Archives mensuelles : juillet 2010

Un appel d’offre sur l’édition numérique dans les pays du sud

L’Alliance inter­na­tio­nale des éditeurs indé­pen­dants qui coor­donne une réseau de dizaines de petits éditeurs sur les tous les conti­nents et se fait le héraut de la « biblio­di­ver­sité » vient de lan­cer un appel à pro­po­si­tions des plus inté­res­sants. Il s’agit de réa­li­ser une étude sur l’état de l’édition numé­rique dans les pays du sud. Le finan­ce­ment pour la réa­li­sa­tion de cette étude est prévu entre 6000 et 10 000 euros. La date de rendu du pro­jet est fixée au 29 août. Ci-​dessous, un des­crip­tif plus complet

Contexte et objec­tif de l’étude
• Le prin­ci­pal objec­tif du pro­gramme « Édition numé­rique et pays en déve­lop­pe­ment » – conduit par l’Alliance inter­na­tio­nale des éditeurs indé­pen­dants en par­te­na­riat avec la Fon­da­tion Prince Claus – vise « à établir les condi­tions d’intégration de l’édition numé­rique comme un des ave­nirs pos­sibles de l’édition dans les pays en développement ».

Pour cela, quatre phases consé­cu­tives sont pro­gram­mées sur trois ans (2010 – 2012).

La pre­mière phase du pro­gramme pré­voit la réa­li­sa­tion d’une étude qui per­met­trait à la fois d’apporter les pre­miers éléments de réponse à la pro­blé­ma­tique géné­rale, tout en pré­pa­rant les phases ultérieures.

Pré­sen­ta­tion des par­te­naires du programme

Alliance inter­na­tio­nale des éditeurs indé­pen­dants (www​.alliance​-edi​teurs​.org)
L’Alliance inter­na­tio­nale des éditeurs indé­pen­dants est une asso­cia­tion à but non lucra­tif ; véri­table réseau de soli­da­rité – com­posé de 85 mai­sons d’édition et col­lec­tifs d’éditeurs de 47 pays dif­fé­rents – l’Alliance repré­sente direc­te­ment ou indi­rec­te­ment quelques 360 mai­sons d’édition. L’Alliance orga­nise des ren­contres inter­na­tio­nales et mène des actions de plai­doyer en faveur de l’indépendance. Elle sou­tient aussi des pro­jets édito­riaux
inter­na­tio­naux – sou­tien qui peut prendre la forme d’une aide à la tra­duc­tion ou à la coédi­tion. Enfin, l’Alliance contri­bue à la pro­mo­tion et à la dif­fu­sion des pro­duc­tions du Sud et tente, modes­te­ment, d’inverser le sens « unique » des flux com­mer­ciaux. L’Alliance par­ti­cipe ainsi à une meilleure acces­si­bi­lité des oeuvres et des idées, à la défense et à la pro­mo­tion de la bibliodiversité.

Fon­da­tion Prince Claus (www​.prin​ce​claus​fund​.org)
La Fon­da­tion Prince Claus est convain­cue que la culture est une « néces­sité fon­da­men­tale », un bien de pre­mière néces­sité, indis­pen­sable à l’épanouissement de l’être humain. La Fon­da­tion Prince Claus entre en col­la­bo­ra­tion, par­tout dans le monde, avec des par­te­naires de qua­lité excep­tion­nelle ; ensemble, ils luttent pour la sau­ve­garde de la culture et sou­tiennent des pro­ces­sus cultu­rels durables. Par ses ini­tia­tives, la Fon­da­tion veut favo­ri­ser la prise de conscience de cha­cun s’agissant de la culture : elle est indis­pen­sable à nos vies quo­ti­diennes. Comme le sou­li­gnait le Prince Claus, « on ne déve­loppe pas les per­sonnes, elles se déve­loppent elles-​mêmes ». La Fon­da­tion Prince Claus, dont le siège est à Amster­dam, est finan­cée par le minis­tère des Affaires étran­gères et par la Lote­rie natio­nale du Code pos­tal des Pays-​Bas.

