Archives pour la catégorie Édition électronique

Un angle mort ? Les infrastructures pour les SHS en général et pour les carnets de recherche en particulier

A blind spot ?

cette image a été conçue par Elo­die Faath. Elle repré­sente les sites cités par les car­ne­tiers d’Hypothèses.

J’ai récem­ment orga­nisé un panel sur le blog­ging scien­ti­fique (qu’on pourra appe­ler car­ne­tage scien­ti­fique si on veut) au Forum mon­dial des sciences sociales, qui se tenait cette année à Mont­réal. Nous fai­sions le voyage pour le compte d’HESAMAndré Gun­thert, Loïc le Pape et Arthur Char­pen­tier étaient de l’aventure, qui avait pour titre «  Minor forms of aca­de­mic com­mu­ni­ca­tion: revam­ping the rela­tion­ship bet­ween science and society? « . Deux contri­bu­tions ont été publiées en ligne (Texte et suite d’Arthur Char­pen­tier et André Gun­thert). Ma contri­bu­tion avait pour titre « A blind spot? Digi­tal infra­struc­tures for digi­tal publi­shing, and for aca­de­mic blog­ging in particular ».

Une forme conversationnelle

The missing linkJ’y ai défendu l’idée (que j’emprunte, me semble-​t-​il, à Pierre Mou­nier) que le blog­ging scien­ti­fique se situe à l’intersection des formes clas­siques de com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique. Il n’est pas exac­te­ment une confé­rence (oral public), ni une publi­ca­tion (écrit public), ni une cor­res­pon­dance (écrit privé), ni une conver­sa­tion (oral privé), mais un assem­blage de toutes ces dimen­sions, pour pro­duire une forme que j’appelle mineure de com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique. Cette forme est mineure car elle n’entre pas dans les formes cano­niques (confé­rence, publi­ca­tion) qui sont évaluées.

Woodcut carved by Johann von Armssheim (1483). Portays a disputation between Christian and Jewish scholars (Soncino Blaetter, Berlin, 1929. Jerusalem, B. M. Ansbacher Collection). http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Disputation.jpg

Wood­cut car­ved by Johann von Arm­ssheim (1483). Por­tays a dis­pu­ta­tion bet­ween Chris­tian and Jewish scho­lars (Son­cino Blaet­ter, Ber­lin, 1929. Jeru­sa­lem, B. M. Ans­ba­cher Col­lec­tion). http://​com​mons​.wiki​me​dia​.org/​w​i​k​i​/​F​i​l​e​:​D​i​s​p​u​t​a​t​i​o​n​.​jpg

Ce sta­tut de micro-​publication (terme uti­lisé par André Gun­thert dans sa pré­sen­ta­tion) consti­tue une chance, car elle réduit la pres­sion aca­dé­mique pesant sur l’objet, ce qui per­met de s’ouvrir à des expres­sions moins for­melles et lis­sées. Dans le car­net de recherche, il y a une forme de liberté que nous n’avons pas dans les livres et dans les articles qui contri­buent à l’avancement de la car­rière uni­ver­si­taire. Ces points ont été plus lon­gue­ment déve­lop­pés dans «  Les car­nets de recherche en ligne, espace d’une conver­sa­tion scien­ti­fique décen­trée  notre contri­bu­tion (Pierre et moi) au deuxième tome des Lieux de savoir diri­gés par Chris­tian Jacob. Le carac­tère conver­sa­tion­nel du car­net de recherche, paraît essen­tiel au déve­lop­pe­ment d’une pen­sée collective.

Nombre moyens de commentaires par billet sur Hypothèses (octobre 2013)

Nombre moyens de com­men­taires par billet sur Hypo­thèses (octobre 2013)

La conver­sa­tion prend diverses formes. La plus évidente de ces formes est le com­men­taire. En 2009, la pla­te­forme Hypo­thèses comp­ta­bi­li­sait plus de 3 com­men­taires par billets. Depuis, le nombre a baissé, pour atteindre un peu plus d’un com­men­taire par billet. Il fau­drait ici affi­ner la mesure, afin d’éliminer les car­nets qui se concentrent sur de la com­mu­ni­ca­tion, par oppo­si­tion à la conver­sa­tion scien­ti­fique. En effet, le suc­cès de la pla­te­forme Hypo­thèses a vu se diver­si­fier le type de car­nets de recherches et émer­ger des car­nets plus offi­ciels et ins­ti­tu­tion­nels. Or, les car­nets qui sont des canaux de dif­fu­sion venant d’organisations plus que des espaces d’échanges attirent peu les com­men­taires, ce qui paraît nor­mal. Dans ces condi­tions, le nombre de com­men­taires par billet me paraît tou­jours rela­ti­ve­ment élevé.

Nombre moyen de twitts par documents présents sur les plateformes d'OpenEdition (en septembre 2014)

Nombre moyen de twitts par docu­ments pré­sents sur les pla­te­formes d’OpenEdition (en sep­tembre 2014)

Avec l’aide d’Elodie Faath (coor­di­na­trice d’Ope­nE­di­tion Lab), j’ai com­paré l’écho conver­sa­tion­nel des quatre pla­te­formes d’OpenEdition sur le réseau Twit­ter. Il appa­raît clai­re­ment que les billets s’intègrent beau­coup plus dans les échanges sur Twit­ter que les autres types de conte­nus que sont les articles, les cha­pitres et les pro­grammes d’événements scien­ti­fique. Cela est pro­ba­ble­ment dû au fait que Twit­ter est un dis­po­si­tif conver­sa­tion­nel, de la même façon que les car­nets de recherches.

Score de fidélité des plateformes d'OpenEdition en septembre 2013

Score de fidé­lité des pla­te­formes d’OpenEdition en sep­tembre 2013

J’ai pro­posé, en 2009, la notion de conver­sa­tion silen­cieuse pour décrire le méca­nisme invi­sible qui mène les lec­teurs à être plus fidèles à des car­nets de recherches qu’à des revues. J’ai testé la pro­po­si­tion avec les don­nées de sep­tembre 2013, mais cette fois en me pen­chant non pas sur le car­net ou la revue, mais sur la pla­te­forme. On y découvre un score de fidé­lité se situant entre 1,5 et 2 pour Revues​.org et Calenda, et un score attei­gnant 2,5 pour Hypo­thèses. Plus inté­res­sant encore, la fidé­lité des uti­li­sa­teurs des car­nets anglo­phones et ger­ma­no­phones est plus élevée (valeur : 3). Il semble donc pos­sible d’identifier des com­por­te­ments lin­guis­tiques spé­ci­fiques. Ils s’expliquent sans doute par le fait que les com­mu­nau­tés de car­ne­tiers ger­ma­no­phones et anglo­phones d’Hypothèses sont plus récentes, et donc pro­ba­ble­ment plus enthou­siastes et proches des Digi­tal huma­ni­ties. Si ce déca­lage est bien lié à la jeu­nesse des com­mu­nau­tés ger­ma­no­phone et anglo­phone sur Hypo­thèses, il devrait se résor­ber au fur et à mesure que celles-​ci se déve­loppent. Il reste que la conver­sa­tion silen­cieuse est net­te­ment plus forte autour des car­nets, quelle que soit leur langue, qu’autour des revues.

Affluents d'Hypothèses entre septembre 2012 et septembre 2013. Les moteurs de recherches sont retirés

Affluents d’Hypothèses entre sep­tembre 2012 et sep­tembre 2013. Les moteurs de recherches sont retirés

Obser­vons à pré­sent les affluents (en anglais, refer­rers) qui apportent des visites à Hypo­thèses. En dehors des moteurs de recherches, les cinq pre­miers affluents sont Face­book, Twit­ter, Hypo­thèses, Ope­nE­di­tion et Scoop​.it. Trois des cinq pre­miers affluents sont donc des réseaux sociaux, de nature conver­sa­tion­nelle. Les deux autres sont Hypo­thèses (pla­te­forme nati­ve­ment conver­sa­tion­nelle) et Ope­nE­di­tion. Res­tent 1500 autres affluents, qui apportent, de façon cumu­lée, autant de fré­quen­ta­tion à Hypo­thèses que les cinq pre­miers affluents. Ils ne sont donc pas secon­daires. Ils consti­tuent même l’armature dis­tri­buée du réseau.

Emer­gence et rôle des plateformes

L'émergence des plateformes

L’émergence des plateformes

A ce pre­mier phé­no­mène conver­sa­tion­nel, qui se joue à l’échelle des indi­vi­dus, s’ajoute un phé­no­mène indus­triel, qui se joue à l’échelle des infra­struc­tures. Depuis une dizaine d’années, les pla­te­formes se sont déve­lop­pées et jouent un rôle de plus en plus impor­tant. C’est le cas à l’échelle géné­rale du Web (Face­book, Yahoo, Twit­ter, Bing sont des pla­te­formes), mais aussi dans de l’édition (Wiki­pé­dia) et dans celui de l’édition uni­ver­si­taire. ArXiv, HAL, Scielo, Plos, Per­sée et Ope­nE­di­tion sont des pla­te­formes. Elles se carac­té­risent par une masse cri­tique de docu­ments, de par­te­naires, de moyens et de tech­no­lo­gies et de fonc­tion­na­li­tés, qui leur per­mettent de s’appuyer sur des effets d’échelles et sur des effets de réseaux qui conso­lident leurs posi­tions. Hypo­thèses, qui est une des pla­te­formes d’OpenEdition, ne fait pas exception.

Hypothèses, une plateforme

Hypo­thèses, une plateforme

Le nom « Hypo­thèses » a été choisi car il s’agit d’un espace où chaque peut tes­ter ses hypo­thèses dans la chambre d’écho (ou même le gueu­loir flau­ber­tien) que consti­tue le car­net de recherches.

