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Cultures du numérique

Marin et moi avons contri­bué à la rédac­tion du numéro 88 de la revue Com­mu­ni­ca­tions, qui vient de paraître. Ce numéro spé­cial, qui marque les 50 ans de la revue, explore le thème des cultures du numé­rique et fut coor­donné par Anto­nio Casilli. Pour notre part, nous avons écrit un article sur devi­nez quoi.…l’édition élec­tro­nique. Voici le som­maire du numéro, avec, en par­ti­cu­lier, des contri­bu­tions d’Antonio Casilli bien sûr, mais aussi de Fabien Gran­jon, Serge Tis­se­ron, Jean-​Paul Four­men­traux, Domi­nique Car­don ou encore Nico­las Auray. Le numéro n’est pas encore en libre accès mal­heu­reu­se­ment. Il le sera dans quelques années sur Per­sée. En atten­dant, on peut télé­char­ger notre contri­bu­tion dans sa ver­sion auteur sur Archi­ve­sic. (en attente de vali­da­tion, le lien sera effec­tif dans quelques jours)

« Cultures du numé­rique », Com­mu­ni­ca­tions, 88, 2011.
Numéro dirigé par Anto­nio A. Casilli.

Socio­logues, psy­cho­logues, écono­mistes, phi­lo­sophes… : vingt-​trois spé­cia­listes en sciences sociales dressent ici un pano­rama très com­plet des recherches autour de l’impact des tech­no­lo­gies numé­riques sur la culture et les modes de vie. Le for­mat ency­clo­pé­dique des articles reflète l’ambition de syn­thèse de ce numéro appelé à deve­nir un outil de réfé­rence pour les étudiants et les chercheurs.

Som­maire

Anto­nio A. Casilli
Pré­sen­ta­tion

Éric Dagi­ral
Admi­nis­tra­tion électronique

Claire Lobet-​Maris
Âge et usages informatiques

Étienne Per­ény et Étienne Armand Amato
Audio­vi­suel interactif

Sté­phane Hugon
Com­mu­nauté

Pierre Mou­nier et Marin Dacos
Édition élec­tro­nique

Domi­nique Dupagne
E-​santé

Fabien Gran­jon
Frac­ture numérique

Julie Denouël
Identité

Serge Tis­se­ron
Inti­mité et extimité

Sébas­tien Genvo
Jeux vidéo

Kevin Mel­let
Mar­ke­ting en ligne

Jean-​Paul Four­men­traux
Net art

Fabrice Roche­lan­det
Pro­priété intellectuelle

Valé­rie Beau­douin
Pro­su­mer

Domi­nique Car­don
Réseaux sociaux de lʼInternet

Pierre-​Antoine Char­del et Ber­nard Reber
Risques éthiques

Nico­las Auray
Soli­da­ri­tés

Laë­ti­tia Schweit­zer
Sur­veillance électronique

Patrick Dieuaide
Tra­vail cognitif

Date de publi­ca­tion : 19/​05/​2011
EAN13 : 9782021045789

Le livre numérique est dans l’impasse, faisons le choix de l’édition électronique ouverte !

Pierre et moi venons de publier une Tri­bune sur Lemonde​.fr

Le livre numé­rique est dans l’impasse, fai­sons le choix de l’édition élec­tro­nique ouverte !, par Marin Dacos et Pierre Mou­nier

LEMONDE​.FR | 13.05.10 | 10h43

Ca y est, elle est là, enfin ! La voici qui arrive après avoir tant été annon­cée : la révo­lu­tion numé­rique du livre. Depuis plu­sieurs semaines, le monde de l’édition est agité d’une étrange fièvre tech­no­lo­gique. Après être resté des années durant à l’écart du déve­lop­pe­ment du web, les acteurs de la filière du livre semblent vou­loir plon­ger tête bais­sée dans le grand bain élec­tro­nique. Tan­dis que les rap­ports se mul­ti­plient, les éditeurs fran­çais foca­lisent leur atten­tion sur une ques­tion impor­tante mais plu­tôt étroite : le taux de TVA du livre électronique.

Les vrais enjeux sont cepen­dant d’une toute autre ampleur et ils sont peu dis­cu­tés : sur le seg­ment de la dis­tri­bu­tion et de la vente de livres élec­tro­niques, trois acteurs d’envergure inter­na­tio­nale ont pris posi­tion et semblent bien déci­dés à ver­rouiller le mar­ché dans une situa­tion d’oligopole : il s’agit de Google, déjà pré­sent avec le très contesté Google books et bien­tôt avec Google édition annoncé pour l’été, Ama­zon avec sa tablette de lec­ture Kindle, et enfin Apple son tout récent iPad. Les trois ini­tia­tives ne relèvent pas de la même logique. Elles ont pour­tant des points com­muns et sont grosses de dan­gers : pour les lec­teurs, pour les auteurs, et même pour les éditeurs…

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Parution de L’édition électronique (Repères, La Découverte)

L'édition électronique

Marin Dacos, Pierre Mou­nier, L’édition élec­tro­nique, La Décou­verte, Paris, 2010

Voilà, il est sorti, ce petit livre de syn­thèse. Nous espé­rons qu’il sera aussi dif­fusé sous forme élec­tro­nique par l’éditeur! On nous a glissé que cela fini­rait par arriver.

Table des matières

Intro­duc­tion

I – Le droit d’auteur à l’épreuve du numérique

II – Les condi­tions écono­miques de l’édition électronique

III – L’édition au défi du numérique

IV – L’édition numé­rique

V – L’édition en réseau

Conclu­sion. Les cinq piliers de l’édition élec­tro­nique. À nou­veaux enjeux, nou­veaux métiers
Repères bibliographiques

En savoir plus

Parution de Read/​Write Book. Le livre inscriptible

Read/Write Book. Le livre inscriptible. Éditions du Cléo, 2010.