Cahier des charges de l’étude : struc­ture poten­tielle
L’étude pour­rait se déve­lop­per autour de trois objec­tifs prin­ci­paux.
1. Il s’agirait tout d’abord de dres­ser un pano­rama suc­cinct de l’édition numé­rique dans les pays en déve­lop­pe­ment /​émer­gents.
• Quelles sont les ini­tia­tives exis­tantes dans les pays en déve­lop­pe­ment ? Quels en sont les prin­ci­paux acteurs ? Quels sont les pre­miers ensei­gne­ments que l’on peut tirer de ces expé­riences ?
• Existe-​t-​il une spé­ci­fi­cité des pays émer­gents (Bré­sil, Rus­sie, Inde, Chine, Mexique, Afrique du Sud), comme pour les autres acti­vi­tés écono­miques uti­li­sant les tech­no­lo­gies numé­riques ? Si oui, quelles sont les prin­ci­paux ensei­gne­ments que l’on peut tirer de ces expé­riences ?
• Existe-​t-​il un fossé crois­sant entre un ensemble de pays déve­lop­pés de plus en plus inves­tis dans la pro­duc­tion numé­rique de livres et un ensemble de pays en déve­lop­pe­ment ou émer­gents qui seraient très éloi­gnés – sinon indif­fé­rents – à la révo­lu­tion numé­rique dans le monde du livre ?
2. Il serait ensuite utile d’établir, selon une démarche pros­pec­ti­viste, un ensemble de consé­quences /​scé­na­rios pro­bables
• Si un déca­lage crois­sant ou une indif­fé­rence existe bien dans les pays en déve­lop­pe­ment, quels sont les risques pré­vi­sion­nels liés à cette situa­tion ? La pré­sence habi­tuelle des groupes édito­riaux des pays déve­lop­pés sur cer­tains mar­chés des pays en déve­lop­pe­ment est-​elle remise en ques­tion par la numé­ri­sa­tion des conte­nus ?
• À quelles condi­tions la numé­ri­sa­tion de l’édition pourrait-​elle jouer le rôle, pour les éditeurs des pays en déve­lop­pe­ment, qui a été par exemple celui du cel­lu­laire pour le monde de la télé­pho­nie (une nou­velle tech­no­lo­gie qui per­met de com­bler un retard basé sur un manque d’infrastructures et de matières pre­mières) ?
• Sachant que les liseuses sont essen­tiel­le­ment (et/​ou autres sup­ports) pro­duites, ache­tées, uti­li­sées dans les pays déve­lop­pés, l’édition numé­rique peut-​elle répondre à des enjeux de lec­ture – en termes éduca­tifs ou récréa­tifs – pour les pays en déve­lop­pe­ment ? Le sup­port essen­tiel ne serait-​il pas, dans ce contexte, l’ordinateur indi­vi­duel ? Le pro­blème prin­ci­pal de l’édition dans les pays en déve­lop­pe­ment étant la fai­blesse de la demande (« pénu­rie de lec­teurs »), l’édition numé­rique – en déma­té­ria­li­sant les conte­nus et en les ren­dant plus « trans­por­tables » – ne per­met­trai­telle pas aux éditeurs des pays en déve­lop­pe­ment d’atteindre plus faci­le­ment de nou­veaux mar­chés, de nou­veaux lec­teurs ?
• L’édition numé­rique n’est-elle pas « une chance pour la biblio­di­ver­sité », en par­ti­cu­lier pour les éditeurs /​conte­nus des pays en déve­lop­pe­ment ? N’est-elle pas un des nou­veaux moyens qui leur per­met­trait de répondre à des pro­blé­ma­tiques habi­tuelles, liées au contexte géo­gra­phique, poli­tique, écono­mique et déve­lop­pe­men­tal : rareté ou cherté de matières pre­mières (par exemple, papier) ; rareté et/​ou faible com­pé­ti­ti­vité des infra­struc­tures utiles à l’activité (par exemple, impri­me­ries) ; réseaux de dis­tri­bu­tion lacu­naires, peu pro­fes­sion­na­li­sés ; cherté de l’action pro­mo­tion­nelle et du mar­ke­ting, etc.
• Quels seraient, a contra­rio, les sec­teurs qui ne seraient pas ou peu tou­chés par la numé­ri­sa­tion des conte­nus dans les pays en déve­lop­pe­ment : la créa­tion ? Le pré­presse ? Etc.
• Com­ment les dif­fé­rents scé­na­rios se positionnent-​ils par rap­port aux deux scé­na­rios sui­vants : 1) un retard struc­tu­rel dans le domaine qui ne sera jamais com­blé et qui iso­lera les pays en déve­lop­pe­ment (deve­nus « zone papier ») et qui amoin­drira encore la pré­sence de leurs conte­nus dans les sys­tèmes d’information et de for­ma­tion mon­diaux ; 2) un déve­lop­pe­ment rapide de la tech­no­lo­gie, comme par­ti­cu­liè­re­ment adap­tée au contexte des pays en déve­lop­pe­ment.
3. Enfin, compte tenu 1) de la réa­lité de ter­rain consta­tée ; 2) des scé­na­rios pos­sibles envi­sa­geables à ce jour ; 3) de la nature des par­te­naires en pré­sence, il serait sou­hai­table de clore l’étude par une longue par­tie consa­crée à des recom­man­da­tions /​des pro­po­si­tions.
• Quelles seraient les pro­po­si­tions adres­sées aux par­te­naires du pro­gramme
« Édition numé­rique et pays en déve­lop­pe­ment », sachant que les pro­chaines phases du pro­gramme mis en oeuvre par l’Alliance pren­dront la forme à la fois de ren­contres inter­na­tio­nales et inter­pro­fes­sion­nelles et d’un test gran­deur nature (édition ou coédi­tion numé­rique impli­quant des éditeurs des pays en voie de déve­lop­pe­ment) ?
• Quelles seraient les recom­man­da­tions que vous adres­se­riez aux éditeurs des pays en déve­lop­pe­ment ? Dans une pers­pec­tive de soli­da­rité entre éditeurs, quelles seraient les actions soli­daires à mettre en oeuvre au sein du réseau de l’Alliance (mobi­li­sant éven­tuel­le­ment des éditeurs des PED et des éditeurs des PD, assu­rant un trans­fert de tech­no­lo­gie et de savoir-​faire, etc.) ?
• Plus géné­ra­le­ment, quelles seraient les pro­po­si­tions qui pour­raient être adres­sées aux orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales (Unesco, Cer­lalc, etc.) et aux auto­ri­tés des pays en déve­lop­pe­ment, en vue de favo­ri­ser la com­pré­hen­sion (voire le déve­lop­pe­ment) de la numé­ri­sa­tion du monde de l’édition ?