Nombre de carnets sur Hypothèses

Nombre de car­nets sur Hypothèses

Le nombre de car­nets pré­sents sur Hypo­thèses ne cesse de croître. Le gra­phique montre clai­re­ment une crois­sance très forte : nous venons d’atteindre le 700e car­net. En réa­lité, nous en avons créé envi­ron 1400, mais tous les car­nets ne sont pas ajou­tés au cata­logue. Il s’agit, ici, seule­ment des car­nets qui sont ajou­tés au cata­logue d’OpenEdition. Ceux-​ci reçoivent alors un ISSN et sont inté­grés dans le moteur de recherche d’OpenEdition.

En millions

En mil­lions

La demande sociale venant de la com­mu­nauté de l’enseignement supé­rieur et de la recherche est donc très forte. La fré­quen­ta­tion de la pla­te­forme est, elle aussi, signi­fi­ca­tive, mon­trant l’intérêt d’un lec­to­rat étendu pour ce type de contenus.

La pla­te­forme ne se contente pas d’accueillir des car­nets de recherches. Elle réa­lise un tra­vail de valo­ri­sa­tion édito­riale qui a pour objec­tif d’apporter une valeur ajou­tée aux lec­teurs, en hié­rar­chi­sant l’information.

Schéma simplifié des cinq étapes du workflow d'Hypothèses

Schéma sim­pli­fié des cinq étapes du work­flow d’Hypothèses

Ce tra­vail de valo­ri­sa­tion se construit gros­siè­re­ment par cinq étapes d’un work­flow édito­rial. Le car­ne­tier dépose une can­di­da­ture (1) qui, si elle est rete­nue, fait l’objet d’une créa­tion tech­nique (2). Si le car­net montre une acti­vité réelle et conforme aux objec­tifs de recherches d’Hypothèses, celui-​ci est ajouté au cata­logue (3) et un ISSN lui est attri­bué (ce point a fait l’objet de longues dis­cus­sions avec le bureau fran­çais des ISSN et des dis­cus­sions sont en cours avec le bureau de nom­breux autres pays). L’histoire ne s’achève pas là.

Des billets placés en bandeau

Des billets pla­cés en bandeau

Le conseil scien­ti­fique d’Hypothèses (en fait, les conseils scien­ti­fiques) sélec­tionne des billets en fonc­tion de leur carac­tère remar­quable et les place soit :

- à la Une d’une des pla­te­formes ou de la pla­te­forme générale.

- en ban­deau d’une des pla­te­formes ou de la pla­te­forme géné­rale. En géné­ral, seul un billet est mis en ban­deau par jour. Un tra­vail ico­no­gra­phique et de titraille est réalisé.

La visi­bi­lité et la valeur ajou­tée appor­tée par la pla­te­forme au car­net et/​ou au billet aug­mentent à mesure de la pro­gres­sion dans le pro­ces­sus, de la phase 1 à la phase 5.

Billets à la une

Billets à la une

Nous réa­li­sons égale­ment diverses acti­vi­tés de com­mu­nity mana­ge­ment, sur les listes de dis­cus­sion lin­guis­tiques des carn­tiers, et de docu­men­ta­tion, sur les espaces dédiés à cet effet : Mai­son des car­nets, Blo­ghaus, La casa de los blogs. Ces espaces et ces ani­ma­tions de com­mu­nau­tés sont réa­li­sés dans la langue des car­ne­tiers, par nos par­te­naires (UNED pour l’espagnol, Fon­da­tion Max Weber pour l’allemand) ou par Ope­nE­di­tion (pour le fran­çais). Nous sommes en train de construire un conseil scien­ti­fique, une liste de dis­cus­sions et une docu­men­ta­tion anglo­phones (par­te­naires wel­come !).

Ceci n’est ni facile ni gra­tuit. Cela coût de l’argent et c’est un point sur lequel je vou­drais insis­ter. Car, pour faire fonc­tionne une pla­te­forme comme Hypo­thèses, il faut quelques moyens. Il faut des per­sonnes qui gèrent le work­flow, qui répondent aux ques­tions des uti­li­sa­teurs, qui rédigent de la docu­men­ta­tion, qui tra­duisent, qui testent et retestent des fonc­tion­na­li­tés nou­velles, qui mettent à jour la pla­te­forme, qui coor­donnent et réa­lisent les déve­lop­pe­ments, qui assurent la main­te­nance sys­tème, la haute dis­po­ni­bi­lité et la sau­ve­garde des don­nées. Cet ensemble de fonc­tion­na­li­tés consti­tuent une infra­struc­ture.

The digi­tal infra­struc­tures gap

Par chance, l’Europe a décidé de se doter d’infrastructure pour la recherche. Ces infra­struc­tures intègrent le pro­gramme ESFRI. Le Stra­tegy Report on Research Infra­struc­tures — Road­map 2010 est éclai­rant sur les infra­struc­tures exis­tantes et sur la place des Sciences humaines et sociales (SHS) en leur sein. On y découvre des mon­tants pré­cis rela­tifs aux coûts de construc­tion puis de fonc­tion­ne­ment des infra­struc­tures concer­nées. On y découvre ce qui était à craindre : les sciences humaines et sociales ne sont pré­sentes qu’à la marge (1% du coût total de construc­tion), avec des pro­jets comme DARIAH et CLARIN

Coût de construction des infrastructures ESFRI

Pour­tant, ces infra­struc­tures joue­ront demain un rôle dépas­sant celui que jouaient hier les biblio­thèques et les archives. L’affaire est d’importance. Elle est, pour l’instant, ter­ri­ble­ment sous-​estimée par les poli­tiques publiques.

Coût de construction des infrastructures ESFRI

Coût de construc­tion des infra­struc­tures ESFRI

Pour­tant, l’édition élec­tro­nique en accès ouvert, que ce soit sous la forme de livres et d’articles dif­fu­sés en ligne, ou de nou­velles formes de com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique (wiki et car­nets de recherches, notam­ment), consti­tue une oppor­tu­nité unique de rap­pro­cher (d’autres diront récon­ci­lier) les sciences humaines et sociales et la société. C’est ce que nous avons appelé, avec Pierre Mou­nier, le canon à idées (dans Moritz Huns­mann, Sébas­tien Kapp (dir), Deve­nir cher­cheur. Ecrire une thèse en sciences sociales, Éditions de l’EHESS, col­lec­tion Cas de figure, 10 octobre 2013, p. 251. ISBN 978 – 2-​7132 – 2416-​4.). Il serait bien triste que le tour­nant numé­rique ne soit pas plei­ne­ment négo­cié par les SHS en rai­son d’une per­cep­tion incom­plète des enjeux et pers­pec­tives de l’accès ouvert et des huma­ni­tés numériques.

Image cc par edbrambley

Image cc par edbrambley

Abs­tract

After seve­ral cen­tu­ries of deve­lop­ment, know­ledge tech­no­lo­gies today form a highly orga­ni­sed eco­sys­tem, struc­tu­red around books and jour­nals and with its own clearly iden­ti­fied pro­fes­sions, infra­struc­tures and actors. From publi­shers to libra­rians, authors to book­sel­lers, a book indus­try has emer­ged and encou­rages the cir­cu­la­tion of ideas. With the rise of the net­work, these roles are slowly being rede­fi­ned and new actors are rapidly emer­ging. The 2006 ACLS report (“Our Cultu­ral Com­mon­wealth: The Report of the Ame­ri­can Coun­cil of Lear­ned Socie­ties Com­mis­sion on Cybe­rin­fra­struc­ture for the Huma­ni­ties and Social Sciences”) is one of the first signs of recog­ni­tion of the need for digi­tal infra­struc­tures. These infra­struc­tures are not sim­ply confi­ned to “noble” publi­ca­tions i.e. books and jour­nals. They also concern the so-​called minor forms of aca­de­mic com­mu­ni­ca­tion. Yet deve­lo­ping such infra­struc­tures requires much more than sim­ply ins­tal­ling a ser­ver under a desk. On the contrary, digi­tal infra­struc­tures neces­si­tate the crea­tion of plat­forms, which in turn entail the emer­gence of new teams and new pro­fes­sions – those of digi­tal publi­shing. These plat­forms are often deve­lo­ped or bought up by pre­da­tory mul­ti­na­tio­nals (for example, Men­de­ley absor­bed by Else­vier). Academic-​led alter­na­tives do exist (Zotero for biblio­gra­phies, Hypo­theses for blogs), yet the aca­de­mic com­mu­nity has fai­led to fully reco­gnise the asso­cia­ted oppor­tu­ni­ties and risks. The aca­demy has every inter­est in making sure it does not become mar­gi­na­li­sed within its own infra­struc­tures. The alter­na­tive is to repro­duce the vaga­ries of the extra­or­di­na­rily concen­tra­ted glo­bal publi­shing sys­tem, which has strip­ped the research sec­tor of some of its intel­lec­tual and bud­ge­tary initiative-​taking capacities.

Résumé

Voici son résumé en fran­çais : « Après plu­sieurs siècles de déve­lop­pe­ment, les tech­no­lo­gies du savoir ont abouti à un écosys­tème très struc­turé autour du livre et de la revue, avec des métiers, des infra­struc­tures et des acteurs clai­re­ment iden­ti­fiés. De l’éditeur à la biblio­thèque, de l’auteur à la librai­rie, un monde du livre s’est déve­loppé et a favo­risé la cir­cu­la­tion des idées. Avec l’avènement du réseau, ces rôles se redé­fi­nissent len­te­ment et de nou­veaux acteurs émergent rapi­de­ment. Le rap­port de l’ACLS en 2006 (Our Cultu­ral Com­mon­wealth, The report of the Ame­ri­can Coun­cil of Lear­ned Socie­ties Com­mis­sion on Cybe­rin­fra­struc­ture for the Huma­ni­ties and Social Sciences) est une des pre­mières prises de conscience de ce besoin d’infrastructures numé­riques. Celles-​ci ne concernent pas que les objets nobles, comme la revue et le livre. Elles concernent égale­ment les formes dites mineures. Or, il ne suf­fit pas pas de poser un ser­veur sous un bureau pour déve­lop­per de telles infra­struc­tures. Au contraire, elles néces­sitent la créa­tion de pla­te­formes, qui occa­sionnent la nais­sance de nou­velles équipes et de nou­veaux métiers, ceux de l’édition élec­tro­nique. Ces pla­te­formes sont sou­vent pro­po­sées ou rache­tées par des mul­ti­na­tio­nales pré­da­trices (Men­de­ley absorbé par Else­vier). Les alter­na­tives issues du monde uni­ver­si­taire existent (Zotero pour les biblio­gra­phies, Hypo­thèses pour les blogs), mais sans que la com­mu­nauté uni­ver­si­taire ait pris la pleine mesure des oppor­tu­ni­tés et des risques que cela repré­sente. L’université aurait inté­rêt à ne pas se lais­ser mar­gi­na­li­ser dans ses propres infra­struc­tures, au risque de repro­duire les erre­ments liés au sys­tème édito­rial mon­dial, extra­or­di­nai­re­ment concen­tré, qui a lar­ge­ment dépos­sédé le monde de la recherche de capa­ci­tés d’initiatives intel­lec­tuelles et budgétaires.

