Archives mensuelles : novembre 2007

Formation « J’ouvre mon blog de chercheur, d’enseignant, de documentaliste »


Writing

For­ma­tion pro­po­sée par l’URFIST PACA le 30.11.07, de 9h00 à 16h00, à Mar­seille, Faculté St Charles, Salle Urfist

Pré­sen­ta­tion de la for­ma­tion

L’introduction du blog dans le milieu de la recherche scien­ti­fique se tra­duit par l’invention d’un nou­vel objet édito­rial, le car­net de recherches. Chaî­non man­quant entre l’écrit et l’oral, entre la mono­gra­phie et le débat cir­cons­crit à une assem­blée res­treinte, cet objet en est à ses débuts. Il s’appuie cepen­dant sur une tra­di­tion ancienne, celle de l’écriture quo­ti­dienne, de la mani­pu­la­tion des concepts, de la confron­ta­tion des points de vue, c’est-à-dire du lan­gage comme outil de com­pré­hen­sion, d’inflexion ou de mise en mou­ve­ment du monde. Aux risques juri­diques et pro­fes­sion­nels d’un tel exer­cice répondent les ver­tus d’une prise de parole du scien­ti­fique dans son temps, dans sa société et dans sa propre com­mu­nauté. Il ne s’agit pas d’une publi­ca­tion au sens tra­di­tion­nel du terme, qui sup­pose vali­da­tion et cor­rec­tions par des tiers ; le blog consti­tue cepen­dant une mise en public forte et féconde, qui s’appuie sur de nou­velles écono­mies de l’écriture et de la prise de parole. Ces enjeux touchent les étudiants avan­cés, les jeunes cher­cheurs, les cher­cheurs confir­més, d’une part, mais égale­ment les ensei­gnants, les docu­men­ta­listes, les ingé­nieurs des milieux de la recherche, de l’enseignement, de la docu­men­ta­tion, d’autre part. Il s’agit sans doute d’une occa­sion rare de renou­ve­ler notre rap­port au savoir et aux savoir-​faire.

Pro­gramme

-Des blogs aux car­nets de recherches

-Emer­gence d’une blo­go­sphère universitaire

-Une nou­velle écono­mie de l’écriture

-Enjeux, risques, perspectives

-De nou­veaux usages

-De nou­veaux outils

-J’ouvre mon car­net de recherche

For­ma­teur :

Marin Dacos (CNRS, Direc­teur du Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte — CLEO — Ingé­nieur de recherches et agrégé d’histoire)

En savoir plus : http://​urfist​.unice​.fr/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=​187

Cré­dits

Illus­tra­tion « Wri­ting » par hi-​tekznologik. Licence CC. http://​www​.fli​ckr​.com/​p​h​o​t​o​s​/​h​i​-​t​e​k​z​n​o​l​o​g​i​k​/​2​0​4​6​1​5​0​0​33/

Les pairs et le cluster (1. Les rapports sur les revues)


Nothing - count
Le 31 jan­vier 2007, s’est dérou­lée à Paris une Jour­née d’étude des Urfist (Uni­tés régio­nales de for­ma­tion à l’information scien­ti­fique et tech­nique) sur le thème « Évalua­tion et vali­da­tion de l’information sur inter­net ». J’y ai pro­posé une réflexion ayant pour titre « Les pairs et le clus­ter », por­tant sur la pro­blé­ma­tique de l’évaluation de la recherche en sciences humaines et sociales. Agnès de Saxcé a publié un compte-​rendu de cette jour­née dans le Bul­le­tin des biblio­thèques de France (BBF).

L’annonce d’un nou­veau col­loque sur le même thème, avec un titre engagé et enga­geant, « Eva­luer, déva­luer, rééva­luer l’évaluation », me pousse à publier sur Blogo-​numericus, en deux ou trois par­ties, quelques conclu­sions de ma com­mu­ni­ca­tion, afin de contri­buer à un débat essen­tiel, qui est trop sou­vent abordé de façon rapide.

L’évaluation de pilo­tage : le règne du papier

En sciences humaines et sociales, le « fac­teur d’impact »» n’a pas acquis la même domi­na­tion que dans d’autres dis­ci­plines. Diverses enquêtes ont eu lieu, à chaque fois pour amé­lio­rer le pilo­tage de la recherche et des poli­tiques de sub­ven­tion aux revues. Cha­cune a pro­posé une méthode dif­fé­rente. Et pro­duit des résul­tats dis­tincts. Citons trois rap­ports, dont deux enquêtes biblio­mé­triques majeures, tous com­man­dés par des orga­nismes natio­naux ayant voca­tion à sou­te­nir les pério­diques scien­ti­fiques en SHS.

