de manière non-​militante, aux côtés de Marin, d’édition élec­tro­nique, de libre accès et d’humanités numériques.

Cré­dit pho­to­gra­phique« Levels of Trans­port » par Ecs­ta­ti­cist en CC by-​nc-​sa 2.0 sur Flickr

Impressions d’automne 1 : Le cas Meredith

L’automne der­nier, j’ai eu la chance de par­ti­ci­per à plu­sieurs ren­contres sti­mu­lantes dans le domaine de l’édition élec­tro­nique, du libre accès et des digi­tal huma­ni­ties. J’en ren­drai compte à tra­vers une série de billets consa­crés aux idées, his­toires, per­sonnes, pro­jets qui m’ont le plus mar­qués. Atten­tion, sub­jec­ti­vité assu­mée.

Lorsqu’on se trouve à devoir défendre le libre accès devant un audi­toire non spé­cia­lisé, lorsqu’il s’agit d’expliquer de manière acces­sible et mar­quante pour­quoi c’est un mou­ve­ment impor­tant qui mérite d’être sou­tenu, il n’est pas tou­jours évident de trou­ver les bons argu­ments. Le bon argu­ment, c’est le magni­fique cadeau que Phil Bourne, pro­fes­seur à l’Université de Cali­for­nie San Diego a apporté à tous les par­ti­sans du libre accès qui assis­taient à la confé­rence Ber­lin 9 à Bethesda du 9 au 10 novembre der­nier.

Phil Bourne raconte en effet qu’en tant que rédac­teur en chef de la revue Plos Com­pu­ta­tio­nal Bio­logy, il reçut un jour le manus­crit d’un article par­ti­cu­liè­re­ment inno­vant sur les ques­tions de modé­li­sa­tion des pan­dé­mies qui était pro­posé par une cer­taine Mere­dith. Lorsqu’il vou­lut dis­cu­ter de son tra­vail avec l’auteure, c’est à sa grande sur­prise une lycéenne âgée de 15 ans qui se pré­senta. Celle-​ci avait rédigé son article parce qu’elle s’était pas­sion­née pour le sujet à la suite d’une fête de la science. Elle s’était alors ren­sei­gnée en uti­li­sant Wiki­pe­dia puis la lit­té­ra­ture spé­cia­li­sée en libre accès. Enfin, pour établir son modèle, elle avait demandé et obtenu du temps de cal­cul sur les ordi­na­teurs du San Diego Super­com­pu­ter Cen­ter ainsi que l’accès à des bases de données.

Après avoir rencontré Mere­dith, Bourne lui conseilla de sou­mettre son article à la revue Science et l’invita à pré­sen­ter son tra­vail dans un sémi­naire de son labo­ra­toire. Pour lui, le « cas Mere­dith » est une illus­tra­tion d’un phé­no­mène qu’il qua­li­fie de » lec­teur inat­tendu » (unex­pec­ted rea­der) : lorsqu’une infor­ma­tion est publiée, que ce soit des don­nées ou un article de revue, même si l’auteur et l’éditeur ont un lec­to­rat cible en vue (ici les col­lègues et étudiants spé­cia­li­sés), il existe pro­ba­ble­ment quelque part un « lec­teur inat­tendu » qui pour­rait en tirer pro­fit et en faire son miel pour créer quelque chose à son tour ou appor­ter sa pierre à l’édifice. Le phé­no­mène du lec­teur inat­tendu est un puis­sant argu­ment en faveur du libre accès car il montre que les modèles de dif­fu­sion en accès res­treint, en réser­vant l’information aux seules per­sonnes auto­ri­sées, en dimi­nuent la fécon­dité potentielle.

Plus encore, l’histoire des sciences et des tech­niques montre que pour une bonne part, les inno­va­tions et rup­tures qui conduisent à un renou­vel­le­ment pro­fond d’un domaine viennent d’acteurs mar­gi­naux, qui, parce qu’ils ne sont pas tenus et n’ont pas d’intérêt à la repro­duc­tion des modèles établis, peuvent avan­cer des pro­po­si­tions alter­na­tives radi­cales qui per­mettent de chan­ger de para­digme. Le seul moyen de pré­ser­ver des chances pour l’avènement de telles inno­va­tions futures, est de miser sur une ouver­ture com­plète de la dis­sé­mi­na­tion de l’information, à l’image de la devise « Je sème à tout vent » que Pierre Larousse choi­sit au XIXe siècle pour son célèbre dic­tion­naire.

