Archives pour la catégorie open access

Humanités numériques, l’association

Quelques notes rapides, avant THAT Camp Saint Malo auquel je ne pour­rai pas par­ti­ci­per concrè­te­ment, car je suis en ce moment à Mont­réal, suite à ma par­ti­ci­pa­tion au Forum mon­dial des sciences sociales. J’y mets en place de riches par­te­na­riats entre Ope­nE­di­tion et d’autres acteurs, qué­bec­quois, mais aussi mexi­cains, bré­si­liens, de Nouvelle-​Zélande, séné­ga­lais, etc.

Les sites cités par les carnetiers d'Hypothèses. Image par Elodie Faath.

Les sites cités par les car­ne­tiers d’Hypothèses. Image par Elo­die Faath.

Nous en par­lons depuis THAT Camp Paris, 1ère édition, qui fut le pre­mier THAT Camp euro­péen, juste avant Cologne et Londres, de cette asso­cia­tion fran­co­phone des huma­ni­tés numé­riques. Nous n’avons pas la culture de créer des struc­tures et des com­mis­sions à la vitesse de l’éclair, contrai­re­ment à cer­tains de nos voi­sins. Cela peut appa­raître comme de la len­teur, mais je l’interprète plu­tôt comme une pro­pen­sion à pen­ser le pro­jet scien­ti­fique et poli­tique avant de mettre sur pied l’institution. On sent par­fois trop, dans la course ins­ti­tu­tion­nelle qui se joue depuis quelques années autour des Digi­tal huma­ni­ties, la course aux hon­neurs et aux postes de pou­voir. Oui, nous avons pris le temps de la réflexion, notam­ment à tra­vers cinq années de sémi­naire à Paris (grâce à la très fer­tile liberté don­née par l’EHESS à ses membres, dans le cadre Pierre Mou­nier, Auré­lien Berra et moi-​même) : 2009, 201020112012, 2013.

Je pro­pose que la future Asso­cia­tion fran­co­phone des huma­ni­tés numé­riques (AFHN pour les intimes, mais qui pourra por­ter d’autres noms) se posi­tionne clai­re­ment sur un cer­tain nombre de points.

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« The book is a conversation ». Really ?

'Sitting on history'Ori­gi­nal ver­sion in french. Trans­la­tion with help from Google trans­late. Opi­nions are mine. Errors are Google’s. ;-)

The 1st and 2nd of July ‚ the Jisc and the consor­tium OAPEN jointly orga­ni­zed a confe­rence at the Bri­tish Library in Lon­don to invite a large com­mu­nity to work toge­ther on the future of open access books in the huma­ni­ties and social sciences.

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Le livre est une conversation”. Vraiment ?

BritishLibraryInterior02Les 1er et 2 juillet der­niers, le Jisc et le consor­tium Oapen ont orga­nisé ensemble une confé­rence à la Bri­tish Library de Londres pour convier une large com­mu­nauté d’acteurs de la publi­ca­tion en sciences humaines et sociales à réflé­chir ensemble à l’avenir de la dif­fu­sion du livre en libre accès.

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Donner un visage à l’open access : les lecteurs

Julien Sicot a publié sur You­Tube une vidéo sous-​titrée en fran­çais expli­quant très sim­ple­ment et plu­tôt avec effi­ca­cité ce qu’est l’open access. On notera, dans cette vidéo :

- une approche très prag­ma­tique et sans agres­si­vité, ce qui est tou­jours agréable

- une vision asso­ciant les deux voies de l’open access, c’est-à-dire les archives ouvertes et les revues en accès ouvert

- une péda­go­gie mon­trant que les mon­tants des abon­ne­ments liés aux oli­go­poles grippent tout le sys­tème (sous-​entendu : inves­tis dans l’open access, ces mon­tants pour­raient chan­ger le monde)

- une volonté de don­ner un visage à tous ceux qui peuvent pro­fi­ter de l’open access. Trop sou­vent, les cher­cheurs ont ten­dance à consi­dé­rer que les per­sonnes pou­vant pro­fi­ter de l’open access sont des col­lègues et, secon­dai­re­ment, des étudiants. La réa­lité est très dif­fé­rente, car beau­coup de lec­teurs inat­ten­dus sont pos­sibles. Ne déci­dons pas a priori du groupe de per­sonnes qui pourra être inté­ressé par nos pro­duc­tions scien­ti­fiques. En établir une typo­lo­gie serait déjà ter­ri­ble­ment réduc­teurs. Laissons-​nous sur­prendre par la curio­sité des lec­teurs. C’est aussi impor­tant d’un point de vue scien­ti­fique que d’un point de vue culturel.