En 2003, Phi­lippe Jean­nin a rendu un rap­port, fruit d’une mis­sion ayant duré quatre années. Sa Revue­mé­trie de la recherche en Sciences humaines et sociales. Rap­port syn­thé­tique et final de mis­sion (1999 – 2003) s’appuie sur une méthode ori­gi­nale, qui s’apparente au son­dage d’opinion sur popu­la­tion très pré­cise. Il s’agit sim­ple­ment de pro­po­ser une très large liste de titres de pério­diques à des cen­taines de cher­cheurs d’une dis­ci­pline, en leur posant une ques­tion unique et simple : « Cette revue est-​elle scien­ti­fique ? ». Les cher­cheurs pou­vaient répondre par l’affirmative, la néga­tive ou l’aveu d’ignorance (« Ne sait pas »). Il tota­lise les votes ainsi expri­més et élabore, de ce fait, un score qui per­met de clas­ser les revues. Cette métho­do­lo­gie pré­sente des par­ti­cu­la­ri­tés inté­res­santes : elle ne s’appuie pas sur la méthode que met­tait en oeuvre l’UPS CNRS Pério­diques, qui consis­tait en une longue exper­tise rédi­gée par un ou deux spé­cia­listes. Ici, pas de place pour la nuance ni pour l’avis exprimé en trois par­ties et deux sous-​parties, avec intro­duc­tion et conclu­sion. Pas de dis­cus­sion sur la notion même de scien­ti­fi­cité, que le ques­tion­naire de Jean­nin refuse volon­tai­re­ment de défi­nir, fai­sant le pari de s’appuyer sur la défi­ni­tion par­ti­cu­lière du cher­cheur inter­rogé, qui n’a pas, lui-​même, à en défi­nir les contours. Ori­gi­nale, cette méthode n’est pas tota­le­ment démo­cra­tique, mais elle s’appuie mal­gré tout sur une enquête cher­chant à reflé­ter des ten­dances fortes dans l’opinion des chercheurs.

En 2004, Chris­tian Hen­riot et Etienne Fleu­ret ont publié une enquête dans la Lettre du dépar­te­ment SHS du CNRS (Sciences de l’homme et de la socité, n°69, mai 2004, 69p.). Cette enquête s’appuie sur un constat, celui de la faible per­ti­nence des mesures de fac­teur d’impact pro­po­sées par l’ISI (Ins­ti­tute for scien­ti­fic infor­ma­tion) en Sciences humaines et sociales fran­co­phones, le cor­pus des titres étant de qua­lité très inégale. Elle se donne pour objec­tif d’être la contri­bu­tion fran­çaise au pro­jet d’index de cita­tions euro­péen (pro­jet de l’ESF), ins­tru­ment dont la des­ti­née semble aujourd’hui incer­taine. L’enquête Henriot/​Fleuret a mobi­lisé d’importantes res­sources humaines et une métho­do­lo­gie s’appuyant sur la mise au point d’une liste de titres de réfé­rence dans chaque dis­ci­pline, fran­çais et étran­gers. Les enquê­teurs ont cher­ché, dans le cor­pus défini, le nombre de fois où les revues fran­çaises étaient citées. Ce nombre, modulé en fonc­tion de cri­tères ten­tant de réduire cer­tains biais, a défini un score, qui a per­mis au CNRS de défi­nir des revues d’envergure inter­na­tio­nale ayant voca­tion à être sou­te­nues sur deux sup­ports (papier et élec­tro­nique), des revues ayant voca­tion à être sou­te­nues sur un seul sup­port (pour la pre­mière fois, l’électronique) et des revues à voca­tion natio­nale, dont le CNRS ne sou­hai­tait plus assu­rer le soutien.

En 2006, Sophie Bar­luet a rendu un rap­port au Centre natio­nal du Livre (CNL). Si son enquête n’avait pas pour objec­tif prin­ci­pal d’évaluer les revues, elle abouti, mal­gré tout, à pro­po­ser un état des lieux et une méthode d’évaluation. Il s’agit de croi­ser deux cri­tères, le nombre d’exemplaires papier en dif­fu­sion payante et l’expertise réa­li­sée par une com­mis­sion. J’ai dit ailleurs que cette enquête me sem­blait mar­quée par le com­plexe du Cyclope, en prô­nant de façon rela­ti­ve­ment contra­dic­toire la créa­tion de revues élec­tro­niques, mais en leur don­nant comme seul hori­zon de pas­ser sur sup­port papier, ensuite, et en ne pro­po­sant de pro­cé­dure d’évaluation que sur la base de la dif­fu­sion payante, ce qui empêche de pen­ser le numé­rique comme un espace de publi­ca­tion à part entière, dis­po­sant d’une écono­mie de l’écriture, d’un public et d’un modèle écono­mique radi­ca­le­ment dif­fé­rents des revues papier.