Le cas Mere­dith est une confir­ma­tion de la jus­tesse de l’engagement d’Ope­nE­di­tion pour le libre accès ; en par­ti­cu­lier à tra­vers son modèle écono­mique inno­vant Ope­nE­di­tion free­mium. Pour chaque nou­vel article, nou­veau livre, nou­veau billet de blog que j’y vois « libéré » et dif­fusé sans res­tric­tion, j’aime à m’imaginer quelque Mere­dith incon­nue der­rière son écran, jeune étudiante, acti­viste enga­gée ou cher­cheuse confir­mée, entre­pre­neuse ou future lea­der poli­tique — pour­quoi pas ? — à Poi­tiers, Nantes ou Mar­seille, à Toronto, Rio ou Bey­routh, enthou­sias­mée, illu­mi­née ou des­ta­bi­li­sée par ce qu’elle par­court des yeux, et qui est peut être en train de faire la ren­contre de sa vie, de ces ren­contres qui mettent ceux qui ont la chance de les faire sur la voie de réa­li­sa­tions excep­tion­nelles. Il y a beau­coup d’excellentes rai­sons qui jus­ti­fient qu’on défende le libre accès. Mais toutes ces rai­sons dussent-​elles être démen­ties, la jeune Mere­dith seule suf­fit à me don­ner l’énergie dont j’ai besoin pour ser­vir dans la mesure de mes moyens cette magni­fique idée.

L’exposé de Ph. Bourne a fait l’objet d’un compte rendu par K. Smith dans son blog.

Cette année la pkp conference se déroule à la Freie Universität de Berlin

Open Access in Berlin !

Cette année la pkp conference se déroule  à la Freie Universität de Berlin

Cette année la pkp confe­rence se déroule à la Freie Uni­ver­sität de Berlin

Cette semaine, je suis à Ber­lin pour la ses­sion 2011 des Scho­larly Publi­shing Confe­rences orga­ni­sées par le Public Know­ledge Pro­ject. Le PKP est un consor­tium porté par l’Université Simon Fra­ser à Van­cou­ver au Canada, qui a pour objec­tif d’aider les com­mu­nau­tés scien­ti­fiques à dif­fu­ser leurs publi­ca­tions en libre accès. Ils ont déve­loppé toute une palette d’outils très simples d’utilisation, dis­tri­bués sous licence libre, comme Open Jour­nal Sys­tem (un CMS pour les revues scien­ti­fiques), Open Confe­rence Sys­tem (même chose, mais pour les col­loques), Lemon8 (un conver­tis­seur de docu­ments), et, tout récem­ment, Open Mono­graph Press, une chaîne de pro­duc­tion de livres élec­tro­niques pour les presses universitaires.

La confé­rence de Ber­lin sera pour moi l’occasion de mieux connaître ce der­nier logi­ciel encore dans la forge et qui fera l’objet d’une pré­sen­ta­tion publique dès le pre­mier jour. J’aurai pour ma part la pos­si­bi­lité de pré­sen­ter notre offre Ope­nE­di­tion free­mium aux par­ti­ci­pants. J’essaierai en par­ti­cu­lier de mon­trer que le free­mium tel que le conçoit le Cléo est une piste inté­res­sante pour le finan­ce­ment de la voie dorée du libre accès (ie les revues et les livres dif­fu­sés en libre accès, par oppo­si­tion à la voie verte qui concerne les archives ouvertes) et consti­tue sur­tout une alter­na­tive au modèle auteur-​payeur qui est en train de se géné­ra­li­ser et est aujourd’hui uti­lisé par les acteurs com­mer­ciaux domi­nants pour contrer le déve­lop­pe­ment du libre accès.

Je ne pense pas que la PKP Confe­rence ait la por­tée poli­tique des Confé­rences Ber­lin, celle de cette année, Ber­lin 9, se dérou­lant dans quelques semaines à Washing­ton (donc si je me résume, cette année la confé­rence de Van­cou­ver se déroule à Ber­lin et celle de Ber­lin à Washing­ton ; vous sui­vez ?). Mal­gré tout, le pro­gramme est très allé­chant. Voici les pre­mières inter­ven­tions qui ont excité ma curio­sité et aux­quelles j’assisterai :

OJS Work­shop (une pré­sen­ta­tion des fonc­tion­na­li­tés d’OJS, tou­jours utile ; je pour­rai sans doute décou­vrir quelques astuces qui m’auraient échappé)

OMP Work­shop ( autre­ment appelé le « Tadaa ! work­shop ». Je décou­vri­rai donc cet outil pro­met­teur et ren­drai compte de ce que j’y ai appris)

Je ne man­que­rai évidem­ment la Key­note de John Willinsky, The Intel­lec­tual Pro­per­ties of Lear­ning, Part II: The Medie­val Monas­tic Legacy (J. Willinsky est le fon­da­teur de PKP et une figure impor­tante et vision­naire du mou­ve­ment pour le libre accès)

Demain, j’entendrai Eelco Fer­werda (OAPEN Foun­da­tion), Open Access for Books et Sigi Jott­kandt (Open Huma­ni­ties Press), On Approa­ching Orbis Ter­tius: Open Huma­ni­ties Press qui portent deux ini­tia­tives très inté­res­santes de publi­ca­tion en libre accès de livres de sciences humaines et sociales. C’est quand même un vrai plai­sir de voir que le récent bas­cu­le­ment des livres vers le numé­rique n’a pas laissé en retard les par­ti­sans du libre accès qui se portent sur ce sec­teur avec autant de dyna­misme que pour les revues.

