Archives mensuelles : novembre 2006

La formation à l’information scientifique et technique


"Arena"
Mal­gré la fièvre, je pré­pare une inter­ven­tion, demain, dans le cadre de stages URFIST. Pour­quoi, diable, quand j’en parle à des col­lègues, me demandent-​ils tou­jours « c’est quoi les URFIST ? ». Les URFIST sont les Uni­tés régio­nales de for­ma­tion à l’information scien­ti­fique et tech­nique [«36]. Elles sont au coeur de la diffusion de compétences numériques dans le supérieur. Et, pourtant, elles sont mal connues.

Il y a un réseau des URFIST, qui réunit les URFIST régionaux. URFISTINFO est leur blog. C'est une URFIST qui a organisé les passionnantes journées sur la "Communication scientifique et valorisation de la recherche à l'heure d'Internet" à Toulouse. J'ai publié un bref billet synthétisant ma communication. J'ai pris beaucoup de notes lors de cette journée. Si j'en trouve le temps et l'énergie, j'en écrirai un compte-rendu. Ce sont également les URFIST qui organisent la journée "Évaluation et validation de l'information sur Internet« à Paris, le 31 janvier.

Ils sont très actifs [37].
La journée à Toulouse était densément peuplée, ce qui atteste d'un intérêt réel de la part des universitaires, même si les chercheurs et les enseignants-chercheurs ont rarement le temps de se pencher sur ces questions qui, pour être essentielles, paraissent secondaires. Un petit peu comme l'écologie pour le citoyen. Il y a toujours un article à finir, un cours à préparer, des mémoires à lire.

J'ai eu l'occasion de dire, ailleurs, que les URFIST pourraient proposer des formations à l'édition électronique en général, et à l'édition en particulier. Les principales notions de typographie ne sont quasiment jamais enseignées. La structuration de documents est loin d'être maîtrisée par les doctorants. Les CIES (Centres d'initiation à l'enseignement supérieur) pourraient, d'ailleurs, s'unir avec les URFIST pour traiter ce genre de question. Combien de thèses utilisent vraiment des styles, ont une table des matières dynamique, des index automatiques ? C'est possible avec Word et OpenOffice.org, mais peu le savent. Combien de thèses très illustrées ont-elles bloqué sur les outils classiques de traitement de texte ? Qui, en SHS, en dehors des économistes, a entendu parler de TeX et de LyX ? Je ne sais pas s'il y a beaucoup d'initiatives comparables à Cyberthèses, à l'Université Lumière Lyon 2. Leurs for­ma­tions sont exem­plaires.

A suivre.

Technologies numériques et société : première séance


La semaine der­nière, Marin et moi avons pré­senté la pre­mière séance de notre sémi­naire « Tech­no­lo­gies numé­riques et société » à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Pour cette pre­mière séance, il s’agissait pour nous d’expliquer le sens de notre démarche et de fixer le cadre dans lequel les dis­cus­sions de ce sémi­naire allaient pou­voir se développer.

Tout d’abord, il nous fal­lait répondre à la ques­tion : pour­quoi ce
sémi­naire, avec cet inti­tulé, aussi large, aussi indé­ter­miné :
« tech­no­lo­gies numé­riques et société ». Dans le même temps, il nous
fal­lait répondre à la ques­tion de notre per­ti­nence ou légi­ti­mité à
l’organiser… Notre point de départ est une insa­tis­fac­tion : il existe
aujourd’hui une demande sociale pour une meilleure connais­sance et
com­pré­hen­sion des phé­no­mènes sociaux qui sont liés au déve­lop­pe­ment des usages des tech­no­lo­gies numé­riques, ou, pour le dire autre­ment des
tech­no­lo­gies numé­riques comme phé­no­mène social. L’insatisfaction porte
sur l’apparent déca­lage, appa­rente inca­pa­cité des dif­fé­rentes recherches
en sciences sociales à répondre à cette demande. Plu­sieurs rai­sons
peuvent être évoquées :

-la pre­mière est le déca­lage entre le rythme de déve­lop­pe­ment non
seule­ment des tech­no­lo­gies numé­riques mais aussi des usages qui leur
sont asso­ciés et le rythme propre à la conduite de recherches en SHS. Ce
déca­lage tem­po­rel, constaté sou­vent, conduit à voir aujourd’hui paraître
des publi­ca­tions don­nant accès à des recherches ren­dant compte
d’observations conduites en 1997 ou 1998 ; c’est-à-dire sur des objets
qui, s’ils n’ont pas dis­paru eux-​mêmes, sont asso­ciés à des usages qui,
eux, ont for­te­ment évolué.

