Archives mensuelles : octobre 2009

Les cinq piliers de l’édition électronique


L’édition élec­tro­nique repose sur cinq piliers dis­tincts : la struc­tu­ra­tion de l’information, la docu­men­ta­tion de l’information, l’optimisation des condi­tions de lec­ture, l’appropriation par le lec­teur et le déve­lop­pe­ment des inter­opé­ra­bi­li­tés (ne sont pas inté­grées ici les dimen­sions écono­miques et juridiques).

STRUCTURATION DE L’INFORMATION

Les choix de struc­tu­ra­tion de l’information sont déci­sifs à long terme. Les enjeux de ces métiers sont la main­te­na­bi­lité, l’évolutivité, l’indexabilité, la cita­bi­lité, la péren­nité et l’interopérabilité des conte­nus. La struc­tu­ra­tion de l’information ne concerne pas que le choix d’un for­mat, mais, plus lar­ge­ment, la façon dont les docu­ments vont subir des inter­ven­tions régu­lières tout au long de leur vie, y com­pris après leur publi­ca­tion. Il faut donc inté­grer le choix des for­mats dans un schéma plus géné­ral, qu’on appe­lera schéma direc­teur du sys­tème d’information, qui ne ser­vira pas qu’à pro­duire des ouvrages, mais aussi à ali­men­ter le cata­logue en ligne, le cata­logue papier et les API ouvertes par l’éditeur.

DOCUMENTATION DE L’INFORMATION

Aussi élaboré et fin qu’il soit, le sys­tème d’information n’est pas une fin en soi et il devient peu à peu ce que les pro­fes­sion­nels qui l’utilisent par­viennent à en faire. Cela dépend de la prio­rité accor­dée à cette tâche par­tiel­le­ment invi­sible, de la clarté et de l’ergonomie des inter­faces qui leur sont pro­po­sées, ainsi que de l’existence de chartes de qua­lité de l’information, afin que celle-​ci soit codée de façon harmonieuse.

L’OPTIMISATION DES CONDITIONS DE LECTURE

L’accessibilité per­met au contenu d’être consulté par la plus large popu­la­tion pos­sible. Les normes tech­niques d’accessibilité sont défi­nies par le W3C (World wide web consor­tium), pré­sidé par Tim Ber­ners Lee. Elles ont pour objec­tif la prise en compte des dif­fé­rents envi­ron­ne­ments tech­no­lo­giques de lec­ture et des dif­fé­rents han­di­caps humains. C’est le pro­jet « Web Acces­si­bi­lity Ini­tia­tive (WAI) » qui regroupe les recom­man­da­tions et les normes édic­tées par le W3C en ce sens. En par­ti­cu­lier, il publie le « Web Content Acces­si­bi­lity Gui­de­lines (WCAG) ».

L’APPROPRIATION PAR LES LECTEURS

L’appropriation des textes par les lec­teurs consti­tue une des nou­veau­tés les plus impor­tantes de l’édition élec­tro­nique. La défi­ni­tion d’une poli­tique d’appropriation édito­riale ne peut se résu­mer à l’insertion d’un forum, de la pos­si­bi­lité de faire des com­men­taires ou de l’installation d’un Wiki dans un coin du site… L’édition ins­crip­tible doit cor­res­pondre à un pro­jet édito­rial fort et cohé­rent. C’est ici l’appropriation des conte­nus par ceux aux­quels ils sont des­ti­nés : les lec­teurs. L’appropriation est à la base des usages du texte : lec­ture, mais aussi par­tages, com­men­taires, copie, et…écriture de nou­veaux textes.

LE DÉVELOPPEMENT DES INTEROPERABILITÉS

La mise en liens est stra­té­gique pour insé­rer la publi­ca­tion dans l’écosystème thé­ma­tique qui lui cor­res­pond, à l’échelle du Web tout entier. Cette capa­cité com­porte tou­jours deux sens, sor­tant et entrant. En géné­ral, on se pré­oc­cupe de déli­vrer des don­nées vers l’extérieur, pri­vi­lé­giant plu­tôt le sens sor­tant, alors que le sens inverse est tout aussi stra­té­gique, car il assure une ins­crip­tion com­plète du site dans le réseau. De ce point de vue, les inter­opé­ra­bi­li­tés sont des éléments déci­sifs pour don­ner à l’édition une véri­table réti­cu­la­rité. La mise en liens trans­forme des don­nées inertes en don­nées actives. Elle aug­mente la fré­quen­ta­tion et apporte du sens à la lec­ture. Contrai­re­ment à ce qui est sou­vent admis, l’interopérabilité ne consti­tue pas en un réfé­ren­ce­ment basique : réfé­ren­cer un site, en géné­ral, est fai­ble­ment effi­cace, et ne peut se pas­ser d’un réfé­ren­ce­ment au niveau des uni­tés docu­men­taires plus petites, idéa­le­ment le docu­ment… voire le paragraphe.

LE FOSSÉ DES COMPÉTENCES

Bou­le­ver­se­ment, révo­lu­tion, chan­ge­ment de para­digme, ébul­li­tion, chan­ge­ment de siècle : les expres­sions sont nom­breuses pour décrire la situa­tion de l’édition élec­tro­nique à la fin de la pre­mière décen­nie du XXIe siècle. Ces évolu­tions rapides, et assez éloi­gnées des fon­de­ments de l’édition tra­di­tion­nelle, ont pro­vo­qué des ten­sions dans la pro­fes­sion, créant des défi­cits de com­pé­tence et des dif­fi­cul­tés d’adaptation. Le Skill­set a mené une étude des besoins de com­pé­tences de l’industrie de l’édition en Angle­terre, qui conclut à un gap de com­pé­tences struc­tu­rel (« skills gap »), qui va crois­sant. Pour remé­dier à cette situa­tion, un diag­nos­tic puis une poli­tique de recru­te­ment et de for­ma­tion pro­fon­dé­ment renou­ve­lée semblent s’imposer. Le gou­ver­ne­ment fran­çais a inau­guré en 2009 un por­tail des métiers de l’internet et des lieux de for­ma­tion cor­res­pon­dants qui peut être utile, même s’il ne concerne pas exclu­si­ve­ment l’édition élec­tro­nique et si la car­to­gra­phie des lieux de for­ma­tions reste incomplète.

LE TABLEAU SYNTHÉTIQUE DES CINQ PILIERS ET DE LEURS DIVERSES INTENSITÉS

Les réa­li­tés de ter­rain sont très diverses, mais, pour les besoins de l’exposé, on modé­lise chaque acti­vité en quatre inten­si­tés, de la plus faible à la plus forte. A chaque pilier cor­res­pondent des enjeux, des com­pé­tences et des métiers émergents.


Que pensez-​vous de ce tableau ? Si un débat se déve­loppe, je pour­rai le pro­po­ser sous la forme d’un docu­ment par­tagé, en lieu et place de cette image ter­ri­ble­ment fixe…