Read/​Write Book. Le livre ins­crip­tible. Éditions du Cléo, 2010.

Read/​Write Book. Le livre inscriptible, paraît en HTML en libre accès, en for­mat PDF et Epub chez Imma​te​riel​.fr et en impres­sion à la demande (POD, début avril). L’ensemble est publié aux Éditions du Cléo.

Les géné­ti­ciens, ces spé­cia­listes de la genèse des œuvres, qui tra­vaillent par exemple sur les brouillons de Madame Bovary, savent qu’il y a une vie avant le livre. Tout un monde d’essais, de mots, de phrases, d’empilements, de ratures, de remords, d’errements, de décou­pages et de col­lages, d’associations et de désas­so­cia­tions, de traits, de flèches et de cercles entou­rant des blocs qui doivent glis­ser ici ou s’en aller là, glis­ser au-​dessous ou au-​dessus, tout une vie de para­graphes qui enflent, de phrases qui mai­grissent, de mots qui s’éclipsent, d’expressions qui l’emportent. Bref, un dia­logue explo­sif entre l’auteur et son œuvre, jusqu’à ce que celle-​ci soit sou­mise à un éditeur qui, lui-​même, va lui faire subir divers trai­te­ments – la cor­rec­tion, la mise en col­lec­tion et la mise en page n’étant pas les moindres. On sait égale­ment qu’il y a une vie après le livre. Une vie publique, sous forme de recen­sions, comptes ren­dus, débats, cita­tions, évoca­tions, imi­ta­tions. Une vie pri­vée, plus encore. La pho­to­co­pie par­tielle, la glose, l’annotation, le sur­li­gnage, l’opération du sta­bilo, le coin corné. Et même le clas­se­ment, qu’il soit alpha­bé­tique ou thé­ma­tique, par éditeur ou par pays, par cou­leur ou par col­lec­tion, par taille ou par date d’achat. Un conti­nent d’appropriations indi­vi­duelles, dont l’essentiel est intime, conservé dans les biblio­thèques de cha­cun. En amont comme en aval, donc, plu­sieurs mondes du livre s’ignorent lar­ge­ment, et qui pour­tant font par­tie du livre lui-​même. Avec le numé­rique, ces conti­nents immer­gés semblent se rem­plir d’oxygène, se connec­ter entre eux et remon­ter à la surface.

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Les cinq piliers de l’édition électronique


L’édition élec­tro­nique repose sur cinq piliers dis­tincts : la struc­tu­ra­tion de l’information, la docu­men­ta­tion de l’information, l’optimisation des condi­tions de lec­ture, l’appropriation par le lec­teur et le déve­lop­pe­ment des inter­opé­ra­bi­li­tés (ne sont pas inté­grées ici les dimen­sions écono­miques et juridiques).

STRUCTURATION DE L’INFORMATION

Les choix de struc­tu­ra­tion de l’information sont déci­sifs à long terme. Les enjeux de ces métiers sont la main­te­na­bi­lité, l’évolutivité, l’indexabilité, la cita­bi­lité, la péren­nité et l’interopérabilité des conte­nus. La struc­tu­ra­tion de l’information ne concerne pas que le choix d’un for­mat, mais, plus lar­ge­ment, la façon dont les docu­ments vont subir des inter­ven­tions régu­lières tout au long de leur vie, y com­pris après leur publi­ca­tion. Il faut donc inté­grer le choix des for­mats dans un schéma plus géné­ral, qu’on appe­lera schéma direc­teur du sys­tème d’information, qui ne ser­vira pas qu’à pro­duire des ouvrages, mais aussi à ali­men­ter le cata­logue en ligne, le cata­logue papier et les API ouvertes par l’éditeur.

DOCUMENTATION DE L’INFORMATION

Aussi élaboré et fin qu’il soit, le sys­tème d’information n’est pas une fin en soi et il devient peu à peu ce que les pro­fes­sion­nels qui l’utilisent par­viennent à en faire. Cela dépend de la prio­rité accor­dée à cette tâche par­tiel­le­ment invi­sible, de la clarté et de l’ergonomie des inter­faces qui leur sont pro­po­sées, ainsi que de l’existence de chartes de qua­lité de l’information, afin que celle-​ci soit codée de façon harmonieuse.

L’OPTIMISATION DES CONDITIONS DE LECTURE

L’accessibilité per­met au contenu d’être consulté par la plus large popu­la­tion pos­sible. Les normes tech­niques d’accessibilité sont défi­nies par le W3C (World wide web consor­tium), pré­sidé par Tim Ber­ners Lee. Elles ont pour objec­tif la prise en compte des dif­fé­rents envi­ron­ne­ments tech­no­lo­giques de lec­ture et des dif­fé­rents han­di­caps humains. C’est le pro­jet « Web Acces­si­bi­lity Ini­tia­tive (WAI) » qui regroupe les recom­man­da­tions et les normes édic­tées par le W3C en ce sens. En par­ti­cu­lier, il publie le « Web Content Acces­si­bi­lity Gui­de­lines (WCAG) ».

L’APPROPRIATION PAR LES LECTEURS

L’appropriation des textes par les lec­teurs consti­tue une des nou­veau­tés les plus impor­tantes de l’édition élec­tro­nique. La défi­ni­tion d’une poli­tique d’appropriation édito­riale ne peut se résu­mer à l’insertion d’un forum, de la pos­si­bi­lité de faire des com­men­taires ou de l’installation d’un Wiki dans un coin du site… L’édition ins­crip­tible doit cor­res­pondre à un pro­jet édito­rial fort et cohé­rent. C’est ici l’appropriation des conte­nus par ceux aux­quels ils sont des­ti­nés : les lec­teurs. L’appropriation est à la base des usages du texte : lec­ture, mais aussi par­tages, com­men­taires, copie, et…écriture de nou­veaux textes.