Cahier des charges de l’étude : forme pré­vi­sion­nelle
• Des études spé­ci­fiques – pou­vant consti­tuer des cha­pitres de l’étude géné­rale – par zone géo­gra­phique /​région (Afrique, Amé­rique latine, Asie) ;
• Une syn­thèse, une ana­lyse trans­ver­sale, en quelques pages ;
• De courts articles décri­vant l’avancée des tra­vaux, des points par­ti­cu­liè­re­ment éton­nants ou ori­gi­naux, etc. ;
• Un docu­ment final sous forme numé­rique – et sous for­mat papier, le cas échéant – contien­dra l’ensemble des ana­lyses, des annexes, etc. Ce dos­sier pour­rait ali­men­ter la col­lec­tion « État des lieux de l’édition » de l’Alliance ou être uti­lisé en tota­lité ou en par­tie pour ali­men­ter le centre de res­sources en ligne de l’Alliance (par­tie « Ana­lyses » et/​ou « For­ma­tion en ligne ») ;
• Le bud­get pour l’ensemble des étapes de l’étude devra être com­pris entre 6 000 et 10 000
euros.
Can­di­da­tures
• Vous êtes inté­res­sés par cette mis­sion ; nous vous invi­tons à dépo­ser votre can­di­da­ture
avant le 29/​08/​2010
• Il est sou­hai­table que les can­di­dats parlent et puissent écrire en fran­çais et en anglais (voire espa­gnol), sans que cela soit une condi­tion obli­ga­toire (une des deux langues, bien maî­tri­sée, est suf­fi­sante).
• Une can­di­da­ture repose sur l’envoi à l’adresse lhugues@​alliance-​editeurs.​org des éléments sui­vants :
o une pré­sen­ta­tion du can­di­dat ;
o une pro­po­si­tion de mise en oeuvre de l’étude ;
o une pro­po­si­tion de bud­get pré­vi­sion­nel concer­nant la réa­li­sa­tion de l’étude,
orga­ni­sée si pos­sible en postes de dépense ;
o une pro­po­si­tion de calen­drier de réa­li­sa­tion pré­vi­sion­nel.
• Il n’y a pas a priori de res­tric­tion aux can­di­da­tures ; par contre, le can­di­dat pourra se pré­va­loir d’être en mesure de : géné­rer une fac­tu­ra­tion confor­mé­ment aux dis­po­si­tions légale de la loi fran­çaise ; être payé en droits d’auteurs si son tra­vail fait l’objet d’une publi­ca­tion ; (etc.).
• Les can­di­da­tures seront exa­mi­nées par un Comité de sélec­tion, com­posé de Thierry Quin­que­ton (Pré­sident de l’Alliance) et de Lau­rence Hugues (direc­trice de l’Alliance), de Serge Dont­chueng Kouam (coor­di­na­teur du réseau fran­co­phone de l’Alliance), d’un repré­sen­tant de la Fon­da­tion Prince Claus et d’Étienne Gal­liand (Double ponctuation).

