Archives mensuelles : octobre 2008

C’est le chuchotement des livres qui se parlent…


Véro­nique Ginou­vès, sur la pla­te­forme de car­nets de recherche Hypo­thèses, rend compte d’une inté­res­sante école thé­ma­tique du CNRS, dont j’ai par ailleurs l’honneur d’être membre du comité scien­ti­fique. Honte à moi, je n’ai pas pu y assis­ter. Heu­reu­se­ment, les car­ne­tiers d’Hypothèses « font le bou­lot » et nous ramènent de splen­dides pépites. Voici deux pas­sages très intéressants.

Quel est ce bruit qu’on entend au fond de la bibliothèque ?

Quel est ce bruit qu’on entend au fond de la biblio­thèque ? s’interroge-t-il… C’est le chu­cho­te­ment des livres qui se parlent. Lou Bur­nard les a entendu dire que la numé­ri­sa­tion n’est pas un simple acte tech­nique (tiens, j’ai déjà lu ça quelque part il y a déjà long­temps) et que si elle per­met de lire, anno­ter, faire des liens, elle encou­rage aussi les livres à se par­ler entre eux.

http://​pho​no​theque​.hypo​theses​.org/​243

On ne peut pas mieux dire : désor­mais, les livres vont se par­ler entre eux et ça va modi­fier en pro­fon­deur les usages de lec­ture et d’écriture. Les pion­niers d’internet nous disaient que le lien hyper­texte allait chan­ger le rap­port entre les textes. Que les mots, les phrases, les para­graphes, les articles, les livres, pour tout dire, que idées allaient se connec­ter entre elles. Quelle ne fut pas notre décep­tion lorsque le réseau se cou­vrit d’erreurs 404, aussi nom­breuses et pro­li­fé­rantes qu’une épidé­mie de mala­die infan­tile. Il s’agissait bien d’une mala­die infan­tile : le réseau avait inventé le lien entre des docu­ments numé­riques en ligne mais per­sonne n’avait de solu­tion pour sta­bi­li­ser et struc­tu­rer ces liens dans la longue durée. Ce qui ren­dait vain, bruyant et coû­teux l’invention géniale qu’est l’hypertexte. De toute évidence, cette période d’immaturité est encore d’actualité. Cepen­dant, la pro­fes­sion­na­li­sa­tion et la struc­tu­ra­tion des métiers de l’édition élec­tro­nique, des digi­tal huma­ni­ties et de l’identification pérenne de docu­ments fait avan­cer ce dos­sier à grands pas. Il fau­dra que j’en rende compte ultérieurement.

Le Lexi­con of greek per­so­nal names : près de 40 annés d’expérience numé­rique réussies

Le cas du Lexi­con of greek per­so­nal names est assez exem­plaire. Ce Who’s who de la Grèce antique a été créé au début des années 1970 pour tran­quille­ment arri­ver au 21e siècle sans perte d’information, pas­sant d’une appli­ca­tion à une autre, tou­jours plus per­for­mante, inté­grant au pas­sage les tra­vaux d’autres com­mu­nau­tés comme Pleiades ou Aphro­di­dias. Sa réflexion sur les textes numé­riques deve­nus bien com­mun comme l’air qu’on respire

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Vers la fin des entre­prises provisoires ?

La réflexion sur les biens com­muns est fon­da­men­tale, mais je m’attarderai sur une ques­tion moins phi­lo­so­phique, mais tout aussi déci­sive. Aujourd’hui, le sou­ve­nir de fichiers Dbase per­dus sur des disques au for­mat 5« 1/4 au milieu des années 1980 ter­ro­risent encore nombre de cher­cheurs, qui jurent qu’on ne les repren­dra plus à lan­cer de grandes enquêtes infor­ma­ti­sées. Il en est de même pour ceux qui ont eu le cou­rage de faire leurs pages web à la main à la fin des années 1990. Il arrive que ces pages existent tou­jours, mais que leur auteur soit bien inca­pable d’aller les mettre à jour, suite à la perte d’un mot de passe ou à la confu­sion pro­duite par la suc­ces­sion des fusions-​acquisitions-​faillites qui ont eu lieu dans les socié­tés inter­net. De quoi se dire que, déci­dé­ment, le réseau et le numé­rique ne sont ni durables ni dignes de confiance.