LE DÉVELOPPEMENT DES INTEROPERABILITÉS

La mise en liens est stra­té­gique pour insé­rer la publi­ca­tion dans l’écosystème thé­ma­tique qui lui cor­res­pond, à l’échelle du Web tout entier. Cette capa­cité com­porte tou­jours deux sens, sor­tant et entrant. En géné­ral, on se pré­oc­cupe de déli­vrer des don­nées vers l’extérieur, pri­vi­lé­giant plu­tôt le sens sor­tant, alors que le sens inverse est tout aussi stra­té­gique, car il assure une ins­crip­tion com­plète du site dans le réseau. De ce point de vue, les inter­opé­ra­bi­li­tés sont des éléments déci­sifs pour don­ner à l’édition une véri­table réti­cu­la­rité. La mise en liens trans­forme des don­nées inertes en don­nées actives. Elle aug­mente la fré­quen­ta­tion et apporte du sens à la lec­ture. Contrai­re­ment à ce qui est sou­vent admis, l’interopérabilité ne consti­tue pas en un réfé­ren­ce­ment basique : réfé­ren­cer un site, en géné­ral, est fai­ble­ment effi­cace, et ne peut se pas­ser d’un réfé­ren­ce­ment au niveau des uni­tés docu­men­taires plus petites, idéa­le­ment le docu­ment… voire le paragraphe.

LE FOSSÉ DES COMPÉTENCES

Bou­le­ver­se­ment, révo­lu­tion, chan­ge­ment de para­digme, ébul­li­tion, chan­ge­ment de siècle : les expres­sions sont nom­breuses pour décrire la situa­tion de l’édition élec­tro­nique à la fin de la pre­mière décen­nie du XXIe siècle. Ces évolu­tions rapides, et assez éloi­gnées des fon­de­ments de l’édition tra­di­tion­nelle, ont pro­vo­qué des ten­sions dans la pro­fes­sion, créant des défi­cits de com­pé­tence et des dif­fi­cul­tés d’adaptation. Le Skill­set a mené une étude des besoins de com­pé­tences de l’industrie de l’édition en Angle­terre, qui conclut à un gap de com­pé­tences struc­tu­rel (« skills gap »), qui va crois­sant. Pour remé­dier à cette situa­tion, un diag­nos­tic puis une poli­tique de recru­te­ment et de for­ma­tion pro­fon­dé­ment renou­ve­lée semblent s’imposer. Le gou­ver­ne­ment fran­çais a inau­guré en 2009 un por­tail des métiers de l’internet et des lieux de for­ma­tion cor­res­pon­dants qui peut être utile, même s’il ne concerne pas exclu­si­ve­ment l’édition élec­tro­nique et si la car­to­gra­phie des lieux de for­ma­tions reste incomplète.

LE TABLEAU SYNTHÉTIQUE DES CINQ PILIERS ET DE LEURS DIVERSES INTENSITÉS

Les réa­li­tés de ter­rain sont très diverses, mais, pour les besoins de l’exposé, on modé­lise chaque acti­vité en quatre inten­si­tés, de la plus faible à la plus forte. A chaque pilier cor­res­pondent des enjeux, des com­pé­tences et des métiers émergents.


Que pensez-​vous de ce tableau ? Si un débat se déve­loppe, je pour­rai le pro­po­ser sous la forme d’un docu­ment par­tagé, en lieu et place de cette image ter­ri­ble­ment fixe…

