Archives mensuelles : janvier 2006

Le matériel, mon général


A picture of my camera
Les pro­grès du logi­ciel libre sont épous­tou­flants. Un sys­tème d’exploitation (GNU Linux), des outils bureau­tiques à foi­son (Ope​nof​fice​.org, Ope​nof​fice​.org Base, Fire­fox, Thun­der­bird, Gimp) et, bien sûr, d’excellents outils pro­fes­sion­nels (Apache). Pour le qui­dam, tout semble donc prêt à une migra­tion de masse vers Linux. En fait, l’équation est plus com­pli­quée qu’il n’y paraît. Les logi­ciels seraient-​ils imma­tures, les fonc­tion­na­li­tés man­quantes, l’innovation absente ? Que nenni. On pour­rait nuan­cer, bien entendu, en indi­quant que les outils des­ti­nées aux créa­teurs (gra­phisme, vidéo, son) qui se trouvent sur les Macin­tosh sont supé­rieur à ceux qu’on trouve sur Linux. Soit. Mais pour un usage dit « bureau­tique », ce n’est pas le cas. Mais alors, qu’est-ce qui coince ?

Le maté­riel, mon géné­ral. Plus pré­ci­sé­ment, le pilote, c’est-à-dire ce qui per­met au logi­ciel de par­ler au maté­riel, et au maté­riel de par­ler au logi­ciel. Il s’agit d’un logi­ciel indis­pen­sable au bon fonc­tion­ne­ment d’une carte vidéo, d’une sou­ris ou d’une tablette gra­phique. Or, nous appre­nons tous les jours à nos dépends que les construc­teurs de péri­phé­riques et de maté­riels infor­ma­tiques n’aiment pas créer de pilotes pour Linux. Pire, ils rechignent à divul­guer le lan­gage qui per­met­trait à un déve­lop­peur de créer un pilote pour ce maté­riel. Les exemples sont nom­breux et connus. En ce qui me concerne, mon Fuji­film E900 flam­bant neuf n’est pas (encore) reconnu par Linux, alors qu’un ensemble logi­ciel pachy­der­mique le pilote sur Win­dows XP. Apple a com­pris depuis long­temps qu’en conser­vant le contrôle du maté­riel, elle conser­vait une exclu­si­vité sur un mar­ché glo­bal, qu’il soit maté­riel ou logi­ciel. L’alliance objec­tive entre construc­teurs de maté­riel et ven­deurs de logi­ciels pro­prié­taires risque d’ailleurs de se ren­for­cer si, comme on le craint, les pro­ces­seurs de nos ordi­na­teurs intègrent un jour des numé­ros de série uniques ou des sys­tèmes de DRM

Bref, la clé de la liberté n’est plus le logi­ciel, c’est le maté­riel. Ou plu­tôt : le logi­ciel du maté­riel. Peut-​on légi­fé­rer à ce sujet, Mes­sieurs les dépu­tés ? Suis-​je obligé d’utiliser Win­dows XP parce que j’achète une machine truf­fée d’éléments élec­tro­niques pen­sés pour un sys­tème d’exploitation unique ?

Du point de vue du consom­ma­teur, com­ment agir ? Je ne vois qu’une solu­tion : dif­fu­ser de l’information sur l’attitude des construc­teurs et pous­ser à la créa­tion d’une sorte de label « Linux-​ready » ou « Linux-​friendly ». Ou plus pré­ci­sé­ment, un label « Spé­ci­fi­ca­tions publiques : prêt pour un monde coloré »… Il y a sans doute des ini­tia­tives de ce type sur le réseau. En connaissez-​vous ? J’ai trouvé par hasard cette liste de construc­teurs d’appareils pho­tos qui n’ont pas accepté de contri­buer au déve­lop­pe­ment de pilotes Linux ou, plus sim­ple­ment, de publier de la docu­men­ta­tion sur la façon dont fonc­tionne leur bou­zin. En un mot, Kodak et Konica ont col­la­boré, dans le passé, vague­ment. Canon, Epson, Olym­pus et Nikon ne col­la­borent pas du tout. Passons-​nous le mot. Il paraît que le pou­voir est logé dans notre por­te­feuille. Et si on le vérifiait ?