Il importe à la félicité du genre humain que soit fondée une Encyclopédie…

Leibniz_Monadology_2

Leibniz_​Monadology_​2

« Il importe à la féli­cité du genre humain que soit fon­dée une Ency­clo­pé­die, c’est-à-dire une col­lec­tion ordon­née de véri­tés suf­fi­sant, autant que faire se peut, à la déduc­tion de toutes choses utiles. » Ini­tia et spe­ci­mina scien­tiae gene­ra­lis1679-1680.

Source : http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​G​o​t​t​f​r​i​e​d​_​W​i​l​h​e​l​m​_​L​e​i​b​niz

« The book is a conversation ». Really ?

'Sitting on history'Ori­gi­nal ver­sion in french. Trans­la­tion with help from Google trans­late. Opi­nions are mine. Errors are Google’s. ;-)

The 1st and 2nd of July ‚ the Jisc and the consor­tium OAPEN jointly orga­ni­zed a confe­rence at the Bri­tish Library in Lon­don to invite a large com­mu­nity to work toge­ther on the future of open access books in the huma­ni­ties and social sciences.

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OpenEdition lauréat des équipements d’excellence

OpenEdition lauréat des équipements d'excellence

Ope­nE­di­tion lau­réat des équi­pe­ments d’excellence

Ce n’est pas pour me van­ter, mais, Ope­nE­di­tion est désor­mais un Equi­pe­ment d’excellence, ouvert à la com­mu­nauté scien­ti­fique dans son ensemble :

Le pro­jet Digi­tal Library for Open Huma­ni­ties (DILOH) a reçu le 14 février 2012 le Label Equi­pex des inves­tis­se­ments d’avenir. Le jury et le minis­tère de l’Enseignement supé­rieur et de la Recherche recon­naissent ainsi Ope­nE­di­tion comme domaine stra­té­gique de la recherche et l’innovation. Ope­nE­di­tion sera doté de 7 mil­lions d’euros sur 8 ans, et construira une biblio­thèque inter­na­tio­nale pour l’édition en libre accès et les huma­ni­tés numé­riques.
Le pro­jet est porté par le Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte (Cléo, Mar­seille, Paris et Lis­bonne), en par­te­na­riat avec le Centre pour la com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique directe (CCSD, Lyon), le Labo­ra­toire des sciences de l’information et des sys­tèmes (LSIS-​CNRS, Mar­seille), le Roy Rosenz­weig Cen­ter for His­tory and New Media (CHNM, Washing­ton) et Open Access Publi­shing in Euro­pean Net­works (Oapen, La Haye).

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Ope­nE­di­tion Faci­lity of Excel­lence Awards (Equipex)

14 February 2012, the Digi­tal Library for Open Huma­ni­ties(DILOH) recei­ved the Label Equi­pex future invest­ment award. The jury and French Higher Edu­ca­tion and Research Minis­try issued the award in recog­ni­tion of OpenEdition’s role as a stra­te­gic plat­form for research and inno­va­tion. Ope­nE­di­tion is set to 7 mil­lion euros over 8 years, with which it intends to build an online open-​access inter­na­tio­nal library for the digi­tal humanities.

The pro­ject is backed by the Centre for Open Elec­tro­nic Publi­shing (Cléo, Mar­seilles, Paris and Lis­bon), in part­ner­ship with the Centre pour la Com­mu­ni­ca­tion Scien­ti­fique Directe (CCSD, Lyon), the Labo­ra­toire des Sciences de l’Information et des Sys­tèmes (LSIS-​CNRS, Mar­seille), the Roy Rosenz­weig Cen­ter for His­tory and New Media (CHNM, Washing­ton) and the Open Access Publi­shing in Euro­pean Net­works (Oapen, the Hague).

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CNRS

Le comité d’éthique du CNRS se prononce pour le libre accès et dresse un portrait édifiant du secteur de l’édition scientifique

Le CNRS dis­pose d’un Comité d’éthique (COMETS) qui émet des avis sur des ques­tions aussi impor­tantes et com­plexes que :

  • Les aspects éthiques de la contro­verse sur le chan­ge­ment cli­ma­tique : avis (30 juin 2011 — pdf), résumé (pdf)
  • Aspects éthiques du finan­ce­ment public de la recherche sur pro­jet : avis (28 juin 2010 — pdf 235 ko), auto­sai­sine (sep­tembre 2008 — pdf 19 ko)
  • Ethique de la recherche dans l’expérimentation sociale : avis (19 jan­vier 2010 — pdf 158 ko)

En juin 2011, le COMETS a publié un avis sur les rela­tions entre cher­cheurs et mai­sons d’édition scien­ti­fique (30 juin 2011 — pdf, résumé — pdf). Cet avis «  se pro­pose d’analyser quelques-​uns des pro­blèmes actuel­le­ment ren­con­trés par les cher­cheurs dans leurs rela­tions avec les mai­sons d’édition scien­ti­fiques, d’en étudier les consé­quences et d’envisager des mesures qui pour­raient être prises pour y remé­dier.  »

Ce rap­port rap­pelle les fonc­tions majeures de l’édition dans le pro­ces­sus scien­ti­fique: enre­gis­tre­ment, vali­da­tion par les pairs, valo­ri­sa­tion, dif­fu­sion et archi­vage. Ces éléments consti­tuent le point aval de l’ensemble du pro­ces­sus de recherche et sont le coeur de pro­blèmes d’ordre juri­diques, éthiques et heuristiques.

Le pro­blème de la ces­sion des droits par les auteurs

L’avis men­tionne le pro­blème des ces­sions exclu­sives de droits aux éditeurs : « l’auteur est a priori pas­sible de pour­suites s’il met l’article, dont il est l’auteur, sur son site Web ou sur celui de son labo­ra­toire, une pra­tique pour­tant cou­rante, qu’il semble sou­hai­table de soutenir. »

L’avis ajoute que «  la pra­tique actuelle du droit d’auteur (…) n’encourage pas de façon évidente la créa­ti­vité. » Il va plus loin, en men­tion­nant le pro­blème de la « posi­tion domi­nante » de cer­tains éditeurs grâce à cer­tains titres consi­dé­rés comme majeurs. Regret­tant l’absence d’aide «  aux cher­cheurs dans la négo­cia­tion de leurs contrats avec les mai­sons d’édition  », le COMETS insiste sur­tout sur la néces­sité d’une la plus grande cir­cu­la­tion des idées et des résul­tats de la recherche.

La ces­sion d’une idée est un jeu à somme positive

Insis­tant sur le carac­tère cumu­la­tif et col­lec­tif du savoir («  Chaque géné­ra­tion de cher­cheurs s’appuie sur le savoir des géné­ra­tions pré­cé­dentes et sur les recherches effec­tuées dans tous les pays  »), le COMETS met en évidence les carac­tères spé­ci­fiques des pro­duc­tions intel­lec­tuelles des scien­ti­fiques, quelle que soit leur discipline :

« quand on donne une pomme on la perd, mais quand on donne une idée, on la garde, tout en en fai­sant béné­fi­cier d’autres le plus lar­ge­ment pos­sible. Ainsi la ces­sion d’une pomme est-​elle un “jeu à somme nulle” (selon la ter­mi­no­lo­gie de Fer­nand Brau­del) tan­dis que la ces­sion d’une idée est un “jeu à somme positive” « .

C’est là qu’intervient la notion de biens non rivaux. Cette notion n’est pas uti­li­sée expli­ci­te­ment par l’avis, mais elle sous-​tend l’ensemble de l’argumentation du Comité : les carac­té­ris­tiques des idées et des docu­ments numé­riques sont très proches. En effet, trans­mettre à quelqu’un une idée, ou un docu­ment numé­rique, n’en dépos­sède pas son pro­prié­taire, alors que c’était le cas pour les biens ana­lo­giques (le livre papier étant l’idéal-type des biens ana­lo­giques dans le sec­teur des idées).