-la deuxième est la dif­fi­culté, sou­vent signa­lée, pour les dis­cours savants à pro­pos des nou­velles tech­no­lo­gies, de trou­ver le niveau le plus per­ti­nent auquel s’établir : on a affaire ou bien sur des recherches micro por­tant sur des cas très par­ti­cu­liers liés à un dis­po­si­tif pré­cis, ou bien à de grandes théo­ries glo­ba­li­santes qui négligent quel­que­fois de s’affronter aux faits.

On pour­rait encore évoquer l’enfermement dans une dis­ci­pline ou une théo­rie par­ti­cu­lière, qui consti­tuent des obs­tacles com­muns à toutes les sciences sociales à pou­voir être en prise sur le débat public, mais que l’on res­sent de manière par­ti­cu­liè­re­ment vive lorsqu’on s’intéresse aux usages des tech­no­lo­gies numé­riques qui semblent avoir des effets dans tous les domaines et à tous les niveaux à la fois.

Dans ce contexte, il serait bien pré­somp­tueux de pré­tendre don­ner des leçons sur la manière et le rythme aux­quels ces recherches sont conduites. Il est même au contraire impor­tant que ces recherches ne subissent pas une pres­sion exces­sive liée à la demande sociale qui leur dic­te­rait son agenda, ses objets d’étude et ses niveaux d’analyse, pro­dui­sant alors une recherche « sous contrainte » qui per­drait tout son intérêt.

C’est bien plu­tôt sur le cadre de res­ti­tu­tion que nous sou­hai­tons agir en fai­sant de ce sémi­naire un lieu où la ren­contre entre la demande sociale et la recherche sur les tech­no­lo­gies numé­riques peut se faire dans de bonnes condi­tions. Ce niveau auquel nous sou­hai­tons nous tenir, nous ne pou­vons faire autre­ment que de le défi­nir comme « poli­tique », ce qui ne signi­fie pas mili­tant bien sûr, mais implique que les recherches qui viennent s’y pré­sen­ter, que les réflexions qui s’y mènent soient arti­cu­lées à un « inté­rêt », c’est-à-dire, non la curio­sité sco­laire, c’est-à-dire oisive, de celui qui regarde pas­ser le navire au loin, mais le besoin impé­ra­tif de com­pré­hen­sion de celui qui est embarqué.

C’est à ce point du rai­son­ne­ment que la posi­tion par­ti­cu­lière des ini­tia­teurs du sémi­naire joue son rôle. Clai­re­ment ins­crits dans la sphère aca­dé­mique, notre inté­rêt pour les tech­no­lo­gies numé­riques n’est pas direc­te­ment dépen­dant du déve­lop­pe­ment d’un pro­gramme de recherche dans nos dis­ci­plines d’appartenance. C’est bien plu­tôt à par­tir d’un inté­rêt poli­tique, c’est-à-dire rela­tif à la vie de la cité et à ce que nous pou­vons y faire, que nous nous sommes inves­tis dans une explo­ra­tion à la fois pra­tique et théo­rique des rela­tions entre tech­no­lo­gies numé­riques et société. C’est à par­tir de cette posi­tion que nous pen­sons pou­voir contri­buer à ani­mer ce sémi­naire comme lieu d’échange ouvert aux dif­fé­rentes recherches en sciences sociales qui sont menées sur cette question.

Pour la pre­mière année, nous avons choisi de nous inté­res­ser à cette rela­tion sous l’angle des com­mu­nau­tés. A tra­vers les notions de « com­mu­nau­tés en ligne », « com­mu­nau­tés vir­tuelles », « logi­ciels com­mu­nau­taires », cette notion semble avoir pris une impor­tance consi­dé­rable comme figure du col­lec­tif dans les envi­ron­ne­ments numé­riques. On essaiera de com­prendre pour­quoi au cours des diverses séances de l’année, en par­tant de cas concrets.