Image par mpmb, licence CC.

K-​sup et les « méta-​pages »

Aujourd’hui, je suis en for­ma­tion K-​sup. Il s’agit d’un ENT (Envi­ron­ne­ment Numé­rique de Tra­vail) com­mer­cia­lisé par la société Kos­mos, que la plu­part des uni­ver­si­tés fran­çaises sont en train d’acheter.

Pour un uti­li­sa­teur inten­sif de petits CMS comme Spip et Lodel, il y a un un air de déjà vu, en plus com­pli­qué et moins abouti d’une cer­taine manière. On voit bien que tout le tra­vail s’est concen­tré sur les déve­lop­pe­ments infor­ma­tiques ; les inter­faces d’édition sont quant à elles assez peu ergo­no­miques, sans par­ler du voca­bu­laire des­crip­tif, pas vrai­ment sta­bi­lisé. Le cas typique est sans doute la ges­tion du sta­tut des docu­ments. Le sys­tème intègre un sys­tème de suivi et d’archivage auto­ma­tique des articles à chaque modi­fi­ca­tion, ce qui est une bonne idée en soi. Le pro­blème est que c’est l’action de pré­vi­sua­li­sa­tion de l’article en cours de rédac­tion qui déclenche ce dis­po­si­tif. Pour­quoi ? Mys­tère. Du coup, lorsqu’on a pré­vi­sua­lisé, le com­por­te­ment de l’article change. On passe du binôme habi­tuel « brouillon »/« en ligne » à « à supprimer/​sauvegarde auto­ma­tique ». C’est assez confu­sion­nant. De la même manière, les dif­fé­rentes ver­sions d’un article sont ajou­tées à la liste glo­bale des articles édités sans qu’aucun indice visuel n’indique qu’il ne s’agit en fait que d’une étape inter­mé­diaire d’un article dont la ver­sion finale se trouve déjà dans la liste.

Mais il y a quand même de véri­tables trou­vailles. Je n’en cite qu’une, pour l’exemple : K-​sup connaît un type d’objets par­ti­cu­liers appelé « pages libres ». Contrai­re­ment aux autre types d’objets, comme les articles, les actua­li­tés ou les fiches des­crip­tives de struc­tures ou d’offres de for­ma­tion, les pages libres sont en fait des « méta-​pages » à l’intérieur des­quelles on peut ajou­ter autant de blocs que l’on sou­haite, que l’on dis­pose comme on veut dans sa page. On peut ainsi com­po­ser une page sur plu­sieurs colonnes, plu­sieurs niveaux en ajou­tant et dis­po­sant blocs sur blocs. Mais le plus inté­res­sant est que cha­cun des blocs peut être « peu­plé » pas des don­nées que l’on puise à l’intérieur des autres pages du site. Ainsi, on peut com­po­ser une page qui intègre en son sein le contenu de plu­sieurs articles publiés sur le site. Evi­dem­ment, chaque mise à jour de cha­cune de ces pages sera réper­cu­tée au niveau de la page libre. Par le moyen de requêtes auto­ma­tiques on peut aussi sélec­tion­ner des listes (d’actualité, d’articles, de per­sonnes, de struc­tures) qu’on pourra ras­sem­bler sur une même page au gré de sa fantaisie.

Cer­tains rédac­teurs peuvent ainsi rap­pro­cher des infor­ma­tions qu’ils jugent per­ti­nent de rap­pro­cher, en com­po­sant, sans aucune connais­sance html, des pages qui vont en quelque sorte « faire leur mar­ché » de don­nées dans le reste du site. Du coup tout le monde à inté­rêt à entrer le maxi­mum de don­nées, de maté­riaux de bases, dont on peut ensuite se ser­vir pour mettre en place une véri­table poli­tique édito­riale au niveau des pages libres, qui ne soit pas pré-​contrainte par la struc­tu­ra­tion admi­nis­tra­tive de l’établissement ou docu­men­taire des types d’objets qu’il mani­pule. Bien joué !