5 exceptions et 3 étapes

L’exception péda­go­gique et de recherche (Art. L 122 – 5 3°e) : L’auteur ne peut s’opposer à la repro­duc­tion ou à la repré­sen­ta­tion d’une oeuvre « à des fins exclu­sives d’illustration dans le cadre de l’enseignement et de la recherche ». Le public doit être com­posé majo­ri­tai­re­ment d’élèves, d’étudiants, d’enseignants ou de cher­cheurs direc­te­ment concer­nés. Ne sont pas concer­nées par cette excep­tion les oeuvres conçues à des fins péda­go­giques, les par­ti­tions de musique et les oeuvres réa­li­sées pour une édition numé­rique de l’écrit. L’exception péda­go­gique et de recherche donne lieu à une rému­né­ra­tion for­fai­taire de l’Etat auprès des ayants droits.
L’exception pour copie tech­nique (Art. L 122 – 5 6°). La repro­duc­tion d’une œuvre ne peut être inter­dite par l’auteur en ce qui concerne « la repro­duc­tion pro­vi­soire pré­sen­tant un carac­tère tran­si­toire ou acces­soire, lorsqu’elle est une par­tie inté­grante et essen­tielle d’un pro­cédé tech­nique ». Il s’agit ici des copies en cache sur les ser­veurs qui per­mettent une meilleure trans­mis­sion des fichiers sur Inter­net. Les logi­ciels et les bases de don­nées ne sont pas concer­nés par cette exception.
L’exception pour les per­sonnes han­di­ca­pées (Art. L 122 – 5 7°) : l’auteur ne peut empê­cher « la repro­duc­tion et la repré­sen­ta­tion par des per­sonnes morales et par les établis­se­ments ouverts au public, tels que biblio­thèques, archives, centres de docu­men­ta­tion et espaces cultu­rels mul­ti­mé­dia, en vue d’une consul­ta­tion stric­te­ment per­son­nelle de l’oeuvre par des per­sonnes atteintes d’une ou de plu­sieurs défi­ciences des fonc­tions motrices, phy­siques, sen­so­rielles, men­tales, cog­ni­tives ou psy­chiques ». Cette excep­tion est très enca­drée, puisque le niveau de han­di­cap per­met­tant d’accéder à ces copies est fixé par décret en Conseil d’Etat et les orga­nismes effec­tuant ces copies doivent four­nir la preuve de leur engagement.
L’exception à fins de conser­va­tion (Art. L 122 – 5 8°) : ne peut être empê­chée « la repro­duc­tion d’une oeuvre, effec­tuée à des fins de conser­va­tion ou des­ti­née à pré­ser­ver les condi­tions de sa consul­ta­tion sur place par des biblio­thèques acces­sibles au public, par des musées ou par des ser­vices d’archives »
L’exception de repré­sen­ta­tion d’une œuvre d’art (Art. L 122 – 5 9°) : l’auteur « d’une oeuvre d’art gra­phique, plas­tique ou archi­tec­tu­rale » ne peut en empê­cher la repro­duc­tion ou repré­sen­ta­tion « par voie de presse écrite, audio­vi­suelle ou en ligne, dans un but exclu­sif d’information immé­diate et en rela­tion directe avec cette der­nière, sous réserve d’indiquer clai­re­ment le nom de l’auteur. » Cette der­nière excep­tion n’a en réa­lité que peu de rap­port avec les pro­blé­ma­tiques propres au numé­rique. Elle vise à faci­li­ter le tra­vail de la presse empê­ché par les débor­de­ments dans la juris­pru­dence du droit à l’image.
Dans tous les cas, ces excep­tions sont sou­mises à des condi­tions qui prennent la forme d’un « test en trois étapes » intro­duit en 1967 dans la conven­tion de Berne, puis repris dans les accords de l’OMPI, la direc­tive EUCD et fina­le­ment la loi DADVSI : ces excep­tions ne peuvent s’appliquer que si elles
- portent sur des cas spéciaux
- ne portent pas atteinte à l’exploitation nor­male des œuvres
- ne portent pas pré­ju­dice aux inté­rêts des auteurs
Un célèbre arrêt rendu par la Cour de Cas­sa­tion en février 2006 (déci­sion Mul­hol­land Drive) refu­sait ainsi au pos­ses­seur d’un DVD l’exception de copie pri­vée, empê­chée de fait par les DRM pré­sents sur le disque, au motif que leur déver­rouillage entraî­ne­rait un risque de pira­tage trop impor­tant pour l’éditeur. Cette déci­sion a clai­re­ment été com­men­tée comme une inter­pré­ta­tion maxi­ma­liste du test des trois étapes, mais elle illustre bien com­ment cette dis­po­si­tion peut neu­tra­li­ser une excep­tion aussi impor­tante que celle de copie pri­vée au pro­fit de la léga­li­sa­tion des DRM.

Cré­dits pho­to­gra­phiques : dice ano­ther day, par Topher 76, en by-​nd 2.0 sur Flickr

Des liseuses aux terminaux mobiles



Cré­dits illus­tra­tion : « La liseuse », par Denis Col­lette. Licence CC/​. http://​www​.fli​ckr​.com/​p​h​o​t​o​s​/​d​e​n​i​s​c​o​l​l​e​t​te/
Une lec­ture confortable…

Le monde de l’édition semble attendre beau­coup des machines à lire por­tables. Ces dis­po­si­tifs, ima­gi­nés dès les années 1970 dans le labo­ra­toire de recherche de Palo Alto de Xerox [Soc­cavo, p.66 dans La bataille de l’imprimé], sont appa­rus au début des années 2000, puis, après une longue éclipse, sont reve­nus en 2008 et ont com­mencé à consti­tuer un mar­ché spé­ci­fique en 2009 (sur­tout autour du Kindle d’Amazon, exclu­si­ve­ment aux USA). On les a long­temps appe­lés E-​Readers, voire même E-​books, confon­dant ainsi le contenu et la machine qui per­met de le lire. Vir­gi­nie Clays­sen a pro­posé d’adopter le terme de liseuse pour dési­gner la machine.

La liseuse, une machine qui concentre les atten­tions et qui fascine

La lec­ture sur ordi­na­teur a mau­vaise presse. On a ten­dance à lui repro­cher une fatigue occu­laire exces­sive, qui serait due à un scin­tille­ment exces­sif des écrans. Étran­ge­ment, l’argument semble per­du­rer avec l’abandon des écrans CRT et l’adoption pro­gres­sive des écrans LCD, pour­tant extrê­me­ment dif­fé­rents. Il est vrai que sub­siste une lumi­no­sité forte. Mais constitue-​t-​elle un véri­table han­di­cap ? Il semble que la fatigue occu­laire soit moins dûe à l’inadaptation des écrans qu’à notre dif­fi­culté à adop­ter des nou­veaux dis­po­si­tifs de lec­ture, dans un envi­ron­ne­ment qui n’est pas opti­misé pour cela. Les fabu­leux pro­grès de l’anti-aliasing et des réso­lu­tions d’écran n’ont sans doute pas suf­fit à rendre la lec­ture en ligne très sédui­sante. En par­ti­cu­lier, l’ergonomie des sites web s’est par­ti­cu­liè­re­ment déve­lop­pée pour les textes courts ou mi-​longs, et pas pour les livres, qui posent des pro­blèmes spé­ci­fiques. A l’inverse, le for­mat PDF est apparu à de nom­breux acteurs comme un for­mat d’édition élec­tro­nique idéal. Cela s’explique par sa proxi­mité avec le papier, confor­tée par le choix d’embarquer les polices dans le fichier pour pro­duire un rendu stable et pré­cis. Or, les pages web dépendent des polices dis­po­nibles sur le poste du lec­teur et sont donc sou­mises à des varia­tions d’affichage impor­tantes. Mais le for­mat PDF a pour objec­tif prin­ci­pal de per­mettre une impres­sion proche du fac simile. Ce for­mat clône le livre, c’est-à-dire qu’il le clôt : il ne l’ouvre pas sur l’internet. Il n’a pas été déve­loppé pour déve­lop­per une lec­ture à l’écran, encore moins une lec­ture en ligne, asso­ciant des inter­ac­tions hyper­tex­tuelles et des éléments dynamiques.

