Archives mensuelles : avril 2008

E-​books : c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?


Un récent billet paru dans imma​te​riel​.fr, fait le point sur l’offre actuelle de e-​books (je parle des machines) sur le mar­ché à l’heure actuelle. Le moins que l’on puisse dire est que le bilan n’est pas fameux. Jugeons plu­tôt. Mani­fes­te­ment, quatre machines sont en lice : le Rea­der (ou plu­tôt PRS-​505) de Sony, le Cybook GEN 3 de Boo­keen, l’iLiad de iRex et bien sûr le Kindle d’Amazon. Je n’ai essayé aucun des quatre. En revanche, je suis dans la posi­tion d’un ache­teur poten­tiel qui sou­haite acqué­rir une liseuse, comme on dit, et donc en capa­cité de confron­ter cette offre avec un cahier des charges que je me suis défini.

un ipod du texte

Ce cahier des charges est très simple : je cherche ce qu’on pour­rait appe­ler un ipod du texte ; c’est-à-dire, un objet léger, simple, résis­tant, sur lequel je peux lire toutes sortes de textes (livres, revues, presse), donc ouverts à des for­mats à peu près uni­ver­sels : pdf ou html, uti­li­sant une tech­no­lo­gie de type encre élec­tro­nique et, si pos­sible, pas trop cher. Je ne veux pas de fonc­tion sup­plé­men­taire et sophis­ti­quée. Avec cette machine, je veux seule­ment lire, comme j’écoute de la musique avec mon ipod. Pour faire des choses com­pli­quées avec du texte, j’ai un ordi­na­teur. Der­nier point, cette machine ne doit pas être exces­si­ve­ment coû­teuse ; je ne suis pas prêt à ache­ter plus cher qu’un ordi­na­teur por­table un outil dont les fonc­tions bien plus limitées.

Avec ce cahier des charges, je peux écar­ter d’emblée le Kindle d’Amazon. Celui-​ci en effet ne sait com­mu­ni­quer qu’avec…le cata­logue d’Amazon sur un canal qui lui est propre. J’aime beau­coup Ama­zon, je suis un gros et fidèle client d’Amazon, mais j’aimerais bien qu’il reste à sa place. Je ne suis pas prêt à lui aban­don­ner la faculté de choi­sir à ma place ce que je dois lire. On ne peut qu’être étonné d’ailleurs de voir cette entre­prise née dans la culture d’Internet ten­ter de prendre en otage ses clients avec une superbe stra­té­gie de lock-​in que ne désa­voue­rait pas Micro­soft. Vrai­ment très curieux. Bon, de toute façon, le Kindle n’est pas dis­tri­bué en France (ni aux Etats-​Unis du reste où il est en rup­ture de stock).

Deuxième can­di­dat, l’iLiad. Pour celui-​là, il faut se rendre sur le site du construc­teur hol­lan­dais pour pou­voir le com­man­der. C’est assez bizarre comme mode de dis­tri­bu­tion. Ce qui n’est pas bizarre du tout, par contre, c’est le coût d’achat de la machine : 649 euros ! c’est-à-dire plus cher qu’un por­table bien équipé. L’offre d’iRex a beau être de bonne qua­lité, elle n’en est pas moins d’un coût exor­bi­tant. Exit l’iLiad.

De qui se moque-​t-​on ?

Pas­sons main­te­nant au Cybook de Boo­keen : vendu à 350 euros, lisant toutes sortes de for­mats de fichiers, com­mu­ni­quant grâce à une inter­face wifi, la machine est attrayante. Las ! la page à par­tir de laquelle on peut l’acheter s’orne d’un magni­fique enca­dré rouge aver­tis­sant le futur client qu’en rai­son de dif­fi­cul­tés d’approvisionnement, il ne peut connaître la date à laquelle il sera livré. Sa carte bleue en revanche sera débi­tée immé­dia­te­ment, elle. De qui se moque-​t-​on ?