Maj : il y a aussi des fils d’actualités. Mais atten­tion : ces fils sont manuels. Cha­cun peut créer un fil en se fai­sant sa propre petite sélec­tion à par­tir des articles ou des actua­li­tés à l’intérieur du site, selon une logique thé­ma­tique ou autre. Ensuite, le fil peut être inté­gré à plu­sieurs endroits dans le site, au sein d’articles ou de pages libres par exemple. Du coup, on peut faire émer­ger un rôle d’éditeur qui peut avoir une res­pon­sa­bi­lité édito­riale sur ou plu­sieurs fils téham­tiques qui pour­ront ensuite être uti­li­sés libre­ment par d’autres per­sonnes dans le site de l’établissement. Pas mal, ça aussi.

Le jour où les machines sont entrées à l’Assemblée


Le pro­jet de loi sur le droit d’auteur dans la société de l’information (DADVSI) crée encore beau­coup de remous. Les dis­cus­sions vont bon train, de plus en plus sur la licence légale, mais aussi encore sur les DRM et les menaces qu’une géné­ra­li­sa­tion ferait peser sur les logi­ciels libres (sans par­ler de notre vie privée !).

Bref. Je ne vais pas épilo­guer, et ajou­ter un billet de plus à la masse de ceux qui viennent prendre posi­tion sur le sujet. Car c’est bien davan­tage la manière dont le débat s’organise et évolue qui m’intéresse ici. Il faut d’abord dire que les événe­ments qui se sont dérou­lés à l’Assemblée Natio­nale autour du 20 décembre sont, pour moi, consi­dé­rables ; car, contre toute attente, et en dépit du faible nombre de dépu­tés (ce qui était prévu), le gou­ver­ne­ment a été empê­ché de mener à bien son pro­jet légis­la­tif comme il l’entendait. Mieux que cela encore : il a été débordé par la nais­sance d’un véri­table débat à l’Assemblée, mêlant de manière très inté­res­sante pré­ci­sion tech­nique (sur les DRM, les pra­tiques de télé­char­ge­ment et de par­tage), consi­dé­ra­tions phi­lo­so­phiques (sur le droit d’auteur, l’avenir de la culture), et manoeuvres poli­tiques (avec la bataille d’amendement et les recours à la procédure).

Sui­vant, comme des mil­liers d’autres, les débats en direct sur le site de l’Assemblée, j’étais dans le même temps pré­sent sur les forums et l’interface de chat de Fra­ma­soft [19]. Un cer­tain nombre de ceux qui par­ti­ci­paient ont eu le sen­ti­ment que quelque chose d’exceptionnel se dérou­lait : d’abord, par la qua­lité des inter­ven­tions, tout à fait à la hau­teur des enjeux ; ensuite, parce que, pour la pre­mière fois, à par­tir du moment en par­ti­cu­lier où un cer­tain nombre de dépu­tés UMP ont com­mencé à se pro­non­cer contre leur gou­ver­ne­ment, nous avons eu le sen­ti­ment que les choses n’étaient pas jouées d’avance ; mais aussi lorsque les dépu­tés Paul, Bloche, Dutoit et Billard ont com­mencé à reprendre en choeur les argu­ments déve­lop­pés par EUCD​.info, y com­pris dans ses dimen­sions les plus tech­niques, don­nant le sen­ti­ment que des membres de la classe poli­tique pou­vaient se faire le relais et les porte-​parole d’une mobi­li­sa­tion popu­laire que l’on connaît ; enfin, j’ai per­son­nel­le­ment vécu un cer­tain moment d’ivresse en voyant d’un côté les par­ti­ci­pants du chat sur Fra­ma­soft non seule­ment com­men­ter et s’informer réci­pro­que­ment du sens des amen­de­ments dis­cu­tés, mais aussi écrire en direct des mails de remer­cie­ment aux dépu­tés qu’ils étaient en train d’entendre, et dans le même temps ces dépu­tés évoquer l’importance de l’audience que connais­saient ces débats (et donc l’attention qu’y por­tait l’opinion publique) pour appuyer leurs demandes de temporisation.