Faute de maté­riau élec­tro­nique mas­sif et de prise de conscience de l’importance des enjeux du numé­rique, ces enquêtes s’appuient exclu­si­ve­ment sur le sup­port papier pour rendre leurs conclu­sions. Le para­doxe n’est pas secon­daire, car il s’agissait de se pré­pa­rer à la moder­ni­sa­tion des pro­cé­dures de publi­ca­tion scien­ti­fique, qui passe notam­ment par la mise en place d’une édition élec­tro­nique de qua­lité. La publi­ca­tion des résul­tats de ces enquêtes a pro­vo­qué des réac­tions par­fois vives.

A chaque fois s’est posée la ques­tion de la légi­ti­mité de la démarche, de la qua­lité de la méthode, de la per­ti­nence des conclu­sions. Ce point sera abordé dans le pro­chain billet.

La confusion des documents


In the name of god

J’observe chaque jour les pro­grès d’une mala­die ram­pante : la confu­sion entre le for­mu­laire de recherche de Google et la barre d’adresse du navigateur.

Aux débuts d’Internet, les tech­no­lo­gies uti­li­sées étaient rudi­men­taires. Cepen­dant, elles avaient le mérite d’être expli­cites dans le domaine des URL, c’est-à-dire des adresses de pages web. [43] Le navigateur Netscape 1.0 proposait "d'aller à" ("Go to") et Internet explorer 2.0 proposait de renseigner une "adresse". Rien de plus explicite et de plus transparent, ainsi que le montrent deux captures d'écran [44]. Depuis, les navigateurs ont considérablement évolué. En particulier, on notera la convergence des moteurs de recherche et des navigateurs.

Dans les premiers navigateurs, on saisissait l'adresse d'un moteur de recherche, par exemple Altavista.fr, et une fois arrivés sur ce moteur, on lançait une requête, par exemple "Apocalypse now Coppola". Les navigateurs récents proposent désormais les formulaires de recherche directement dans le navigateur. Ce progrès ergonomique a induit la cohabitation de deux formulaires de recherche dans un espace très restreint, sous la barre de menus. Et a provoqué la disparition de l'intitulé de ces deux champs. Celui de gauche, par convention, est celui de l'URL. Celui de droite est celui de la recherche [45].

Jusqu'ici, tout va bien. Cela se complique lorsque l'utilisateur commence à confondre les formulaires. Lorsque je tape "Apocalypse now Coppola" dans le formulaire de recherche sur Firefox 2, qui utilise Google par défaut, j'obtiens des propositions parmi les sites : Annalyse filmique, Wikipedia, Allocine, Cannest-fest.com, Monde diplomatique, Thucydide.com, Universalis.fr et Objectif-cinema.com
 [46] [47]. Sur la même requête, Live search propose des résultats parmi Allocine.fr, Thucydide.com, Ina.fr, Cineclubdecaen.com, Cadrage.net, ina-festivaldecannes.com [48].

Au lieu d'indiquer une erreur ("cette adresse n'existe pas"), Firefox lance une requête sur Google

Que se passe-t-il si je me trompe de formulaire et que je tape "Apocalypse now Coppola" dans la barre d'adresse ? Au lieu de m'indiquer une erreur ("cette adresse n'existe pas"), Firefox lance une requête sur Google, qui donne donc les résultats sus-mentionnés. Internet explorer lance une requête sur Livesearch... Mais alors, à quoi sert-il de distinguer les deux formulaires ? Menons notre enquête plus avant... Tapons "Apocalypse now" dans la barre d'adresse. Surprise : Firefox n'affiche pas les résultats d'une recherche Google mais le contenu de la page "Apo­ca­lypse now  » de Wiki­pe­dia ! Inter­net explo­rer, lui, lance une requête sur Live search.

Reten­tons l’expérience avec le mot « revues ». Tapé dans la barre d’adresses de Fire­fox, le mot « revues » vous envoie direc­te­ment sur Revues​.org [49]. Ce fai­sant, le navi­ga­teur se com­porte comme une sorte de résol­veur de liens « mai­son ». Un tel com­por­te­ment pose, de toute évidence, deux problèmes.