Un sec­teur à la ren­ta­bi­lité com­mer­ciale excessive

Para­doxa­le­ment, l’entrée dans le monde numé­rique a favo­risé l’apparition d’un oli­go­pole pla­çant les biblio­thèques devant une situa­tion bloquée :

C’est dans ce contexte que cer­taines mai­sons d’édition scien­ti­fique com­mer­ciales ont pro­gres­si­ve­ment pris le contrôle des échanges aca­dé­miques. Cette évolu­tion s’est accé­lé­rée lors de la der­nière décen­nie depuis que des inves­tis­seurs finan­ciers se sont aper­çus du carac­tère “inélas­tique” du mar­ché de l’édition scien­ti­fique (les clients conti­nuent à ache­ter même si les prix aug­mentent) de par le carac­tère non sub­sti­tuable des pro­duits échan­gés. Cette concen­tra­tion a été faci­li­tée par la tran­si­tion aux moyens élec­tro­niques de dif­fu­sion, qui ont d’abord bou­le­versé l’industrie de l’impression, néces­si­tant une recon­ver­sion du per­son­nel et des inves­tis­se­ments impor­tants. Pour ceux qui ont pu fran­chir ce pas et qui par­viennent à sus­ci­ter et à tirer parti des pro­grès tech­no­lo­giques, si le coût mar­gi­nal de la mise en ligne est négli­geable, il reste les coûts d’exploitation de la plate-​forme infor­ma­tique ainsi que sa mise à jour per­ma­nente et aussi de pro­mo­tion, coûts dont la per­ti­nence est sou­vent dis­cu­tée. Cer­taines mai­sons d’édition com­mer­ciales par­viennent tout de même à des taux de ren­ta­bi­lité supé­rieurs à 35 %, une situa­tion excep­tion­nelle pour un sec­teur écono­mique où est censé régner la concur­rence et qui conduit à s’interroger sur les prix pratiqués.

Le Comité d’éthique ne se pro­non­çant pas sur des cas par­ti­cu­liers, il ne cite pas Else­vier, mais c’est bien de lui et de ses équi­va­lents qu’il s’agit. Allons au terme du rai­son­ne­ment. Avec un chiffre d’affaires tour­nant autour 5 mil­liards d’euros1, Else­vier est un géant de l’édition. Son chiffre d’affaire est signi­fi­ca­ti­ve­ment plus élevé que celui d’Hachette Livres. Or, Else­vier fait état de béné­fices tour­nant autour de 25 à 30% (après salaires, dont on sait qu’ils ne sont pas ridi­cules). Ces taux sont proches de ceux de Micro­soft, qui est dans une situa­tion de quasi-​monopole sur son marché.

Des marges de manoeuvre considérables

Ainsi, la recherche mon­diale pour­rait écono­mi­ser plus d’1,6 mil­liard d’euros par an avec le seul Else­vier. Dans la mesure où d’autres éditeurs pri­vés sont dans des situa­tions proches du point de vue de leur marge béné­fi­ciaire, on constate qu’il serait pos­sible de déga­ger plu­sieurs mil­liards de dol­lars d’économies pour les puis­sances publiques occidentales.

Le Comité insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas, pour autant, de contes­ter la légi­ti­mité du tra­vail d’édition et sa néces­saire rému­né­ra­tion : «  La rétri­bu­tion des ser­vices ainsi ren­dus n’est pas contes­tée par les uti­li­sa­teurs, qu’ils soient cher­cheurs ou biblio­thé­caires  ». En effet, le métier d’éditeur n’a sans doute jamais été aussi indis­pen­sable pour struc­tu­rer la pro­duc­tion de savoir, qui n’a jamais été aussi mas­sive et complexe.

Le Comité met l’accent sur la dimen­sion inélas­tique du mar­ché de l’édition scien­ti­fique, et sur l’incapacité du sec­teur public à faire face à des pra­tiques contraires aux inté­rêts col­lec­tifs de la part des éditeurs domi­nant le marché :

Pour appuyer ces remarques nous cite­rons les conseils don­nés, il y a quelques années, par la firme Mor­gan Stan­ley à ses inves­tis­seurs : “The scien­ti­fic jour­nal busi­ness is cha­rac­te­ri­sed by rela­ti­vely inelas­tic demand, with indi­vi­dual jour­nals gene­rally having a strong fol­lo­wing within their par­ti­cu­lar niche […] The niche nature of the mar­ket and the rapid growth in the bud­gets of aca­de­mic libra­ries have com­bi­ned to make scien­ti­fic publi­shing the fas­test gro­wing sub-​sector of the media indus­try over the last 15 years” (Paul Goo­den, Mat­thew Owen, Sarah Simon and Louise Sin­gle­hurst, Scien­ti­fic Publi­shing: Know­ledge is Power, Mor­gan Stan­ley, Equity Research Europe, 30 Sep­tem­ber 2002). La situa­tion n’a pas vrai­ment changé mais pour­rait chan­ger brus­que­ment dans un ave­nir proche comme on peut le lire dans l’article “Aca­de­mic Publi­shing: Of Goats and Hea­daches” (The Eco­no­mist, 26 mai 2011), dont le sous-​titre est “One of the best media busi­ness is also one of the most resen­ted”.

Pour une redis­tri­bu­tion des cartes dans le sec­teur de l’édition scientifique

Fort de ce constat, le Comité appelle à une redis­tri­bu­tion des cartes dans ce secteur :

« Les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par de nom­breuses ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques lors de la négo­cia­tion des abon­ne­ments numé­riques illus­trent bien le fait qu’il devient urgent de mettre au point de nou­velles pra­tiques en matière de dif­fu­sion des résul­tats scien­ti­fiques. »

Pour cela, le Comité d’éthique émet cinq recom­man­da­tions qui sont citées inté­gra­le­ment en annexe de ce billet. Nous retien­drons ici les deux dernières:

- recom­man­da­tion n°4 : néces­sité d’une inter­ven­tion publique pour per­mettre «  l’émergence de modèles écono­miques per­met­tant à des enti­tés, dont les pra­tiques seraient en accord avec la mis­sion de leurs cher­cheurs, d’exister face à d’autres opé­ra­teurs beau­coup plus puis­sants finan­ciè­re­ment  »

- recom­man­da­tion n°5 : consi­dé­rer le savoir scien­ti­fique comme «  un patri­moine com­mun (com­mons) de l’humanité  », ce qui doit pous­ser au libre accès, dans les délais les plus courts possibles.

C’est le moment. Au travail!

Marin Dacos

Les recom­man­da­tions du Comité d’éthique du CNRS

1. Le CNRS devrait éclai­rer les cher­cheurs de ses labo­ra­toires sur la situa­tion juri­dique dans laquelle ils se trouvent lorsqu’ils publient un article dans une revue. Si le CNRS n’est aucu­ne­ment impli­qué dans la ces­sion du droit d’auteur à une mai­son d’édition, puisque qu’il ne par­tage pas le droit d’auteur des cher­cheurs, il doit les aider à pré­ser­ver leurs droits et à ne pas s’exposer à des risques juri­diques. Dans le cadre de l’élaboration de cet avis, une demande de note de cadrage a été faite à ce pro­pos au ser­vice juri­dique du CNRS.

2. Le CNRS devrait recom­man­der de faire ajou­ter dans le contrat de ces­sion des droits une clause sur la libre dis­po­si­tion des articles à des fins non com­mer­ciales sur le site des cher­cheurs sur la toile et sur les sites d’archives publiques. Pour­rait être explo­rée la pos­si­bi­lité de créer un grou­pe­ment euro­péen d’intérêt écono­mique (GEIE), entité morale recon­nue en droit euro­péen (cf. règle­ment CEE 2137/​85 du Conseil du 25 juillet 1985), dont les cher­cheurs et leurs ins­ti­tu­tions, CNRS entre autres, seraient membres et qui pour­rait être man­da­taire d’un droit de dif­fu­sion sans faire payer de droit d’accès, et à terme pou­voir repré­sen­ter les cher­cheurs pour défendre leurs droits.

3. Lors de négo­cia­tions avec les mai­sons d’édition pour l’achat de l’accès aux revues, aussi bien sous forme papier que sous forme élec­tro­nique, il est impé­ra­tif que les biblio­thé­caires, sou­vent regrou­pés dans des réseaux cen­tra­li­sant les achats, béné­fi­cient des conseils de juristes connais­sant bien la pra­tique en matière de droit com­mer­cial et de droit d’auteur, aussi bien fran­çais qu’étranger. Le CNRS doit y pour­voir en ce qui concerne ses labo­ra­toires et ses réseaux. Par ailleurs il est sou­hai­table que des repré­sen­tants des cher­cheurs soient asso­ciés à la pré­pa­ra­tion de ces négociations.

4. Les dys­fonc­tion­ne­ments mis en évidence dans cet avis pro­viennent du fait que le mar­ché de l’édition scien­ti­fique est passé depuis quelques années dans de nom­breuses dis­ci­plines sous le contrôle, soit de socié­tés com­mer­ciales, soit de socié­tés savantes qui sou­vent uti­lisent les revues qu’elles publient pour finan­cer d’autres acti­vi­tés moins lucra­tives. Il serait sou­hai­table que des orga­nismes publics, tel le CNRS, inter­viennent pour per­mettre l’émergence de modèles écono­miques per­met­tant à des enti­tés, dont les pra­tiques seraient en accord avec la mis­sion de leurs cher­cheurs, d’exister face à d’autres opé­ra­teurs beau­coup plus puis­sants finan­ciè­re­ment. Il y va du bon fonc­tion­ne­ment de leurs ins­tal­la­tions scien­ti­fiques, dont les centres de docu­men­ta­tion et de sto­ckage de données.

5. Le savoir scien­ti­fique se consti­tue grâce aux finan­ce­ments publics et se dif­fuse par les publi­ca­tions qui en résultent. Il devrait dès lors être consi­déré comme un patri­moine com­mun (com­mons) de l’humanité. A ce titre, il devrait res­ter libre­ment acces­sible à cha­cun, au bout d’un temps aussi court que pos­sible, ceci pour le béné­fice de l’avancement des connais­sances et la for­ma­tion de nou­velles géné­ra­tions de scien­ti­fiques. Là encore les efforts faits au niveau de cer­taines com­mu­nau­tés scien­ti­fiques pour garan­tir l’accès sans res­tric­tion aux archives scien­ti­fiques doivent être relayés par les ins­ti­tu­tions publiques, dont le CNRS.

  1. Source : Livres hebdo — http://​www​.actua​litte​.com/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​-​e​d​i​t​i​o​n​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​c​l​a​s​s​e​m​e​n​t​-​m​o​n​d​i​a​l​-​d​e​-​l​-​e​d​i​t​i​o​n​-​e​t​-​l​e​s​-​p​e​t​i​t​s​-​f​r​a​n​c​a​i​s​-​i​l​s​-​s​o​n​t​-​o​u​-​1​9​7​3​4​.​htm []

Deuxième Université d’été de l’édition électronique ouverte : c’est parti !

