Archives mensuelles : janvier 2010

Présentation des carnets de recherche à l’INHA

Anne-​Laure Bri­sac d” Invisu m’a gen­ti­ment invité à pré­sen­ter la pla­te­forme Hypo­thèses et les car­nets de recherche en sciences humaines et sociales à l’Institut Natio­nal d’Histoire de l’Art (INHA). J’essaierai en à peu près une heure, d’évoquer ce qu’est le blog­ging en sciences humaines et sociales en mon­trant plu­sieurs exemples et de faire le point sur le déve­lop­pe­ment de notre pla­te­forme de car­nets de recherche Hypo­thèses.

Ce sera l’occasion pour des équipes de recherche de voir concrè­te­ment com­ment on peut ouvrir très faci­le­ment un site web sur cette pla­te­forme per­met­tant de com­mu­ni­quer sur l’activité d’un sémi­naire, d’un pro­jet de recherche, d’une thèse, d’un pro­jet de publi­ca­tion, d’un chan­tier de fouilles archéo­lo­giques entre autres.

La pré­sen­ta­tion se déroule demain mardi 26 jan­vier à 18h00 à l’INHA, 6 rue des Petits-​Champs, salle Vasari. L’entrée est libre. Venez nombreux !

Les Digital humanities ont leur bande annonce

Dis­clai­mer : cette vidéo s’inscrit dans une série de détour­ne­ments de vidéos, et, en par­ti­cu­lier, du film La chute. Elle n’est pas dif­fu­sée ici pour assi­mi­ler cer­taines réti­cences face au numé­rique à Hit­ler ou au nazisme. Un peu de second degré et d’humour, que diable!

Nous la devons à http://​cri​ti​cal​com​mons​.org/

Une base de données pour les modèles économiques de l’édition

Dans le cadre de la pré­pa­ra­tion de notre Repères sur L’édition élec­tro­nique à paraître en mars 2010 aux Edi­tions La Décou­verte, j’ai été amené à tra­vailler sur la diver­sité des modèles écono­miques de l’édition. L’impression qui pré­vaut est l’absence de modèle domi­nant : accès gra­tuit avec modèle publi­ci­taire, achat à l’unité, abon­ne­ment par bou­quets, vente du papier avec l’électronique, de l’électronique en sus ou à la place du papier, modèles « free­mium », reve­nus hybrides sur plu­sieurs types d’activité, appels aux dons, modèle auteur-​payeur… les expé­ri­men­ta­tions sont nom­breuses et variées. Afin de pou­voir mieux s’y repé­rer, j’ai uti­lisé une feuille de cal­cul en ligne sur Google docs, qui me sert de mini-​base de don­nées très simple. J’y recense un cer­tain nombre d’entreprises d’édition (tous types : livres, presse, revues).

Hor­mis les don­nées pure­ment des­crip­tives (nom, pays, types de docu­ments dif­fu­sés), j’ai pri­vi­lé­gié trois variables :

- L’origine des reve­nus : lec­teurs (ou leurs repré­sen­tants comme les biblio­thèques), auteurs (ou leurs repré­sen­tants comme des ins­ti­tu­tions de recherche dans le cas des publi­ca­tions scien­ti­fiques), reve­nus publi­ci­taires, pres­ta­tions (comme des réa­li­sa­tions de sites web, des pres­ta­tions de cor­rec­tion, de mises en page, de mar­ke­ting), ventes d’exemplaires papier, dons et sub­ven­tions enfin.

- La struc­ture dans le temps de ces reve­nus : sont-​il récur­rents (sub­ven­tions, abon­ne­ments, coti­sa­tions) ou ver­sés « à l’unité » (ventes, dons, prestations).

- L’accès : la der­nière variable ne relève pas direc­te­ment du modèle d’affaire mais joue mal­gré tout un rôle impor­tant : l’accès aux publi­ca­tions sur Inter­net est-​il libre ou non ? Tota­le­ment ou par­tiel­le­ment ? Dans ce der­nier cas, concerne-​t-​il les nou­veau­tés ou les archives, ou s’effectue-t-il selon un autre découpage ?