Ensuite, je ne man­que­rai pas une pré­sen­ta­tion qui s’annonce pas­sion­nante d’un cer­tain Pierre Mou­nier sur le Free­mium as a sus­tai­nable eco­no­mic model for Open Access publi­ca­tions in the huma­ni­ties and social sciences ;-)

Pour la suite, je n’ai pas encore tota­le­ment fait mon choix. Il y a énor­mé­ment de pré­sen­ta­tions en paral­lèle et je sens la frus­tra­tion de ne pas avoir le don d’ubiquité com­men­cer à poindre. J’irai en tout cas aux quatre plé­nières, d’Anurag Acha­rya (Google Scho­lar), Google Scho­lar: The Adven­ture Conti­nues, de Ray Sie­mens (Elec­tro­nic Tex­tual Cultures Lab, Uni­ver­sity of Vic­to­ria), Inter­ven­tions in the Confluence of Open Access and Social Enga­ge­ment, de Lars Björn­shauge (SPARC Europe), We have won the argu­ment about Open Access – now we have to bring things toge­ther and make it work! et de Gus­tavo E. Fisch­man (Ari­zona State Uni­ver­sity), Trans­for­ming the invi­sible visi­bi­lity of Latin America’s Scho­larly Work: The Good, the Ugly and the Challenging

J’essaierai de faire pas­ser le maxi­mum d’informations sur ce que j’entendrai ici à Ber­lin, via Twit­ter (@piotrr70 #pkp2011) et ce blog.

Deuxième Université d’été de l’édition électronique ouverte : c’est parti !

Cela fait plu­sieurs mois qu’on y tra­vaille en tâche de fond et ces der­nières semaines, le fond est remonté à la sur­face avec une fina­li­sa­tion de pré­pa­ra­tion plu­tôt fébrile. Mais ça y est, nous sommes prêts à accueillir lundi les cent et quelques ins­crits à notre Deuxième Uni­ver­sité d’été à Mar­seille, sur le cam­pus Saint Charles de l’Université de Pro­vence : les salles sont réser­vées, les inter­ve­nants sont en route, les petits plats mijotent, le wifi et les prises élec­triques seront au rendez-​vous, les sacs d’accueil –vert pomme — pour les

Robe rouge et sac vert

Rouge cerise et vert pomme

sta­giaires rem­plis de goo­dies, l’équipe du Cléo est gon­flée à bloc pour accueillir tout le monde.

Qu’allons nous faire tout au long de cette semaine ? Nous allons construire une com­mu­nauté éphé­mère de 150 per­sonnes (par­ti­ci­pants, inter­ve­nants et équipe) qui se ras­semblent pour apprendre, réflé­chir, échan­ger ensemble pen­dant une semaine sur tous les aspects de l’édition élec­tro­nique. Il s’agit d’une uni­ver­sité d’été ; c’est le seul dis­po­si­tif qui per­met de « croi­ser » : croi­ser les gens (qui viennent de tous les métiers concer­nés : cher­cheurs, éditeurs, infor­ma­ti­ciens, docu­men­ta­listes et biblio­thé­caires), croi­ser les thé­ma­tiques (juri­dique, tech­nique, écono­mique, scien­ti­fique), croi­ser les approches (confé­rences, cours de deux heures, ate­liers, événe­ments sociaux) pour acti­ver le bouillon de culture au sein duquel les idées circulent.

Cette année, nous avons un peu modi­fié notre for­mule en intro­dui­sant quelques inno­va­tions : tout d’abord, les ate­liers sont res­sé­rés, plus court, donc plus nom­breux et plus ner­veux : pas moins de 17 ate­liers dif­fé­rents sont pro­po­sés : outre les for­ma­tions que nous pro­po­sons à nos propres pla­te­formes (Ope­nE­di­tion, Lodel pour Revues​.org, Word­Press pour Hypo­thèses ou le web­ser­vice de Calenda), nous avons demandé à des spé­cia­listes de venir ani­mer des ate­liers sur des sujets aussi poin­tus que la veille thé­ma­tique sur Inter­net, la XML TEI pour l’édition, l’optimisation des don­nées pour Isi­dore, la conser­va­tion du patri­moine scien­ti­fique avec Per­sée, l’enrichissement auto­ma­tique des méta­don­nées, les outils de déve­lop­pe­ment d’une « lec­ture sociale » ou encore l’édition de livres au for­mat Epub.