Tout à coup, et l’espace d’un ins­tant, tout sem­blait prendre sens et je voyais nos vieilles ins­ti­tu­tions poli­tiques, reprendre vie, nous offrant de manière mira­cu­leuse un moment de démo­cra­tie où la mobi­li­sa­tion de dizaines de mil­liers de citoyens sem­blait s’imbriquer dans un sys­tème repré­sen­ta­tif qui avait l’air de bien vou­loir fonc­tion­ner à nou­veau, et fonc­tion­ner encore mieux du fait des faci­li­tés de com­mu­ni­ca­tion qu’offrent les nou­velles technologies.

Oui, je sais, je suis lyrique et j’avoue une cer­taine naï­veté enthou­siaste en cette occa­sion, mais je refuse de bou­der mon plai­sir, en bon lec­teur de Rous­seau qui sait que la démo­cra­tie s’accommode mal de la durée et que ce miracle poli­tique, ce moment de trans­pa­rence, n’a pu nous être donné que l’espace d’un ins­tant. Je trouve aussi tout à fait signi­fi­ca­tif que des dizaines de per­sonnes aient tra­vaillé et tra­vaillent encore sur les vidéos et comptes ren­dus de ces ses­sions par­le­men­taires, s’échangeant avec pas­sion, non pas le der­nier remake d’une ânerie sor­tie des stu­dios d’Hollywood, mais des enre­gis­tre­ments d’interventions poin­tues sur des amen­de­ments tech­niques à un pro­jet de loi sur le droit d’auteur. Et je m’empresse d’ailleurs de com­man­der le DVD « col­lec­tor » des débats qu’un pas­sionné pro­pose à ceux qui le souhaitent.


A mes yeux, le dis­cours intro­duc­tif que Chris­tian Paul a pro­noncé pour défendre son excep­tion d’irrecevabilité consti­tue un véri­table monu­ment du genre et a valeur de modèle pour la manière dont des dis­cus­sions techno-​juridiques com­plexes peuvent être conduites au sein d’une assem­blée démo­cra­tique géné­ra­liste. Car pour la pre­mière fois, les sys­tèmes tech­niques dont il était ques­tion fai­saient l’objet d’une évoca­tion concrète et authen­tique qui contras­tait dure­ment avec les pro­pos très méta­pho­riques du ministre. Par rap­port à une tra­di­tion d’évocation très dis­tante et théo­rique des usages d’Internet dans laquelle sem­blait jusqu’alors se com­plaire l’Assemblée, le député semble avoir réussi en un coup à régler la focale sur cet objet que toute une par­tie de la classe poli­tique consi­dère d’un regard myope.

Sou­dain, ces machines à com­mu­ni­quer qui peuplent notre quo­ti­dien, sans les­quels nous ne savons plus vivre et que nous ne savons pas encore consi­dé­rer poli­ti­que­ment, semblent avoir fran­chi les portes de l’Assemblée et s’inviter en per­sonne au débat. For­mi­dable sym­bole donc que ces ipod pré­sents à la tri­bune de l’Assemblée, pre­nant sou­dain la parole devant le repré­sen­ta­tion natio­nale pour poser la seule ques­tion qui vaille la peine d’être posée : com­ment allons-​nous redé­fi­nir les règles de fonc­tion­ne­ment d’une société qui ne peut plus igno­rer notre exis­tence ?

«Club des blogueurs de mon coeur»


Je ne sais plus si j’en ai parlé récem­ment, mais j’adore de plus en plus les blogs BD. J’ai décou­vert ce genre récem­ment, à l’occasion du pre­mier fes­ti­val qui s’est déroulé à Bercy en sep­tembre, et depuis je ne décroche plus.