- que, depuis 2009, date de la réa­li­sa­tion de la vidéo, on est pas­sés de 4000 revues en OA iden­ti­fiées à 8800. Nous savons que ce chiffre sous-​estime la réa­lité, car toutes ne can­di­datent pas à un réfé­ren­ce­ment dans le DOAJ, mais aussi parce que le DOAJ a du mal à suivre le rythme, tant la crois­sance est rapide. Pas encore assez rapide? Ca vient!

Flying Hearts V, by Stefan Georgi (Creative commons licence)

Gratuité ou libre accès? Poser les termes du débat, c’est déjà y répondre en partie

Flying Hearts V, by Stefan Georgi (Creative commons licence)

Flying Hearts V, by Ste­fan Georgi (Crea­tive com­mons licence)

Les mots sont très impor­tants, nous le savons. Ils sont les vec­teurs que nous uti­li­sons pour poser les débats et chan­ger le monde. Celui qui défini le voca­bu­laire du débat détient les termes de l’alternative. Il détient, fina­le­ment, les clés du futur. Il faut donc que nous soyons par­ti­cu­liè­re­ment méti­cu­leux lorsque nous choi­sis­sons les mots que nous employons pour défendre une cause. Il est frap­pant de noter que, par­fois, deux par­ties semblent s’entendre entre elles pour fixer une dis­cus­sion binaire qui résume le débat à leurs irré­duc­tibles posi­tion. Élégante façon de jeter hors du bateau la diver­sité des solu­tions, et de sim­pli­fier la déci­sion poli­tique, en la rame­nant à une option « noire » et une option « blanche ». Cette alliance objec­tive entre enne­mis est à l’oeuvre sur la ques­tion du libre accès aux résul­tats de la recherche scientifique.

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Impressions d’automne 1 : Le cas Meredith

L’automne der­nier, j’ai eu la chance de par­ti­ci­per à plu­sieurs ren­contres sti­mu­lantes dans le domaine de l’édition élec­tro­nique, du libre accès et des digi­tal huma­ni­ties. J’en ren­drai compte à tra­vers une série de billets consa­crés aux idées, his­toires, per­sonnes, pro­jets qui m’ont le plus mar­qués. Atten­tion, sub­jec­ti­vité assu­mée.

Lorsqu’on se trouve à devoir défendre le libre accès devant un audi­toire non spé­cia­lisé, lorsqu’il s’agit d’expliquer de manière acces­sible et mar­quante pour­quoi c’est un mou­ve­ment impor­tant qui mérite d’être sou­tenu, il n’est pas tou­jours évident de trou­ver les bons argu­ments. Le bon argu­ment, c’est le magni­fique cadeau que Phil Bourne, pro­fes­seur à l’Université de Cali­for­nie San Diego a apporté à tous les par­ti­sans du libre accès qui assis­taient à la confé­rence Ber­lin 9 à Bethesda du 9 au 10 novembre der­nier.

Phil Bourne raconte en effet qu’en tant que rédac­teur en chef de la revue Plos Com­pu­ta­tio­nal Bio­logy, il reçut un jour le manus­crit d’un article par­ti­cu­liè­re­ment inno­vant sur les ques­tions de modé­li­sa­tion des pan­dé­mies qui était pro­posé par une cer­taine Mere­dith. Lorsqu’il vou­lut dis­cu­ter de son tra­vail avec l’auteure, c’est à sa grande sur­prise une lycéenne âgée de 15 ans qui se pré­senta. Celle-​ci avait rédigé son article parce qu’elle s’était pas­sion­née pour le sujet à la suite d’une fête de la science. Elle s’était alors ren­sei­gnée en uti­li­sant Wiki­pe­dia puis la lit­té­ra­ture spé­cia­li­sée en libre accès. Enfin, pour établir son modèle, elle avait demandé et obtenu du temps de cal­cul sur les ordi­na­teurs du San Diego Super­com­pu­ter Cen­ter ainsi que l’accès à des bases de données.