Reste le Rea­der, ou PRS-​505 de Sony. C’est fina­le­ment l’offre qui semble la plus viable. Elle a d’ailleurs ren­con­tré un cer­tain suc­cès au Japon et aux Etats-​Unis où elle est com­mer­cia­li­sée depuis.…plus d’un an ! Livres Hebdo croit savoir que Sony réflé­chit à une com­mer­cia­li­sa­tion en France d’ici l’été, mais hésite sur la stra­té­gie à adop­ter : via un dis­tri­bu­teur exclu­sif ou non. Voilà qui ne pré­sage rien de bon. Espé­rons que le prix amé­ri­cain de 300 dol­lars ne se trans­forme pas en prix euro­péen à 450 euros, selon la logique d’un taux de change dont seuls les dis­tri­bu­teurs exclu­sifs ont le secret.

Demain, demain, demain…

Cela fait huit ans que je m’intéresse au e-​book. Il fai­sait l’objet d’un des pre­miers dos­siers d’Homo Nume­ri­cus en 2000 ! Déjà, à l’époque, on nous pro­met­tait pour très bien­tôt, très très bien­tôt, la révo­lu­tion du livre élec­tro­nique. Huit ans après, force est de consta­ter que mal­gré les pro­grès tech­niques, on en est tou­jours au même point au niveau indus­triel et com­mer­cial : le consom­ma­teur poten­tiel ne trouve devant lui qu’une offre ané­mique, coû­teuse, appuyée sur des cir­cuits de dis­tri­bu­tion pour le moins alambiqués.

Or donc, mes­sieurs les fabri­cants, mar­ke­teurs, dis­tri­bu­teurs de tous poils ; ce e-​book que l’on nous pro­met depuis si long­temps, cet ipod du texte que l’on attend avec impa­tience et qui est pro­mis à un brillant ave­nir ; c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?


Cré­dit photo :« escar­got ? not me », par Pea­sap en CC By 2.0 sur Flickr

Blogs de journalistes : deux traitements

Ce matin, le jour­nal Libé­ra­tion don­nait un aperçu inté­res­sant de deux des façons dont la presse écrite peut uti­li­ser les blogs comme outils d’information.

Pre­mier cas : Fillon l’entarteur. Cette nou­velle fra­cas­sante, selon laquelle Fran­çois Fillon aurait (selon des sources bien infor­mées) envoyé (atten­tion tenez-​vous bien) une boule de neige au visage de Michel Bar­nier (le Ministre de l’Agriculture selon les mêmes sources bien infor­mées). Cette nou­velle fra­cas­sante donc, se retrouve en page d’accueil du site Libe​ra​tion​.fr, au milieu d’autres nou­velles rédi­gées par la rédac­tion du journal.


Celle-​ci pour­tant pro­vient du der­nier billet d’un blog, celui d’Alain Auf­fray, jour­na­liste du quo­ti­dien, qui y dévoile les cou­lisses de la vie quo­ti­dienne des membres du gou­ver­ne­ment. Le mélange sur la page d’accueil de titres ren­voyant à des docu­ments dont les sta­tuts sont très dif­fé­rents et aux modes d’écriture très dif­fé­rents aussi m’a tou­jours paru pro­blé­ma­tique. On en voit ici les limites. C’est d’ailleurs pire lorsqu’on regarde ce qui se passe dans les flux RSS. Voici la manière dont appa­raîs­sait le flux de Libé­ra­tion ce matin dans Netvibes.


Toutes les dif­fé­rences édito­riales sont écra­sées et toutes les infor­ma­tions, quelle que soit leur pro­ve­nance, sont mélan­gées. C’est assez désas­treux pour un flux RSS dont on attend qu’il soit homo­gène, car c’est ce qui per­met de l’utiliser effi­ca­ce­ment pour un repé­rage rapide de l’actualité. Pour ma part, en m’abonnant au flux en pro­ve­nance de Libe​ra​tion​.fr, je m’attends à être guidé vers les articles du jour­nal, et non, vers…je ne sais pas quoi en fonc­tion des hasards de la syn­di­ca­tion auto­ma­tique. Remar­quons pour finir sur ce pre­mier exemple, que la pro­ve­nance de l’information est au moins très légè­re­ment mar­quée sur la page web du jour­nal (« blogs » en grisé) et pas du tout dans le flux RSS.