Les avis seront ren­dus avant le 20/​09/​2010 et com­mu­ni­qués aux can­di­dats, sans que le Comité de sélec­tion soit tenu de moti­ver ses décisions.

Annonce sur le site de l’Alliance

Belle-​maman a 70 ans et passera à l’informatique libre dimanche soir

Chicago's Frozen Shadows - CC par Mike Lavoie

Chicago’s Fro­zen Sha­dows — CC par Mike Lavoie

Avec l’arrivée de l’informatique dans les nuages (cloud com­pu­ting), on pour­rait pen­ser que le choix d’un sys­tème d’exploitation pour­rait deve­nir de plus en plus secon­daire. On peut même ima­gi­ner que l’OS pour­rait deve­nir une couche pré­his­to­rique, enfouie pro­fon­dé­ment dans des strates infor­ma­tiques, tou­jours pré­sente, mais de moins en moins visible, de moins en moins déci­sive, dans l’ordinateur du futur.

En pen­sant cela, on ne peut s’empêcher d’espérer la confir­ma­tion du déclin de Micro­soft, qui a tant neu­tra­lisé ses concur­rents et écrasé la dis­tri­bu­tion infor­ma­tique de sa puis­sance com­mer­ciale. Les deux mamelles de Micro­soft que sont Win­dows et la suite Office sont, en effet, cha­cune atta­quée de front par divers concur­rents redou­tables. Avec l’accident indus­triel que fut Micro­soft Win­dows Vista instable, lent, laid, lourd et pro­cé­du­rier, Micro­soft sem­blait avoir engraissé et inté­rio­risé sa posi­tion de domi­na­tion mon­diale au point d’être capable de pro­duire le plus mau­vais OS du monde. Il a mis du temps à prendre la mesure de son incroyable erreur. Micro­soft Win­dows Seven redresse la barre, avec un OS plus moderne, enfin stable…

Les trois OS concurrents

Trois concur­rents majeurs ont pro­fité de la bourde Vista pour conti­nuer à avan­cer leurs pions.

Google, avec Google Chrome OS, est le plus jeune acteur, puisque son sys­tème n’est encore qu’annoncé. Cepen­dant, on sait qu’il sera basé sur Linux, s’appuiera for­te­ment sur le navi­ga­teur Chrome et fera la part belle à la suite bureau­tique en ligne de Google (Google docs). Il com­plè­tera la stra­té­gie de Google en matière d’OS, cou­ron­née par une pre­mière étoile avec Android, le sys­tème d’exploitation pour smartphones.

