Archives mensuelles : mars 2006

Ecritures en ligne, outils et pratiques (plan de cours)

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Ecri­tures en ligne
Plan de cours 2006

Voici mes notes sur un cours que je viens de ter­mi­ner (pour ainsi dire) sur « Ecri­tures en ligne, outils et pra­tiques ». Le for­mat est 10h30 sur 7 séances. C’est un tour d’horizon des outils en ligne qu’un étudiant en SHS peut avoir à sa dis­po­si­tion pour de la veille, de l’information, de la com­mu­ni­ca­tion et de l’écriture col­la­bo­ra­tive. Le cours était des­tiné à des élèves très lit­té­raires sor­tant de prépa. Leur culture est donc a priori très très éloi­gnée du web (ou, lorsqu’ils le pra­tiquent, ils n’imaginent pas for­cé­ment qu’ils peuvent tra­vailler avec). L’objectif est donc de don­ner des repères glo­baux, de don­ner accès aux outils les plus récents mal­gré tout, tout en évitant de trop théo­ri­ser car l’objectif reste pra­tique, et sans s’enfermer dans les cata­logues de res­sources par disciplines !

Il n’y a pas les exer­cices ; c’est un plan très détaillé, avec les topos et les réfé­rences. Il s’agit donc d’un docu­ment tota­le­ment infor­mel dis­tri­bué sous cc-by-sa-2.0. Peut-​être sera-​t-​il utile à quelqu’un !

Edit : A signa­ler, l’excellent dos­sier que la cel­lule de veille scien­ti­fique et tech­nique de l’INRP vient de faire paraître sur Wikipedia.

Improbable révolte


Je viens de ter­mi­ner la lec­ture de La révolte du pro­né­ta­riat, écrit par Joël de Ros­nay et Carlo Revelli, et je dois avouer ici toute ma déception.

L’idée de base de l’ouvrage n’est pour­tant pas inin­té­res­sante, et c’était la pre­mière fois, me semble-​t-​il, qu’elle était expri­mée à tra­vers un livre, en France tout du moins [22]. Il s'agit simplement de dire que nous sommes en train d'assister à un changement d'organisation médiatique, qui nous fait passer d'un mode de diffusion unilatéral de l'information d'un petit nombre de sources vers un grand nombre de destinataires qui n'en sont que le réceptacle passif (organisation top-​down, few-​to-​many), à un mode d’organisation où cha­cun est autant source que des­ti­na­taire de l’information. Pour illus­trer son idée, Joël de Ros­nay choi­sit d’utiliser la méta­phore de la lutte des classes : d’un côté une classe d’infocapitalistes, concen­trant les moyens de pro­duc­tion et de dif­fu­sion de biens infor­ma­tion­nels pro­prié­taires ; de l’autre, une masse de pro­lé­taires de l’information, qui sont acteurs d’un nou­veau mode de cir­cu­la­tion de l’information, hori­zon­tal, décen­tra­lisé, et qui ne dis­posent que du réseau, outil col­lec­tif dont ils n’ont pas la pro­priété, pour le faire.

Il fau­drait d’abord rela­ti­vi­ser une oppo­si­tion qui méri­te­rait d’être pré­ci­sée ; car si, d’un côté, la repré­sen­ta­tion du fonc­tion­ne­ment de médias tra­di­tion­nels comme étant pure­ment ver­ti­caux et indui­sant une pas­si­vité des des­ti­na­taires de l’information a pu être lar­ge­ment remise en cause (par les études de récep­tion par exemple), de l’autre il ne fau­drait pas croire que les conver­sa­tions hori­zon­tales et de pair-​à-​pair que la masse des pro­né­ta­riens entre­tient de blog à blog n’a rien à voir avec l’actualité telle qu’elle est sélec­tion­née et pré­sen­tée par la presse et les médias radio-​télévisés clas­siques. Il existe au contraire une arti­cu­la­tion qui doit être exa­mi­née avec atten­tion. On pour­rait évoquer, à titre d’exemple, une récente dis­cus­sion polé­mique entre Cyrille Fié­vet et Gilles Klein sur le rôle de l’un ou l’autre des types de médias dans la réso­lu­tion d’une affaire récente.