La ques­tion n’est pas celle du sérieux ou de la fri­vo­lité de l’information. C’est assez inté­res­sant aussi d’avoir un aperçu de ce qui se passe loin des camé­ras (en, si on lit bien Auf­fray, cet inci­dent dit quelque chose des rela­tions entre les deux ministres). Le pro­blème réside plu­tôt dans le manque de qua­li­fi­ca­tion de l’information, pré­sen­tée en flux hété­ro­gène, sans sépa­ra­tion, sans hié­rar­chi­sa­tion sur une page web et dans un flux RSS.

Deuxième cas : la prise d’otages sur Le Ponant. Dimanche, Jean-​Dominique Mer­chet, jour­na­liste de Libé­ra­tion spé­cia­liste des ques­tions mili­taires expli­quait sur son blog Secret Défense, pour­quoi les auto­ri­tés cherchent à éviter à tout prix une inter­ven­tion armée pour libé­rer les otages. Ce matin, un article du même auteur, paru dans le jour­nal cette fois, fait le point sur la situa­tion qu’il contex­tua­lise, tout en expli­quant, avec les mêmes argu­ments, pour­quoi il n’y aurait pas, sauf cas d’extrême urgence, d’assaut sur le navire. Deuxième cas donc, deuxième trai­te­ment : le spé­cia­liste ana­lyse sur son blog l’aspect pure­ment mili­taire de l’affaire. L’information est publiée rapi­de­ment, rapi­de­ment rédi­gée. Elle four­nira ensuite un élément d’un article plus large paru dans le jour­nal deux jours plus tard.

Net­te­ment plus inté­res­sant, à mon avis.

Les rencontre de l’Orme(2)


Suite des ren­contres de l’Orme avec un ate­lier de l’après-midi sur la ques­tion du par­tage et de l’échange dans la chaîne de pro­duc­tion édito­riale numé­rique. Ici, on est davan­tage dans la pré­sen­ta­tion d’expériences (tant mieux).

Pre­mière pré­sen­ta­tion, par Odile Che­ne­vez, coor­don­na­trice CLEMI dans l’académie d’Aix-Marseille, sur une expé­ri­men­ta­tion de pro­duc­tion d’un jour­nal d’établissement avec Spip. Plu­sieurs choses très inté­res­santes dans cet exposé : tout d’abord, cette idée que la forte sépa­ra­tion entre espace privé et site public qui carac­té­rise ce CMS par rap­port à d’autres, ou aux wiki, fonc­tionne très bien dans un contexte péda­go­gique, car, et la dis­tinc­tion entre les trois niveaux de vali­da­tion de chaque article ren­force cette dimen­sion, il per­met d’éduquer les élèves à la res­pon­sa­bi­lité de la publi­ca­tion. Autre chose, l’intervenante montre que les pro­fes­seurs qui enca­draient l’initiative étaient très inquiets du pla­giat des conte­nus sur Inter­net. Or, ce que montre cette expé­rience, c’est que ce sont les élèves eux-​mêmes qui, par le biais du forum interne, se sont auto-​régulés direc­te­ment, alors que les ensei­gnants sem­blaient rela­ti­ve­ment dépas­sés par le phé­no­mène. Autre chose inté­res­sante, les capa­ci­tés lin­guis­tiques des élèves (de l’expérimentation en ques­tion) appa­raissent de manière frap­pante en com­pa­rant les textes que les élèves ont pro­duit pour ce jour­nal de classe et leur propre Sky­blog. Les deux der­niers points mettent en évidence la réa­lité des com­pé­tences numé­riques d’un cer­tain nombre d’adolescents qui peuvent être capables d’adapter leur niveau de dis­cours aux dif­fé­rents espaces de publi­ca­tion dont ils com­prennent bien ce qui les dis­tingue, ou savent iden­ti­fier les com­por­te­ments inac­cep­tables (ainsi pas exemple une ten­ta­tive d’usurpation d’identité sur un forum).