Apple, avec Mac OS X et iOS 4, dis­pose de deux sys­tèmes d’exploitations modernes, lechés et fer­més. On connaît le suc­cès de l’Iphone et de son OS, désor­mais appelé iOS, qui a pro­duit une dyna­mique dans laquelle le Macin­tosh s’est engouf­fré avec son Mac OS X, dont les qua­li­tés sont indé­niables, et qui est moins fermé qu’iOS : il est en effet pos­sible de déve­lop­per une appli­ca­tion pour Mac OS X sans deman­der l’autorisation de M. Steve Jobs Ier. iOS est une machine à cash qui a pour ambi­tion d’enfermer l’utilisateur dans un écosys­tème ras­su­rant, un hyper­mar­ché cultu­rel design. Pour allu­mer son Iphone la pre­mière fois, il faut don­ner son numéro de carte bleue, qui est ensuite le cézame pour toute évolu­tion dans le monde sou­riant conçu par Apple pour endor­mir les popu­la­tions à fort pou­voir d’achat. Le maga­sin est en le coeur. Lent et ergo­no­mi­que­ment mal conçu, il se com­porte pour­tant comme un immense concen­tra­teur qui relie le consom­ma­teur et le ven­deur, mar­ché au sein duquel Apple se place en entre­met­teur de luxe, pré­le­vant sa dîme au pas­sage et mul­ti­pliant les efforts pour cap­tu­rer l’utilisateur dans son écosystème.

Ubuntu, enfin. La dis­tri­bu­tion Linux la plus facile à ins­tal­ler et à uti­li­ser s’appuie sur deux réus­sites exem­plaires dans le monde du logi­ciel libre. Tout d’abord, Debian, dis­tri­bu­tion rugueuse mais par­fai­te­ment fiable, et Gnome, inter­face confor­table et très simple, ins­pi­rée par la recherche de sim­pli­cité mise en oeuvre par Apple. Encore rela­ti­ve­ment peu connu par le grand public, il souffre de la main-​mise de Micro­soft sur les étals des super­mar­chés. Pour­tant, avec l’arrivée des Net­books, la situa­tion a com­mencé à chan­ger et sa visi­bi­lité a pro­gressé. La débâcle consti­tuée par Micro­soft Win­dows Vista a consti­tué une oppor­tu­nité pour les alter­na­tives, qui n’en deman­daient pas tant. Mais, sur­tout, ce sont les pro­grès rapides et régu­liers d’Ubuntu et de la famille Linux qui ont fait évoluer la donne. D’autant plus que quatre logi­ciels libres pro­gres­saient en paral­lèle, sur tous les OS : Fire­fox, Thun­der­bird, Ope​nOf​fice​.org et VLC.

Les logi­ciels libres qui per­mettent de décro­cher face à la dépen­dance Windows

Avec Fire­fox, le monde du logi­ciel libre a trouvé son navi­ga­teur. Puis­sant et res­pec­tueux des stan­dards, il s’est vite révélé indis­pen­sable grâce à ses exten­sions qui ont per­mis le déve­lop­pe­ment de fonc­tion­na­li­tés nom­breuses. Sur­tout, il fonc­tionne sur Mac OS X, sur Win­dows et sur Linux. Il a, dès lors, consti­tué le prin­ci­pal Che­val de Troie du logi­ciel libre dans le logi­ciel pro­prié­taire. Il a habi­tué des cen­taines de mil­lions d’utilisateurs à uti­li­ser un logi­ciel qui fonc­tionne à l’identique dans un envi­ron­ne­ment Linux. Il a donc pré­paré le ter­rain, en dou­ceur, pour per­mettre la bas­cule vers Linux.

Mozilla Thun­der­bird a consti­tué une pre­mière oppor­tu­nité libre pour dépas­ser le très vieillis­sant Eudora et les pro­prié­taires Apple Mail Micro­soft Out­look. Mais l’indépendance face aux envi­ron­ne­ments pro­prié­taires a été accen­tuée par la mon­tée en puis­sance des Web­mails, Gmail en tête : rapides et d’une capa­cité de sto­ckage inima­gi­nable il y a encore quelques années, ils modi­fient la donne en pro­fon­deur. Autre­fois, pour chan­ger de machine ou d’OS, il fal­lait pro­cé­der à une sau­ve­garde de ses cour­riels, de ses filtres, de ses dos­siers. Cette tâche, hau­te­ment périlleuse, était un frein impor­tant à toute évolu­tion du poste de tra­vail. Face­book et Gmail sont, depuis, pas­sés par là, et les don­nées se sont envo­lées vers les nuages. Cela pose bien sûr des pro­blèmes de société, mais auto­no­mise for­te­ment de l’environnement maté­riel et logi­ciel uti­lisé localement.