Goodies

Goo­dies

Autre nou­veauté, de taille, nous com­men­çons à intro­duire une dose d’internationalisation dans notre dis­po­si­tif : nous avons demandé à quatre experts recon­nus de venir faire un cours ou une confé­rence sur leur sujet de pré­di­lec­tion : il s’agit de Chris Meade qui dirige l’Institute for the Future of the Book à Londres, de Jan­neke Adema, jeune cher­cheuse bri­tan­nique elle aussi qui a réa­lisé une étude très inté­res­sante sur l’édition de livres élec­tro­niques de sciences humaines et libre accès, de Cor­ne­lius Pusch­man, jeune cher­cheur alle­mand, orga­ni­sa­teur du That­Camp Cologne l’année der­nière et spé­cia­liste des réseaux sociaux scien­ti­fiques, et enfin d’Octa­vio Kulesz, éditeur argen­tin qui a réa­lisé une pas­sion­nante étude sur l’édition élec­tro­nique dans les pays du sud. Guy Teas­dale vien­dra pour sa part du Canada pour nous par­ler de la situa­tion du libre accès dans son pays. Il est res­pon­sable de tout ce qui concerne le numé­rique à la biblio­thèque de l’Université Laval. Par ces invi­ta­tions, nous cher­chons là encore à croi­ser les pers­pec­tives, à resi­tuer notre expé­rience dans un contexte plus large, ce qui implique un effort par­ti­cu­lier (lin­guis­tique en par­ti­cu­lier, plu­sieurs cours sont en anglais). Nous espé­rons beau­coup de cette évolu­tion qui, si elle est un suc­cès, nous encou­ra­gera à accen­tuer cet aspect pour les pro­chaines éditions.

"Nous attaquerons par là"

« Nous atta­que­rons par là »

Mais que serait l’Université d’été sans ses hapen­nings ? Outre le book­camp suivi d’un pique nique du mardi soir et la sor­tie en mer du mer­credi (une nou­veauté là aussi), nous invi­tons Alain Pier­rot et Samuel Petit à venir pré­sen­ter et lan­cer leur nou­vel ins­ti­tut if:lire ven­dredi soir en conclu­sion de l’Université d’été. Nous avons orga­nisé une confé­rence publique à la biblio­thèque de l’Alcazar (tous les ren­sei­gne­ments ici), ouverte à tous.

Il y a deux ans, la secte dru­pa­lienne avait hacké l’Université d’été. Cette année, j’ai le sen­ti­ment que les gazouilleurs vir­tuels nous pré­parent quelque chose au cours de la semaine. A suivre.

Je ne veux pas ter­mi­ner sans par­ler du par­te­na­riat que nous avons conclu avec l’éditeur Publie​.net à cette occa­sion. Non seule­ment Fran­çois Bon nous fait l’amitié d’intervenir dans notre Uni­ver­sité d’été, mais en plus il offre onze livres élec­tro­niques per­son­na­li­sés issus du cata­logue de Publie​.net à l’ensemble des par­ti­ci­pants ! Ceux-​ci les trou­ve­ront lundi dans leur sac à sur­prises sur une clé USB, mais pas n’importe quelle clé : il s’agit de la Fra­ma­key pro­po­sée par Fra­ma­soft, la célèbre asso­cia­tion de pro­mo­tion du logi­ciel libre. Cette clé est lourde de sym­bole pour moi : elle fusionne dans un objet maté­riel l’association du logi­ciel libre et de l’édition numé­rique de qua­lité, c’est-à-dire, très exac­te­ment, l’ADN du Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte : le Cléo.

logo

Un pique-​nique pour les pirates


Demain dimanche le Parti Pirate orga­nise des pique-​niques dans plu­sieurs régions de France pour lan­cer la pré­pa­ra­tion de la cam­pagne pour les élec­tions légis­la­tives de juin 2012. Je vien­drai pour ma part en famille à celui qui se déroule à Paris, Place des Vosges à midi. Ce sera pour moi l’occasion de mieux connaître et ren­con­trer les membres de ce mou­ve­ment que j’ai rejoint récem­ment. Deux éléments ont déter­miné mon ral­lie­ment après moult hésitations.

C’est d’abord le constat de la fai­blesse du pro­gramme numé­rique des prin­ci­paux par­tis d’opposition pour les échéances élec­to­rales à venir.