Il fau­drait inter­ro­ger la notion de « révolte » aussi, pré­sente dans le titre, mais qui me semble très mal décrire la situa­tion actuelle. Car s’il y a révo­lu­tion, c’est bien d’une révo­lu­tion sans révolte qu’il s’agit, mar­quée par le déploie­ment rapide de nou­veaux usages à côté, et non contre les anciens, sans qu’il soit néces­saire de sur­dé­ter­mi­ner ce mou­ve­ment par un sens poli­tique qu’il n’a pas néces­sai­re­ment. En fai­sant des blogs, en par­ta­geant leurs pho­tos et vidéos, et même en ali­men­tant Ago­ra­vox, les indi­vi­dus n’ont pas néces­sai­re­ment en tête de débou­lon­ner la dic­ta­ture du 20 heures, comme on pour­rait le croire. Il font sim­ple­ment autre chose à côté, et sou­vent en s’alimentant aux sujets que les mass média proposent.

La ques­tion n’est peut-​être donc pas, fina­le­ment, dans une oppo­si­tion aussi fron­tale entre deux modèles, contrai­re­ment à ce que laisse croire le titre et l’introduction du livre (oppo­si­tion qui et ensuite nuan­cée plus loin (p. 123). L’articulation/opposition entre, d’un côté un mode ver­ti­cal de difus­sion de l’information et de l’autre des pra­tiques de com­mu­ni­ca­tion hori­zon­tales, per­va­sives et inter­sub­jec­tives a fina­le­ment tou­jours existé. Plu­tôt que d’opposer les deux et faire croire qu’on passe de l’un à l’autre, il serait peut-​être plus per­ti­nent de se deman­der quelle forme pré­cise, sin­gu­lière, et donc nou­velle fina­le­ment, cette arti­cu­la­tion prend aujourd’hui.

Et pour cela, il fau­drait évoquer un cer­tain nombre de phé­no­mènes pré­cis et les ana­ly­ser de manière plus appro­fon­die que ce qui est ici fait. Car La révolte du Pro­né­ta­riat a cet autre défaut qu’il évoque à peu près tous les phé­no­mènes dont on parle en ce moment [23], depuis les blogs jusqu'aux imprimantes 3D, en passant par les podcast, le web 2.0, le RSS, FLickr, les wikis et j'en passe, sans qu'on sache toujours bien quel est le rapport avec la question qu'est censé traiter le livre. Cette énumération « tendance » est d'autant plus dommageable, qu'elle n'est pas véritablement appuyée sur une analyse du champ de bataille économique qui sous-tend la mise en oeuvre de ces services. Car la mise en place de la « nouvelle nouvelle économie », comme on l'appelle, signifie la montée en charge de nouveaux acteurs industriels érigeant leur puissance sur la dépouille d'anciens empires médiatiques qui ont formidablement souffert de la conflagration due à l'éclatement de la bulle Internet. Il n'y donc pas que des citoyens contre des chaînes de télévision dans cette histoire, et il aurait été bon de refaire un panorama complet de la situation.

Pour finir, les pas­sages por­tant sur Ago­ra­vox et les conseils en matière de vali­da­tion de l’information sur Inter­net, qui sont de la pro­mo­tion à peine dégui­sée pour le por­tail Ago­ra­vox et la société Cybion, sont assez déplo­rables, à mon avis.

Bref, ce livre est un peu une occa­sion ratée, il me semble, parce qu’au delà de l’identification très géné­rale d’un phé­no­mène dont tout le monde com­mence à prendre conscience, il échoue à en décrire avec pré­ci­sion les res­sorts, comme s’il avait été écrit trop rapi­de­ment et en survol.

To be or note to be


Illustration : (c)<a href="http://morguefile.com/archive/?display=68479">Clara Natoli</a> via Morguefile
Avec l’ajaxisation du web, les logi­ciels en ligne se mul­ti­plient. Parmi eux, les trai­te­ments de texte font fureur. Wri­tely est cer­tai­ne­ment le plus ergo­no­mique et agréable à uti­li­ser. On appré­cie la pré­sen­ta­tion géné­rale et la sou­plesse de fonc­tion­ne­ment. Sur­tout, Wri­tely semble avoir com­pris mieux que d’autres que le prin­ci­pale inté­rêt de ce genre d’application, c’est l’écriture col­la­bo­ra­tive et le par­tage de docu­ments. D’où l’important déve­lop­pe­ment des fonc­tion­na­li­tés qui tournent autour de cette idée : invi­ta­tions par mail, suivi par RSS des modi­fi­ca­tions du docu­ment, visua­li­sa­tion en direct des modi­fi­ca­tions effec­tuées au même moment par un co-​auteur, tag­ging des docu­ments que l’on peut rendre publics à plu­sieurs niveaux, etc. Au fait, il y a un truc abso­lu­ment génial dans Wri­tely –et pour­tant, c’est tout simple, et c’est l’auto-sauvegarde toutes les 30 secondes. Avec les nou­velles appli­ca­tions, on prend de plus en plus l’habitude d’écrire direc­te­ment en ligne dans son navi­ga­teur, et lorsqu’il n’y a pas de sau­ve­garde auto­ma­tique, les catas­trophes sont légions (c’est l’auteur épuisé d’une brève ayant sauté hier à 00h45 après près d’une heure d’écriture qui parle). De ce point de vue, Spip, à qui manque aussi une petite barre de mise en forme « à la Word », a pris un sacré coup de vieux.