Cela fait plu­sieurs mois qu’on y tra­vaille en tâche de fond et ces der­nières semaines, le fond est remonté à la sur­face avec une fina­li­sa­tion de pré­pa­ra­tion plu­tôt fébrile. Mais ça y est, nous sommes prêts à accueillir lundi les cent et quelques ins­crits à notre Deuxième Uni­ver­sité d’été à Mar­seille, sur le cam­pus Saint Charles de l’Université de Pro­vence : les salles sont réser­vées, les inter­ve­nants sont en route, les petits plats mijotent, le wifi et les prises élec­triques seront au rendez-​vous, les sacs d’accueil –vert pomme — pour les

Robe rouge et sac vert

Rouge cerise et vert pomme

sta­giaires rem­plis de goo­dies, l’équipe du Cléo est gon­flée à bloc pour accueillir tout le monde.

Qu’allons nous faire tout au long de cette semaine ? Nous allons construire une com­mu­nauté éphé­mère de 150 per­sonnes (par­ti­ci­pants, inter­ve­nants et équipe) qui se ras­semblent pour apprendre, réflé­chir, échan­ger ensemble pen­dant une semaine sur tous les aspects de l’édition élec­tro­nique. Il s’agit d’une uni­ver­sité d’été ; c’est le seul dis­po­si­tif qui per­met de « croi­ser » : croi­ser les gens (qui viennent de tous les métiers concer­nés : cher­cheurs, éditeurs, infor­ma­ti­ciens, docu­men­ta­listes et biblio­thé­caires), croi­ser les thé­ma­tiques (juri­dique, tech­nique, écono­mique, scien­ti­fique), croi­ser les approches (confé­rences, cours de deux heures, ate­liers, événe­ments sociaux) pour acti­ver le bouillon de culture au sein duquel les idées circulent.

Cette année, nous avons un peu modi­fié notre for­mule en intro­dui­sant quelques inno­va­tions : tout d’abord, les ate­liers sont res­sé­rés, plus court, donc plus nom­breux et plus ner­veux : pas moins de 17 ate­liers dif­fé­rents sont pro­po­sés : outre les for­ma­tions que nous pro­po­sons à nos propres pla­te­formes (Ope­nE­di­tion, Lodel pour Revues​.org, Word­Press pour Hypo­thèses ou le web­ser­vice de Calenda), nous avons demandé à des spé­cia­listes de venir ani­mer des ate­liers sur des sujets aussi poin­tus que la veille thé­ma­tique sur Inter­net, la XML TEI pour l’édition, l’optimisation des don­nées pour Isi­dore, la conser­va­tion du patri­moine scien­ti­fique avec Per­sée, l’enrichissement auto­ma­tique des méta­don­nées, les outils de déve­lop­pe­ment d’une « lec­ture sociale » ou encore l’édition de livres au for­mat Epub.

Goodies

Goo­dies

Autre nou­veauté, de taille, nous com­men­çons à intro­duire une dose d’internationalisation dans notre dis­po­si­tif : nous avons demandé à quatre experts recon­nus de venir faire un cours ou une confé­rence sur leur sujet de pré­di­lec­tion : il s’agit de Chris Meade qui dirige l’Institute for the Future of the Book à Londres, de Jan­neke Adema, jeune cher­cheuse bri­tan­nique elle aussi qui a réa­lisé une étude très inté­res­sante sur l’édition de livres élec­tro­niques de sciences humaines et libre accès, de Cor­ne­lius Pusch­man, jeune cher­cheur alle­mand, orga­ni­sa­teur du That­Camp Cologne l’année der­nière et spé­cia­liste des réseaux sociaux scien­ti­fiques, et enfin d’Octa­vio Kulesz, éditeur argen­tin qui a réa­lisé une pas­sion­nante étude sur l’édition élec­tro­nique dans les pays du sud. Guy Teas­dale vien­dra pour sa part du Canada pour nous par­ler de la situa­tion du libre accès dans son pays. Il est res­pon­sable de tout ce qui concerne le numé­rique à la biblio­thèque de l’Université Laval. Par ces invi­ta­tions, nous cher­chons là encore à croi­ser les pers­pec­tives, à resi­tuer notre expé­rience dans un contexte plus large, ce qui implique un effort par­ti­cu­lier (lin­guis­tique en par­ti­cu­lier, plu­sieurs cours sont en anglais). Nous espé­rons beau­coup de cette évolu­tion qui, si elle est un suc­cès, nous encou­ra­gera à accen­tuer cet aspect pour les pro­chaines éditions.

"Nous attaquerons par là"

« Nous atta­que­rons par là »

Mais que serait l’Université d’été sans ses hapen­nings ? Outre le book­camp suivi d’un pique nique du mardi soir et la sor­tie en mer du mer­credi (une nou­veauté là aussi), nous invi­tons Alain Pier­rot et Samuel Petit à venir pré­sen­ter et lan­cer leur nou­vel ins­ti­tut if:lire ven­dredi soir en conclu­sion de l’Université d’été. Nous avons orga­nisé une confé­rence publique à la biblio­thèque de l’Alcazar (tous les ren­sei­gne­ments ici), ouverte à tous.

Il y a deux ans, la secte dru­pa­lienne avait hacké l’Université d’été. Cette année, j’ai le sen­ti­ment que les gazouilleurs vir­tuels nous pré­parent quelque chose au cours de la semaine. A suivre.

Je ne veux pas ter­mi­ner sans par­ler du par­te­na­riat que nous avons conclu avec l’éditeur Publie​.net à cette occa­sion. Non seule­ment Fran­çois Bon nous fait l’amitié d’intervenir dans notre Uni­ver­sité d’été, mais en plus il offre onze livres élec­tro­niques per­son­na­li­sés issus du cata­logue de Publie​.net à l’ensemble des par­ti­ci­pants ! Ceux-​ci les trou­ve­ront lundi dans leur sac à sur­prises sur une clé USB, mais pas n’importe quelle clé : il s’agit de la Fra­ma­key pro­po­sée par Fra­ma­soft, la célèbre asso­cia­tion de pro­mo­tion du logi­ciel libre. Cette clé est lourde de sym­bole pour moi : elle fusionne dans un objet maté­riel l’association du logi­ciel libre et de l’édition numé­rique de qua­lité, c’est-à-dire, très exac­te­ment, l’ADN du Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte : le Cléo.

Le livre-​objet, objet fétiche

Le livre-​objet est-​il aux livres ce que la femme-​objet est aux femmes ? C’est la ques­tion que je finis par me poser en m’intéressant depuis quelques mois à la manière dont on peut don­ner accès sur le web à des col­lec­tions de livres élec­tro­niques. Avez-​vous remar­qué à quel point dans l’environnement numé­rique il semble presque impos­sible de dési­gner un livre autre­ment que comme un objet physique ?

Le cham­pion toute caté­go­rie du féti­chisme du livre est sans doute Apple qui va jusqu’à construire des étagères Ikéa en bois à l’intérieur des iPads et mimer l’ouverture du livre et la page-​qui-​se-​tourne dans son appli­ca­tion iBooks.
Ikéaïpad

Ikéaï­pad

Mais sans aller jusqu’à de telles extré­mi­tés, je suis frappé de voir, en pas­sant de sites en por­tails, de pla­te­formes en librai­ries élec­tro­niques (et ici même sur ce blog, regar­dez à gauche et à droite), qu’il semble impos­sible de repré­sen­ter le livre autre­ment que par.…sa cou­ver­ture ! Qu’est-ce qu’un livre ? Une « réunion de plu­sieurs cahiers de pages manus­crites ou impri­mées » répond très pla­te­ment le Lit­tré. Qu’est-ce qu’un livre sur le web ? « Une cou­ver­ture sui­vie de plu­sieurs carac­tères » pourrais-​je ajou­ter dans la même veine.
La-page-qui-se-tourne

La-​page-​qui-​se-​tourne

Mais donc ; aurait-​il échappé à tout le monde que la cou­ver­ture, arte­fact rela­ti­ve­ment pra­tique lorsqu’il s’agit de trans­mettre de l’information au lec­teur sur le contenu de l’objet qu’il tient entre les mains, est très peu adap­tée à la trans­mis­sion d’information via l’écran d’un ordi­na­teur…a for­tiori d’une tablette élec­tro­nique voire un smart­phone ? Mais peu importe semble-​t-​il, puisque la fonc­tion de ces cou­ver­tures de livres sys­té­ma­ti­que­ment mobi­li­sées sur tous les por­tails, que l’on aligne sur de fausses étagères et que l’on fait tour­ner sur de faux car­rou­sels ne semble pas de ren­sei­gner l’utilisateur sur la nature de l’ouvrage qu’il va lire. Mon hypo­thèse est que ces cou­ver­tures per­mettent de faire fonc­tion­ner une magni­fique illu­sion réfé­ren­tielle : « ceci est un vrai livre » (et pas un site, un blog, un twitt, un « mur », une page web) semblent-​elles toutes dire, y com­pris lorsqu’audit livre, pure­ment élec­tro­nique, ne cor­res­pond par­fois aucun objet imprimé mais un simple fichier pdf. La cou­ver­ture confère alors au texte qu’elle désigne toute l’aura du livre, son pres­tige et son impor­tance, elle le hisse au des­sus du babillage quo­ti­dien du web, avec lequel il ne sau­rait être confondu.
Couv'titres

Couv’titres : le duo infernal

Que c’est com­pli­qué pour­tant de pré­sen­ter des livres sur une page web lorsqu’on a la seule pauvre cou­ver­ture pour tout outil sémio­tique : on est alors replacé dans le dilemme clas­sique du libraire qui doit mettre en valeur le maxi­mum d’ouvrages sur un espace limité : la table de pré­sen­ta­tion. Pour que la table soit effi­cace, il faut qu’elle pré­sente très peu de titres ; on dira entre 9 et 12. Mais alors, que faire des autres ? Le libraire les pla­cera debout dans ses rayon­nages où ils ne seront vus que de ceux qui connaissent ce qu’ils viennent cher­cher. Le por­tail web ren­verra via un lien « tous les ouvrages » à une liste tex­tuelle clas­sée, un cata­logue, à peu près aussi effi­cace pour mettre en valeur les titres que le rayon­nage sous la table du libraire.