Mal­gré ce han­di­cap appa­rent, la lec­ture à l’écran semble très cou­rante et en fort déve­lop­pe­ment. Il est en revanche notable qu’elle impose une posi­tion du corps à la fois sta­tique, ortho­go­nale et peu confor­table. En outre, le temps de lec­ture est concur­rent avec le temps passé à tra­vailler, à cor­res­pondre, à échan­ger. Ceci consti­tue une concur­rence redou­table, d’autant que les postes infor­ma­tiques sont des lieux de sol­li­ci­ta­tion impor­tante, pour les­quels une lec­ture iso­lée du reste du monde impose de se pro­té­ger… A l’opposé, le livre est un objet mobile par excel­lence, en par­ti­cu­lier dans son édition de poche. Cela per­met son uti­li­sa­tion à temps perdu, dans des lieux et à des moments où l’environnement et les sol­li­ci­ta­tions ne sont pas tou­jours attrac­tifs. Il est en effet des lieux pri­vi­lé­giés de lec­ture, comme le canapé du salon, le lit et les toi­lettes. Asté­rix aux jeux olym­piques étant trop long pour un séjour nor­mal, des tolé­rances fami­liales existent pour une occu­pa­tion pro­lon­gée des toi­lettes, qui sont d’ailleurs sou­vent gar­nies de rayon­nages de livres pour com­bler l’ennui de l’impétrant ! En dehors du lieu de rési­dence, les lieux de lec­ture ne manquent pas non plus : l’ascenseur, le train, le métro, le bus, le taxi sont des lieux pri­vi­lé­giés de lec­ture, pen­dant les­quels on cherche à tuer le temps et à s’isoler du bruit et de l’agitation urbaine. Par ailleurs, il existe des lieux confor­tables, comme le canapé, le fau­teuil et le lit, qui peuvent accueillir une lec­ture de plai­sir ou de détente, sans com­pa­rai­son avec le fau­teuil à rou­lettes du bureau… Enfin, il existe encore des lieux non connec­tés et des dépla­ce­ments pour les­quels on n’emporte pas son ordi­na­teur, fût-​il por­table, pour des rai­sons écono­miques ou pour se décon­nec­ter réel­le­ment, y com­pris du tra­vail. Dès lors, à la plage, au som­met des Alpes ou dans la val­lée de la Loire, le lec­teur appré­cie d’être décon­necté et de pou­voir empor­ter de la lec­ture. L’apparition des ordi­na­teurs à bas prix plus petits que des ultra­por­tables, les net­books, début 2008, n’a pas changé grand-​chose à cette situa­tion. L’Eee-PC d’Asus n’est pas fait pour lire et il n’a pas été opti­misé pour être ouvert entre la sta­tion St Mar­cel et la sta­tion Mai­rie de Bagno­let, avec fer­me­ture rapide pen­dant la bous­cu­lade des chan­ge­ments de station…

Une machine à tout lire ou autant de dis­po­si­tifs que d’usages, d’usagers et de situations ?

Ce sont tous ces argu­ments qui ont donné nais­sance à l’idée que les livres élec­tro­niques avaient besoin d’une machine dédiée, opti­mi­sée pour la lec­ture des livres : les liseuses. L’attrait sym­bo­lique est évident : une liseuse rema­té­ria­lise l’objet-livre. Ce fai­sant, elle faci­lite la tran­si­tion entre l’ancien et le nou­veau monde, et favo­rise l’adoption par la pro­fes­sion de ce nou­veau sup­port. Ce rai­son­ne­ment a été poussé un peu trop loin et a débou­ché sur l’attente de la liseuse abso­lue, celle qui allait faire bas­cu­ler le monde de l’édition dans l’électronique. Il pour­rait ne pas y avoir de bas­cule, mais un glis­se­ment pro­gres­sif. Il y aura pro­ba­ble­ment un ensemble com­po­site de solu­tions cor­res­pon­dant à des usages et à des popu­la­tions dis­tinctes. Il faut en effet se rap­pe­ler com­bien le monde de l’édition couvre des sujets, des usages et des popu­la­tions divers. De la recette de cui­sine à l’ouvrage savant sur la défi­ni­tion de la notion de temps, du roman poli­cier à la saga Harry Pot­ter en sept volumes, des jeux dont vous êtes le héros aux best-​sellers des­ti­nés à la plage, des livres rédi­gés par des hommes poli­tiques pour soi­gner leur image aux beaux livres, des réédi­tions du Petit Nico­las aux dic­tion­naires de langues, des manuels sco­laires à la col­lec­tion de La Pléiade, il y a un monde. A la fois dans le contenu : la forme, la lon­gueur, la com­plexité, le besoin d’indexation ; dans le lec­to­rat : classes popu­laires, classes moyennes, uni­ver­si­taires, élèves, étudiants… ; dans les besoins de ce lec­to­rat : lire dans le bus qui va à l’école, lire sous la couette avec sa lampe de poche, sur­li­gner, anno­ter, apprendre par cœur, retrou­ver une réfé­rence et même… don­ner fière allure à une biblio­thèque dans un salon.