Wri­tely a des concur­rents : Gof­fice, qui se veut en fait une suite bureau­tique com­plète, est plu­tôt orienté vers les pré­sen­ta­tions et les docu­ments à mise en page com­plexe. Il four­nit plu­sieurs modèles et per­met de défi­nir des en-​têtes et pieds-​de-​page. Du côté des suites bureau­tiques, on trouve aussi Zoho, qui pré­sente Zoho Wri­ter. Petit der­nier de la série, Ajax­write se pré­sente expli­ci­te­ment comme un clône de Micro­soft Office, avec une barre de menu abso­lu­ment similaire.

Tous ces outils en ligne peuvent impor­ter des fichiers au for­mat trai­te­ment de texte (.doc, .rtf, .sxw quel­que­fois, voire.odt) et expor­ter dans les mêmes for­mats, outre le .html et le .pdf qu’ils pro­posent. Par ailleurs, on peut insé­rer des tableaux, des images, des liens hyper­textes, exac­te­ment comme dans Word, appli­quer des styles pré-​définis et modi­fier la mise en page.

Tout cela est bien beau, mais il manque une fonc­tion­na­lité essen­tielle à l’ensemble de ces outils, et je m’étonne que per­sonne ne s’en soit encore plaint ; il s’agit de la pos­si­bi­lité de créa­tion de notes de bas de page, sys­té­ma­ti­que­ment absente. Il est vrai que la plu­part d’entre eux récu­pèrent les notes qui sont pré­sentes dans un docu­ment importé, en les trans­for­mant très clas­si­que­ment en liens sur ancres nom­mées. Mais pour ce qui concerne la pos­si­bi­lité de créer ou sup­pri­mer des notes, il n’en est pas ques­tion ; et la cause doit en être pour l’essentielle, tech­nique. Car le HTML qui consti­tue en fait le for­mat pivot de toutes ces appli­ca­tions est très peu adapté. Ajou­ter une note impli­que­rait de scan­ner tout le docu­ment à la recherche de balises et de suites de carac­tères spé­ci­fiques et ensuite d’intervenir à deux endroits du docu­ment sans garan­tie de réus­site. On remar­quera d’ailleurs que les barres d’outils javas­cripts qui s’insèrent dans les logi­ciels de publi­ca­tion en ligne, comme HTM­La­rea et FCKe­di­tor n’en dis­posent pas non plus. Et là, pour le coup, le sys­tème de rac­courci propre à Spip, qui ramène le corps de la note à l’endroit d’insertion entre double-​crochet est une vraie trouvaille.

En atten­dant, l’absence de sys­tème de créa­tion de notes est un gros han­di­cap pour l’utilisation de ces outils en milieu aca­dé­mique et, plus lar­ge­ment, pour l’écriture de textes un peu fouillés qui ont sou­vent besoin d’un sys­tème de nota­tion com­plé­men­taire pour déve­lop­per un rai­son­ne­ment ou un exemple par­ti­cu­lier sans perdre de vue l’argumentation principale.


Illus­tra­tion : ©Clara Natoli via Morguefile

Les études visuelles à la casse

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Illus­tra­tion : Com­po­si­tion par André Gun­thert à par­tir de : Man Ray, « Larmes », v. 1930 (coll. Biblio­thèque natio­nale de France, © ADAGP).