Générateur automatique d'aura

Géné­ra­teur auto­ma­tique d’aura

La réfé­rence à la cou­ver­ture du livre est par­fai­te­ment jus­ti­fiée lorsque l’interface ren­voie jus­te­ment à des ouvrages phy­siques : por­tails de livres numé­ri­sés comme Gal­lica ou outils de ges­tion de biblio­thèque per­son­nelle comme Libra­ry­thing. Mais dans les autres cas ? Il me semble qu’il serait temps de com­men­cer à se déta­cher de la réfé­rence à l’objet, qui sera de moins en moins per­ti­nente, et de com­men­cer à uti­li­ser de manière plus mas­sive, moins mar­gi­nale d’autres modes de pré­sen­ta­tion ou de repré­sen­ta­tion du livre : illus­tra­tion, por­trait de l’auteur, 

extraits, selon le résul­tat qu’on cher­chera à obte­nir. J’aurais ten­dance à pen­ser que, libéré du car­can réfé­ren­tiel, le livre pour­rait avan­ta­geu­se­ment pro­fi­ter de l’expérience acquise par le Web dans le domaine de la presse et des maga­zines en ligne, voire des blogs en matière de pré­sen­ta­tion et de valo­ri­sa­tion de l’information : ban­nières tour­nantes, nuages de mots-​clés, clas­se­ments mul­tiples et variés, sys­tèmes de rebonds. Et ce ne serait pas for­cé­ment très dif­fi­cile, car cer­tains éditeurs font déjà un tra­vail d’illustration et de mise en valeur ico­no­gra­phique sur leurs ouvrages. Mais alors pour­quoi diable faut-​il lais­ser enfer­mées ces illus­tra­tions dans le cadre pré-​contraint de la cou­ver­ture en mode por­trait ? Contrai­re­ment à la cou­ver­ture, la page web donne de la place, elle per­met de dis­po­ser l’information dif­fé­rem­ment ; elle per­met de res­pi­rer, et d’inventer aussi. Je trouve dom­mage que si peu de ces pos­si­bi­li­tés soient effec­ti­ve­ment exploi­tées, et d’abord, me semble-​t-​il, parce que nous sommes tous sou­mis à la tyran­nie de la cou­ver­ture, qui plaque per­pé­tuel­le­ment le livre sur son actua­li­sa­tion phy­sique. Cette fic­tion du livre-​comme-​livre-​objet que nous avons accep­tée jusqu’à pré­sent est de moins en moins tenable. Il fau­dra bien qu’elle vole en éclat un de ces jours.

Et vous, qu’en pensez-​vous ?

Cultures du numérique

Marin et moi avons contri­bué à la rédac­tion du numéro 88 de la revue Com­mu­ni­ca­tions, qui vient de paraître. Ce numéro spé­cial, qui marque les 50 ans de la revue, explore le thème des cultures du numé­rique et fut coor­donné par Anto­nio Casilli. Pour notre part, nous avons écrit un article sur devi­nez quoi.…l’édition élec­tro­nique. Voici le som­maire du numéro, avec, en par­ti­cu­lier, des contri­bu­tions d’Antonio Casilli bien sûr, mais aussi de Fabien Gran­jon, Serge Tis­se­ron, Jean-​Paul Four­men­traux, Domi­nique Car­don ou encore Nico­las Auray. Le numéro n’est pas encore en libre accès mal­heu­reu­se­ment. Il le sera dans quelques années sur Per­sée. En atten­dant, on peut télé­char­ger notre contri­bu­tion dans sa ver­sion auteur sur Archi­ve­sic. (en attente de vali­da­tion, le lien sera effec­tif dans quelques jours)

« Cultures du numé­rique », Com­mu­ni­ca­tions, 88, 2011.
Numéro dirigé par Anto­nio A. Casilli.

Socio­logues, psy­cho­logues, écono­mistes, phi­lo­sophes… : vingt-​trois spé­cia­listes en sciences sociales dressent ici un pano­rama très com­plet des recherches autour de l’impact des tech­no­lo­gies numé­riques sur la culture et les modes de vie. Le for­mat ency­clo­pé­dique des articles reflète l’ambition de syn­thèse de ce numéro appelé à deve­nir un outil de réfé­rence pour les étudiants et les chercheurs.

Som­maire

Anto­nio A. Casilli
Pré­sen­ta­tion

Éric Dagi­ral
Admi­nis­tra­tion électronique

Claire Lobet-​Maris
Âge et usages informatiques

Étienne Per­ény et Étienne Armand Amato
Audio­vi­suel interactif

Sté­phane Hugon
Com­mu­nauté

Pierre Mou­nier et Marin Dacos
Édition élec­tro­nique

Domi­nique Dupagne
E-​santé

Fabien Gran­jon
Frac­ture numérique

Julie Denouël
Identité

Serge Tis­se­ron
Inti­mité et extimité

Sébas­tien Genvo
Jeux vidéo

Kevin Mel­let
Mar­ke­ting en ligne

Jean-​Paul Four­men­traux
Net art

Fabrice Roche­lan­det
Pro­priété intellectuelle

Valé­rie Beau­douin
Pro­su­mer

Domi­nique Car­don
Réseaux sociaux de lʼInternet

Pierre-​Antoine Char­del et Ber­nard Reber
Risques éthiques

Nico­las Auray
Soli­da­ri­tés

Laë­ti­tia Schweit­zer
Sur­veillance électronique

Patrick Dieuaide
Tra­vail cognitif

Date de publi­ca­tion : 19/​05/​2011
EAN13 : 9782021045789

De l’édition électronique ouverte à OpenEdition

Je suis invité à inter­ve­nir dans une jour­née d’étude qu’organisent demain aujourd’hui à Lyon Joëlle Le Marec et Igor Babou sur les études de sciences. Le pro­gramme est dis­po­nible ici.

On m’a demandé de par­ler du numé­rique pour l’édition de sciences humaines et sociales. Mais le Cléo est à la veille de lan­cer son grand pro­gramme : Ope­nE­di­tion qui repré­sente un sacré défi et une pro­po­si­tion par­ti­cu­liè­re­ment inno­vante pour l’édition élec­tro­nique en libre accès. Dans ces condi­tions, pro­duire une ana­lyse abs­traite et pure­ment théo­rique sur le sujet n’a pas beau­coup de sens pour moi. Je pré­fère ten­ter d’expliquer ce que nous vou­lons faire et expo­ser l’analyse de la situa­tion sur laquelle repose ce pro­gramme. Voici donc un « argu­ment » sec, sans les exemples et illus­tra­tion de mon inter­ven­tion de demain tout à l’heure.

Intro­duc­tion

Je vais pré­sen­ter une ana­lyse de la situa­tion de l’édition élec­tro­nique comme on me l’a demandé, mais aujourd’hui je ne conçois pas de pos­si­bi­lité de livrer une ana­lyse sur cette ques­tion indé­pen­dam­ment de l’engagement dans l’action, et par­ti­cu­liè­re­ment dans l’action col­lec­tive avec le Cléo où je tra­vaille. C’est donc une ana­lyse située et je vais tenir à expo­ser les consé­quences les plus immé­diates de cette ana­lyse à savoir un pro­jet sur lequel le Cléo tra­vaille depuis presque un an, qui est sur le point d’aboutir et qui s’appelle OpenEdition.

Cette ana­lyse et son pro­jet reposent sur deux bases :

1. La situa­tion de l’édition de sciences humaines est une appli­ca­tion à un domaine par­ti­cu­lier d’une situa­tion que l’on peut consta­ter à un niveau plus géné­ral au niveau de l’édition, et même, avec des spé­ci­fi­ci­tés pour chaque champ, à tous les domaines de la créa­tion cultu­relle. C’est pour cette rai­son que nous avons mené l’enquête qui a conduit au Repères sur l’édition élec­tro­nique et qui nous a per­mis d’élargir notre base de réflexion.

2. Glo­ba­le­ment, cette situa­tion peut être carac­té­ri­sée comme une zone de ten­sions, un éche­veau de contra­dic­tions entre deux mondes. Un monde de l’édition, qui mal­gré sa diver­sité repo­sait jusqu’ici sur un socle stable tech­nique (l’imprimerie), juri­dique (les droits de pro­priété intel­lec­tuelle), écono­mique (la vente en librai­rie et biblio­thèques) et un monde en train de naître et se for­mer, carac­té­risé par des tech­no­lo­gies, des pra­tiques et même des normes très différentes.

Le Cléo se posi­tionne, comme d’autres bien sûr, exac­te­ment à la croi­sée de ces deux mondes ; il est de ce fait tra­versé lui aussi de contra­dic­tions ; il peut sans doute consti­tuer un point d’observation inté­res­sant, mais sur­tout il est le lieu de l’invention néces­saire de nou­veaux modèles qui tentent de rete­nir et conci­lier le meilleur des deux mondes.

A par­tir de ce point : quoi de neuf pour l’édition élec­tro­nique aujourd’hui, c’est-à-dire au cours des der­niers mois, des der­nières semaines ? C’est sans doute que les deux mondes qui res­taient jusqu’à pré­sent en ten­sion rela­tive, fei­gnant de s’ignorer l’un l’autre et se tenant à dis­tance de sécu­rité, entrent vio­lem­ment en col­li­sion aujourd’hui avec le bas­cu­le­ment du livre dans le numé­rique. Cer­taines contra­dic­tions qui pou­vaient être rai­son­na­ble­ment main­te­nues en l’état doivent donc main­te­nant être réso­lues. Et c’est l’objet de ma pre­mière partie.