Après avoir rencontré Mere­dith, Bourne lui conseilla de sou­mettre son article à la revue Science et l’invita à pré­sen­ter son tra­vail dans un sémi­naire de son labo­ra­toire. Pour lui, le « cas Mere­dith » est une illus­tra­tion d’un phé­no­mène qu’il qua­li­fie de » lec­teur inat­tendu » (unex­pec­ted rea­der) : lorsqu’une infor­ma­tion est publiée, que ce soit des don­nées ou un article de revue, même si l’auteur et l’éditeur ont un lec­to­rat cible en vue (ici les col­lègues et étudiants spé­cia­li­sés), il existe pro­ba­ble­ment quelque part un « lec­teur inat­tendu » qui pour­rait en tirer pro­fit et en faire son miel pour créer quelque chose à son tour ou appor­ter sa pierre à l’édifice. Le phé­no­mène du lec­teur inat­tendu est un puis­sant argu­ment en faveur du libre accès car il montre que les modèles de dif­fu­sion en accès res­treint, en réser­vant l’information aux seules per­sonnes auto­ri­sées, en dimi­nuent la fécon­dité potentielle.

Plus encore, l’histoire des sciences et des tech­niques montre que pour une bonne part, les inno­va­tions et rup­tures qui conduisent à un renou­vel­le­ment pro­fond d’un domaine viennent d’acteurs mar­gi­naux, qui, parce qu’ils ne sont pas tenus et n’ont pas d’intérêt à la repro­duc­tion des modèles établis, peuvent avan­cer des pro­po­si­tions alter­na­tives radi­cales qui per­mettent de chan­ger de para­digme. Le seul moyen de pré­ser­ver des chances pour l’avènement de telles inno­va­tions futures, est de miser sur une ouver­ture com­plète de la dis­sé­mi­na­tion de l’information, à l’image de la devise « Je sème à tout vent » que Pierre Larousse choi­sit au XIXe siècle pour son célèbre dic­tion­naire.

Le cas Mere­dith est une confir­ma­tion de la jus­tesse de l’engagement d’Ope­nE­di­tion pour le libre accès ; en par­ti­cu­lier à tra­vers son modèle écono­mique inno­vant Ope­nE­di­tion free­mium. Pour chaque nou­vel article, nou­veau livre, nou­veau billet de blog que j’y vois « libéré » et dif­fusé sans res­tric­tion, j’aime à m’imaginer quelque Mere­dith incon­nue der­rière son écran, jeune étudiante, acti­viste enga­gée ou cher­cheuse confir­mée, entre­pre­neuse ou future lea­der poli­tique — pour­quoi pas ? — à Poi­tiers, Nantes ou Mar­seille, à Toronto, Rio ou Bey­routh, enthou­sias­mée, illu­mi­née ou des­ta­bi­li­sée par ce qu’elle par­court des yeux, et qui est peut être en train de faire la ren­contre de sa vie, de ces ren­contres qui mettent ceux qui ont la chance de les faire sur la voie de réa­li­sa­tions excep­tion­nelles. Il y a beau­coup d’excellentes rai­sons qui jus­ti­fient qu’on défende le libre accès. Mais toutes ces rai­sons dussent-​elles être démen­ties, la jeune Mere­dith seule suf­fit à me don­ner l’énergie dont j’ai besoin pour ser­vir dans la mesure de mes moyens cette magni­fique idée.

L’exposé de Ph. Bourne a fait l’objet d’un compte rendu par K. Smith dans son blog.

