Archives mensuelles : février 2006

Un répertoire collaboratif


Par Aaronk
La consti­tu­tion d’un réper­toire de liens est une œuvre com­plexe et de longue haleine. Des dizaines de mil­liers de rédac­teurs, dont je fais par­tie, tentent d’y par­ve­nir dans Dmoz, le gigan­tesque réper­toire de liens réa­lisé béné­vo­le­ment. Il donne des résul­tats inégaux, mais reste mal­gré tout le moins mau­vais des réper­toires géné­ra­listes au monde.

La pro­blé­ma­tique est simple. Soit on fédère une équipe de rédac­teurs qui adhèrent au pro­jet, et on leur pro­pose de fait de renon­cer à leur propre réper­toire, soit on consti­tue une sorte de fédé­ra­tion de pro­jets imbri­qués comme autant de pou­pées russes. Le pre­mier modèle est une aber­ra­tion, car il est impé­ra­tif que cha­cun s’y retrouve. Res­pec­ter les inté­rêts par­ti­cu­liers de chaque par­te­naire est en effet indis­pen­sable pour que la dyna­mique col­lec­tive s’enclenche et puisse durer. La deuxième option est adop­tée par Vir­tual Library (Vlib), struc­ture hyper-​fédérative fondé par Tim Ber­ners Lee, qui fonc­tionne à l’échelle mon­diale en rai­son de la diver­sité des langues et des dis­ci­plines. Mais ce méga-​répertoire, très dis­tri­bué et trop dis­pa­rate, souffre de han­di­caps exces­sifs lorsqu’on cherche à le recon­duire à l’intérieur d’un champ dis­ci­pli­naire et lin­guis­tique cohé­rent. En effet, le tra­vail de L’Album des sciences sociales et de Biben­ligne ne concerne pas des cor­pus simi­laires, mais ces réper­toires spé­cia­li­sés en Sciences humaines et sociales dis­posent d’un nombre consi­dé­rable de réfé­rences com­munes. Dans cet uni­vers, il est pos­sible d’empiler les réper­toires les uns à côté des autres. Mais cela impose, de fait, de mul­ti­plier les redon­dances, même si celles-​ci ne s’inscrivent pas dans le même clas­se­ment thé­ma­tique. Donc de mul­ti­plier les heures de repé­rage, des­crip­tion, classement.

En 2004 – 2005, j’avais ima­giné un sys­tème de « syn­chro­ni­sa­tion de contenu », qui per­met­tait à un réseau de réper­toires de par­ta­ger des notices via un échange de fichiers XML. Ce sys­tème sem­blait per­ti­nent car il est hori­zon­tal. Chaque réper­toire choi­sit, notice par notice, ce qu’il emprunte au par­te­naire. Peut le reclas­ser. Faire évoluer le com­men­taire. Remettre dans le pot com­mun son amé­lio­ra­tion. Si la réa­li­sa­tion tech­nique deman­dait quelques efforts de concep­tion et de déve­lop­pe­ment, deux pro­blèmes n’ont pas per­mis d’aboutir. Tout d’abord, en l’absence d’un stan­dard de syn­chro­ni­sa­tion de contenu qui soit implé­menté dans de nom­breux CMS, l’adhésion au réseau des réper­toires impo­sait une adap­ta­tion tech­nique pro­ba­ble­ment lourde. Il y avait donc un « ticket d’entrée » dans le sys­tème trop élevé. Alors qu’un réseau de ce type n’a d’intérêt que s’il est capable de fonc­tion­ner dans un uni­vers tech­no­lo­gi­que­ment hété­ro­gène. En gros, s’intégrer faci­le­ment à Typo3, Dot­clear, Zope, Lodel, Spip ou ASP­Nuke, pour citer des outils très dif­fé­rents. Ensuite, il fal­lait pré­voir un temps de ges­tion édito­riale assez élevé : la main­te­nance d’une telle quan­tité de notices s’annonçait longue, voire labo­rieuse. La mutua­li­sa­tion pré­sen­tait ici ses limites, car chaque réper­toire allait pas­ser plus de temps à digé­rer les notices des voi­sins qu’à ali­men­ter ou à main­te­nir les notices col­lec­tives. En somme, la ges­tion du flux des entrées allait consom­mer un temps exces­sif, dont l’utilisation aurait été mieux employée à la rédac­tion de notices.