L’exposé sui­vant, pro­posé par Laure Endrizzi de la Cel­lule Veille Tech­nique et scien­ti­fique de l’INRP, dont Homo Nume­ri­cus avait remar­qué un des der­niers textes, porte sur Wiki­pe­dia. Mal­heu­reu­se­ment, il s’agit seule­ment d’une pré­sen­ta­tion, infor­mée certes, de l’encyclopédie en ligne. Un des points impor­tants sur les­quels elle insiste, ce sont les méca­nismes internes à l’initiative qui visent à déga­ger ou mettre en valeur les par­ties de meilleure qua­lité de l’encyclopédie : les por­tail, le pro­jet Wiki­pe­dia 1.0 (qui « fixe » les articles de qua­lité et en font un export dis­tri­bué sur DVD), les labels de qua­lité, et les pro­jets thé­ma­tiques. Bref, l’idée est la sui­vante : ce qui donne de la qua­lité et qui se déve­loppe dans Wiki­pe­dia, ce sont les pro­jets col­lec­tifs et concer­tés qui orga­nisent l’acte édito­rial plu­tôt que de le pen­ser comme l’agrégation d’actes indi­vi­duels. Der­nier point impor­tant, ce tra­vail col­lec­tif au sein de l’encyclopédie porte à la fois sur les conte­nus à pro­mou­voir par ce que de qua­lité, et sur les articles qui ne le sont pas et qui sont à supprimer.

Troi­sième pré­sen­ta­tion : Sophie de Qua­tre­barbes, de l’association Deci-​dela, pré­sente un pro­jet bap­tisé « le média­teur éduca­tif ». Son asso­cia­tion conçoit, en par­te­na­riat avec un éditeur des conte­nus éduca­tifs mul­ti­mé­dias (sites et cd-​rom) sur des thèmes spé­ci­fiques. Dans le pro­ces­sus d’édition de ces conte­nus, cette asso­cia­tion cherche à amé­lio­rer l’interaction avec les ensei­gnants, les « remon­tées du ter­rain » comme on dit. Il s’agit donc d’ouvrir une plate-​forme de blogs per­met­tant aux ensei­gnants d’échanger leurs idées d’usages de ces conte­nus (comme l’organisation d’ateliers, etc.) L’ensemble de ces blogs sont agré­gés sur un por­tail afin de don­ner plus de visi­bi­lité aux pra­tiques péda­go­giques dont ils rendent compte. L’initiative en est à ses débuts. La ques­tion qu’elle se pose porte sur le manque d’enthousiasme des ensei­gnants à com­mu­ni­quer sur leurs pra­tiques et leurs expé­riences ; bref, cette ini­tia­tive ne semble pas avoir le suc­cès escompté.

Odile Che­ne­vez prend la parole pour répondre à ces inter­ro­ga­tions. En gros, la réponse est simple : quel est l’intérêt des ensei­gnants à contri­buer chez/​pour un éditeur de conte­nus ? C’est sim­ple­ment à cette ques­tion qu’il faut répondre.

Fina­le­ment, le débat s’engage sur la ques­tion de la construc­tion de l’autorité, en par­ti­cu­lier sur Wiki­pe­dia. Laure Endrizzi évoque la manière dont l’autorité sur l’encyclopédie en ligne n’est pas du tout construite sur la bio­gra­phie du contri­bu­teur, mais bien plus sur l’historique de ses contri­bu­tions sur Wiki­pe­dia. Elle évoque le Trust Colo­ring Tool, un sys­tème de cal­cul auto­ma­tique de l”« autorité » d’un contri­bu­teur en fonc­tion de la péren­nité de ses contri­bu­tions. Le résul­tat de ce cal­cul est ensuite mani­festé par une colo­ra­tion pro­gres­sive des contri­bu­tions. Ainsi, sur un article, on pourra voir cer­tains pas­sages plus ou moins colo­rés en fonc­tion de l’autorité dont jouissent leurs auteurs. On pourra donc en déduire qu’ils sont moins fiables.

Une pre­mière réac­tion me vient à l’esprit : ce méca­nisme de construc­tion de l’autorité par agré­ga­tion d’actes indi­vi­duels est contra­dic­toire avec les ini­tia­tives édito­riales qu’elle a évoquées pré­cé­dem­ment. Fina­le­ment, c’est l’aspect qui me sem­blait le plus inté­res­sant dans cet ate­lier : le par­tage et l’échange dans la chaîne de pro­duc­tion édito­riale, peuvent être encou­ra­gés de manières très différentes.