Les très grands lec­teurs sont heu­reux de pou­voir trans­por­ter dans une machine de 700 grammes leurs 25 livres des vacances, qui rem­plis­saient autre­fois une petite malle dans un coffre encom­bré. Pour les petits lec­teurs, les liseuses spé­cia­li­sées consti­tuent un encom­bre­ment sup­plé­men­taire, un coût ini­tial non négli­geable, un risque de vol, d’oubli ou de des­truc­tion acci­den­telle. Dès lors, il faut sur­tout faire en sorte que les livres aillent vers leur lec­to­rat, plu­tôt que d’attendre que le lec­to­rat vienne vers les livres. Il faut, pour cela, s’inspirer du suc­cès des télé­phones por­tables. Lorsqu’ils se sont dotés d’une fonc­tion­na­lité d’appareil pho­to­gra­phique, celle-​ci a été plé­bis­ci­tée et les télé­phones por­tables sont deve­nus des téléphones-​appareil pho­to­gra­phique por­tables. La médio­crité tech­nique de l’appareil photo, tant en ce qui concerne la vitesse, la lumi­no­sité et la réso­lu­tion, n’a pas empê­ché un suc­cès popu­laire for­mi­dable. L’aspect pra­tique l’a emporté. C’est autour de ces appa­reils poly­va­lents, ainsi que des lec­teurs MP3/​vidéo por­tables, que se trouve un débou­ché pour le livre élec­tro­nique de masse.

Quel est le parc ins­tallé d’appareils poly­va­lents sus­cep­tibles de se trans­for­mer en liseuses ? En 2009, 78% des foyers amé­ri­cains pos­sèdent un télé­phone mobile, 71% un ordi­na­teur et 40% une console de jeux [http://​www​.ctam​.com/​h​t​m​l​/​n​e​w​s​/​r​e​l​e​a​s​e​s​/​0​9​0​8​0​4​.​htm]. Au deuxième tri­mestre de l’année 2009, 286 mil­lions de télé­phones mobiles ont été ven­dus dans le monde, dont 40 mil­lions de smart­phones (Source : Gart­ner). On ima­gine ainsi que les man­gas pour­raient se déve­lop­per sur Nin­tendo DS et sur PSP, les guides tou­ris­tiques sur des télé­phones équi­pés d’un GPS (Iphone), les livres de cui­sine sur ordi­na­teur por­table ou sur ordi­na­teurs fami­liaux équi­pés d’une impri­mante, les pro­chains grands feuille­tons pour ado­les­cents se décom­po­ser en mini-​chapitres envoyés par MMS sur leur télé­phone ou par Itunes sur leur Ipod… A l’inverse, on ne lira peut-​être par Emma­nuel Kant sur une PSP, mais le Gaf­fiot sur Iphone fera peut-​être les délices des Hypo­khâ­gneux si on le dote d’une inter­face per­for­mante ? Le Robert, le Vidal, la col­lec­tion Poésie/​Gallimard, sauront-​ils trou­ver leur sup­port élec­tro­nique de pré­di­lec­tion, celui qui paraî­tra natu­rel au lec­teur, en exploi­tant les res­sources du dis­po­si­tif de lec­ture et en s’adaptant à la culture ainsi qu’à l’équipement du lec­teur. Il reste beau­coup à explorer. 

Dans ce contexte, les liseuses spé­cia­li­sées pour­raient trou­ver leur place si elles s’ouvrent à la fois vers le réseau, afin de s’inscrire dans la nou­velle socia­bi­lité du livre et de per­mettre les rebonds per­mis par la lec­ture hyper­tex­tuelle, et vers les autres sup­ports, en n’enfermant pas le livre élec­tro­nique dans la liseuse, mais en faci­li­tant le pas­sage d’un même exem­plaire vers l’Iphone, l’ordinateur, ou l’imprimante, en fonc­tion des besoins du lec­teur au moment où il s’exprime…

Gutenberg, ce criminel


La bataille du livre élec­tro­nique est lan­cée, et elle prend des allures de plus en plus industrielles.

Alors que la concen­tra­tion du sec­teur de l’édition paraît ne pas se démen­tir, l’essentiel semble désor­mais ailleurs. Les fabri­cants de machines, de logi­ciels et de ser­vices se sont rués dans l’industrie de la culture numé­rique, cher­chant à y prendre une place de choix. Si pos­sible, avec mono­pole à tous les étages, for­mats pro­prié­taires, gou­lets d’étranglements incon­tour­nables avec péages et octrois, police de la pen­sée, créa­tion arti­fi­cielle de rareté, vente don­nant droit à des usages res­tric­tifs et pro­vi­soires, pri­va­ti­sa­tion du patri­moine cultu­rel de l’humanité. Le livre n’est qu’un sec­teur de la grande bataille enga­gée, à laquelle il pen­sait pou­voir échap­per. Désor­mais, le ter­rain de jeu touche l’ensemble de la culture, et même un peu au-​delà.

Le mono­po­livre n’est pas une fata­lité. Nom­breux sont ceux qui cherchent à pen­ser un nou­veau monde, dans lequel cir­cu­le­rait har­mo­nieu­se­ment la culture tout en per­met­tant aux créa­teurs de vivre. C’est tout l’enjeu de la contri­bu­tion créa­tive et des règles qui la régu­le­ront. La cap­ta­tion de cette nou­velle manne attise l’appétit de puis­sants lob­bys, ceux-​là même qui la refusent aujourd’hui. Mais la licence glo­bale, même intel­li­gem­ment mise au point, ne suf­fira sans doute pas. Il fau­drait égale­ment que les déten­teurs de la tra­di­tion du livre renoncent à la triple ten­ta­tion du repli téta­nisé, de la naï­veté his­to­rique et de l’inertie épui­sée, dans un monde où les entre­prises pha­rao­niques visant à inves­tir des places fortes se lancent à la vitesse du galop d’un cheval…

Pen­dant ce temps, le légis­la­teur cri­mi­na­lise des mil­lions de fran­çais télé­char­geurs et foca­lise l’attention sur une vraie-​fausse répres­sion des audi­teurs et des lec­teurs. Ce fai­sant, il ral­lie à sa cause une par­tie signi­fi­ca­tive des artistes dits de gauche, avec Juliette Gréco, Maxime Le Fores­tier, Pierre Arditi et Michel Pic­coli à leur tête. Lorsque le bar­rage rompt, arrê­ter le déluge à mains nues relève de la déma­go­gie ou d’une totale incom­pré­hen­sion des mou­ve­ments tec­to­niques en cours. Détour­ner à ce point l’attention des citoyens revient à défendre les moines copistes face à Guten­berg, ce cri­mi­nel, en oubliant que l’imprimerie n’a pas seule­ment per­mis une fabu­leuse pro­gres­sion de la culture, de la pen­sée et de la vie en société… elle a aussi créé de la richesse et des emplois ! Et si nous accom­pa­gnions le chan­ge­ment, pour for­ger le futur de la culture, pour inven­ter l’avenir de la lec­ture et gagner ensemble la bataille de l’intelligence ?