Effet secon­daire de la loi DADVSI (droit d’auteur et droits voi­sins dans la société de l’information), le ministre de la culture a divul­gué le 9 mars les accords sec­to­riels conclus entre le minis­tère de l’éducation natio­nale, de l’enseignement supé­rieur et de la recherche et les socié­tés de ges­tion des droits dans les sec­teurs de la musique, de l’audiovisuel, de la presse, des arts visuels et de l’écrit (ADAMI, ADAGP, SACD, SACEM, SCAM, PROCIREP, etc.). Alors que la direc­tive euro­péenne de 2001, que la loi fran­çaise est cen­sée adap­ter, recom­man­dait la mise en place d’une excep­tion péda­go­gique ins­pi­rée du fair use amé­ri­cain, autre­ment dit l’exemption du droit d’auteur pour les usages d’enseignement et de recherche, le minis­tère de la culture a choisi d’imposer l’application d’un droit contrac­tuel au sein des lycées et des uni­ver­si­tés, qui trans­forme les conte­nus d’enseignement et de recherche en marchand.

Les accords limitent expli­ci­te­ment les usages des œuvres visuelles à l’illustration des cours, thèses ou col­loques, sans ima­gi­ner que ces œuvres puissent for­mer l’objet de l’analyse. Ils exigent de limi­ter la com­mu­ni­ca­tion des œuvres pro­té­gées aux seuls cher­cheurs et étudiants. Ils excluent l’usage des DVD ou VHS ache­tés dans le com­merce par les ensei­gnants. Ils nor­ma­lisent la notion d’extrait de film à un maxi­mum de six minutes chaque, et limitent à 15% d’une œuvre leur ensemble. Ils inter­disent de dépas­ser un quota de vingt images mises en ligne par cours ou tra­vail de recherche, dans un for­mat maxi­mum de 400 pixels de côté. Ils inter­disent pour les pro­fes­seurs l’archivage, le clas­se­ment dans des bases de don­nées, l’indexation en ligne des images ou des extraits de films, qui ne peuvent faire l’objet que d’un usage tem­po­raire. Ils inter­disent pour les élèves et les étudiants de copier ces conte­nus. Ils requièrent la com­mu­ni­ca­tion des mots de passe des intra­net et extra­net sco­laires et uni­ver­si­taires et confèrent aux repré­sen­tants des socié­tés de ges­tion le droit de véri­fier le contenu des cours, com­mu­ni­ca­tions, thèses, etc. Des limi­ta­tions simi­laires sont énon­cées pour l’usage des œuvres musi­cales ou de la presse.

Ces exi­gences sont tout à fait nor­males de la part des socié­tés de ges­tion des droits dans un cadre com­mer­cial. Elles se trouvent ici stric­te­ment trans­po­sées à l’univers aca­dé­mique, contre paie­ment en mon­naie son­nante et tré­bu­chante, sans aucune adap­ta­tion à ses spé­ci­fi­ci­tés, ni aucune concer­ta­tion avec ses acteurs. A une époque où les usages des conte­nus cultu­rels dans l’enseignement comme leur ana­lyse dans le cadre de la recherche connaissent un heu­reux déve­lop­pe­ment, n’importe quel pro­fes­seur, n’importe quel cher­cheur aurait pu expli­quer aux rédac­teurs du minis­tère de la culture que ces dis­po­si­tions sont sim­ple­ment et stric­te­ment inap­pli­cables. Mais elles sont aussi par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reuses. Outre qu’elles auront pour effet de frei­ner l’essor de ces domaines de recherche, au moment même où les cultu­ral stu­dies s’imposent lar­ge­ment dans le domaine anglo-​saxon, elles vont aussi détour­ner les cher­cheurs et les ensei­gnants des cor­pus fran­çais, au pro­fit de sources notam­ment amé­ri­caines, rele­vant par défi­ni­tion du fair use. Elles pro­dui­ront une césure arti­fi­cielle entre conte­nus libres de droits et conte­nus payants, en orien­tant les choix en fonc­tion des res­sources plu­tôt que des néces­si­tés de l’analyse. Elles creu­se­ront le fossé entre uni­ver­si­tés riches et uni­ver­si­tés pauvres. Elles ont enfin la carac­té­ris­tique d’imposer le contrôle et la tra­ça­bi­lité des conte­nus d’enseignement et de recherche dans l’univers aca­dé­mique par des socié­tés pri­vées, ce qui place la France dans une situa­tion unique parmi les pays développés.

