Archives mensuelles : avril 2006

Nouveaux intermédiaires d’édition et impression à la demande


Dans le cadre d’un groupe de tra­vail, j’ai fait un petit tra­vail de veille sur la manière dont des revues pure­ment élec­tro­niques en sciences humaines et sociales pour­raient uti­li­ser des ser­vices d’impression à la demande, en essayant de faire un pano­rama non exhaus­tif des dif­fé­rents types d’offres qui leur sont pro­po­sés. Voici le docu­ment, dif­fusé en cc-by-sa-2.0.

Intro­duc­tion

Cette note est des­ti­née à pré­sen­ter dif­fé­rentes ser­vices dits d’impression à la demande pour des revues élec­tro­niques. Les ser­vices d’impression à la demande [24] peuvent per­mettre à ces revues d’offrir ou de béné­fi­cier d’un ser­vice sup­plé­men­taire par rap­port à la mise à dis­po­si­tion au for­mat élec­tro­nique. On peut ima­gi­ner plu­sieurs scénarios :

1.Une revue sou­haite dis­tri­buer (gra­tui­te­ment) sa der­nière livrai­son aux adhé­rents de l’association ou de la société savante ou aux membres du labo­ra­toire qui la sou­tient lors d’une assem­blée géné­rale, ou toute autre réunion interne.

2.Elle sou­haite vendre un cer­tain nombre d’exemplaires papier lors d’un événe­ment par­ti­cu­lier (col­loque, salon, salon des revues, etc.) ou bien sim­ple­ment comme sup­port de com­mu­ni­ca­tion (elle vend alors à prix coû­tant de fabri­ca­tion) ou bien pour finan­cer une opé­ra­tion par­ti­cu­lière (à com­men­cer par sa pré­sence au col­loque ou au salon).

3.Elle sou­haite vendre en per­ma­nence des exem­plaires papier de ses dif­fé­rents numé­ros, via son site, ou sur le site d’une ins­ti­tu­tion ou d’un libraire en ligne pour répondre à un ensemble de besoins qui ne sont pas satis­faits par la mise à dis­po­si­tion au for­mat élec­tro­nique : conser­va­tion et archi­vage par les biblio­thèques, plus grand confort de lec­ture pour ses lec­teurs, etc.

4.Dans le cas d’une publi­ca­tion élec­tro­nique en « flux continu », elle peut consti­tuer, a pos­te­riori, des dos­siers thé­ma­tiques ras­sem­blant une sélec­tion d’articles fai­sant l’objet d’un tra­vail édito­rial (pré­sen­ta­tion, sélec­tion biblio­gra­phique fusion­née, dos­sier docu­men­taire), qui peuvent être maté­ria­li­sés par des volumes impri­més pou­vant faire l’objet de ventes ou de dis­tri­bu­tion gra­tuite dans telle ou telle cir­cons­tance.
5.Etc. bien des expé­ri­men­ta­tions peuvent être imaginées.

Depuis plu­sieurs années, un cer­tain nombre d’acteurs se sont posi­tion­nés sur le mar­ché de l’édition géné­ra­liste, en pro­fi­tant d’une part du déve­lop­pe­ment des tech­no­lo­gies d’impression numé­rique, et de l’autre du déve­lop­pe­ment d’Internet comme espace de visi­bi­lité pour les ouvrages.

Ces nou­veaux inter­mé­diaires de l’édition pro­posent un large éven­tail de ser­vices aux auteurs ou aux ins­ti­tu­tions qui éprouvent le besoin de publier. Selon les cas, ces inter­mé­diaires pro­posent une large gamme de services

-PAO sur fichier PDF

- fabri­ca­tion de l’ouvrage papier et impres­sion

- ges­tion d’une bou­tique en ligne

- embal­lage et expé­di­tion

- ins­crip­tion dans un réseau de dis­tri­bu­tion

- promotion

De manière trans­ver­sale à cette décli­nai­son de ser­vices, il est impor­tant de dis­tin­guer deux cas différents

1. « Edi­teurs à la demande »

L’intermédiaire réclame la ces­sion des droits patri­mo­niaux sur les ouvrages qu’il publie ; dans ce cas, il s’agit d’un éditeur à part entière, qui fait bien signer un contrat d’édition au sens où le CPI l’entend.