Or, l’histoire des digi­tal huma­ni­ties en géné­ral, et de l’édition élec­tro­nique en par­ti­cu­lier, n’est pas jalon­née que de pro­jets avor­tés, de fichiers per­dus, de for­mats obs­curs, de don­nées jamais ren­dues publiques, de struc­tures de don­nées abs­conces ou fan­tai­sistes. Une véri­table pro­fes­sion s’est peu à peu consti­tuée. Elle existe et peut être iden­ti­fiée, même si en France elle émerge à peine de la mar­gi­na­lité dans laquelle les ins­ti­tu­tions les ont pla­cées. Et des pro­jets ins­crits dans la durée, cumu­la­tifs, ont vu le jour. Il fau­dra qu’on reparle de cette histoire.

J’ouvre mon carnet de recherches sur Hypothèses — 17 octobre 2008, EHESS Paris


Typography as a grid

Depuis quelques années, un nombre crois­sant de cher­cheurs en sciences humaines et sociales uti­lise des outils de mise en ligne rapides et légers – les blogs – dans leur acti­vité pro­fes­sion­nelle. Ces « car­nets de recherche » consti­tuent de véri­tables ins­tru­ments de com­mu­ni­ca­tion et d’information scien­ti­fique. Leurs usages sont très divers : car­nets de fouilles archéo­lo­giques, cahiers de ter­rain en sciences sociales, moyens de dif­fu­sion des savoirs, jour­naux de bord de pro­jets de recherche, blogs de revues ou de livres, chro­niques scien­ti­fiques sur un thème précis.

Le Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte (CLEO) a lancé en février 2008 sa pla­te­forme de car­nets de recherche Hypo­thèses. Ouverte à la com­mu­nauté de l’ensemble des dis­ci­plines des sciences humaines et sociales, Hypo­thèses per­met aux cher­cheurs et équipes de recherche de dif­fu­ser faci­le­ment et rapi­de­ment de l’information en rela­tion directe avec leur pra­tique scien­ti­fique.
Pré­sen­ta­tion de la formation

Afin d’accompagner le déve­lop­pe­ment de sa pla­te­forme, le CLEO orga­nise une série de for­ma­tions à des­ti­na­tion de tous les uti­li­sa­teurs déjà ins­crits ou dési­reux d’ouvrir un car­net de recherche. D’une durée d’une jour­née, ces for­ma­tions per­mettent aux par­ti­ci­pants de créer et ouvrir leur car­net de recherche le cas échéant, de per­son­na­li­ser et confi­gu­rer leur car­net, de maî­tri­ser l’ensemble des fonc­tion­na­li­tés d’édition et de ges­tion qui leur sont offertes. En com­plé­ment de cette for­ma­tion pra­tique, la jour­née com­prend une intro­duc­tion aux enjeux des blogs scien­ti­fiques et une pré­sen­ta­tion des pra­tiques exis­tantes appuyée sur l’analyse de dif­fé­rents exemples.
Programme

-Qu’est-ce qu’un car­net de recherche ? Défi­ni­tion et exemples

- Le car­net de recherche : un outil d’information scien­ti­fique

- L’environnement ins­ti­tu­tion­nel et juri­dique des car­nets de recherche

- Pré­sen­ta­tion de la pla­te­forme Hypo­thèses

- Ouvrir un car­net de recherche sur Hypo­thèses : prise en main de l’outil Word­Press

- Éditer et publier des articles et des pages sur son car­net de recherche

- Per­son­na­li­sa­tion et confi­gu­ra­tion avan­cée

- Ges­tion édito­riale des contenus

Infor­ma­tions pratiques

La for­ma­tions se déroule à Paris entre 9h30 et 13 heures.

Lieu : EHESS. 96 Bd Ras­pail, 75006, Paris.
Formateur

Pierre Mou­nier, EHESS, res­pon­sable du pôle For­ma­tion et usages du CLEO et fon­da­teur d’Homo Nume­ri­cus.
Inscription

Pour s’inscrire, il suf­fit d’écrire à formations@​revues.​org en pré­ci­sant bien le titre et la date de la for­ma­tion demandée.

Il n’est pas obli­ga­toire d’avoir un car­net ou d’avoir l’intention d’en ouvrir un pour par­ti­ci­per à ces formations.