L’usage des conte­nus audio­vi­suels requiert déjà suf­fi­sam­ment de tra­vail et de soin de la part des pro­fes­seurs et des étudiants, en sup­po­sant un accès com­pli­qué aux sources, la maî­trise et la dis­po­ni­bi­lité de tech­no­lo­gies et de maté­riels de pré­sen­ta­tion divers, pour ne pas avoir besoin au sur­plus d’être cri­mi­na­lisé. Au contraire, cet usage requiert d’être sou­tenu par des mesures pro­pices et pro­tégé par l’application de l’exception péda­go­gique que recom­mandent la direc­tive euro­péenne du 22 mai 2001 et la Confé­rence des pré­si­dents d’université (CPU).

En tant que cher­cheurs et ensei­gnants en études visuelles, habi­tués à mon­trer plu­sieurs mil­liers d’images par an, nous refu­sons de limi­ter nos usages ico­no­gra­phiques à quelque quota que ce soit.

En tant que cher­cheurs et ensei­gnants en études visuelles, nous refu­sons d’interdire l’accès à nos sémi­naires aux audi­teurs libres.

En tant que cher­cheurs et ensei­gnants en études visuelles, nous refu­sons d’employer les maigres sub­sides de la recherche publique à rému­né­rer de richis­simes socié­tés privées.

En tant que cher­cheurs et ensei­gnants en études visuelles, nous refu­sons de trier au sein de l’iconographie uti­li­sée pour nos recherches ou nos cours entre images libres de droits et images sous contrat, et à renon­cer pour les secondes à l’archivage et au clas­se­ment — ce qui inter­dit en pra­tique tout tra­vail réel sur ces corpus.

En tant que cher­cheurs et ensei­gnants en études visuelles, nous refu­sons de voir nos cours, nos ordi­na­teurs ou nos abon­ne­ments Inter­net contrô­lés par des socié­tés privées.

En tant que cher­cheurs et ensei­gnants en études visuelles, tant que ces contrats seront en appli­ca­tion, nous sommes dans l’obligation d’informer les étudiants que l’étude du patri­moine fran­çais du XXe siècle peut les confron­ter à d’inextricables dif­fi­cul­tés dans la mise en œuvre ou la valo­ri­sa­tion de leur recherche. Nous devons leur signa­ler qu’il sera par défi­ni­tion moins contrai­gnant de tra­vailler sur des cor­pus du domaine public ou sur les cor­pus amé­ri­cains, anglais, alle­mands, cana­diens, etc., dont l’usage relève du fair use.

En tant que cher­cheurs et ensei­gnants en études visuelles, nous encou­ra­geons les cher­cheurs, ensei­gnants et étudiants à se mobi­li­ser contre ces dis­po­si­tions et à récla­mer l’application de l’exception péda­go­gique, recom­man­dée par la direc­tive euro­péenne du 22 mai 2001.

Jacques Aumont (uni­ver­sité Paris III/​EHESS), Lau­rence Bertrand-​Dorléac (Ins­ti­tut uni­ver­si­taire de France), Fran­çois Bru­net (uni­ver­sité Paris VII), Gio­vanni Careri (EHESS), Jean-​Paul Col­leyn (EHESS), Marin Dacos (EHESS), Chris­tian Delage (uni­ver­sité Paris VIII), Fran­çoise Denoyelle (ENS Louis-​Lumière), Georges Didi-​Huberman (EHESS), Vincent Gui­gueno (ENPC), André Gun­thert (EHESS), Jean Kempf (uni­ver­sité Lyon II), Syl­vain Maresca (uni­ver­sité de Nantes), Eric Michaud (EHESS), Domi­nique Pestre (EHESS), Michel Poi­vert (uni­ver­sité Paris I).

Gallia, terra incognita

En ce moment, je cogite pas mal sur la mise en place de nou­veaux ser­vices qui répondent à des besoins criants. Hier, j’ai passé une par­tie de la jour­née à voir com­ment ils pour­raient être mis en oeuvre par l’intermédiaire de ces fameux web ser­vices, API et autres mashups dont on nous dit qu’il révo­lu­tionnent Inter­net. Je me penche donc sur Ning, un sys­tème extrê­me­ment ingé­nieux per­met­tant de fabri­quer par clô­nage et per­son­na­li­sa­tion de kits de base de nou­velles appli­ca­tions « sociales » en ligne, connec­tées aux bases de don­nées et ser­vices offerts par les Ama­zon, Fli­ckr, Google et autres Del​.icio​.us. Pour un pro­jet en par­ti­cu­lier, j’ai besoin d’utiliser des cartes inter­ac­tives de type Google maps. Je dis bien de type Google maps pour bien mon­trer que je suis un gar­çon ouvert, large d’esprit et pas du tout goo­glo­ma­niaque. Mal­gré tout, le pre­mier ser­vice acces­sible, c’est Google maps, quoiqu’on en dise.