L’édition à l’épreuve du web

Contrai­re­ment à ce qu’on pense, la pointe de l’offensive qui vient désta­bi­li­ser le sec­teur de l’édition n‘est pas tant le numé­rique que le web. Le web, défini par son pro­to­cole (http), son lan­gage (html), son mode de mise en rela­tion (le lien hyper­texte), per­met la nais­sance de nou­velles pra­tiques d’écriture et de lec­ture, mais sur­tout repose sur un prin­cipe de libre accès à l’information qui est mena­çant pour le monde de l’édition. Ce monde a donc d’abord attendu (long­temps) puis a fini par déve­lop­per une contre-​offensive en pro­mou­vant un mode de dis­tri­bu­tion de ses conte­nus recons­trui­sant sa logique propre à la fois à par­tir de et isolé du web : c’est le e-​book avec ses tablettes élec­tro­niques de lec­ture, ses fichiers ver­rouillés sous DRM, ses cata­logues clos sur eux-​mêmes et, bien sûr, son mode d’acquisition payant comme s’il s’agissant d’un livre imprimé.
Le pro­blème est que cette ten­ta­tive ignore et reste à l’écart d’une part de l’incroyable bouillon­ne­ment intel­lec­tuel, l’extraordinaire créa­ti­vité cultu­relle que per­met le web en libre accès, et abou­tit d’autre part à une véri­table régres­sion même par rap­port à ce que per­met­tait l’édition impri­mée !
C’est la rai­son pour laquelle nous avons tou­jours fait le choix à la fois du web et du libre accès et nous consi­dé­rons que notre mis­sion consiste d’abord à dif­fu­ser sur le web, là où sont les lec­teurs, pro­fes­sion­nels et non-​professionnels, les infor­ma­tions et les ana­lyses de haute qua­lité que pro­duit la recherche de sciences humaines et sociales. L’enjeu est d’abord là : que ces conte­nus soient réel­le­ment acces­sibles (trou­vables, uti­li­sables, citables, liables) au coeur de ce grand chau­dron cultu­rel qu’est le web aujourd’hui. Afin qu’ils soient féconds et non sté­riles.
Le bouillon­ne­ment créa­teur du web que je viens de men­tion­ner s’exerce par ailleurs en grande par­tie sur les formes édito­riales elles-​mêmes. C’est quelque chose que met très bien en évidence le rap­port Ithaka sur les nou­velles formes de com­mu­ni­ca­tion aca­dé­mique à l’ère numé­rique. Par rap­port à cela, l’objectif d’OpenEdition, en tant qu’il ras­semble nos trois pla­te­formes (Revues​.org, Calenda, Hypo­thèses) et les relie entre elles, est de per­mettre à la com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique de béné­fi­cier de cette évolu­tion et ne res­tant pas pri­son­nier des formes édito­riales canoniques.

Un espace édito­rial transnational

Le web abaisse les fron­tières, c’est bien connu. On peut par­ler des fron­tières entre types de conte­nus, entre milieux pro­fes­sion­nels, entre science et société, mais aussi, évidem­ment, entre pays et espaces lin­guis­tiques. De ce point de vue, la situa­tion fran­çaise est un peu par­ti­cu­lière avec le syn­drome de la for­te­resse assié­gée qui s’y est déve­loppé sur cette ques­tion. La menace des pla­te­formes amé­ri­caines sur l’édition fran­çaise d’un côté, la domi­na­tion de la langue anglaise de l’autre (cette ques­tion est par­ti­cu­liè­re­ment vive en SHS) fixent les posi­tions anta­go­niques sur la dimen­sion inter­na­tio­nale.
Pour notre part, nous avons choisi d’observer les équipes scien­ti­fiques et édito­riales qui animent nos revues, col­lec­tions de livres, car­nets de recherche. Et nous avons observé que ces équipes tra­vaillaient sou­vent au sein de réseaux trans­na­tio­naux (plu­tôt qu’internationaux). Ce n’est pas un hasard si nombre de nos revues portent sur des aires géo­gra­phiques et lin­guis­tiques, par exemple. Mais pas seule­ment, et nous voyons appa­raître depuis quelques temps plu­sieurs pro­jets de revues euro­péennes dans dif­fé­rents domaines.
Dans ces condi­tions, la ques­tion lin­guis­tique ne se réduit pas à la fameuse oppo­si­tion fron­tale entre l’anglais et le fran­çais, mais passe aussi par l’investissement d’espaces lin­guis­tiques très impor­tants (l’espagnol et le por­tu­gais par exemple), par des tra­vaux de tra­duc­tions (et pas for­cé­ment vers l’anglais), par des publi­ca­tions mul­ti­lingues. Ope­nE­di­tion, c’est donc aussi la volonté de ne pas resté can­ton­nés dans un espace natio­nal qui n’a pas beau­coup de sens à l’ère d’Internet. C’est la volonté de per­mettre aux publi­ca­tions de sciences humaines de cir­cu­ler « world wide » comme l’est le web lui-​même et de construire des pla­te­formes réel­le­ment trans­na­tio­nales. C’est enfin ten­ter de don­ner à ces com­mu­nau­tés scien­ti­fiques trans­na­tio­nales qui sont sou­vent très fécondes, les moyens de tra­vailler ensemble, de dif­fu­ser et faire connaître leur tra­vaux par la publication.

Inven­ter un modèle économique

Bon. Des conte­nus en libre accès dans des for­mats ouverts, un bouillon­ne­ment intel­lec­tuel, l’invention de nou­veaux modes de com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique, des publi­ca­tions trans­na­tio­nales. Tout cela est par­fait. Mais avec quels moyens ? C’est ici la ques­tion lan­ci­nante du modèle écono­mique du libre accès qui doit être posée et que l’on retrouve aussi bien pour la presse, que l’édition de lit­té­ra­ture, de sciences ou de sciences humaines et sociales. Pré­ci­sons d’abord que cette ques­tion du modèle écono­mique se pose essen­tiel­le­ment pour les pro­duc­teurs de conte­nus et les éditeurs. Google se porte très bien, merci pour lui, et démontre qu’une écono­mie du web existe, mais pour cer­tains acteurs.
Notre ana­lyse est qu’à ce stade, il n’existe pas encore de modèle écono­mique domi­nant tous domaines confon­dus pour la pro­duc­tion de conte­nus sur le web. Il existe en revanche de nom­breux modèles d’affaires valables pour cer­tains contextes, et cer­tains d’entre eux semblent bien fonc­tion­ner. Pour nous concen­trer sur l’édition scien­ti­fique, le modèle domi­nant pour la dif­fu­sion de conte­nus en libre accès est aujourd’hui le modèle auteur-​payeur.
Ce modèle pose de nom­breuses dif­fi­cul­tés éthiques, poli­tiques et scien­ti­fiques. Je ne veux pas les évoquer ici. Je pré­fère me concen­trer sur une ques­tion mas­sive que pose le déve­lop­pe­ment du libre accès et plus par­ti­cu­lier de ce modèle pour l’édition scien­ti­fique. C’est tout sim­ple­ment la ques­tion de la place des biblio­thèques qui est posée.
Les biblio­thèques n’ont pas seule­ment pour mis­sion d’acquérir des res­sources docu­men­taires. Elles élaborent des poli­tiques docu­men­taires leur per­met­tant de consti­tuer des col­lec­tions et elles pro­posent à leur public des ser­vices de média­tion. Il reste que l’acquisition consti­tue en quelque sorte le pilier, on pour­rait presque dire la condi­tion de pos­si­bi­lité sur laquelle reposent ces autres acti­vi­tés. Aujourd’hui, sans acqui­si­tion, pas de biblio­thèque. La déma­té­ria­li­sa­tion de la lit­té­ra­ture scien­ti­fique, désor­mais acces­sible via des pla­te­formes d’éditeurs ou d’agrégateurs comme Scien­ce­Di­rect ou Sprin­ger­link ont consti­tué une pre­mière dif­fi­culté pour les biblio­thèques, qui géraient jusque là des objets — les livres impri­més — et ont dû se mettre à gérer des accès. Elles s’en sont d’ailleurs par­tiel­le­ment déchar­gées sur de nou­veaux inter­mé­diaires, les ges­tion­naires d’abonnement, sur les­quels il y aurait beau­coup à dire. On reste pour­tant, à ce stade, dans un schéma connu.
Qu’en est-​il main­te­nant de la lit­té­ra­ture en libre accès ? De manière tout à fait logique, une biblio­thèque ne sait pas quoi en faire : com­ment en effet ache­ter ce qui est gra­tuit ? impos­sible. Et comme la base du pilier est sapée, les autres dimen­sions de son acti­vité ne peuvent pas prendre en charge ces conte­nus (impos­sible de construire des col­lec­tions) ou très mal (pour­quoi signa­ler et réfé­ren­cer des conte­nus pour les­quels on n’a pas payé ?) .
Nous pen­sons que cette situa­tion est catas­tro­phique pour tous les acteurs : elle est catas­tro­phique pour les pro­duc­teurs de conte­nus car ils ne béné­fi­cient pas du sou­tien finan­cier que les biblio­thèques donnent pour acqué­rir des res­sources en accès payant. Sacré para­doxe tout de même qu’il faille qu’un contenu soit à accès res­treint pour que sa pro­duc­tion puisse être sou­te­nue par des biblio­thèques, à l’exact inverse de leur mis­sion ! elle est catas­tro­phique pour les lec­teurs qui ne béné­fi­cient plus de toute la com­pé­tence pro­fes­sion­nelle des biblio­thé­caires pour qua­li­fier et trou­ver rapi­de­ment l’information dont ils ont besoin. En ce qui concerne les res­sources en libre accès, ils sont peu ou prou aban­don­nés à eux-​mêmes. Elle est catas­tro­phique enfin pour les biblio­thèques elles-​mêmes qui dis­pa­raissent tota­le­ment du cir­cuit de dif­fu­sion de ces res­sources et risquent d’être mar­gi­na­li­sées en res­tant enfer­mées dans l’ancien monde.
On voit donc que der­rière la ques­tion appa­rem­ment tri­viale du modèle d’affaire, c’est en réa­lité la ques­tion cen­trale de la média­tion édito­riale et docu­men­taire qui est posée, et qui nous fait d’ailleurs retom­ber nez-​à-​nez avec Google, seul acteur qui, en l’absence d’alternative, devient la pla­te­forme de dif­fu­sion et en même temps la biblio­thèque d’accès domi­nante à des conte­nus en libre accès.