Cré­dits photo : « Power law of par­ti­ci­pa­tion », par Ross May­field, sur Fli­ckr en CC by-​nc 2.0

Les rencontres de l’Orme (1)


J’ai pro­fité d’une visite aux amis mar­seillais pour assis­ter à une des deux jour­nées des ren­contres de l’Orme qui se déroulent à la Friche de la Belle de Mai. Les Ren­contres de l’Orme, c’est un événe­ment annuel qui ras­semblent tous les acteurs fran­çais des tech­no­lo­gies de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion pour l’éducation. Aujourd’hui, deux confé­rences m’intéressent par­ti­cu­liè­re­ment. La pre­mière traite de la ques­tion de la gou­ver­nance pour le numé­rique à l’école. Autre­ment dit : com­ment les dif­fé­rents acteurs (Etat, éditeurs, pri­vés et publics, acteurs de ter­rain) arrivent, ou pas, à tra­vailler ensemble dans ce domaine. Plu­tôt pas, ou plus, selon Serge Pouts-​Lajus, ani­ma­teur de la table-​ronde, après les deux lois de décen­tra­li­sa­tion. Je ne connais pas bien les per­sonnes pré­sentes à la tri­bune. Pour les iden­ti­fier, voir le pro­gramme des Ren­contres en ligne.

Trois sujets sont mis sur la table :

1. La main­te­nance des maté­riels
2. Les res­sources (conte­nus et logi­ciels)
3. Les ENT

Pre­mier tour de table : le repré­sen­tant de Micro­soft ouvre très fort la dis­cus­sion en oppo­sant les freins et pesan­teurs des struc­tures admi­nis­tra­tives au dyna­misme des com­mu­nau­tés ensei­gnantes. Réac­tion immé­diate des dif­fé­rents repré­sen­tants de ces struc­tures (rec­to­rat, région, conseil géné­ral, minis­tère) trou­vant, dans un bel una­ni­misme, qu’au contraire, beau­coup de choses bougent ; ils recon­naissent que c’est très récent.

A pro­pos des ressources,

On évoque le cas de l’académie Aix-​Marseille avec une ini­tia­tive impor­tante ras­sem­blant tous les acteurs (y com­pris éditeurs) sous la hou­lette de la région : Cor­re­lyce. Appa­rem­ment, le dis­po­si­tif mis en place est pour le moins inno­vant. Il s’appuie sur des « points quart », lieux de proxi­mité où l’on trouve des ensei­gnants, des tech­ni­ciens et des docu­men­ta­listes pour accom­pa­gner et déve­lop­per l’usage des res­sources qui sont ache­tées par l’académie.

Un inter­ve­nant de Seine Saint Denis insiste sur le carac­tère rela­ti­ve­ment excep­tion­nel de cette ini­tia­tive. Com­ment ça se passe dans les autres dépar­te­ments, demande l’animateur de la table-​ronde ? Réponse : pour l’instant, il ne se passe rien. En fait, la plu­part des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales consi­dèrent que la ques­tion des res­sources et de l’accompagnement de leur usage ne sont pas de leur res­pon­sa­bi­lité et n’ont pas à se sub­sti­tuer aux défaillances de l’Etat. Réponse de la région PACA : oui, mais si la Région par exemple reste uni­que­ment sur son domaine de com­pé­tence, c’est-à-dire la four­ni­ture de machines, et qu’il n’y a pas de relais, celles-​ci ne sont pas uti­li­sées et donc, sont inves­tis­se­ment n’est pas valorisé.

Pas­sage de parole au repré­sen­tant du Minis­tère : celui-​ci se féli­cité évidem­ment de l’initiative de la Région. Alors, que fait l’Etat ? Et bien il label­lise, il dis­tri­bue des clés USB aux ensei­gnants sor­tants d’IUFM, et il « impulse ».

Encore une fois, le repré­sen­tant de Micro­soft met les pieds dans le plat. Deux éléments selon lui :

1. Toutes ces ini­tia­tives sont très bien, mais elles ne sont pas à l’échelle, quan­ti­ta­ti­ve­ment, sur­tout par rap­port aux autres pays.
2. L’usage des TIC est bridé par le cadre d’enseignement (cours de 55mn) qui ne peut pas bou­ger, alors que dans les autres pays, l’usage des TIC dans l’enseignement s’est accom­pa­gné d’une réor­ga­ni­sa­tion du temps d’enseignement. Il pointe mal­gré tout quelques fer­ments d’espoir : le dyna­misme des com­mu­nau­tés ensei­gnantes, l’inclusion dans le socle com­mun, de com­pé­tences direc­te­ment liées aux TIC et la pos­si­bi­lité légale pour les chefs d’établissement de réor­ga­ni­ser les ensei­gne­ments beau­coup plus lar­ge­ment qu’ils le font actuellement..