Certes, ce pro­gramme existe bien, mais le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas véri­ta­ble­ment porté par les dif­fé­rents can­di­dats puta­tifs. Bref, les ques­tions du par­tage des biens cultu­rels, de la pro­tec­tion de la vie pri­vée (contre la menace que repré­sente l’Etat sur­tout), de la régu­la­tion d’Internet et en par­ti­cu­lier de la liberté d’expression sur les réseaux, mais aussi de la bana­li­sa­tion de la bio­mé­trie, parmi d’autres res­te­ront très mar­gi­nales voire seront inexis­tantes dans le débat pré­si­den­tiel, c’est une évidence. Je crois donc à la néces­sité d’une force poli­tique spé­cia­li­sée qui porte ces ques­tions dans le débat public exac­te­ment comme les Verts ont porté la pro­blé­ma­tique écono­lo­gique dans le débat poli­tique il y a vingt ou trente ans, avant que tout le monde s’en empare.

Mais il y a une autre rai­son qui explique cet enga­ge­ment. Il m’apparaît de plus en plus que si les tech­no­lo­gies numé­riques impactent l’ensemble des sec­teurs d’activité dans toutes ses dimen­sions — et c’est le pos­tu­lat sur lequel Homo Nume­ri­cus a été construit, alors il est néces­saire qu’émergent des pro­po­si­tions poli­tiques arti­cu­lées qui soient adap­tées au nou­veau contexte glo­bal. Autre­ment dit, la société change à tous les niveaux ; les rela­tions que les gens établissent entre eux, le rap­port que les indi­vi­dus établissent avec le col­lec­tif, dans tous les domaines, est en train de chan­ger. Or, je suis abso­lu­ment effaré de consta­ter à quel point notre sys­tème poli­tique, et la classe poli­tique qui l’entretient, reste glo­ba­le­ment scot­ché sur un mode de fonc­tion­ne­ment en déca­lage com­plet, fos­si­lisé sur des héri­tages du siècle der­nier qui n’ont plus aucune pertinence.

Fran­che­ment, je ne me retrouve plus du tout dans le petit théâtre poli­tique qui se joue devant nous, non pas même en ce qui concerne les pro­po­si­tions qui sont faites, mais même du point de vue des pro­cé­dures par les­quelles elles sont élabo­rées. Les condi­tions dans les­quelles nous autres citoyens sommes infor­més par exemple, avec le jour­na­lisme en ligne, les blogs, des ini­tia­tives comme Wiki­leaks, l’open data, mais aussi les condi­tions dans les­quelles nous par­ti­ci­pons au débat public via les forums, les sites per­son­nels, les com­men­taires, les réseaux sociaux, tout cela a com­plè­te­ment changé au cours des der­nières années et désa­morce aujourd’hui abso­lu­ment le dis­cours poli­tique tra­di­tion­nel. C’est quand même un phé­no­mène majeur : Lorsqu’un homme poli­tique fait une décla­ra­tion aujourd’hui, il ne convainc à peu près que les mili­tants de son propre parti (et encore). Et on sait à quel point ils sont, en France, peu nom­breux, quel que soit le parti considéré.

En un mot, je n’attends plus aujourd’hui des hommes poli­tiques qu’ils trouvent « la » bonne idée, qu’ils for­mulent « la » bonne pro­po­si­tion pour résoudre tel ou tel pro­blème ; je n’attends pas d’eux qu’ils me disent ce que je dois pen­ser de tel ou tel sujet, et il me semble que c’est le cas aussi d’une part crois­sante de la popu­la­tion ; car nous avons accès à de tels moyens d’information et d’expression que nous sommes désor­mais auto­nomes sur ce point. Ce qui manque désor­mais, c’est un cadre poli­tique qui per­mette à cette nou­velle manière de faire citoyen­neté de prendre sa place.