C’est le cas de Manus​crit​.com (http://​www​.manus​crit​.com/) : véri­table pion­nier de l’édition numé­rique com­mer­ciale, cette société qui existe depuis 2001 publie toutes sortes d’ouvrages. Elle dis­pose de col­lec­tions spé­cia­le­ment dédiées au monde aca­dé­mique.
La pro­cé­dure de publi­ca­tion est la sui­vante : les manus­crits, sont exa­mi­nés par un comité de lec­ture dont le rôle semble moins être d’opérer une sélec­tion parmi l’ensemble des pro­po­si­tions que d’écarter les publi­ca­tions trop far­fe­lues, scan­da­leuses ou illé­gales. Ensuite, il y a signa­ture du contrat d’édition. L’auteur cède l’ensemble des droits patri­mo­niaux sur la publi­ca­tion contre une rému­né­ra­tion en droits d’auteur de 8% de 0 à 50, 10% de 50 à 200, 12% jusqu’à 500 et 15% au delà sur les exem­plaires papier. Pour les fichiers numé­riques, la part est plus impor­tante. Il s’engage par ailleurs à accor­der un droit de pré­fé­rence à Manus​crit​.com sur les deux pro­chains ouvrages qu’il peut être amené à publier par la suite [25]. En contre­par­tie, Manus​crit​.com s’engage à céder à son tour les droits patri­mo­niaux à tout éditeur que l’auteur lui dési­gne­rait, à condi­tion qu’il ne s’agisse pas d’un éditeur tra­vaillant à compte d’auteur, qu’un pré­lè­ve­ment de 2% sur les droits d’auteur généré par la nou­velle publi­ca­tion lui soit versé, et que la men­tion du pre­mier éditeur soit main­tenu. La ratio­na­lité de cette démarche est que Manus​crit​.com se posi­tionne en décou­vreur de talents.

En ce qui concerne la dif­fu­sion, Manus​crit​.com s’engage à pro­mou­voir ses ouvrages, à les pla­cer chez les libraires et orga­nise des par­te­na­riats afin de pro­mou­voir son cata­logue. Une bou­tique en ligne per­met aussi d’acheter les ouvrages direc­te­ment sur le site de l’éditeur.

2. Impres­sion à la demande

L’intermédiaire ne réclame pas la ces­sion des droits patri­mo­niaux, et agit en repré­sen­tant de l’auteur pour fabri­quer, com­mer­cia­li­ser et dif­fu­ser le livre. Il s’agit alors d’un impri­meur, qui peut éven­tuel­le­ment être un diffuseur.

Il existe un nombre assez impor­tant d’intermédiaires pro­po­sant des ser­vices d’impression à la demande. En voici la pré­sen­ta­tion de quelques uns :

Le Publieur (http://​www​.lepu​blieur​.com/) : Pro­pose aux ins­ti­tu­tions un ser­vice « d’édition délé­guée » : le prin­cipe est qu’un groupe, une ins­ti­tu­tion ou même une per­sonne, se posi­tionne en « éditeur », puis délègue toutes les opé­ra­tions tech­niques de fabri­ca­tion (compo, impres­sion, etc.), com­mer­cia­li­sa­tion éven­tuel­le­ment et dif­fu­sion au Publieur. C’est de l’édition « fabless » ! Le cas typique est Sabine Wes­pie­ser éditeur, mai­son d’édition com­po­sée de la fon­da­trice éponyme et de Jacques Leen­hardt, qui pos­sède son site, mais dont l’ensemble des opé­ra­tions tech­niques post-​editing sont prises en charge par Le Publieur. La répar­ti­tion des coûts et leur mon­tant ne sont pas indi­qués sur le site (il faut prendre contact). Pour infor­ma­tion, le for­fait à des­ti­na­tion des par­ti­cu­liers qui sou­haitent s’autopublier est le sui­vant : 450€ d’avance pour la fabri­ca­tion des dix pre­mières copies d’un ouvrage de 150 pages (+ isbn, dépôt légal, ins­crip­tion­dans la base DILICOM, vente sur le site et dans les librai­ries « qui le sou­haitent »). Ensuite : 637€ pour un pack de 50 ex. 1100€ pour 100 ex. 3800€ pour 500 ex. Le Publieur peut aussi réa­li­ser en plus un site propre pour l’éditeur vir­tuel qui, de toutes façons, dis­pose d’une page au sein de l’espace éditeur qui lui est réservé sur le site du Publieur.

In Libro Veri­tas (http://​www​.inli​bro​ve​ri​tas​.net/) : fabrique, com­mer­cia­lise et dif­fuse via son site Web. L’auteur ne fait pas l’avance des coûts de fabri­ca­tion. Son livre est télé­char­geable gra­tui­te­ment sur Inter­net, ou envoyable au for­mat papier contre rému­né­ra­tion. La par­ti­cu­la­rité d’In Libro Veri­tas est que chaque lec­teur peut fabri­quer son propre livre en col­lec­tant les textes de plu­sieurs livres ins­crits au cata­logue, et se le faire impri­mer et envoyer par ILV. Dans tous les cas, la rému­né­ra­tion de l’auteur est de l’ordre de 10%. ILV annonce un fort enga­ge­ment du côté des licences libres (Crea­tive Com­mons, Art Libre, FDL, etc.). Par ailleurs, la qua­lité tech­nique d’impression et de mise en page du texte me semble faible.