Au final, j’obtiens un tableau qui res­semble à ceci :

La visua­li­sa­tion n’est pas opti­male dans un billet de blog. Aussi, vous pou­vez vous rendre direc­te­ment à l’adresse de la feuille de cal­cul qui est en libre accès. Je vous conseille for­te­ment de bas­cu­ler en mode de vue « liste ». Cela vous per­met­tra de jouer avec les colonnes, de neu­tra­li­ser tel ou tel cri­tère, ou sur­tout de retrier (et donc faire des rap­pro­che­ments) selon la pré­sence ou l’absence de dif­fé­rents cri­tères. Il y a pour l’instant assez peu de don­nées mais j’ai bon espoir de com­plé­ter pro­gres­si­ve­ment la base et sur­tout de pou­voir la tenir à jour car les modèles changent rapidement.

Je ne peux pas ouvrir la base en écri­ture à tous pour d’évidentes rai­sons de pro­tec­tion contre le van­da­lisme. N’hésitez pas en revanche à m’écrire pour que je vous donne des accès si vous sou­hai­tez par­ti­ci­per à son enri­chis­se­ment. Ce serait vrai­ment inté­res­sant si on pou­vait y retrou­ver une masse suf­fi­sante d’information appor­tée par plu­sieurs per­sonnes. On peut aussi conce­voir qu’elle évolue dans sa défi­ni­tion : on peut pré­ci­ser des variables ou en ajou­ter. Atten­tion tou­te­fois à éviter de trop com­plexi­fier la base, jusqu’à la rendre ingé­rable. Quoiqu’il en soit, je suis ouvert aux sug­ges­tions qui peuvent se dis­cu­ter en com­men­taires de ce billet.

On peut aussi dis­cu­ter des rap­pro­che­ments qui appa­raissent déjà, ou qui appa­raî­tront avec d’avantage de données.

J’ai mis de l’anglais un peu par­tout pour qu’elle soit aussi acces­sible au-​delà de la fran­co­pho­nie. Cela pour­rait être inté­res­sant d’avoir des contri­bu­teurs de plu­sieurs pays de manière à avoir un plus large panel de don­nées. Pour m’amuser j’appelle donc cette base DPBMDB : Digi­tal Publi­shing Busi­ness Model Data Base. Si vous trou­vez mieux (pas dif­fi­cile sans doute), je suis preneur.

Les bibliothèques ont de l’avenir

J’ai été invité par Alain Gif­fard à pré­sen­ter une confé­rence inti­tu­lée « Read/​Write Book. Le livre ins­crip­tible » à la Cité du Livre, à Aix-​en-​Provence, dans le cadre d’un col­loque de deux jour­nées por­tant sur les méta­mor­phoses numé­riques du livre. Inté­res­sant exer­cice, pour moi, que de pré­sen­ter les évolu­tions en cours à un public essen­tiel­le­ment com­posé de libraires, de biblio­thé­caires et d’éditeurs, alors que je parle en géné­ral à des publics uni­ver­si­taires. Il fal­lait dépla­cer le débat et les exemples, habi­tuel­le­ment cen­trés sur l’approche heu­ris­tique, à un niveau plus géné­ral. Je ne suis pas sûr d’y être lar­ge­ment par­venu, car les pro­blé­ma­tiques scien­ti­fiques sont rela­ti­ve­ment dif­fé­rentes de celles qui concernent la lec­ture publique. J’étais d’autant plus gêné par ce « trou » dans mon rai­son­ne­ment que je parle habi­tuel­le­ment de démo­cra­ti­sa­tion de l’accès au texte par le numé­rique. Mais je sen­tais bien que c’est plus com­pli­qué dès qu’on sort du monde de la publi­ca­tion savante.

L’avenir fédéré des bibliothèques

Je suis donc arrivé à la confé­rence avec une ques­tion en tête: mais que vont deve­nir les biblio­thèques, en tant que lieu, alors qu’Internet n’est pas un lieu? Je venais plai­der, notam­ment, pour l’abandon du féti­chisme du sup­port papier, pour la prise en compte des menaces sur la neu­tra­lité du réseau, pour la prise en compte de la révo­lu­tion de l’accès que consti­tue Inter­net (et son cor­tège de nou­velles pra­tiques de lec­tures), et pour la construc­tion d’une fédé­ra­tion de biblio­thèques, pour qu’elles puissent se regrou­per autour de la construc­tion d’un annuaire de res­sources élec­tro­niques qui pour­rait suc­cé­der au mori­bond Dmoz. Moi-​même, ayant créé puis aban­donné l’Album des sciences sociales, je connais l’ampleur et la com­plexité d’une telle tâche.