Alors, quel rap­port avec le Parti Pirate ? Mon opi­nion est que ce parti est por­teur d’un nou­veau modèle de citoyen­neté même s’il n’est pas encore assez établi et ancien pour l’avancer de manière aussi expli­cite. Pour­quoi ? parce qu’il émane fon­da­men­ta­le­ment d’une géné­ra­tion qui pour l’essentiel a fait son éduca­tion poli­tique dans les com­mu­nau­tés de déve­lop­pe­ment de logi­ciels libres ou au sein de col­lec­tifs col­la­bo­ra­tifs et de par­tage en ligne qui reposent très peu sur la délé­ga­tion de pou­voir et beau­coup sur une culture démo­cra­tique radi­cale fon­dée sur la par­ti­ci­pa­tion et l’échange. Pour le dire autre­ment, une nou­velle culture poli­tique s’est élabo­rée depuis vingt ans je dirais, autour de la ges­tion tech­nique d’Internet, des com­mu­nau­tés de logi­ciel libre comme Linux, de com­mu­nau­tés en ligne pour le par­tage du savoir comme Wiki­pé­dia, parmi bien d’autres exemples. Je pense que cette culture poli­tique nou­velle (et qu’on voit émer­ger dès le début d’ailleurs au sein du Net­work Wor­king Group avec les RFC) a per­colé année après année auprès d’une popu­la­tion tou­jours plus large. Or, dans la mesure où les tech­no­lo­gies et les usages sur les­quels elle repose ont eu une influence consi­dé­rable dans tous les domaines, il est néces­saire que cette culture poli­tique nou­velle émerge à son tour, sorte du ghetto geek dans lequel on essaie de la main­te­nir et s’assume à un niveau plus glo­bal. C’est comme cela que j’interprète l’émergence des par­tis pirates dans tous les pays déve­lop­pés, et j’ai évidem­ment très envie d’apporter mes forces à ce mou­ve­ment libérateur.

J’ai long­temps cru que les Verts por­te­raient avec eux une nou­velle culture poli­tique qui nous sor­ti­rait enfin de l’étouffoir démo­cra­tique que consti­tuent les ins­ti­tu­tions bona­par­tistes de la Ve Répu­blique aux­quelles le Parti Socia­liste a fini par se ral­lier. Lest Verts avaient autre­fois ce slo­gan de « faire de la poli­tique autre­ment » qui a mani­fes­te­ment été jeté aux orties depuis… En réa­lité, il y a tou­jours eu deux cultures poli­tiques presque contra­dic­toires chez les Verts. Une culture scien­ti­fique d’abord, et je dirais par­fois « scien­tiste », sur les ques­tions d’écologie : les déci­sions doivent être prises sur la base de véri­tés scien­ti­fiques indis­cu­tables et il n’y a pas de dis­cus­sion pos­sible. Il y a d’ailleurs beau­coup de scien­ti­fiques chez les Verts qui rai­sonnent de manière méca­niste sur les ques­tions poli­tiques : s’il y a un réchauf­fe­ment cli­ma­tique, s’il y a un pro­blème démo­gra­phique, si nous ne pou­vons gérer cor­rec­te­ment le nucléaire, alors…et s’ensuit un cha­pe­let de mesures abso­lu­ment logiques mais qui mettent juste de côté la variable que repré­sente la volonté humaine, la matière même du poli­tique. D’où un petit côté auto­ri­taire quel­que­fois que l’on voir sur­gir en par­ti­cu­lier sur les sujet envi­ron­ne­men­taux. On va dire que c’est la tra­di­tion René Dumont. Et puis au sein des Verts, il y a une tra­di­tion abso­lu­ment anti-​autoritaire au contraire qui vient des années 60 via des intel­lec­tuels comme Félix Guat­tari. C’est ici une visée éman­ci­pa­trice pour l’individu qui s’exprime et qui a déve­loppé toute une réflexion pra­tique au sein du parti pour contrer les méca­nismes d’embrigadement, de domi­na­tion et même de pou­voir dans le contexte politique.

Cette der­nière tra­di­tion aurait très bien pu faire la jonc­tion avec la nou­velle culture poli­tique venue d’Internet dont je par­lais pré­cé­dem­ment. Je pense que cela pour­rait même don­ner des pistes très inté­res­santes. Mais j’ai l’impression qu’elle a été lami­née entre-​temps par la nor­ma­li­sa­tion des écolo­gistes, contraints de se cou­ler dans le moule ins­ti­tu­tion­nel pour exis­ter poli­ti­que­ment. Et comme par ailleurs le centre de gra­vité de la pro­po­si­tion poli­tique des Verts s’établit néces­sai­re­ment autour des ques­tions d’environnement et d’écologie, ils ne se trouvent pas à la bonne posi­tion dans le champ poli­tique pour iden­ti­fier et por­ter la nou­velle culture démo­cra­tique qui vient d’Internet, du logi­ciel libre, de wikipédia.