Comme le ser­vice que je veux mettre en place est fran­çais, qu’il s’adresse à des gens qui vivent en France, c’est bien d’une carte de France dont j’ai besoin. Voici ce que me montre Google maps :


Où sont les villes et vil­lages, où sont les routes ? Peut-​être qu’il n’y en a pas… Notons que pour les explo­ra­teurs auda­cieux, les voies de péné­tra­tion en pirogue au sein d’un vaste ter­ri­toire dan­ge­reux et inex­ploré sont indi­quées. Qu’ils n’en demandent pas plus ! [20]

Ne soyons pas paranoïaques et ne pensons pas que Google cherche à rayer de la carte (au sens propre) un pays qui lui tient tête par le truchement de sa bibliothèque nationale et de son président charismatique. En fait, nous sommes dans la même situation que les trois quarts de la planète à l'exception des Etats-Unis bien sûr, du Royaume-Uni évidemment, du Japon pourquoi pas, et de...Turin ! Pourquoi Turin ? Sans doute à cause des Jeux Olympiques ? Si c'est le cas je commence déjà à regretter ma joie lorsque la candidature parisienne fut rejetée et suis prêt à m'asseoir sur ma sportiphobie naturelle : Vive Paris 2056 !

D’ici là, je tente de trou­ver un sub­sti­tut à Google maps. Je cherche du côté de Yahoo maps, mais c’est encore pire : on ne peut même pas sor­tir des Etats-​Unis. Je me tourne ensuite vers MSN, et découvre ceci :

width=« 307 » height=« 246 »
 title=« Gallia, play­mo­bi­lo­rum terra « 
 alt=« Gallia, play­mo­bi­lo­rum terra » /​>

Joie ! Momentanée…car lorsque je cherche plus d’information sur l’API que peut m’offir MSN maps, je tombe sur un pro­duit com­mer­cial inti­tulé Micro­soft MapPoint&registered; qui me demande de contac­ter un ven­deur si je veux connaître les tarifs d’achat du logi­ciel me per­met­tant d’accéder au web ser­vice. Je ne sais pas pour­quoi, mais je sens immé­dia­te­ment que ce n’est pas pour moi…Microsoft sera tou­jours Microsoft.

Mais après tout, pour­quoi s’inféoder à l’Empire du Mal ? patrio­tisme écono­mique et prag­ma­tisme dépité oblige, me voici en train de fure­ter du côté des car­to­graphes fran­çais : Miche­lin en pre­mier lieu, puis Mappy par exemple. Mappy n’offre pas ce que je cherche (en fait, il fau­drait remon­ter à son four­nis­seur de ser­vice de géo­lo­ca­li­sa­tion : Tele Atlas) ; pour Miche­lin en revanche, c’est le cas. L’offre est même allé­chante : télé­char­ge­ment d’un SDK, four­ni­ture d’API dans tous les lan­gages ima­gi­nables, sup­port consé­quent, et même ouver­ture gra­tuite d’un compte d’essai pour 45 jours. Le pro­blème est qu’encore une fois, le ser­vice n’est pas gra­tuit. Mais là n’est presque pas le pro­blème en fait ; car je peux très bien com­prendre que le modèle écono­mique de Miche­lin n’est pas simi­laire à celui de Google. A par­tir du moment où la vente de cartes et de ser­vices de car­to­gra­phie consti­tue leur coeur de métier, il n’y a pas de rai­son qu’ils offrent ce ser­vice gra­tui­te­ment. Et d’ailleurs, les cartes qu’ils mettent à dis­po­si­tion sont évidem­ment de bien meilleure qua­lité que celle qu’offre Google. Le pro­blème est qu’on voit bien que le ser­vice, à l’instar de celui offert par Micro­soft est à des­ti­na­tion des entre­prises uni­que­ment. Est-​ce que moi, pauvre par­ti­cu­lier qui veut mettre en place rapi­de­ment un ser­vice dont je ne sais même pas s’il tien­dra la route j’entre dans le cadre ? Je ne le crois pas [21]. Et d’ailleurs, je ne le sais même pas car les prix ne sont pas publics. Là encore, il faut contac­ter un com­mer­cial pour les connaître.

