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Tours de Samarante

Le bruit de fond du réseau

Tours de Samarante

« Dab envoie sur le réseau un signal de pré­sence. Aucun câble, aucun bran­che­ment n’est néces­saire. La trame épouse les struc­tures phy­siques. Les murs, les pla­fonds, les plan­chers, les immeubles agissent en maté­riau conduc­teur, comme presque tout le reste, le mobi­lier, les vête­ments, les gens à tra­vers leurs corps. Le réseau ne se trouve pas dans la ville, il est la ville. Tout est relié, connecté par défaut. En théo­rie, il reste pos­sible, à tout moment, de cou­per le contact. La réa­lité, c’est que cela coûte cher et néces­site un véri­table audit de para­noïa. S’isoler signi­fie amé­na­ger des cais­sons non conduc­tibles, por­ter des bottes iso­lantes, se gar­der de tou­cher n’importe quel élément de son envi­ron­ne­ment direct, se refu­ser à uti­li­ser le plus basique des objets du quo­ti­dien. Tout cela pour rien dans la mesure où le réseau est si dense, embou­teillé par des bataillons de lampes de che­vet, de machines à café et de ther­mo­stats, que le bruit de fond qui le hante offre une pro­tec­tion effi­cace contre les sys­tèmes de sur­veillance. La trame est indis­pen­sable à une ville. Sans elle, la cité ne serait plus qu’un trou­peau de pierres indif­fé­ren­ciées et stupides. »

Nor­bert Mer­ja­gnan, Les tours de sama­rante, Folio, 2010, page 85.