CNRS

Le comité d’éthique du CNRS se prononce pour le libre accès et dresse un portrait édifiant du secteur de l’édition scientifique

Le CNRS dis­pose d’un Comité d’éthique (COMETS) qui émet des avis sur des ques­tions aussi impor­tantes et com­plexes que :

  • Les aspects éthiques de la contro­verse sur le chan­ge­ment cli­ma­tique : avis (30 juin 2011 — pdf), résumé (pdf)
  • Aspects éthiques du finan­ce­ment public de la recherche sur pro­jet : avis (28 juin 2010 — pdf 235 ko), auto­sai­sine (sep­tembre 2008 — pdf 19 ko)
  • Ethique de la recherche dans l’expérimentation sociale : avis (19 jan­vier 2010 — pdf 158 ko)

En juin 2011, le COMETS a publié un avis sur les rela­tions entre cher­cheurs et mai­sons d’édition scien­ti­fique (30 juin 2011 — pdf, résumé — pdf). Cet avis «  se pro­pose d’analyser quelques-​uns des pro­blèmes actuel­le­ment ren­con­trés par les cher­cheurs dans leurs rela­tions avec les mai­sons d’édition scien­ti­fiques, d’en étudier les consé­quences et d’envisager des mesures qui pour­raient être prises pour y remé­dier.  »

Ce rap­port rap­pelle les fonc­tions majeures de l’édition dans le pro­ces­sus scien­ti­fique: enre­gis­tre­ment, vali­da­tion par les pairs, valo­ri­sa­tion, dif­fu­sion et archi­vage. Ces éléments consti­tuent le point aval de l’ensemble du pro­ces­sus de recherche et sont le coeur de pro­blèmes d’ordre juri­diques, éthiques et heuristiques.

Le pro­blème de la ces­sion des droits par les auteurs

L’avis men­tionne le pro­blème des ces­sions exclu­sives de droits aux éditeurs : « l’auteur est a priori pas­sible de pour­suites s’il met l’article, dont il est l’auteur, sur son site Web ou sur celui de son labo­ra­toire, une pra­tique pour­tant cou­rante, qu’il semble sou­hai­table de soutenir. »

L’avis ajoute que «  la pra­tique actuelle du droit d’auteur (…) n’encourage pas de façon évidente la créa­ti­vité. » Il va plus loin, en men­tion­nant le pro­blème de la « posi­tion domi­nante » de cer­tains éditeurs grâce à cer­tains titres consi­dé­rés comme majeurs. Regret­tant l’absence d’aide «  aux cher­cheurs dans la négo­cia­tion de leurs contrats avec les mai­sons d’édition  », le COMETS insiste sur­tout sur la néces­sité d’une la plus grande cir­cu­la­tion des idées et des résul­tats de la recherche.

La ces­sion d’une idée est un jeu à somme positive

Insis­tant sur le carac­tère cumu­la­tif et col­lec­tif du savoir («  Chaque géné­ra­tion de cher­cheurs s’appuie sur le savoir des géné­ra­tions pré­cé­dentes et sur les recherches effec­tuées dans tous les pays  »), le COMETS met en évidence les carac­tères spé­ci­fiques des pro­duc­tions intel­lec­tuelles des scien­ti­fiques, quelle que soit leur discipline :

« quand on donne une pomme on la perd, mais quand on donne une idée, on la garde, tout en en fai­sant béné­fi­cier d’autres le plus lar­ge­ment pos­sible. Ainsi la ces­sion d’une pomme est-​elle un “jeu à somme nulle” (selon la ter­mi­no­lo­gie de Fer­nand Brau­del) tan­dis que la ces­sion d’une idée est un “jeu à somme positive” « .

C’est là qu’intervient la notion de biens non rivaux. Cette notion n’est pas uti­li­sée expli­ci­te­ment par l’avis, mais elle sous-​tend l’ensemble de l’argumentation du Comité : les carac­té­ris­tiques des idées et des docu­ments numé­riques sont très proches. En effet, trans­mettre à quelqu’un une idée, ou un docu­ment numé­rique, n’en dépos­sède pas son pro­prié­taire, alors que c’était le cas pour les biens ana­lo­giques (le livre papier étant l’idéal-type des biens ana­lo­giques dans le sec­teur des idées).