L’appropriation, coeur d’une stra­té­gie numérique

Mais, je dois l’avouer, j’étais embar­rassé face à l’apparente contra­dic­tion entre l’ancrage ter­ri­to­rial très fort d’une biblio­thèque et le carac­tère hors-​sol d’internet. Com­ment ne pas par­ta­ger la crainte des biblio­thèques face au déve­lop­pe­ment des pra­tiques d’internet à l’extérieur de leurs murs? Com­ment pourraient-​elles se réin­ven­ter dans les ter­ri­toires numé­riques? Com­ment pourront-​elles valo­ri­ser auprès des mai­ries, des conseils géné­raux et régio­naux, des actions en ligne qui ne s’adressent pas expli­ci­te­ment aux admi­nis­trés des ins­ti­tu­tions qui financent? J’ai pro­posé une réponse, en insis­tant sur la for­ma­tion, je dirais même l’éducation, que les biblio­thèques devraient four­nir aux popu­la­tions. Le modèle d’appro­pria­tion (voir «  La longue marche vers l’appropriation  »), sur la base duquel j’ai conçu le pro­jet ini­tial de Revues​.org, repose sur cette idée prin­ci­pale : le déve­lop­pe­ment de com­pé­tences numé­riques est un impor­tant enjeu de société, et il doit tra­ver­ser l’ensemble du corps social, à tous âges. Il faut for­mer les pro­fes­sion­nels, les chô­meurs, les jeunes, les vieux, les retrai­tés et les col­lé­giens. L’ampleur de la tâche est énorme, pour pas­ser du digi­tal gap à la com­pé­tences numé­rique, qui per­met­tra à notre société de maî­tri­ser son ave­nir numé­rique. C’est-à-dire de pro­cé­der à des choix de société inté­grant les évolu­tions du numé­rique, et orien­tant for­te­ment ces évolutions.

Mais je sen­tais bien qu’il y avait là une réponse exces­si­ve­ment par­tielle à la ques­tion de l’avenir des biblio­thèques. Les biblio­thèques doivent déve­lop­per leur offre de for­ma­tion des usa­gers, c’est entendu. Mais, au-​delà?

Sou­ve­nirs de biblio­thèque publique, le week-​end

Suite à la grève de la BPI, nous échan­gions, Bruno, Inès, Pierre et moi nos sou­ve­nirs dans ce lieu de culture très impor­tant. Ce qui res­sor­tait le plus, c’était la proxi­mité avec les livres, qui consti­tue pour beau­coup une révé­la­tion, et l’extraordinaire liberté des horaires. Fer­me­ture tar­dive, ouver­ture le week-​end, avaient fait de cette biblio­thèque un lieu de tra­vail et de plai­sir, une réponse à une pro­fonde demande sociale.

Ouvrons les portes

En réa­lité, les biblio­thèques sont des lieux. Elles consti­tuent des lieux de média­tion avec le savoir. Des lieux d’accès au savoir. Elles consti­tuent égale­ment des lieux de démo­cra­ti­sa­tion du savoir et de l’accès à celui-​ci. Des biblio­thèques ouvertes à l’intérieur de plages horaires larges, pro­po­sant l’accès au savoir et à la lit­té­ra­ture, ana­lo­giques ou numé­rique (qu’importe !), voilà ce dont nous avons besoin. Ouvrons les portes. Offrons des lieux de calme, d’accès à inter­net, mais aussi d’accès aux ins­tru­ments qui per­mettent de mani­pu­ler le savoir numé­rique (trai­te­ments de texte en ligne, outils biblio­gra­phiques, moteurs, ges­tion de don­nées et d’annotations per­son­nelles, etc.). Quelle est la pro­por­tion de la popu­la­tion des lycées et étudiants qui n’ont pas accès au pri­vi­lège d’avoir une chambre où tra­vailler serei­ne­ment, avec un bureau, un dic­tion­naire, un accès haut débit à inter­net et un équi­pe­ment infor­ma­tique digne de ce nom? Quelle est la pro­por­tion de la popu­la­tion qui dis­pose, dans son entou­rage proche, des per­sonnes pou­vant les gui­der dans le maquis du savoir, leur indi­quant les grilles de lec­ture per­met­tant d’identifier un lieu publiant des textes de qua­lité par rap­port à d’autres, moins métho­diques et moins structurés?

Nous n’avons jamais eu autant besoin de médiation.

Déci­dé­ment, les biblio­thèques ont de l’avenir.