Lulu​.com (http://​www​.lulu​.com/fr) : mal­gré l’apparence du nom, Lulu​.com est l’intermédiaire qui semble aujourd’hui le plus sérieux et le plus impor­tant du mar­ché. Lulu offre un ensemble com­plet de ser­vices autour de l’édition d’ouvrages. Les coûts de fabri­ca­tion ne sont pas avan­cés par l’auteur ; ils entrent selon un barème dans le prix de vente de l’ouvrage. Par ailleurs, l’auteur est libre de fixer ses royal­ties sur le prix de vente de l’ouvrage à la hau­teur de ce qu’il sou­haite. Lulu pré­lève à son tour un pour­cen­tage sur ces royal­ties. Mais celles-​ci peuvent être nulles, si l’auteur le sou­haite. L’acheteur paie dans ce cas uni­que­ment le coût de fabri­ca­tion et de trans­port de l’ouvrage. Cet ache­teur peut être l’auteur lui-​même, bien entendu. Dans ce cas, il peut déci­der que son ouvrage ne soit pas ins­crit au cata­logue de Lulu, ni visible pour le public sur le site. Dans le cas contraire, il dis­pose d’un mini espace de vente sur le site de Lulu​.com. Il peut d’ailleurs y vendre plu­sieurs ouvrages, et peut en per­son­na­li­ser l’apparence comme s “il s’agissait de sa propre bou­tique en ligne. Autour de cette pres­ta­tion de base, le prin­cipe de Lulu est de pro­po­ser un ensemble de ser­vices qu’il four­nit lui-​même, ou que ses par­te­naires pro­posent. En effet, un peu sur le même prin­cipe que la Mar­ket­place d’Amazon, Lulu​.com abrite toute un écosys­tème d’entreprises et plus fré­quem­ment de par­ti­cu­liers qui pro­posent des ser­vices autour des métiers de l “édition. Cela va du rewri­ting au kit de maté­riel pro­mo­tion­nel, en pas­sant par l’editing, le packa­ging, l’animation d’ateliers d’écriture et j’en passe. Un ser­vice très impor­tant, et cette fois pro­posé direc­te­ment par Lulu, est un ser­vice de dif­fu­sion à deux vitesses : pour 34$, l’ouvrage dis­pose d’un isbn, d’un code-​barre, est pré­sent pen­dant un an au sein de la bou­tique Mar­ket­place Ama­zon de Lulu3. Pour 149$, il béné­fi­cie en outre d’une dif­fu­sion dans les grandes chaînes de librai­rie, qu’elles soient phy­siques ou en ligne, et d’un vrai ser­vice de promotion4. Pour infor­ma­tion, j’ai fait un essai avec le pdf d’un livre de 200 pages envi­ron. Le coût de fabri­ca­tion est de 8 – 9$ envi­ron. Il faut comp­ter les frais d’expédition en sus. Ceux-​ci sont pour l’instant pro­hi­bi­tifs car l’expédition se fait à par­tir des Etats-​Unis (9$ pour la pre­mière unité, 4 pour chaque unité sup­plé­men­taire). Il est cepen­dant prévu que Lulu s’implante en Europe, et aussi en France.

Conclusion…personnelle :

d’un point de vue pra­tique, c’est l’offre pro­po­sée par Lulu​.com qui me semble la plus inno­vante, pra­tique, et même écono­mique lorsqu’elle arri­vera en France. En revanche, il faut renon­cer à toute idée de légi­ti­ma­tion de la publi­ca­tion par l’intermédiaire (éditeur pres­ti­gieux, dimen­sion sym­bo­lique du papier). Lulu​.com ne fait aucune sélec­tion (hor­mis les habi­tuelles véri­fi­ca­tions légales) sur les publi­ca­tions et ne fait que pro­po­ser un ser­vice pure­ment logis­tique. Le fait de pou­voir être dis­tri­bué par Ama­zon est en revanche un point inté­res­sant. Per­son­nel­le­ment, je trouve dom­mage que Lulu ne pro­pose pas l’accès à un Web ser­vice qui per­met­trait de mettre en place une inter­face de com­mer­cia­li­sa­tion dépor­tée sur le site de l’auteur (de la revue dans le cas qui nous inté­resse) (mais il faut que je regarde si on ne peut pas le faire en pas­sant par le Mar­ket­place d’Amazon). Si on ne sou­haite pas attendre, c’est Le Publieur qui me semble avoir adopté le modèle le plus proche. La grosse dif­fé­rence est finan­cière, puisqu’il me semble bien qu’il faille avan­cer une mise de départ. En revanche, l’idée de pou­voir se consti­tuer en micro-​éditeur « fabless » est très inté­res­sante, car elle peut per­mettre au col­lec­tif qui sou­tient la revue, d’étendre son offre édito­riale en dif­fu­sant des actes de col­loques, des mono­gra­phies, des dos­siers docu­men­taires, des mémoires divers dans son domaine de spé­cia­lité. In Libro Veri­tas me semble devoir être écarté pour insuf­fi­sance tech­nique (pour l’instant). Manus​crit​.com aussi (mais c’est un avis tout per­son­nel) parce qu’il s’agit en fait d’un éditeur. On reste dans le sys­tème tra­di­tion­nel mal­gré les appa­rences, et dans ce cas, mieux vaut peut-​être cher­cher un véri­table éditeur prestigieux.

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