Archives mensuelles : septembre 2011

Cette année la pkp conference se déroule à la Freie Universität de Berlin

Open Access in Berlin !

Cette année la pkp conference se déroule  à la Freie Universität de Berlin

Cette année la pkp confe­rence se déroule à la Freie Uni­ver­sität de Berlin

Cette semaine, je suis à Ber­lin pour la ses­sion 2011 des Scho­larly Publi­shing Confe­rences orga­ni­sées par le Public Know­ledge Pro­ject. Le PKP est un consor­tium porté par l’Université Simon Fra­ser à Van­cou­ver au Canada, qui a pour objec­tif d’aider les com­mu­nau­tés scien­ti­fiques à dif­fu­ser leurs publi­ca­tions en libre accès. Ils ont déve­loppé toute une palette d’outils très simples d’utilisation, dis­tri­bués sous licence libre, comme Open Jour­nal Sys­tem (un CMS pour les revues scien­ti­fiques), Open Confe­rence Sys­tem (même chose, mais pour les col­loques), Lemon8 (un conver­tis­seur de docu­ments), et, tout récem­ment, Open Mono­graph Press, une chaîne de pro­duc­tion de livres élec­tro­niques pour les presses universitaires.

La confé­rence de Ber­lin sera pour moi l’occasion de mieux connaître ce der­nier logi­ciel encore dans la forge et qui fera l’objet d’une pré­sen­ta­tion publique dès le pre­mier jour. J’aurai pour ma part la pos­si­bi­lité de pré­sen­ter notre offre Ope­nE­di­tion free­mium aux par­ti­ci­pants. J’essaierai en par­ti­cu­lier de mon­trer que le free­mium tel que le conçoit le Cléo est une piste inté­res­sante pour le finan­ce­ment de la voie dorée du libre accès (ie les revues et les livres dif­fu­sés en libre accès, par oppo­si­tion à la voie verte qui concerne les archives ouvertes) et consti­tue sur­tout une alter­na­tive au modèle auteur-​payeur qui est en train de se géné­ra­li­ser et est aujourd’hui uti­lisé par les acteurs com­mer­ciaux domi­nants pour contrer le déve­lop­pe­ment du libre accès.

Je ne pense pas que la PKP Confe­rence ait la por­tée poli­tique des Confé­rences Ber­lin, celle de cette année, Ber­lin 9, se dérou­lant dans quelques semaines à Washing­ton (donc si je me résume, cette année la confé­rence de Van­cou­ver se déroule à Ber­lin et celle de Ber­lin à Washing­ton ; vous sui­vez ?). Mal­gré tout, le pro­gramme est très allé­chant. Voici les pre­mières inter­ven­tions qui ont excité ma curio­sité et aux­quelles j’assisterai :

OJS Work­shop (une pré­sen­ta­tion des fonc­tion­na­li­tés d’OJS, tou­jours utile ; je pour­rai sans doute décou­vrir quelques astuces qui m’auraient échappé)

OMP Work­shop ( autre­ment appelé le « Tadaa ! work­shop ». Je décou­vri­rai donc cet outil pro­met­teur et ren­drai compte de ce que j’y ai appris)

Je ne man­que­rai évidem­ment la Key­note de John Willinsky, The Intel­lec­tual Pro­per­ties of Lear­ning, Part II: The Medie­val Monas­tic Legacy (J. Willinsky est le fon­da­teur de PKP et une figure impor­tante et vision­naire du mou­ve­ment pour le libre accès)

Demain, j’entendrai Eelco Fer­werda (OAPEN Foun­da­tion), Open Access for Books et Sigi Jott­kandt (Open Huma­ni­ties Press), On Approa­ching Orbis Ter­tius: Open Huma­ni­ties Press qui portent deux ini­tia­tives très inté­res­santes de publi­ca­tion en libre accès de livres de sciences humaines et sociales. C’est quand même un vrai plai­sir de voir que le récent bas­cu­le­ment des livres vers le numé­rique n’a pas laissé en retard les par­ti­sans du libre accès qui se portent sur ce sec­teur avec autant de dyna­misme que pour les revues.