Autant les blogs clas­siques me semblent inté­res­sants quand ils sont très poin­tus sur une acti­vité, un domaine de com­pé­tence, lorsqu’ils apportent des connais­sances et plus ennuyeux lorsqu’ils sont pure­ment auto­bio­gra­phiques (avec des excep­tions bien sûr), autant la situa­tion est exac­te­ment inverse lorsqu’on regarde la plu­part de leurs équi­va­lents en BD. Pour­tant, tra­di­tion­nel­le­ment, la BD est un art qui est rare­ment auto­bio­gra­phique (il répond sou­vent aux genres de la fic­tion d’aventure, de science-​fiction, his­to­rique, humo­ris­tique, etc.).

L’excellente idée qu’ont eu les orga­ni­sa­teurs du fes­ti­val, a été d’organiser des séries d’interview avec la plu­part des des­si­na­teurs invi­tés, inter­view ensuite publiés sur un blog ad hoc. Ce fut un bon moyen pour moi de décou­vrir toute une bro­chette de jeunes talents.

Comme le dit Cha, l’un d’eux jus­te­ment (l’une d’elles plu­tôt ; la pro­por­tion de filles me semble plus impor­tante qu’ailleurs), c’est bien d’autobiographie retra­vaillée qu’il s’agit et on voit bien com­ment ces des­si­na­teurs jouent le jeu ambigü du dévoi­le­ment et du tra­ves­tis­se­ment qui, appa­rem­ment, est aussi jouis­sif pour eux que pour leurs lec­teurs. Ce qui est fas­ci­nant, c’est la manière dont ils se sont « com­mu­nau­ta­ri­sés » en quelque sorte : ils s’interpellent s’invitent régu­liè­re­ment d’un blog à l’autre, se font sou­vent des clins d’oeil gra­phiques, et ont même déve­lop­pés des pra­tiques com­mu­nau­taires comme les cadavres exquis ou les fan arts. On sent beau­coup d’amitié et de recon­nais­sance réci­proque entre eux, et cette atmo­sphère par­ti­cipe aussi à la magie du genre.

Le style propre à ces blogs BD, c’est l’autodérision le plus sou­vent ; repré­sen­tant avec humour les micro-​événements de leur petite vie quo­ti­dienne, ces des­si­na­teurs adoptent une pos­ture assez oppo­sée à la ten­dance natu­relle du blo­geur tex­tuel, dont la tête a natu­rel­le­ment ten­dance à enfler de manière pro­por­tion­nelle à ses sta­tis­tiques de fré­quen­ta­tion (je ne cite­rai pas de nom, même sous la tor­ture). Et cela aussi, c’est assez rafraichissant.

Le public ne s’y trompe pas d’ailleurs, qui, si j’en crois le nombre très impor­tant de com­men­taires que reçoit chaque planche, est très fidèle et s’identifie faci­le­ment au des­si­na­teur tel qu’il se repré­sente dans son per­son­nage prin­ci­pal. Tout ce passe comme si ces blogs construi­saient ensemble une sorte de petit monde paral­lèle au nôtre, une comé­die humaine dérou­lant avec sim­pli­cité son spec­tacle sous nos yeux.

Cha, Lau­rel, Del­fine, Melaka, Bou­let, Simon, Tho­mas, Poi­panda et ceux que je ne connais pas encore, conti­nuez, car nous vous aimons !


© Cha 2006 pour l’illustration. Merci à elle de nous auto­ri­ser à la repro­duire ici.

La nécessaire modernisation de la licence creative commons ?


En ces temps de régres­sion poten­tielle (cf. DADVSI et la mobi­li­sa­tion qu’il pro­voque), la ques­tion du droit d’auteur est au car­re­four de bien des enjeux. En par­ti­cu­lier, les DRM sont une véri­table machine à tuer. Dans dix ans, les CD que j’ai ache­tés benoi­te­ment à la FNAC, qui ne passent déjà pas sur tous mes lec­teurs de CD, seront-​ils jetés à la pou­belle ? Par chance, ceux qui n’auront pas payé leur musique pour­ront peut-​être don­ner des fichiers de sub­sti­tu­tion à ceux qui ont joué le jeu de la juste rému­né­ra­tion de l’auteur… Drôle de monde.