L’actualité récente sur le sujet

-Apple cen­sure un dic­tion­naire et, ce fai­sant, devient un méta-​éditeur, déten­teur d’un pou­voir absolu sur l’ensemble des conte­nus livresques dif­fu­sables sur l’Iphone, un smart­phone vendu à plu­sieurs mil­lions d’exemplaires.

http://​www​.actua​litte​.com/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​1​2​5​5​5​-​A​p​p​l​e​-​c​e​n​s​u​r​e​r​-​d​i​c​t​i​o​n​n​a​i​r​e​-​a​n​g​l​a​i​s​-​A​p​p​S​t​o​r​e​.​htm

-Apple refuse le Kama Sutra dans l’Appstore et confirme sa volonté de faire régner sa loi pudi­bonde en abu­sant de sa posi­tion incon­tour­nable dans la dif­fu­sion de livres sur Iphone.

http://​www​.actua​litte​.com/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​1​0​6​1​0​-​A​p​p​l​e​-​E​u​c​a​l​y​p​t​u​s​-​i​n​t​e​r​d​i​r​e​-​K​a​m​a​-​S​u​t​r​a​.​htm

-Apple inter­di­rait les nou­velles applications-​livres dans l’Appstore. Il aurait des pro­jets internes en ce qui concerne les liseuses et les ebooks. Ce serait dom­mage de lais­ser de la place à la concur­rence. De plus en plus, inter­net res­semble à un Mini­tel, contrôlé par un acteur cen­tral. Petit à petit, inter­net se dote de centres et de péri­phé­ries. Il devient, pro­gres­si­ve­ment, un média d’ancienne géné­ra­tion : un robi­net détenu par quelques-​uns. Un déni de démo­cra­tie culturelle.

http://​www​.mac​plus​.net/​i​t​r​a​f​i​k​/​d​e​p​e​c​h​e​-​4​8​3​1​9​-​l​e​s​-​e​b​o​o​k​-​n​o​n​-​g​r​a​t​a​-​s​u​r​-​l​-​a​p​p​s​t​ore

-Ama­zon visite votre Kindle et efface des ouvrages et vos notes sur les dites ouvrages. Ama­zon revi­site 1984 et brûle les livres qu’il vous a ven­dus, anno­ta­tions incluses. Ce n’est d’ailleurs que le début de ce qui s’annonce avec l’internet « dans les nuages », ce cloud com­pu­ting dans le cadre duquel les indi­vi­dus déposent leurs don­nées à dis­tance, via des appli­ca­tions qu’ils uti­lisent en ligne, et non en local. Magni­fique d’un point de vue fonc­tion­nel, l’internet dans les nuages est un filet dans lequel les citoyens se pren­dront comme des mouches si le rap­port de forces tourne au pro­fit de quelques inté­rêts peu scru­pu­leux. Les inter­ven­tions des socié­tés au sein de votre machine n’ont pas attendu le Kindle pour appa­raître. Bien­tôt, peut-​être, vous allu­me­rez votre ordi­na­teur et vous serez chez Goo­gle­Zon, qui vous accor­dera men­suel­lemtn un droit tem­po­raire et limité d’accès à votre machine (avec option sup­plé­men­taire pour accé­der à vos données)…

http://​lafeuille​.homo​-nume​ri​cus​.net/​2​0​0​9​/​0​8​/​k​i​n​d​l​e​-​c​e​-​q​u​e​-​v​o​u​s​-​p​o​s​s​e​d​e​z​-​n​e​-​v​o​u​s​-​a​p​p​a​r​t​i​e​n​t​-​p​a​s​.​h​tml

-Méfiez-​vous des contre­fa­çons ! Phi­lippe Aigrain nous invite à la vigi­lance et à la réflexion concer­nant la contri­bu­tion créative.

http://​www​.laqua​dra​ture​.net/​f​r​/​m​e​f​i​e​z​-​v​o​u​s​-​d​e​s​-​c​o​n​t​r​e​f​a​c​ons

-Ana­lyse inquié­tante et mal­heu­reu­se­ment tein­tée de luci­dité d’Olivier Ertz­scheid sur Google books : « Google libraire. Google biblio­thé­caire. Ama­zon éditeur. Amis admi­ra­teurs de l’ancienne (antienne ?) chaîne-​du-​livre-​en-​un-​seul-​mot, vous voilà désor­mais affran­chis. La messe est pour­tant loin d’être dite. L’avenir don­nera lieu a de bien beaux débats, a de bien belles ana­lyses déli­cieu­se­ment par­ti­sanes, sou­lè­vera de nou­velles ques­tions essen­tielles pour ce que l’on appelle — par le tout petit bout de la lor­gnette — l’avenir de la pres­crip­tion docu­men­taire, et qui n’est rien moins — sans lyrisme déplacé — que le simple ave­nir de la trans­mis­sion des savoirs et de la culture à l’échelle de la planète. »

Is it a bird ? Is it a plane ? No. It’s a mono­po­lis­tic library-​bookseller.

Réfé­rences

-Joël Fau­cil­hon, sur la culture pirate

Le por­trait du pirate en conser­va­teur en bibliothèque

-Milad Doueihi, sur les résis­tances au chan­ge­ment dans l’édition.