Je vais dire les choses plus crû­ment : l’écologie poli­tique a per­mis de rendre visible les insuf­fi­sance et les limites du sys­tème poli­tique actuel : basé sur le prin­cipe de la sou­ve­rai­neté natio­nale et l’électoralisme court-​termiste, ce sys­tème est inca­pable, on le voit bien, de répondre aux défis que posent des menaces aussi impo­santes, trans­na­tio­nales et de long terme que le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et le nucléaire. L’écologie poli­tique a l’immense mérite de poser le pro­blème de la gou­ver­nance. Mais elle s’est aussi avé­rée abso­lu­ment inca­pable de pro­po­ser des solu­tions poli­tiques à ce pro­blème de gou­ver­nance. Je peux bien sûr me trom­per mais mon hypo­thèse est que les com­mu­nau­tés tech­niques qui gèrent l’Internet, les com­mu­nau­tés en ligne de type Linux ou Wiki­pé­dia, mais aussi les réseaux décen­tra­li­sés peer to peer au sein des­quels s’échangent des conte­nus, les com­mu­nau­tés fortes et les réseaux faibles, parce qu’ils ont fait la preuve de leur capa­cité à ras­sem­bler et coor­don­ner des dizaines de mil­lions de per­sonnes de manière tota­le­ment trans­ver­sale aux fron­tières natio­nales et en les mobi­li­sant sur des objec­tifs com­plexes et par­fois très dis­tants, ont mon­tré qu’elles por­taient en germe un ensemble de pro­po­si­tions poli­tiques et je dirais presque ins­ti­tu­tion­nelles très inté­res­santes pour chan­ger de mode de gouvernance.

Voilà où j’en suis de ma réflexion sur le sujet et c’est pour cet ensemble de rai­sons que je me ren­drai au pique-​nique des pirates demain — en dehors du soleil radieux pro­mis par la météo. J’espère bien y retrou­ver — pour­quoi pas — cer­tains lec­teurs de Blogo Nume­ri­cus pour dis­cu­ter de tout cela IRL, ce qui n’empêche pas de réagir en ligne en com­men­tant ce billet.

Le pique-​nique fran­ci­lien se déroule donc Place des Vosges à midi. Pour en connaître la liste dans les autres régions, c’est ici.

Google moins

Cela fait main­te­nant plu­sieurs semaines que je suis ins­crit sur la nou­velle pla­te­forme de réseau social Google Plus et près de cent vingt per­sonnes ont jugé bon de m’ajouter à leurs « cercles ». Il auront pour­tant noté que je n’utilise qua­si­ment pas ce nou­veau réseau social, auquel je ne par­viens pas à m’habituer mal­gré les éloges quasi-​unanimes d’une part, que j’entends par­tout, et mal­gré les fonc­tion­na­li­tés très inté­res­santes et nova­trices que pro­pose la pla­te­forme : les cercles et les vidéo-​bulles, pour l’essentiel.

Pour­quoi ?

Tout sim­ple­ment parce que cette pla­te­forme s’annonce comme la pire des boîtes noires fer­mées que l« on ait jamais vu dans les médias sociaux. En effet, sur Face­book, Twit­ter, Lin­ke­din que j’utilise aussi, je peux ali­men­ter mon compte de manière auto­ma­tique à par­tir de mes publi­ca­tions mais aussi de mes listes de favo­ris ou des infor­ma­tions que je par­tage via ma pla­te­forme favo­rite d’agrégation de flux RSS. Or, contre les pra­tiques de tous ses concur­rents, Google plus ne per­met pas ce type d’alimentation auto­ma­tique. C’est d’ailleurs valable en entrée comme en sor­tie. Alors que des ser­vices comme Backu­pify me pro­posent des sau­ve­gardes régu­lières des infor­ma­tions que je publie sur plu­sieurs pla­te­formes, rien ne concerne Google Plus dont je ne peux rien extraire ; et pour cause : aucune API publique n’est ouverte.

Autre­ment dit, Google Plus fonc­tionne comme un conti­nent isolé : toute l’information qui y est échan­gée ne peut pro­ve­nir que de ses uti­li­sa­teurs et ne peut pas en sor­tir. La plu­part des gens avec qui j’en dis­cute me disent que ce n’est qu’une ques­tion de temps et qu’il suf­fit de patien­ter. Voire. Ce ser­vice existe main­te­nant depuis plu­sieurs mois et Google a pré­féré y implé­men­ter de manière prio­ri­taire bien d’autres fonc­tion­na­li­tés, comme les jeux, plu­tôt que celle-​ci qui me semble pour­tant essentielle.

Je crois pou­voir com­prendre un peu cette logique, cela dit : Google n’a peut-​être pas envie de voir se mul­ti­plier les comptes ali­men­tés auto­ma­ti­que­ment par de vrais-​faux uti­li­sa­teurs qui n’interagissent pas vrai­ment au sein du dis­po­si­tif. Pour ma part, ma stra­té­gie de base est d’envoyer de manière plus ou moins auto­ma­ti­sée sur mes comptes Twit­ter et Face­book les infor­ma­tions que je repère sur Google Rea­der. Ma stra­té­gie change un peu avec le temps parce que j’expérimente de nou­velles pra­tiques, mais c’est glo­ba­le­ment la base. Et je vois bien les limites du sys­tème : on est par­fois proche du flood avec des palan­qués de news qui tombent un peu comme sur un telex d’agence de presse. C’est peu pro­pice aux inter­ac­tions qui sont l’essence même des réseaux sociaux.