Ainsi, les deux prin­ci­paux usages d’un ordi­na­teur aujourd’hui, qui sont le cour­rier élec­tro­nique et la navi­ga­tion sur Inter­net, se sont décon­nec­tés de l’influence des envi­ron­ne­ments de Micro­soft et d’Apple.

Res­taient le vision­nage de films (DivX et DVD) et la bureau­tique. Pour le pre­mier, VLC s’est révélé d’une redou­table effi­ca­cité. Rapide, léger, libre, il sup­porte la quasi-​totalité des for­mats exis­tants. Et il fonc­tionne sur Mac OS X autant que sur Win­dows et, sur­tout, sur Linux. Pour le second, Ope​nOf​fice​.org pré­sente les mêmes qua­li­tés : il lit les .doc et .docx, pro­pose un trai­te­ment de texte rela­ti­ve­ment évolué (bien que moins sophis­ti­qué que Word), un tableur et même un effi­cace concur­rent de Power­point (Pré­sen­ta­tion). Et, bien sûr, Ope​nOf​fice​.org fonc­tionne sur les trois OS : Mac, Win­dows et Linux.

Depuis long­temps déjà, Linux domine le sec­teur de l’informatique pro­fes­sion­nelle, en par­ti­cu­lier dans le domaine des ser­veurs Web. Le géant Google n’utilise-t-il pas des cen­taines de mil­liers de ser­veurs uti­li­sant Linux? Il n’est pas néces­saire de démon­trer la puis­sance du carré magique Linux Apache PHP MySQL (OS, Ser­veur Web, Lan­gage de pro­gram­ma­tion, Sys­tème de base de don­nées), appelé LAMP. Celui-​ci est uti­lisé dans la majo­rité des sites web du monde. Voilà pour la puis­sance et la fia­bi­lité. Mais quid des usages et des habi­tudes? Elles semblent avoir la vie dure. En effet, Linux ne serait ins­tallé que sur 1,24% des postes de par­ti­cu­liers en 2009 (enquête XITI). Com­ment expli­quer une telle situa­tion, alors que l’environnement Linux est très mûr, très fiable, très stable et très convivial?

Trois obs­tacles persistent

Il ne faut pas comp­ter sur l’industrie du jeu vidéo pour déve­lop­per des ver­sions pour Linux. Cepen­dant, les petits jeux en ligne en Flash, d’une part, et les consoles de jeu dédiées, d’autre part, ont per­mis d’imaginer un pas­sage vers Linux sans douleur.

De même, les fabri­cants de maté­riel infor­ma­tique ont long­temps fait la source oreille à Linux, ce qui a consti­tué un frein consi­dé­rable au déve­lop­pe­ment de Linux. En effet, vous deviez d’abord ache­ter votre machine, puis la tes­ter avec un Live CD Ubuntu pour savoir si l’ensemble de ses par­ti­cu­la­ri­tés maté­rielles seraient sup­por­tées par Ubuntu. Pire : à chaque achat de nou­veau maté­riel (impri­mante, smart­phone, clé 3G), le sus­pense est pré­sent. Ce péri­phé­rique sera-​t-​il géré par Ubuntu? L’auteur de ces lignes a lui-​même dû aban­don­ner Linux pour ce type de rai­son : très mobile pro­fes­sion­nel­le­ment, j’ai dû reve­nir sur Win­dows puis pas­ser à Macin­tosh pour avoir une bonne ges­tion de l’économie d’énergie, donc de l’autonomie, de mon por­table, ainsi qu’un sup­port de ma clé 3G me connec­tant au reste du monde, et notam­ment à l’équipe avec laquelle je travaille.