Ope­nE­di­tion Free­mium

A par­tir de ces ana­lyses, nous avons élaboré un modèle écono­mique et une pro­po­si­tion com­mer­ciale per­met­tant de sou­te­nir la dif­fu­sion en libre accès sur le web des résul­tats de la recherche en sciences humaines et sociales. Ce modèle, bap­ti­sée Ope­nE­di­tion Free­mium, décon­necte l’accès à l’information, qui reste libre, de la four­ni­ture, payante cette fois, de ser­vices sup­plé­men­taires. Consé­quence : les conte­nus (livres, revues, car­nets, pro­grammes scien­ti­fiques) res­tent dif­fu­sés en libre accès pour tous dans le for­mat le plus uni­ver­sel et le plus acces­sible : celui du web. Mais nous ven­dons des ser­vices sup­plé­men­taires qui per­mettent par exemple de télé­char­ger des fichiers pdf ou epub à par­tir de ces conte­nus (pour les lire plus confor­ta­ble­ment ou les enre­gis­trer plus faci­le­ment), d’accéder à des sta­tis­tiques de consul­ta­tion, de béné­fi­cier d’alertes per­son­na­li­sées sur ces conte­nus, ou encore d’ajouter faci­le­ment les titres au cata­logue. Qui sont les des­ti­na­taires de ces ser­vices payants ? Les biblio­thèques bien sûr, en prio­rité, qui retrouvent par ce moyen la pos­si­bi­lité d’acqué­rir (des ser­vices) pour des conte­nus en libre accès et peuvent donc réin­té­grer le cir­cuit docu­men­taire. Qui sont les béné­fi­ciaires des reve­nus ainsi obte­nus ? Les pro­duc­teurs de conte­nus en libre accès, les revues et leur éditeur par­ti­cu­liè­re­ment, qui trouvent ainsi un sou­tien dont ils ont très sou­vent besoin pour péren­ni­ser et déve­lop­per leur acti­vité.
Qu’essayons-nous de faire ? Nous ten­tons de recons­truire une alliance stra­té­gique entre éditeurs et biblio­thèques pour sou­te­nir la publi­ca­tion en libre accès au coeur même du Web. Nous ne pen­sons pas du tout que ces acteurs his­to­riques de la com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique et de la dif­fu­sion des savoirs doivent être balayés par Google ou bien res­tés can­ton­nés der­rière les murailles sté­ri­li­santes des pla­te­formes à accès res­treint. Nous vou­lons leur per­mettre au contraire d’être bien pré­sents et d’apporter toute leur com­pé­tence accu­mu­lée au coeur du nou­vel envi­ron­ne­ment qui se déve­loppe à grande vitesse.

Je vous le disais : il s’agit tout sim­ple­ment de conju­guer le meilleur des deux mondes.

Pour en savoir plus

Bibliography

L’hypertextualité dans tous ses états (bibliographiques)

Bibliography

CC by Suki­suki — Suzanne Chapman

C’est pas pour me van­ter, mais il faut savoir que nous sommes lau­réats du grant Google pour les Digi­tal Huma­ni­ties (Huma­ni­tés numé­riques, pour vous ser­vir). Le sujet qui a rap­porté $50000 au Cléo et au LIA peut paraître rebu­tant : «  Robust and Lan­guage Inde­pendent Machine Lear­ning Approaches for Auto­ma­tic Anno­ta­tion of Biblio­gra­phi­cal Refe­rences in DH Books, Articles and Blogs »» (cf. notre annonce). En fait, c’est plu­tôt sexy rigolo inté­res­sant : nous nous sommes asso­ciés, avec Patrice Bel­lot, pour apprendre à un robot (en fait, un pro­gramme) à détec­ter les réfé­rences biblio­gra­phiques cor­rec­te­ment. L’utilité est évidente : si on par­vient à iso­ler le nom et le pré­nom de l’auteur, le titre et l’éditeur, l’année et le lieu d’édition, notam­ment, on pourra poin­ter sur la réfé­rence ori­gi­nale, soit dans un cata­logue de biblio­thèque, soit dans une librai­rie, soit, idéa­le­ment, dans un por­tail voi­sin et néan­moins ami (Cairn, Per­sée, HAL-​SHS, Hypo​theses​.org ou même Revues​.org). Alors, on aura beau­coup pro­gressé dans un des enjeux de l’édition élec­tro­nique: l’interconnexion des réfé­rences entre elles. L’hypertextualité dans tous ses états.

Par exemple, ici :

COLOMBO TIMELLI, Maria. 1992. « Dic­tion­naires pour voya­geurs, dic­tion­naires pour mar­chands, ou la poly­glos­sie au quo­ti­dien aux XVIe et XVIIe siècles ». Lin­guis­ti­cae Inves­ti­ga­tiones XVI /​2, 395 – 420.

— — — 1993. « Il fran­cese del Dic­tio­naire des huict lan­gages (Le Tel­lier, Parigi, 1546) », in Par­cours et ren­contres. Mélanges de langue, d’histoire et de lit­té­ra­ture offerts à Enea Bal­mas. Paris : Klinck­sieck, I, 133 – 166.

Source : http://​dhfles​.revues​.org/​154

On voit bien que c’est par conven­tion qu’on ne répête pas le nom de l’auteur.

Et en revanche, ici :

Beaudu G., 2007, L’externalisation dans le domaine des visas Schen­gen, Cultures & Conflits, 68, 85 – 109.

Beaudu G., 2009, L’externalisation dans le domaine des visas Schen­gen [actua­li­sa­tion de février 2009].

Source : http://​champ​pe​nal​.revues​.org/​7​864

On répéte pas l’auteur, contrai­re­ment au cas pré­cé­dent. Et l’auteur n’a pas un pré­nom com­plet : juste une ini­tiale. La majus­cule, uti­li­sée dans le pre­mier exemple pour les noms, a dis­paru. Le point après l’année a été rem­placé par une vir­gule. Pour nous embê­ter, les guille­mets ont dis­paru autour des titres des articles. Pire : on a bien du mal à com­prendre qu’il s’agit en fait de la même réfé­rence, mais mise à jour (nuance dif­fi­cile à cer­ner dans ce cas).

Pre­nons un autre exemple :

Hei­nich (Natha­lie), L’Élite artiste. Excel­lence et sin­gu­la­rité en régime démo­cra­tique, Paris, Gal­li­mard, coll. « Biblio­thèque des sciences humaines », 2005.

Sei­gel (Jer­rold), Bohe­mian Paris : Culture, Poli­tics, and the Boun­da­ries of Bour­geois Life, 1830 – 1930, New York, Viking Penguin,1986.

Source : http://​contextes​.revues​.org/​i​n​d​e​x​4​7​3​4​.​h​tml

Ici, les pré­noms sont entiers, mais entre paren­thèses. Ce qui est entre guille­mets, ce n’est pas le titre d’un article, mais le nom d’une col­lec­tion. On note aussi qu’il y a des années dans un titre, qu’il ne fau­dra pes confondre avec l’année de publi­ca­tion. Ca ne se voit pas ici, mais les noms sont en petites capi­tales, et non en majus­cules, et la nuance est d’importance.

Ici, ça se complique :

30 Le Roy Ladu­rie, 2004.

31 Bailly-​Maître et Bruno, 1979.

Source : http://​pur​.revues​.org/​134

Les notes font allu­sion à une biblio­gra­phie qui se trouve dans un autre docu­ment, en fin de volume : http://​pur​.revues​.org/​146 ! Ca se corse… De plus, quand un auteur se répéte, la biblio­gra­phie n’utilise pas la même norme que plus haut :

Le Roy Ladu­rie, Emma­nuel, Mon­taillou, vil­lage occi­tan de 1294 à 1324, Paris, 1975, rééd. 1982.

L’État royal, rééd. Paris, 1987.

Le siècle des Plat­ter, 1499 – 1620, t. 1, Le men­diant et le pro­fes­seur, Paris, 1995.

His­toire humaine et com­pa­rée du cli­mat. Cani­cule et gla­ciers, xiiie-xviiie siècles, Paris, 2004.

Vous voyez la nuance!

021/365 Robot

CC par Tom Ryan

Face à tant de diver­sité, comme le robot va-​t-​il pro­cé­der? C’est simple : on va lui mâcher le tra­vail en lui don­nant à man­ger quelques dizaines cen­taines mil­liers de réfé­rences cor­rec­te­ment décrites. Concrè­te­ment, nous allons taguer, en XML, les infor­ma­tions, ce qui per­met­tra de les sépa­rer et de les qua­li­fier. Nous allons donc sélec­tion­ner l’auteur et le décrire comme un auteur, puis faire de même pour le titre, ainsi que pour l’année, etc. On va ensuite le lâcher sur des cen­taines de mil­liers de réfé­rences non décrites. Par un jeu d’essais/erreurs, on va l’aider à affi­ner sa méthode, en lui indi­quant où et quand il se plante, où et quand il est très bon. Pour cor­ser le tout, on va lan­cer le méchant robot sur le cor­pus d’Hypo​theses​.org, qui est encore moins struc­turé, encore moins régu­lier. J’en pro­fite pour lan­cer un son­dage : vous l’appeleriez com­ment, vous, ce gen­til robot?