Un sec­teur à la ren­ta­bi­lité com­mer­ciale excessive

Para­doxa­le­ment, l’entrée dans le monde numé­rique a favo­risé l’apparition d’un oli­go­pole pla­çant les biblio­thèques devant une situa­tion bloquée :

C’est dans ce contexte que cer­taines mai­sons d’édition scien­ti­fique com­mer­ciales ont pro­gres­si­ve­ment pris le contrôle des échanges aca­dé­miques. Cette évolu­tion s’est accé­lé­rée lors de la der­nière décen­nie depuis que des inves­tis­seurs finan­ciers se sont aper­çus du carac­tère “inélas­tique” du mar­ché de l’édition scien­ti­fique (les clients conti­nuent à ache­ter même si les prix aug­mentent) de par le carac­tère non sub­sti­tuable des pro­duits échan­gés. Cette concen­tra­tion a été faci­li­tée par la tran­si­tion aux moyens élec­tro­niques de dif­fu­sion, qui ont d’abord bou­le­versé l’industrie de l’impression, néces­si­tant une recon­ver­sion du per­son­nel et des inves­tis­se­ments impor­tants. Pour ceux qui ont pu fran­chir ce pas et qui par­viennent à sus­ci­ter et à tirer parti des pro­grès tech­no­lo­giques, si le coût mar­gi­nal de la mise en ligne est négli­geable, il reste les coûts d’exploitation de la plate-​forme infor­ma­tique ainsi que sa mise à jour per­ma­nente et aussi de pro­mo­tion, coûts dont la per­ti­nence est sou­vent dis­cu­tée. Cer­taines mai­sons d’édition com­mer­ciales par­viennent tout de même à des taux de ren­ta­bi­lité supé­rieurs à 35 %, une situa­tion excep­tion­nelle pour un sec­teur écono­mique où est censé régner la concur­rence et qui conduit à s’interroger sur les prix pratiqués.

Le Comité d’éthique ne se pro­non­çant pas sur des cas par­ti­cu­liers, il ne cite pas Else­vier, mais c’est bien de lui et de ses équi­va­lents qu’il s’agit. Allons au terme du rai­son­ne­ment. Avec un chiffre d’affaires tour­nant autour 5 mil­liards d’euros1, Else­vier est un géant de l’édition. Son chiffre d’affaire est signi­fi­ca­ti­ve­ment plus élevé que celui d’Hachette Livres. Or, Else­vier fait état de béné­fices tour­nant autour de 25 à 30% (après salaires, dont on sait qu’ils ne sont pas ridi­cules). Ces taux sont proches de ceux de Micro­soft, qui est dans une situa­tion de quasi-​monopole sur son marché.

Des marges de manoeuvre considérables

Ainsi, la recherche mon­diale pour­rait écono­mi­ser plus d’1,6 mil­liard d’euros par an avec le seul Else­vier. Dans la mesure où d’autres éditeurs pri­vés sont dans des situa­tions proches du point de vue de leur marge béné­fi­ciaire, on constate qu’il serait pos­sible de déga­ger plu­sieurs mil­liards de dol­lars d’économies pour les puis­sances publiques occidentales.

Le Comité insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas, pour autant, de contes­ter la légi­ti­mité du tra­vail d’édition et sa néces­saire rému­né­ra­tion : «  La rétri­bu­tion des ser­vices ainsi ren­dus n’est pas contes­tée par les uti­li­sa­teurs, qu’ils soient cher­cheurs ou biblio­thé­caires  ». En effet, le métier d’éditeur n’a sans doute jamais été aussi indis­pen­sable pour struc­tu­rer la pro­duc­tion de savoir, qui n’a jamais été aussi mas­sive et complexe.