Une sai­sie dans le for­mu­laire d’adresse peut donc débou­cher sur une page web, sur une recherche Google, sur une notice Wiki­pe­dia. Au petit bon­heur, la chance.

1. L’inconstance du com­por­te­ment des navi­ga­teurs. Une sai­sie dans le for­mu­laire d’adresse peut donc débou­cher sur une page web, sur une recherche Google, sur une notice Wiki­pe­dia. Au petit bon­heur, la chance. Pour­quoi chan­ger, ainsi, le com­por­te­ment du navi­ga­teur ? Com­ment peut-​on espé­rer construire des repré­sen­ta­tions claires d’Internet si un navi­ga­teur se com­porte de façon si imprévisible ?

2. Le carac­tère arbi­traire du choix de la page pro­po­sée par le moteur.
Pour­quoi poin­ter vers Revues​.org, et pas vers la page «  revues  » de Wiki­pe­dia, comme dans le cas « Apo­ca­lypse now » ? Ou sur une requête sur Google au sujet du mot « revues » ? Quelle est la rai­son qui pré­side à ce choix ? On devine les dérives pos­sibles d’un tel fonc­tion­ne­ment, qui pousse l’utilisateur vers une res­source unique, qu’il ne choi­sit pas, alors qu’on pour­rait lui offrir le choix de res­sources mul­tiples, parmi les­quelles il exer­ce­rait un tri. Les dérives pos­sibles dépen­dant néces­sai­re­ment du contexte. Elles peuvent être intel­lec­tuelles, poli­tiques ou com­mer­ciales. Un cou­rant de pen­sée, un Etat tota­li­taire, une régie publi­ci­taire peuvent s’emparer d’un tel méca­nisme et en tirer profit.

Les navi­ga­teurs sont deve­nus une source majeure d’accès à la culture, à l’information et au savoir. Pour­tant, ils sont en train d’induire une confu­sion délé­tère entre URL et moteur de recherche, c’est-à-dire, in fine, entre docu­ment et indexation.

Les navi­ga­teurs sont deve­nus une source majeure d’accès à la culture, à l’information et au savoir. Pour­tant, ils sont en train d’induire une confu­sion délé­tère entre URL et moteur de recherche, c’est-à-dire, in fine, entre docu­ment et indexation.

-Par la dis­so­lu­tion pro­gres­sive des contours de la défi­ni­tion de l’URL, les nou­veaux navi­ga­teurs induisent le recul des pra­tiques de cita­tion de docu­ments en ligne. Intro­duire une confu­sion entre réso­lu­tion de liens et indexa­tion, c’est brouiller les repré­sen­ta­tions du Web. C’est brouiller l’organisation ori­gi­nelle du réseau hypertextuel.

-Intro­duire des réso­lu­tions de liens « pro­prié­taire » au cours d’une recherche est source de confu­sions et de régres­sions des pra­tiques de cita­tions par URL. Les médias révèlent ce type de régres­sion. On ne mémo­rise pas l’URL d’un docu­ment inté­res­sant. On mémo­rise la façon dont on y a accédé. Les jour­na­listes nous accom­pagnent dans cet aban­don à l’imprécision du par­cours du réseau : « Pour retrou­ver ce site, tapez « Apo­ca­lypse Now Copola » sur Inter­net » nous dit France Inter. De cette impré­ci­sion sidé­rale du lan­gage découle une molesse métho­do­lo­gique exces­sive. Amis jour­na­listes, sui­vez, s’il-vous-plaît, une petite for­ma­tion sur les adresses sur le web, la réso­lu­tion de noms et l’indexation. Savez-​vous qu’un résul­tat de moteur de recherche n’est pas une constante scien­ti­fique, mais le résul­tat d’un pro­ces­sus, sans cesse chan­geant, d’algorithmes com­plexes et secrets ? Mes­sieurs les jour­na­listes, amis pro­fes­seurs, apprenez-​nous les adresses des sites. Mes­sieurs les res­pon­sables de sites, construi­sez des sites citables.

Il est néces­saire que l’internaute maî­trise quelques notions de base, dont la pre­mière est celle d’URL, qui ne sup­portent pas la paresse d’esprit ni les approxi­ma­tions.

L’internaute citoyen est de plus en plus assisté dans sa recherche d’informations. Pour qu’il reste acteur de sa propre culture et de ses repré­sen­ta­tions, il est néces­saire qu’il maî­trise quelques notions de base, dont la pre­mière est celle d’URL, qui ne sup­portent pas la paresse d’esprit ni les approximations.