Le der­nier obs­tacle est la puis­sance de l’artillerie com­mer­ciale mise en place par Micro­soft et l’immense flo­tille qui en dépend. Pour ache­ter un ordi­na­teur équipé d’Ubuntu, il faut se lever tôt le matin. La FNAC ou Car­re­four ne vous en ven­dront pas, du moins pas pour l’instant. Seul votre assem­bleur local pourra avoir envie de se lan­cer dans l’aventure. Et si vous consi­dé­rez que les esca­drilles de machines équi­pées de Win­dows consti­tuent de la vente liée ou for­cée, vous avez rai­son, mais il fau­dra vous armer de patience pour vous faire rem­bour­ser. On appelle ce type de logi­ciels des Racke­ti­ciels <http://​racke​ti​ciel​.info/>. Si vous appe­ler l’assistance télé­pho­nique de votre four­nis­seur d’accès à Inter­net, il vous deman­dera de cli­quer sur le bou­ton « Démar­rer » ou d’ouvrir le poste de tra­vail… Si vous lui dites que vous uti­li­sez Ubuntu, il vous répon­dra sans doute que ce n’est pas conforme, que le pro­blème vient de vous, que vous devez d’abord for­ma­ter votre ordi­na­teur et ensuite rap­pe­ler… On a vu des assis­tances télé­pho­niques de fabri­cants d’ordinateurs pro­cé­der de la sorte. Cette alliance indus­trielle a pour objec­tif de culpa­bi­li­ser le cha­land et de sim­pli­fier le mar­ché en l’uniformisant. Elle place l’environnement Linux dans une situa­tion de mar­gi­na­lité déli­gi­ti­mante, qu’il est dif­fi­cile de contrer. Seriez-​vous un odieux hacker, un mau­vais bidouilleur inca­pable d’utiliser un sys­tème qui marche vrai­ment, attiré par la com­plexité et l’odieuse ligne de com­mande, cet irréa­liste idéa­liste tech­no­borné, fai­sant jou­jou avec son bidule high-​tech under­ground? Vous feriez mieux d’aller jouer à Linux dans les caves de Berlin…

Pour­tant…

Cette situa­tion pou­rait durer long­temps ainsi. Pour­tant, Linux entre dans l’actualité quo­ti­dienne de per­sonnes qui sont très loin d’être tech­no­philes. Le signal a été donné par ma soeur. Débrouillarde mais pas abso­lu­ment pas férue d’informatique, elle a tou­jours pensé que sa machine devait avant tout mar­cher, et trou­vait son grand-​frère exces­si­ve­ment techno. Elle s’est donc tenue loin de toutes ses péré­gri­na­tions linuxiennes, jusqu’à ce jour de prin­temps où son col­lègue lui a ins­tallé Linux. Pour­quoi? Parce que son Win­dows était à bout de course. Elle allait jeter l’ordinateur avec le sys­tème… et son col­lègue lui a gen­ti­ment pro­posé de faire un der­nier essai, pour voir si le cadavre bou­geait encore. Miracle, me dit-​elle! Elle a une machine véloce, qui réa­lise 100% des mis­sions qu’elle lui confie. Et elle me demande com­ment virer son Win­dows ins­tallé en dual-​boot, par sécu­rité… Elle uti­lise un web­mail, Ope­nOf­fice, Fire­fox, Face­book et Net­vibes. Point. Mon fil Twit­ter semble fré­mir face à cette option et je découvre des cas simi­laires. Est-​ce une révolte? Non, Sire, une Révo­lu­tion! Se pourrait-​il donc que Linux soit par­venu à un degré de matu­rité tel qu’il soit désor­mais en mesure de faire de l’ombre à ses concurrents?

Pour en avoir le coeur net, j’ai décidé de sau­ver belle-​maman des griffes de Win­dows. Son his­toire est simple : achat d’un PC por­table 17″ de marque HP à la FNAC. Celui-​ci embarque un Win­dows Vista hor­ri­ble­ment bug­gué, plus rapide qu’un péli­can englué, et qui plante plu­sieurs fois par jour, dès le pre­mier allu­mage. Une honte! A un point tel que j’ai dû ins­tal­ler un Win­dows Seven par des­sus, récem­ment, pour redon­ner vie à cette machine pour­tant neuve… Mais j’ai fait le test avec une ver­sion de Win­dows cir­cu­lant sur le réseau, n’ayant pas envie de vider le por­te­feuille de belle-​maman alors qu’elle a une licence de Win­dows Vista dans la sacoche de son ruti­lant HP (mais pas de CD, car il n’y a pas de petite écono­mie). Comme Micro­soft a détecté que je n’avais pas payé de licence, il affiche sur le poste des mes­sages d’alerte m’indiquant que, déci­dé­ment, je suis un hon­teux pirate et belle-​maman est très inquiète. Du coup, de la colère, je me suis laissé convaincre par les amis et vais ten­ter le virage. Accro­chez vos cein­tures, belle-​maman, vous pas­sez à Linux!