Le Comité met l’accent sur la dimen­sion inélas­tique du mar­ché de l’édition scien­ti­fique, et sur l’incapacité du sec­teur public à faire face à des pra­tiques contraires aux inté­rêts col­lec­tifs de la part des éditeurs domi­nant le marché :

Pour appuyer ces remarques nous cite­rons les conseils don­nés, il y a quelques années, par la firme Mor­gan Stan­ley à ses inves­tis­seurs : “The scien­ti­fic jour­nal busi­ness is cha­rac­te­ri­sed by rela­ti­vely inelas­tic demand, with indi­vi­dual jour­nals gene­rally having a strong fol­lo­wing within their par­ti­cu­lar niche […] The niche nature of the mar­ket and the rapid growth in the bud­gets of aca­de­mic libra­ries have com­bi­ned to make scien­ti­fic publi­shing the fas­test gro­wing sub-​sector of the media indus­try over the last 15 years” (Paul Goo­den, Mat­thew Owen, Sarah Simon and Louise Sin­gle­hurst, Scien­ti­fic Publi­shing: Know­ledge is Power, Mor­gan Stan­ley, Equity Research Europe, 30 Sep­tem­ber 2002). La situa­tion n’a pas vrai­ment changé mais pour­rait chan­ger brus­que­ment dans un ave­nir proche comme on peut le lire dans l’article “Aca­de­mic Publi­shing: Of Goats and Hea­daches” (The Eco­no­mist, 26 mai 2011), dont le sous-​titre est “One of the best media busi­ness is also one of the most resen­ted”.

Pour une redis­tri­bu­tion des cartes dans le sec­teur de l’édition scientifique

Fort de ce constat, le Comité appelle à une redis­tri­bu­tion des cartes dans ce secteur :

« Les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par de nom­breuses ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques lors de la négo­cia­tion des abon­ne­ments numé­riques illus­trent bien le fait qu’il devient urgent de mettre au point de nou­velles pra­tiques en matière de dif­fu­sion des résul­tats scien­ti­fiques. »

Pour cela, le Comité d’éthique émet cinq recom­man­da­tions qui sont citées inté­gra­le­ment en annexe de ce billet. Nous retien­drons ici les deux dernières:

- recom­man­da­tion n°4 : néces­sité d’une inter­ven­tion publique pour per­mettre «  l’émergence de modèles écono­miques per­met­tant à des enti­tés, dont les pra­tiques seraient en accord avec la mis­sion de leurs cher­cheurs, d’exister face à d’autres opé­ra­teurs beau­coup plus puis­sants finan­ciè­re­ment  »

- recom­man­da­tion n°5 : consi­dé­rer le savoir scien­ti­fique comme «  un patri­moine com­mun (com­mons) de l’humanité  », ce qui doit pous­ser au libre accès, dans les délais les plus courts possibles.

C’est le moment. Au travail!

Marin Dacos

Les recom­man­da­tions du Comité d’éthique du CNRS

1. Le CNRS devrait éclai­rer les cher­cheurs de ses labo­ra­toires sur la situa­tion juri­dique dans laquelle ils se trouvent lorsqu’ils publient un article dans une revue. Si le CNRS n’est aucu­ne­ment impli­qué dans la ces­sion du droit d’auteur à une mai­son d’édition, puisque qu’il ne par­tage pas le droit d’auteur des cher­cheurs, il doit les aider à pré­ser­ver leurs droits et à ne pas s’exposer à des risques juri­diques. Dans le cadre de l’élaboration de cet avis, une demande de note de cadrage a été faite à ce pro­pos au ser­vice juri­dique du CNRS.

2. Le CNRS devrait recom­man­der de faire ajou­ter dans le contrat de ces­sion des droits une clause sur la libre dis­po­si­tion des articles à des fins non com­mer­ciales sur le site des cher­cheurs sur la toile et sur les sites d’archives publiques. Pour­rait être explo­rée la pos­si­bi­lité de créer un grou­pe­ment euro­péen d’intérêt écono­mique (GEIE), entité morale recon­nue en droit euro­péen (cf. règle­ment CEE 2137/​85 du Conseil du 25 juillet 1985), dont les cher­cheurs et leurs ins­ti­tu­tions, CNRS entre autres, seraient membres et qui pour­rait être man­da­taire d’un droit de dif­fu­sion sans faire payer de droit d’accès, et à terme pou­voir repré­sen­ter les cher­cheurs pour défendre leurs droits.