Les réac­tions dans la salle (ensei­gnants, parents, etc.) font état d’un manque de concer­ta­tion avec les acteurs de ter­rain. Les ensei­gnants participent-​ils au pro­ces­sus de choix des res­sources ? Peuvent-​ils don­ner un retour d’usage sur la per­ti­nence de ces res­sources ? Un parent d’élève en par­ti­cu­lier pointe du doigt le manque de recon­nais­sance de la com­pé­tence des ensei­gnants en la matière. Tout à coup, je me rends compte qu’aucun ensei­gnant n’est à la tri­bune. Le Minis­tère répond : un pro­jet est en cours pour la créa­tion d’un por­tail par­ti­ci­pa­tif qui peut être ali­menté par les ensei­gnants. Par ailleurs, le Minis­tère sou­tient des ini­tia­tives comme Sésa­math et Weblettres.

On passe main­te­nant aux ENT. L’animateur de la table-​ronde en fait l’historique. Au début, il s’agissait d’outils bri­co­lés (blogs, cms divers). Depuis 2003, l’Etat et la Caisse des dépôts ont financé le déve­lop­pe­ment d’ENT inté­grés indus­triels, sur une base régio­nale. L’Alsace et la Lor­raine ont été pré­cur­seurs, puis l’Ile de France.

En fait, la plu­part des inter­ve­nants font état d’un manque de concer­ta­tion entre l’Etat, les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et les établis­se­ments. Dans l’académie de Cré­teil, des ENT se font ainsi concur­rence ! Cette fois, c’est le repré­sen­tant de la Région PACA qui met les pieds dans le plat. Pen­dant très long­temps, les ENT étaient plu­tôt des usines à gaz. Sur­tout, l’ENT est une approche par les outils, ne cor­res­pon­dant pas à des besoins réels. Core­lys est au contraire une approche par les usages où on voit qu’au bout d’un moment, des demandes cor­res­pon­dant à des fonc­tions ENT com­mencent à émer­ger (du type espaces par­ta­gés, col­la­bo­ra­tifs), et à ce moment seule­ment, ils deviennent per­ti­nents. Bref, c’est la méthode de déploie­ment qui n’a pas été la bonne : déploie­ments par le haut, approche par la tech­no­lo­gie. Der­nier point : la pau­vreté du mar­ché en terme d’offre d’ENT. Cette ana­lyse est par­ta­gée par un acteur du CNDP : on arrive main­te­nant à un moment inté­res­sant où on voit émer­ger des demandes liées à des usages de par­tage et de collaboration.

Le repré­sen­tant du minis­tère défend l’approche par les outils : en Alsace, on a contraint les ensei­gnants à uti­li­ser les outils (ges­tion des absences par exemple) ; puis, se sont déve­lop­pés dans un second temps des usages pédagogiques.

Dans la salle, deux inter­ven­tions très dif­fé­rentes, remettent en cause le slo­gan selon lequel il faut « déve­lop­per les usages ». La pre­mière pose la ques­tion de la connexion entre les ENT et les usages des jeunes qui sont très déve­lop­pés dans le numé­rique. La seconde fait état d’une enquête sur les pra­tiques péda­go­giques inno­vantes en sciences de la vie. Cette enquête a mon­tré que ces pra­tiques ne se déve­lop­paient pas dans les ENT label­li­sés par le Minis­tère ! Mais sur des outils choi­sis loca­le­ment et non label­li­sés. Le déploie­ment des ENT label­li­sés casse dans cer­tains cas les dyna­miques locales.

La table-​ronde n’est pas finie (reste la main­te­nance) mais je dois partir.


Cré­dits photo : « gale­rie chez la friche belle de mai », par eschige sur Fli­ckr en cc by-​nc-​sa 2.0