La licence Crea­tive com­mons est pré­sen­tée comme une alter­na­tive à une par­tie de ces pro­blèmes. Mais elle n’est pas mûre, et je m’inquiète des enthou­siasmes à son égard, qui me semblent hâtifs. En effet, la licence CC est pleine de ver­tus quand on se place au niveau du docu­ment. Oui, je sou­haite que mes écrits puissent être repro­duits, dif­fu­sés, réuti­li­sés, en par­ti­cu­lier dans un contexte d’enseignement, de recherche, de dif­fu­sion des idées, de pro­lon­ge­ment des débats. Mais je sou­haite éviter au moins deux écueils, contre les­quels je crois que la licence CC ne me pro­tège pas aujourd’hui :

- il est pos­sible d’exclure une uti­li­sa­tion com­mer­ciale, ce qui est très utile. Mais qu’est-ce qu’une uti­li­sa­tion com­mer­ciale ? Ima­gi­nons un héber­geur de blogs qui veut se faire rapi­de­ment une place sur un mar­ché saturé. Qui lui inter­dit d’aspirer 2000 blogs en licence CC et de les repu­blier, afin d’atteindre une masse cri­tique de docu­ments sur son site et d’attirer des clients poten­tiels ? La mise à dis­po­si­tion du contenu des 2000 blogs étant gra­tuite, la société pourra avan­cer qu’elle n’en fait pas un usage com­mer­cial… mais elle s’en sert pour mettre en place une acti­vité com­mer­ciale. Où est la fron­tière ? Qui va la fixer ? Si je la fixe au cas par cas, le gain de l’automaticité de la licence CC est perdu. D’autre part, je crois qu’exclure par prin­cipe les socié­tés com­mer­ciales d’utiliser les docu­ments en licence CC serait une énorme erreur.

- le deuxième pro­blème me semble encore plus impor­tant. Autant je sou­haite qu’un billet soit dis­tri­buable lar­ge­ment. Autant je me refuse à ce que l’ensemble (ou même une pro­por­tion sub­stan­tielle) de mes billets soit redif­fusé sans mon auto­ri­sa­tion. La licence CC protège-​t-​elle un site dans son ensemble et sa cohé­rence, tout en auto­ri­sant la réuti­li­sa­tion d’un nombre limité de billets ? Ce pro­blème concerne les blogs mais égale­ment, et sur­tout, les vastes entre­prises qui sont le fruit d’années de tra­vail, comme l’Album des sciences sociales ou Calenda, le calen­drier des sociales, que j’ai fon­dés et aux­quels je conti­nue à col­la­bo­rer. Il en est de même pour les revues, comme par exemple Rura­lia, His­toire & Mesure et le Jour­nal de la Société des Amé­ri­ca­nistes.

Pour ces rai­sons, j’ai demandé à Pio­trr que mes billets 2006 sur ce blog ne soient pas sys­té­ma­ti­que­ment sou­mis à la licence CC. D’une façon plus géné­rale, je pré­fère désor­mais attendre d’être ras­suré avant de conti­nuer à pro­po­ser cette licence à des por­teurs de pro­jets d’édition électronique.

La syndication de contenus : ça progresse (janvier 2006)


Le 29 août der­nier, je publiais un pre­mier billet sur la syn­di­ca­tion de contenu. J’y évoquais les pro­grès et, sur­tout, les limites des usages de ce type d’outil de veille en sciences humaines et sociales. Etant par ailleurs chargé, entre autres, de la consti­tu­tion d’une archive ouverte dédiée à l’EHESS, je me suis pen­ché sur HAL-​SHS.