3. Lors de négo­cia­tions avec les mai­sons d’édition pour l’achat de l’accès aux revues, aussi bien sous forme papier que sous forme élec­tro­nique, il est impé­ra­tif que les biblio­thé­caires, sou­vent regrou­pés dans des réseaux cen­tra­li­sant les achats, béné­fi­cient des conseils de juristes connais­sant bien la pra­tique en matière de droit com­mer­cial et de droit d’auteur, aussi bien fran­çais qu’étranger. Le CNRS doit y pour­voir en ce qui concerne ses labo­ra­toires et ses réseaux. Par ailleurs il est sou­hai­table que des repré­sen­tants des cher­cheurs soient asso­ciés à la pré­pa­ra­tion de ces négociations.

4. Les dys­fonc­tion­ne­ments mis en évidence dans cet avis pro­viennent du fait que le mar­ché de l’édition scien­ti­fique est passé depuis quelques années dans de nom­breuses dis­ci­plines sous le contrôle, soit de socié­tés com­mer­ciales, soit de socié­tés savantes qui sou­vent uti­lisent les revues qu’elles publient pour finan­cer d’autres acti­vi­tés moins lucra­tives. Il serait sou­hai­table que des orga­nismes publics, tel le CNRS, inter­viennent pour per­mettre l’émergence de modèles écono­miques per­met­tant à des enti­tés, dont les pra­tiques seraient en accord avec la mis­sion de leurs cher­cheurs, d’exister face à d’autres opé­ra­teurs beau­coup plus puis­sants finan­ciè­re­ment. Il y va du bon fonc­tion­ne­ment de leurs ins­tal­la­tions scien­ti­fiques, dont les centres de docu­men­ta­tion et de sto­ckage de données.

5. Le savoir scien­ti­fique se consti­tue grâce aux finan­ce­ments publics et se dif­fuse par les publi­ca­tions qui en résultent. Il devrait dès lors être consi­déré comme un patri­moine com­mun (com­mons) de l’humanité. A ce titre, il devrait res­ter libre­ment acces­sible à cha­cun, au bout d’un temps aussi court que pos­sible, ceci pour le béné­fice de l’avancement des connais­sances et la for­ma­tion de nou­velles géné­ra­tions de scien­ti­fiques. Là encore les efforts faits au niveau de cer­taines com­mu­nau­tés scien­ti­fiques pour garan­tir l’accès sans res­tric­tion aux archives scien­ti­fiques doivent être relayés par les ins­ti­tu­tions publiques, dont le CNRS.

  1. Source : Livres hebdo — http://​www​.actua​litte​.com/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​-​e​d​i​t​i​o​n​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​c​l​a​s​s​e​m​e​n​t​-​m​o​n​d​i​a​l​-​d​e​-​l​-​e​d​i​t​i​o​n​-​e​t​-​l​e​s​-​p​e​t​i​t​s​-​f​r​a​n​c​a​i​s​-​i​l​s​-​s​o​n​t​-​o​u​-​1​9​7​3​4​.​htm []
Cette année la pkp conference se déroule à la Freie Universität de Berlin

Open Access in Berlin !

Cette année la pkp conference se déroule  à la Freie Universität de Berlin

Cette année la pkp confe­rence se déroule à la Freie Uni­ver­sität de Berlin

Cette semaine, je suis à Ber­lin pour la ses­sion 2011 des Scho­larly Publi­shing Confe­rences orga­ni­sées par le Public Know­ledge Pro­ject. Le PKP est un consor­tium porté par l’Université Simon Fra­ser à Van­cou­ver au Canada, qui a pour objec­tif d’aider les com­mu­nau­tés scien­ti­fiques à dif­fu­ser leurs publi­ca­tions en libre accès. Ils ont déve­loppé toute une palette d’outils très simples d’utilisation, dis­tri­bués sous licence libre, comme Open Jour­nal Sys­tem (un CMS pour les revues scien­ti­fiques), Open Confe­rence Sys­tem (même chose, mais pour les col­loques), Lemon8 (un conver­tis­seur de docu­ments), et, tout récem­ment, Open Mono­graph Press, une chaîne de pro­duc­tion de livres élec­tro­niques pour les presses universitaires.