C’est pour­quoi j’ai renoncé à un tel modèle et pro­posé quelque chose de plus souple et de plus opé­ra­toire. Il s’agit d’un sys­tème s’appuyant sur la syn­di­ca­tion de conte­nus. Chaque réper­toire par­te­naire pioche libre­ment dans l’Album des sciences sociales, via des flux RSS/​ATOM, le contenu de chaque rubrique qui l’intéresse. Il peut en réper­cu­ter la tota­lité sur son site (sauf le com­men­taire, qui peut poser des pro­blèmes en rai­son de son carac­tère volon­tai­re­ment sub­jec­tif). Mieux : pour éviter que le rubri­quage de L’Album soit imposé à chaque par­te­naire alors qu’il est le résul­tat de choix contes­tables et d’orientations propres à Revues​.org, le sys­tème per­met à chaque col­la­bo­ra­teur de construire sa propre arbo­res­cence et d’y affec­ter des notices de site. Construi­sant ainsi un réper­toire pensé selon une logique spé­ci­fique, dont le contenu et l’arborescence peuvent être très sim­ple­ment réper­cu­tés sur le site du réper­toire par­te­naire. Ce que le sys­tème perd en hori­zon­ta­lité (car l’Album devient cen­tral alors qu’il aurait été pré­fé­rable qu’il soit un élément du réseau), il le gagne en liberté édito­riale et en sou­plesse tech­no­lo­gique : le « ticket d’entrée » est très faible et l’ensemble assez confi­gu­rable pour per­mettre la coha­bi­ta­tion de tech­no­lo­gies très dif­fé­rentes, voire la consti­tu­tion d’un réper­toire mixant des don­nées en pro­ve­nance d’un CMS « mai­son » et de flux venant de l’Album des sciences sociales. Si ce sys­tème ne cor­res­pond pas à 100% des besoins d’un idéal réseau des réper­toires de liens en Sciences humaines et sociales, il per­met la conver­gence d’un nombre non négli­geable d’initiatives. Plu­sieurs par­te­naires ont entamé l’expérience avec nous ; ses effets devraient être visibles dans les semaines à venir.

Afin de mettre en valeur la contri­bu­tion de cha­cun, chaque notice peut être signée. Chaque notice ainsi signée pourra com­por­ter un lien vers l’annuaire d’origine. Les accords for­ma­li­sés pour­ront égale­ment faire l’objet d’un affi­chage via des logos d’institutions par­te­naires (nous l’avons déjà fait pour Calenda avec l’Uni­ver­sité d’Avignon).

La base consti­tuée per­met­tra d’alimenter un moteur de recherche qui s’appellera In-​extenso et qui aura pour par­ti­cu­la­rité d’indexer, d’une part, des dépôts OAI, et d’autre part l’ensemble des sites sélec­tion­nés par l’équipe de l’Album des sciences sociales. Il est pour l’instant opé­ra­tion­nel dans l’arrière-cour de Revues​.org mais nous n’avons pas encore eu le temps de lui don­ner la robe qui lui a été des­si­née. De ce fait, pour l’instant, vous ne pou­vez uti­li­ser qu’une ver­sion vieille comme Hérode, qui n’a pas d’intérêt réel (le moteur qui l’anime est ancien, tout autant que sa liste de liens). Mais lorsqu’il sor­tira, il s’agit d’un moteur de recherche d’origine col­la­bo­ra­tive, hau­te­ment spé­cia­lisé. Une expé­rience amu­sante à mener, me semble-​t-​il.

La mise en oeuvre concrète d’un tel sys­tème ren­con­trera pro­ba­ble­ment des dif­fi­cul­tés et nous affron­te­rons ses limites struc­tu­relles. Nous vous tien­drons alors au cou­rant des conclu­sions que nous en tirons. La vie est mou­ve­ment, n’est-ce pas ?

L’Album des sciences sociales


Jamais, sans doute, nous n’avons eu autant de besoin d’outils de repé­rage des conte­nus en ligne en Sciences humaines et sociales. Les outils dédiés à cet usage sont rares. Pour en res­ter aux sites fran­co­phones, citons les Signets de la BNF et Culture​.fr, très géné­ra­listes, Liens-​socio, incon­tour­nable, sur­tout pour sa par­tie sur l’actualité, de Ménes­trel pour l’histoire médié­vale, Biben­ligne pour la Médi­ter­ra­née, Sibel pour les Sciences de l’information, Les clio­nautes pour l’enseignement d’Histoire & Géo­gra­phie, Vlib Lit­té­ra­ture pour les Lettres et l’Album des sciences sociales, de Revues​.org. J’ai fondé ce der­nier outil il y a quelques années et, très rapi­de­ment, c’est Syl­vain Piron qui en a assumé la direc­tion, jusqu’à la fin de l’année 2005. Désor­mais, c’est Jean-​Christophe Peys­sard qui va en assu­rer la rédac­tion en chef.

L’Album des sciences sociales est un réper­toire de liens spé­cia­lisé, qui signale un peu plus de 2000 sites dif­fé­rents. Depuis l’automne 2005, de pro­fondes modi­fi­ca­tions ont été mises en place afin de per­mettre le déve­lop­pe­ment de cet annuaire. L’équipe de rédac­tion s’est élar­gie, et reste ouverte aux per­sonnes dési­reuses de la rejoindre [elle peut être jointe à l’adresse album@​revues.​org] ; le logi­ciel per­met­tant sa mise en ligne a été changé : il s’agit désor­mais de Lodel, ce qui pro­cure beau­coup plus de confort aux rédac­teurs et offre de nou­velles fonc­tion­na­li­tés. Mais la plus grande modi­fi­ca­tion est en cours de mise en place. Elle cherche à répondre à la ques­tion sui­vante : com­ment unir les forces de divers réper­toires sans dis­soudre l’énergie de cha­cun dans une entre­prise niant les par­ti­cu­la­ri­tés dis­ci­pli­naires et ins­ti­tu­tion­nelles de chacun ?

La suite au pro­chain billet.