Pour en savoir plus sur Hypo­thèses : http://​hypo​theses​.org/​a​b​out

Cré­dits pho­to­gra­phiques : « Typo­gra­phy is a grid », par bluek­de­sign, licence CC.

Do we speak blog?


Pré­pa­rant une for­ma­tion sur la pla­te­forme Hypo­thèses, je suis à nou­veau confronté au pro­blème de la for­mu­la­tion en fran­çais de termes issus de pra­tiques en anglais. Il me semble que je ne suis pas très maniéré concer­nant cette ques­tion et je n’en fais pas une ques­tion de prin­cipes. En revanche, j’en fais une ques­tion d’usages, et il me semble impor­tant de dis­po­ser d’un cor­pus de termes clairs et non ambi­gus, de façon à accom­pa­gner et déve­lop­per les usages sans confusion.

Com­ment écrire blog ?

Je fais par­tie des par­ti­sans de la forme « blog » au lieu de « blogue », car j’aime ce qui est court et la forme anglaise ori­gi­nale ne retire ni n’ajoute rien, me semble-​t-​il, à la forme fran­ci­sée. Cepen­dant, pour le verbe, « blo­guer » me semble s’imposer. Je suis par­ti­cu­liè­re­ment atten­tif aux usages. Si « blogue » s’imposait peu à peu, cela ne serait pas non plus très choquant.

Com­ment dire blogging ?

Cer­tains uti­lisent des for­mules du type « les pra­tiques de blog­ging », qui me semblent un peu mal­adroites. « Les pra­tiques de blo­gage » ne me choquent pas outre-​mesure, mais je ne suis pas sûr de leur uni­ver­sa­lité. Elle me rap­pellent un petit peu le « cla­var­dage » cana­dien, qui n’a pas pris, pour l’instant du moins, en France.

Com­ment dire Planet ?

J’aime fran­ci­ser le mot « pla­net », notam­ment en le met­tant au fémi­nin. Des com­men­ta­teurs de ce blog m’ont fait remar­quer que le terme, en fran­çais, était mas­cu­lin… J’hésite entre la forme « pla­net » et « pla­nète ». Bref, rien de bien définitif…

Com­ment dire post ?

Je n’aime pas le mot « post », agréa­ble­ment rem­placé par le terme « billet ». En revanche, j’utilise indif­fé­rem­ment le verbe « pos­ter » et « publier un billet ». Dans des assem­blées uni­ver­si­taires, on a cru voir là un abus de lan­gage. « Vous ne publiez pas, cher Mon­sieur, car l’acte de publi­ca­tion c’est autre chose, vous devriez le savoir ». Je per­siste, pourtant.

Mal­heu­reu­se­ment, les logi­ciels ne nous incitent pas à la rigueur en ce domaine, puisqu’ils tra­duisent par­fois « post » en article. Ce qui, pour le coup, dans la plu­part des cas, me semble usurpé et source de confu­sion. Dans le milieu des sciences humaines, on écrit des articles dont la lon­gueur et la forme sont codi­fiés. Il me semble contre-​productif d’utiliser le terme « article » pour d’autres types d’objets publiés en ligne, sur­tout s’ils sont plus infor­mels, dans le ton, dans la forme et dans le statut.

Com­ment dire trackback ?

Il me semble que le terme « rétro­lien » aide à com­prendre la notion de track­back, un peu com­plexe à saisir.

Il me semble même qu’on pour­rait réflé­chir à la notion de « com­men­taire dis­tant », ou « com­men­taire rétro­lié », ou « cita­tion dis­tante identifée ».

Com­ment dire tag ?

Le tag me semble être proche du mot-​clé. Mais le verbe « taguer » est for­te­ment entré dans les moeurs. C’est égale­ment le cas du mot tag, qui per­met, en fran­çais, d’identifier clai­re­ment un clas­se­ment web (alors que le mot-​clé est plus impré­cis et relève d’autres tra­di­tions). Par ailleurs, sa sono­rité claque et est aussi brève et effi­cace que l’action rapide et simple qu’elle décrit.

How to say ?

Il manque sans doute quelques mots à ma liste : blo­groll, wid­get, mashup, etc, mais on entre alors dans un monde plus large. Et peut-​être n’êtes-vous pas d’accord avec mes pratiques ?