La confé­rence de Ber­lin sera pour moi l’occasion de mieux connaître ce der­nier logi­ciel encore dans la forge et qui fera l’objet d’une pré­sen­ta­tion publique dès le pre­mier jour. J’aurai pour ma part la pos­si­bi­lité de pré­sen­ter notre offre Ope­nE­di­tion free­mium aux par­ti­ci­pants. J’essaierai en par­ti­cu­lier de mon­trer que le free­mium tel que le conçoit le Cléo est une piste inté­res­sante pour le finan­ce­ment de la voie dorée du libre accès (ie les revues et les livres dif­fu­sés en libre accès, par oppo­si­tion à la voie verte qui concerne les archives ouvertes) et consti­tue sur­tout une alter­na­tive au modèle auteur-​payeur qui est en train de se géné­ra­li­ser et est aujourd’hui uti­lisé par les acteurs com­mer­ciaux domi­nants pour contrer le déve­lop­pe­ment du libre accès.

Je ne pense pas que la PKP Confe­rence ait la por­tée poli­tique des Confé­rences Ber­lin, celle de cette année, Ber­lin 9, se dérou­lant dans quelques semaines à Washing­ton (donc si je me résume, cette année la confé­rence de Van­cou­ver se déroule à Ber­lin et celle de Ber­lin à Washing­ton ; vous sui­vez ?). Mal­gré tout, le pro­gramme est très allé­chant. Voici les pre­mières inter­ven­tions qui ont excité ma curio­sité et aux­quelles j’assisterai :

OJS Work­shop (une pré­sen­ta­tion des fonc­tion­na­li­tés d’OJS, tou­jours utile ; je pour­rai sans doute décou­vrir quelques astuces qui m’auraient échappé)

OMP Work­shop ( autre­ment appelé le « Tadaa ! work­shop ». Je décou­vri­rai donc cet outil pro­met­teur et ren­drai compte de ce que j’y ai appris)

Je ne man­que­rai évidem­ment la Key­note de John Willinsky, The Intel­lec­tual Pro­per­ties of Lear­ning, Part II: The Medie­val Monas­tic Legacy (J. Willinsky est le fon­da­teur de PKP et une figure impor­tante et vision­naire du mou­ve­ment pour le libre accès)

Demain, j’entendrai Eelco Fer­werda (OAPEN Foun­da­tion), Open Access for Books et Sigi Jott­kandt (Open Huma­ni­ties Press), On Approa­ching Orbis Ter­tius: Open Huma­ni­ties Press qui portent deux ini­tia­tives très inté­res­santes de publi­ca­tion en libre accès de livres de sciences humaines et sociales. C’est quand même un vrai plai­sir de voir que le récent bas­cu­le­ment des livres vers le numé­rique n’a pas laissé en retard les par­ti­sans du libre accès qui se portent sur ce sec­teur avec autant de dyna­misme que pour les revues.

Ensuite, je ne man­que­rai pas une pré­sen­ta­tion qui s’annonce pas­sion­nante d’un cer­tain Pierre Mou­nier sur le Free­mium as a sus­tai­nable eco­no­mic model for Open Access publi­ca­tions in the huma­ni­ties and social sciences ;-)

Pour la suite, je n’ai pas encore tota­le­ment fait mon choix. Il y a énor­mé­ment de pré­sen­ta­tions en paral­lèle et je sens la frus­tra­tion de ne pas avoir le don d’ubiquité com­men­cer à poindre. J’irai en tout cas aux quatre plé­nières, d’Anurag Acha­rya (Google Scho­lar), Google Scho­lar: The Adven­ture Conti­nues, de Ray Sie­mens (Elec­tro­nic Tex­tual Cultures Lab, Uni­ver­sity of Vic­to­ria), Inter­ven­tions in the Confluence of Open Access and Social Enga­ge­ment, de Lars Björn­shauge (SPARC Europe), We have won the argu­ment about Open Access – now we have to bring things toge­ther and make it work! et de Gus­tavo E. Fisch­man (Ari­zona State Uni­ver­sity), Trans­for­ming the invi­sible visi­bi­lity of Latin America’s Scho­larly Work: The Good, the Ugly and the Challenging

J’essaierai de faire pas­ser le maxi­mum d’informations sur ce que j’entendrai ici à Ber­lin, via Twit­ter (@piotrr70 #pkp2011) et ce blog.