Reste le très attendu Géo­por­tail pro­mis pour cet été par l’IGN. On dis­cute beau­coup, à pro­pos de ce por­tail, d’une com­pa­rai­son en terme de qua­lité d’image avec Google maps, du carac­tère récent des pho­to­gra­phies qui y seront expo­sées. Très bien, mais moi main­te­nant je pose la seule ques­tion qui m’intéresse aujourd’hui : fourniront-​ils une API libre d’accès per­met­tant de construire des ser­vices, non com­mer­ciaux cela va de soi, à par­tir de ces cartes ?

Edit : tiens, Micro­soft semble virer sa cuti et s’adonner aux joies du Web2.0 et des API ouvertes : http://​local​.live​.com/. Il y a la France et en plus les cartes sont superbes ! Je fonce, je regarde et vous tiens au cou­rant au pro­chain numéro.

Post​hu​ma​nis​tic​.org


Je viens de faire le tour des sta­tis­tiques des dif­fé­rents sites Web aux­quels je par­ti­cipe en plus ou moins grande part. Géné­ra­le­ment, quand je regarde les sta­tis­tiques de mes sites Web, je m’attarde très peu sur les don­nées chif­frées qui donnent une infor­ma­tion très pauvre –et biai­sée en plus, pour me pré­ci­pi­ter sur les refer­rers (c’est à dire la liste des pages web ayant mis en place des liens vers le site dont je regarde les sta­tis­tiques). Et là, ce matin, quelque chose de nou­veau frappe mon atten­tion. J’ai la très nette impres­sion d’une aug­men­ta­tion des cita­tions en pro­ve­nance de sites per­son­nels et sur­tout de blogs, poin­tant, via un lien hyper­texte, vers un article d’une revue, une com­mu­ni­ca­tion d’actes en ligne, un dépôt dans notre archive E-​prints, ou même un site de séminaire.

Voici quelques exemples significatifs :

Lorsque je regarde les sta­tis­tiques d’Aste­rion, je suis frappé de voir, au milieu des habi­tuels annuaires de revues, listes de liens et autres infor­ma­tions docu­men­taires pro­po­sées sou­vent par les biblio­thèques ins­ti­tu­tion­nelles, des liens en pro­ve­nance de

-Spi­noza et nous (ce qui n’est pas tota­le­ment illo­gique vu le thème du der­nier numéro)

- Le Phi­blog­Zophe (dans le blo­groll)

- Le blog de David Mor­gan­son

Quand je regarde main­te­nant les refer­rers du col­loque Sciences, Médias, Société et de son sémi­naire, je vois une série de liens en pro­ve­nance du site de Paul Thie­len, du Monde en Ques­tion ou de Enro (très inté­res­sant ce blog, d’ailleurs, hop ! je m’abonne)

Evi­dem­ment, le phé­no­mène n’est pas encore mas­sif, ni très visible ; mais je le sens mon­ter en puis­sance sous l’influence de deux facteurs :

1. La mul­ti­pli­ca­tion des blogs qui donnent la pos­si­bi­lité à un public beau­coup plus étendu qu’auparavant de construire un dis­cours rendu public sur le réseau

2. L’augmentation consi­dé­rable du nombre d’articles et publi­ca­tions dis­po­nibles pour le public sans bar­rière, sans péage, libres (merci Revues​.org, merci Per­sée, merci le CCSD, et merci nous, aussi, parce qu’il n’y pas de rai­son, après tout)

Pour moi cette évolu­tion consti­tue une immense satis­fac­tion. Parce qu’elle signi­fie que mul­ti­plier les res­sources libre­ment acces­sibles à dif­fé­rents stades de déve­lop­pe­ment, en pro­duire le plus grand nombre dans tous les domaines et don­ner ainsi accès au public à ce qui fait la vie des sciences et à la moindre par­celle des connais­sances qu’elles pro­duisent quo­ti­dien­ne­ment, tout ceci a un sens. Pour moi, ces pre­miers liens, sont comme les pre­miers fila­ments de matière végé­tale qui annonce la réus­site d’une greffe. Ils signi­fient que le public fait quelque chose des connais­sances que nous met­tons à sa dis­po­si­tion, sans que nous puis­sions pré­ju­ger de ce qu’il en fait et encore moins impo­ser ce qu’il doit en faire, ce der­nier point ne consti­tuant pas la moindre part de ma satisfaction.