Il n’était pas ques­tion de consti­tuer une archive concur­rente, mais plu­tôt de tra­vailler avec l’équipe de Franck Laloë et Daniel Char­nay, qui tra­vaillent depuis des années pour la com­mu­nauté scien­ti­fique et com­mencent à en récol­ter les fruits. Cepen­dant, pour convaincre les cher­cheurs de dépo­ser leurs articles dans HAL-​SHS (ou dans le dépôt de l’EHESS, ce qui revient au même), je sou­hai­tais qu’ils puissent capi­ta­li­ser immé­dia­te­ment leur inves­tis­se­ment dans ce nou­vel outil. Ils oeuvrent pour la pos­té­rité et pour le bien com­mun, soit, mais il est tou­jours plus facile de se moti­ver lorsqu’un tra­vail est sanc­tionné par un béné­fice immé­diat et pal­pable. En l’espèce, il sem­blait par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant que les sites de centres de recherche et les sites per­son­nels puissent réper­cu­ter immé­dia­te­ment tous les ajouts effec­tués dans HAL-​SHS. Ainsi, cette archive ouverte per­met­trait de com­po­ser rapi­de­ment des biblio­gra­phies tou­jours à jour, sans avoir à faire appel à nombre d’intermédiaires pour chaque mise à jour biblio­gra­phique sur les sites dans les­quels le cher­cheur est impliqué.

Il était bien entendu pos­sible de mois­so­ner HAL-​SHS via le pro­to­cole OAI et de réper­cu­ter ces infor­ma­tions sur les sites de l’EHESS. Mais cela consti­tue une opé­ra­tion lourde, à la por­tée d’un établis­se­ment d’enseignement et de recherche comme l’EHESS, mais cela com­pli­quait arti­fi­ciel­le­ment les choses et bri­dait la dif­fu­sion de l’information (dit autre­ment, la démo­cra­ti­sa­tion du pro­ces­sus de dif­fu­sion était enrayée). C’est de ce point de vue que la syn­di­ca­tion de conte­nus est appa­rue, à bien des égards, comme une solu­tion supé­rieure :

- elle est plus simple à implé­men­ter, car il existe des cen­taines de par­seurs RSS/​ATOM en PHP, ASP, etc. Cela signi­fie, en clair, que des sites fai­ble­ment dotés de moyens peuvent affi­cher le contenu de ce type d’information.

- elle per­met aux cher­cheurs et étudiants de se tenir au cou­rant via leur agré­ga­teur de fils RSS favori.

- elle reporte la charge de tri sur un ser­veur cor­rec­te­ment dimen­sionné (celui du CCSD).

Après un rapide échange avec Franck Laloë et Daniel Char­nay en octobre, il a été convenu que j’enverrai un docu­ment pré­sen­tant ma demande. Le mes­sage que j’ai envoyé avait pour objet la mul­ti­pli­ca­tion des flux de syn­di­ca­tion de conte­nus en SHS [18].

Le message a été envoyé le 6 novembre. Je n'ai pas eu le temps d'envoyer les spécifications techniques plus précises que je souhaitais rédiger. Daniel Charnay et Laurent Capelli ont produit dès décembre des flux thématiques. Plusieurs échanges ont permis d'améliorer certains points, et d'autres sont encore à affiner. Mais ça avance. Et c'est là l'essentiel.

Vous pouvez par exemple consulter le flux rss du Shadyc et du Lhivic (les laboratoires auxquels j'appartiens). Ma page sur le site du CEDEL est ali­men­tée par la liste des publi­ca­tions venant de HAL-​SHS. Les autres sites aux­quels je suis asso­cié affi­che­ront bien­tôt ces infor­ma­tions dyna­mi­que­ment, sans que je doive les répé­ter par­tout. Dans mon cas, le gain reste faible. Mais pour un cher­cheur plus âgé et ayant beau­coup plus publié, l’impact est considérable.

Mora­lité : il est inutile de se plaindre des lacunes actuelles des sites en SHS. Lorsqu’on a des inter­lo­cu­teurs construc­tifs comme le furent les gens du CCSD, une bonne pro­po­si­tion vaut mieux que dix critiques.