« Le livre à l’heure du numé­rique : objet fétiche, objet de résis­tance », in Les Cahiers de la librai­rie, Qu’est-ce qu’un livre aujourd’hui ? Pages, marges, écrans, Paris, Syn­di­cat de la librai­rie fran­çaise, Edi­tions de la Décou­verte, n°7, 2009.

-Phi­lippe Aigrain, sur la licence globale.

La contri­bu­tion créa­tive : le néces­saire, le com­ment et ce qu’il faut faire d’autre

-Robert Darn­ton, sur Google books.

La biblio­thèque uni­ver­selle, de Vol­taire à Google

-Tim O’Reilly, sur Google books, en réponse à Robert Darnton.

Concur­rence sur le mar­ché du livre, tra­duc­tion Vir­gi­nie Clayssen

-Andew Savi­kas, sur les mul­tiples ver­rous mis en place par Ama­zon sur le mar­ché du livre électronique.

Ama­zon Ups the Ante on Plat­form Lock-​In

-Fran­cis Epel­boin, sur l’enjeux des métadonnées.

Don­nées et méta­don­nées : trans­fert de valeur au cœur de la stra­té­gie des média

-La Qua­dra­ture du net, lec­ture poli­tique d’Hadopi.

Dos­sier HADOPI

La conversation silencieuse


Dans mon inter­ven­tion « Que savons-​nous de l’identité, des com­por­te­ments et des attentes des lec­teurs de Revues​.org en 2008 et 2009 ? », don­née à l’ENSSIB au début du mois, dans le cadre de la jour­née «  Diver­sité des pra­tiques docu­men­taires numé­riques dans les champs scien­ti­fiques (INTD — ens­sib — URFIST », j’ai com­mencé à tirer quelques ensei­gne­ments de l’enquête actuel­le­ment en cours auprès des lec­teurs de Revues​.org (il est tou­jours temps d’y répondre !). J’ai égale­ment for­mulé quelques hypo­thèses sur la fidé­lité des lec­teurs de blogs scien­ti­fiques, sur la base d’une ana­lyse rapide des logs des serveurs.

Les obser­va­teurs ont par­fois ten­dance à mesu­rer la réus­site du modèle du car­net de recherches en comp­ta­bi­li­sant le nombre et la lon­gueur des com­men­taires. Il s’agit d’un indi­ca­teur quan­ti­ta­tif trom­peur et lar­ge­ment inadapté, car on devrait aussi mesu­rer les usages de cita­tions, qui sont en géné­ral exploi­tables grâce aux rétro­liens, ces back­links qui font par­tie du coeur de l’économie d’écriture et de lec­ture des car­nets. Cela ne per­met­trait de noter qu’une infime mino­rité de réac­tions, au sein de l’écosystème homo­gène des car­nets. Dans les publi­ca­tions pro­pre­ment dites, le blog n’a pas acquis une légi­ti­mité suf­fi­sante pour y obte­nir un large droit de cité. Il faut, alors, que l’auteur d’un article mul­ti­plie les contor­sions pour citer un car­net sans le citer vrai­ment, puisqu’il ne s’agit pas d’une véri­table publi­ca­tion… tout en res­tant un puis­sant réser­voir d’idées. Plus encore, il ne fau­drait pas négli­ger la conver­sa­tion silen­cieuse qui se noue entre l’auteur et ses lecteurs.

Le com­por­te­ment du lec­to­rat des car­nets de recherche, pour ce qui en est connu à l’heure actuelle, semble confir­mer cette hypo­thèse : le car­net de recherche n’est pas un lieu de publi­ca­tion clas­sique. Il semble que le lec­to­rat des car­nets soit plus concen­tré et plus fidèle que celui des revues. C’est, du moins, ce que laissent pen­ser la com­pa­rai­son des don­nées de fré­quen­ta­tion des revues les plus consul­tées de Revues​.org, le por­tail de revues en sciences humaines et sociales, et des car­nets les plus fré­quen­tés d’Hypothèses, une pla­te­forme de car­nets de recherches en sciences humaines et sociales. Tech­ni­que­ment et sta­tis­ti­que­ment, les mesures ont été réa­li­sées dans des condi­tions stric­te­ment iden­tiques. Elles sont donc com­pa­rables. On établit, pour chaque site, un « taux de fidé­lité », qui est le nombre de visites divisé par le nombre de visi­teurs. Plus le taux est proche de 1, plus il est rare de voir un visi­teur reve­nir sur un site dans le même mois. Plus le taux s’élève au-​dessus de 1, plus le nombre de retours s’élève. Une telle mesure met en évidence des com­por­te­ments de consul­ta­tion des revues fai­ble­ment fidèles (de 1,2 à 1,5), et des consul­ta­tion des car­nets à la fois plus faibles quan­ti­ta­ti­ve­ment et plus denses qua­li­ta­ti­ve­ment, le nombre de per­sonnes reve­nant régu­liè­re­ment consul­ter le car­net étant appa­rem­ment plus élevé (de 1,9 à 4,4).

Visi­teurs uniques
(mai 2009)
Visites
(mai 2009)
Taux de fidé­lité
Polit­bis­tro (carnet) 1000 4400 4,4
L’édition élec­tro­nique ouverte (carnet) 5000 17000 3,4
Eva­lua­tion (carnet) 3000 7500 2,5
Quanti (car­net) 2600 5500 2,12
Culture et poli­tique arabe (carnet) 10000 19000 1,9
Cultures & conflits (revue) 26000 39000 1,5
Cyber­geo (revue) 40000 58000 1,4
Bal­ka­no­lo­gie (revue) 4200 5400 1,3
Clio (revue) 36000 43000 1,2
Nuevo mundo (revue) 85000 98000 1,2