Mais arrê­tons là l’autosatisfaction, car cette réflexion croise main­te­nant celle qui est en train de se déve­lop­per via Affor­dance, sur l’outil dont la com­mu­nuauté des bio­lo­gistes et bio­in­for­ma­ti­ciens est en train de se doter. Post­ge­no­mic est un sys­tème qui ana­lyse en per­ma­nence une base de blogs ani­més par des bio­lo­gistes (il faut croire que cette com­mu­nuauté est très blogueuse…comment ? pour­quoi ? c’est aussi ce qu’il fau­drait ana­ly­ser) en tra­vaillant sur­tout sur les com­men­taires qui y sont publiés à pro­pos des articles scien­ti­fiques dis­po­nibles dans les grandes bases inter­na­tio­nales comme Pub­med. Puisque les blogs sont des conver­sa­tions, il est en effet inté­res­sant de rendre acces­sible et visible l’ensemble des conver­sa­tions que sus­cite immé­dia­te­ment une publi­ca­tion (sur­tout dans ces dis­ci­plines où les avan­cées sont rapides). A par­tir de cette base d’information, Post­ge­no­mic offre toute une série de ser­vices per­met­tant de suivre les conver­sa­tions, de msu­rer les thèmes ou les revues dont on dis­cute le plus, etc.

Main­te­nant, je me dis qu’appliqué au sciences humaines et sociales, ce sys­tème serait pas­sion­nant, non seule­ment pour ana­ly­ser ce qui se dit sur les blogs de cher­cheurs paten­tés (peu nom­breux), mais sur­tout pour visua­li­ser les usages qui peuvent être faits au sein de la blo­go­sphère géné­rale (l’espace public blo­go­sphé­rique si on veut) des publi­ca­tions qui sont citées (et on peut ima­gi­ner aussi des média­tions où un blog de cher­cheur évoque et cri­tique une publi­ca­tion, son post étant ensuite repris et com­menté sur un blog non aca­dé­mique, etc). On aurait ainsi une sorte de « fac­teur d’impact socié­tal », non pas seule­ment en nombre (ce qui a peu d’intérêt, j’y revien­drai), mais en qua­lité. Sans comp­ter les effets de rétro­ac­tion per­met­tant au cher­cheur de com­men­ter les com­men­taires qu’un qui­dam fait de sa publi­ca­tion. Fina­le­ment, le dis­po­si­tif serait un peu entre Post­ge­no­mic et Technorati.


Cré­dit : Public Library of Science’s Bio­logy Jour­nal January 2005 | Volume 3 | Issue 1 | e19 | e26, gra­phic ref. DOI : 10.1371/journal.pbio.0030026.g001. © cc-​by 2.0

Merci Emilie


« A mes grands-​parents. Merci à toute ma famille pour son sou­tien et son amour. Merci : Alice, Cyrille, Mar­kus, Fran­çois, l’équipe des Stu­dios de la Seine, Simon, Tim, Sté­pha­nie, Oli­vier C., Oli­vier D., Phi­lippe, Syl­vain et toute l’équipe Barclay. »

Comme c’est tou­chant, tous ces remer­cie­ments impri­més à la fin du der­nier album d’Emilie Simon. Merci, talen­tueuse Emi­lie, d’avoir com­posé ce bel album. Merci, Ama​zon​.fr, de me l’avoir expé­dié en temps et en heure l’édition limi­tée. Merci au talent, merci à Bar­clay, merci à l’industrie du disque.

Merci, Emi­lie.


Merci d’avoir créé un CD selon la norme « Open­disc » et de m’avoir per­mis de mettre la galette dans ma modeste chaîne Philips.

Merci d’avoir per­mis que je ne puisse pas lire ce CD sur cette chaîne. Merci d’avoir osé appe­ler cette norme « Open­disc », car il n’y a rien de plus fermé que cette technologie.

Merci d’avoir abusé de ma confiance et d’avoir truffé cet album de DRM, ces tech­no­lo­gies anti-​utilisateurs, anti-​consommateurs, anti-​culture. Ces tech­no­lo­gies qui ne péna­lisent que ceux qui achètent leur musique avec des espèces son­nantes et tré­bu­chantes, naïvement.

Je ne vous salue pas, et je pense que je vais apprendre à mon fils com­ment son papa s’est fait prendre comme un bleu. Et com­ment il va faire pour se pro­cu­rer « illé­ga­le­ment » des ver­sions ogg ou mp3 des mor­ceaux qu’il vient d’acheter.