Evi­dem­ment, si j’applique cette stra­té­gie, comme beau­coup d’autres, c’est essen­tiel­le­ment pour des rai­sons de temps : ins­crit sur plu­sieurs réseaux sociaux, je n’ai pas du tout le temps d’y pos­ter à la main des infor­ma­tions (en les éditant : choix des vignettes, com­men­taire, etc.) de manière régu­lière. C’est ici qu’on voit d’ailleurs les limites de l’économie de la contri­bu­tion . Les réseaux sociaux vivent des infor­ma­tions que nous leur appor­tons et que nous y par­ta­geons. En y bran­chant un tuyau auto­ma­tique, je ruse avec les fon­da­men­taux sur les­quels ils reposent. En n’ouvrant pas d’API, Google plus m’interdit pour l’instant de ruser. Il m’intime l’ordre de contri­buer et d’y consa­crer du temps. Ce que je refuse, évidemment.

Mais alors du coup, est-​il rai­son­nable d’être pré­sent sur plu­sieurs réseaux à la fois ? Peut-​être vaut-​il mieux se consa­crer à un seul réseau social — au hasard Google Plus — et aban­don­ner mes comptes sur les autres pla­te­formes — au hasard Face­book ? Cette fois-​ci, c’est Google qui ruse avec moi et me mani­pule un peu en m’envoyant des mes­sages sub­li­mi­naux. Bon, c’est le jeu. Je ne suis pour autant pas obligé de m’y soumettre.

S’il est vrai que l’alimentation auto­ma­tique est encore un peu trop méca­nique et se place en tra­vers de la logique conver­sa­tion­nelle des réseaux sociaux, je crois pour­tant qu’elle repré­sente une voie d’avenir. Car les outils de pro­gram­ma­tion deviennent de plus en plus per­fec­tion­nés. La toute nou­velle pla­te­forme Ifttt​.com qui vient d’ouvrir en bêta pri­vée me semble en être un très bon exemple, à la suite de l’excellent Yahoo Pipes. Cette pla­te­forme pro­pose à ses uti­li­sa­teurs de pro­gram­mer des actions déclen­chées par des événe­ments par­ti­cu­liers. C’est le sys­tème du If this than that ; si ceci, alors cela ; si un nou­vel article est par­tagé sur tel compte Google Rea­der, alors publie un nou­veau tweet conte­nant son titre et son adresse. Si je reçois un mail conte­nant tel mot-​clé, alors publie un nou­veau sta­tut sur mon compte Face­book ; si une nou­velle pho­to­gra­phie est publiée sur tel compte Fli­ckr, alors publie la photo dans FFF­Found. Et ainsi de suite. La finesse des cri­tères per­met­tant de déclen­cher les actions n’est pas encore très grande, mais on voit bien qu’il y a du potentiel.

C’est la rai­son pour laquelle la poli­tique actuelle de Google plus me semble assez injuste. Elle me can­tonne au stade manuel de l’activité sur le réseau (écrire, pos­ter des mes­sages, taguer, com­men­ter) et m’interdit d’accéder à celui de la pro­gram­ma­tion d’automates qui peuvent démul­ti­plier mes pou­voirs d’interventions. Bien étrange com­por­te­ment de la part d’un acteur qui a pour­tant construit sa réus­site et sa for­tune sur cette même acti­vité de pro­gram­ma­tion : au moment où Yahoo!, AOL et quelques autres s’épuisaient à construire des annuaires ali­men­tés manuel­le­ment par des armées de docu­men­ta­listes, Google a balayé tous ses concur­rents en déployant son armée d’automates ; pour par­cou­rir le Web, en indexer les conte­nus, les clas­ser et fabri­quer une réponse aux requêtes des inter­nautes. Et ce n’est pas tout car ce sont encore des auto­mates qui me servent de la publi­cité contex­tuelle ou qui me sug­gèrent de nou­velles per­sonnes que je pour­rais ajou­ter à mes cercles.

Je pense que sur ce ser­vice, Google ins­taure une dis­sy­mé­trie puis­sante entre la pla­te­forme et ses uti­li­sa­teurs. J’y vois une sorte de cyber­co­lo­nia­lisme qui main­tient volon­tai­re­ment ses uti­li­sa­teurs à l’âge de pierre pour se réser­ver l’usage exclu­sif de tech­no­lo­gies plus avan­cées. Mais je veux bien croire que je suis un peu para­noïaque (qui est mon péché mignon) et que Google Plus me démen­tira dans les jours/​semaines à venir.