Nous avons sou­haité que la pro­chaine séance offre mal­gré tout un cadre théo­rique struc­turé autour de cette notion de com­mu­nauté. C’est pour­quoi nous avons invité le socio­logue cana­dien Serge Proulx à venir nous par­ler des recherches qu’il mène actuel­le­ment sur « L’action des groupes asso­cia­tifs à l’ère du numé­rique ». Connu pour ses recherches sur la récep­tion de la télé­vi­sion et sin­gu­liè­re­ment de la publi­cité, Serge Proulx est aujourd’hui sur­tout situé dans le champ de la socio­lo­gie des usages, et sin­gu­liè­re­ment des usages télé­ma­tiques. Il s’est cepen­dant inté­ressé de très près à la notion de com­mu­nauté vir­tuelle, sujet sur lequel il a publié plu­sieurs articles fon­da­men­taux et orga­nisé un col­loque en 2003. Il nous a fait l’amitié de répondre favo­ra­ble­ment à notre invi­ta­tion et nous l’écouterons donc le ven­dredi 15 décembre de 15h à 17h au 105, bd Ras­pail salle 1. Si vous sou­hai­tez par­ti­ci­per à cette séance, vous pou­vez nous écrire :

marin.dacos <à> ehess​.fr, pierre.mounier <à> ens​-lsh​.fr

En atten­dant, nous vous conseillons d’aller lire son site, qui contient en par­ti­cu­lier une liste com­plète de ses publi­ca­tions.

PS : cette pre­mière séance com­por­tait deux autres volets qui seront peut-​être résu­més dans de pro­chains billets

Cré­dit photo : WWWWW par Ange­lo­ce­sare, licence cc by-​nc-​noderiv

Comment le droit vint aux revues en sciences humaines et sociales (1999 – 2006).


Good old (burnt) time II
La tra­di­tion de l’édition des revues en Sciences humaines et sociales s’est long­temps appuyée sur des usages très peu for­mels, maté­ria­li­sés par l’absence de contrat entre l’auteur et l’éditeur. Cet état de fait, qui souffre des excep­tions, n’a pas été pro­fon­dé­ment remis en cause par les nom­breuses alertes émises par les juristes depuis les débuts de l’édition en ligne. Paral­lè­le­ment à l’épanouissement d’un pro­ces­sus de pro­fes­sion­na­li­sa­tion de l’édition élec­tro­nique scien­ti­fique, le déve­lop­pe­ment de pro­jets de mise en ligne mas­sive (patri­mo­niale) ou payante a par­tiel­le­ment modi­fié la donne.

La mise au point de licences ins­pi­rées par les mou­ve­ments du logi­ciel libre (GPL, Copy­left) et du libre accès (Open access ini­tia­tive, Décla­ra­tion de Ber­lin 2003), en par­ti­cu­lier les licences Crea­tive com­mons et Science com­mons, a pro­duit un nou­veau dépla­ce­ment des lignes de force. Cepen­dant, ces évolu­tions n’ont concerné qu’une mino­rité de titres et sont donc res­tées rela­ti­ve­ment marginales.

En juin 2006, l’intervention à contre-​temps du légis­la­teur (DADVSI) a connecté la pro­blé­ma­tique du « Peer to peer » avec celle de l’exception juri­dique à des fins d’enseignement et de recherche. La confu­sion entre enjeux géné­raux et inté­rêts par­ti­cu­liers a conduit à une légis­la­tion confuse et dila­toire. Ses pre­miers effets ont été la fer­me­ture d’un des sites pion­niers de l’édition élec­tro­nique en France, celui de la revue Études photographiques.

A long terme, on peut s’interroger sur la façon dont les revues intè­gre­ront les contraintes juri­diques, les néces­si­tés écono­miques et les impé­ra­tifs scien­ti­fiques de dif­fu­sion. Après avoir long­temps ignoré la ques­tion juri­dique, grâce à la confiance et à l’entente que per­met l’entre-soi scien­ti­fique, les revues seront-​elles condam­nées à choi­sir entre dis­si­dence et silence ? Les usages l’emporteront-ils pour faire évoluer les tables de la loi ?

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Pro­gramme com­plet de la journée
Sémi­naire URFIST : « Droit d’auteur, copy­right, contrats Crea­tive Com­mons : quel(s) espace(s) de cir­cu­la­tion des savoirs ? »

Jeudi 23 novembre 2006. Toulouse.