Ensuite, je ne man­que­rai pas une pré­sen­ta­tion qui s’annonce pas­sion­nante d’un cer­tain Pierre Mou­nier sur le Free­mium as a sus­tai­nable eco­no­mic model for Open Access publi­ca­tions in the huma­ni­ties and social sciences ;-)

Pour la suite, je n’ai pas encore tota­le­ment fait mon choix. Il y a énor­mé­ment de pré­sen­ta­tions en paral­lèle et je sens la frus­tra­tion de ne pas avoir le don d’ubiquité com­men­cer à poindre. J’irai en tout cas aux quatre plé­nières, d’Anurag Acha­rya (Google Scho­lar), Google Scho­lar: The Adven­ture Conti­nues, de Ray Sie­mens (Elec­tro­nic Tex­tual Cultures Lab, Uni­ver­sity of Vic­to­ria), Inter­ven­tions in the Confluence of Open Access and Social Enga­ge­ment, de Lars Björn­shauge (SPARC Europe), We have won the argu­ment about Open Access – now we have to bring things toge­ther and make it work! et de Gus­tavo E. Fisch­man (Ari­zona State Uni­ver­sity), Trans­for­ming the invi­sible visi­bi­lity of Latin America’s Scho­larly Work: The Good, the Ugly and the Challenging

J’essaierai de faire pas­ser le maxi­mum d’informations sur ce que j’entendrai ici à Ber­lin, via Twit­ter (@piotrr70 #pkp2011) et ce blog.

Deuxième Université d’été de l’édition électronique ouverte : c’est parti !

Cela fait plu­sieurs mois qu’on y tra­vaille en tâche de fond et ces der­nières semaines, le fond est remonté à la sur­face avec une fina­li­sa­tion de pré­pa­ra­tion plu­tôt fébrile. Mais ça y est, nous sommes prêts à accueillir lundi les cent et quelques ins­crits à notre Deuxième Uni­ver­sité d’été à Mar­seille, sur le cam­pus Saint Charles de l’Université de Pro­vence : les salles sont réser­vées, les inter­ve­nants sont en route, les petits plats mijotent, le wifi et les prises élec­triques seront au rendez-​vous, les sacs d’accueil –vert pomme — pour les

Robe rouge et sac vert

Rouge cerise et vert pomme

sta­giaires rem­plis de goo­dies, l’équipe du Cléo est gon­flée à bloc pour accueillir tout le monde.

Qu’allons nous faire tout au long de cette semaine ? Nous allons construire une com­mu­nauté éphé­mère de 150 per­sonnes (par­ti­ci­pants, inter­ve­nants et équipe) qui se ras­semblent pour apprendre, réflé­chir, échan­ger ensemble pen­dant une semaine sur tous les aspects de l’édition élec­tro­nique. Il s’agit d’une uni­ver­sité d’été ; c’est le seul dis­po­si­tif qui per­met de « croi­ser » : croi­ser les gens (qui viennent de tous les métiers concer­nés : cher­cheurs, éditeurs, infor­ma­ti­ciens, docu­men­ta­listes et biblio­thé­caires), croi­ser les thé­ma­tiques (juri­dique, tech­nique, écono­mique, scien­ti­fique), croi­ser les approches (confé­rences, cours de deux heures, ate­liers, événe­ments sociaux) pour acti­ver le bouillon de culture au sein duquel les idées circulent.

Cette année, nous avons un peu modi­fié notre for­mule en intro­dui­sant quelques inno­va­tions : tout d’abord, les ate­liers sont res­sé­rés, plus court, donc plus nom­breux et plus ner­veux : pas moins de 17 ate­liers dif­fé­rents sont pro­po­sés : outre les for­ma­tions que nous pro­po­sons à nos propres pla­te­formes (Ope­nE­di­tion, Lodel pour Revues​.org, Word­Press pour Hypo­thèses ou le web­ser­vice de Calenda), nous avons demandé à des spé­cia­listes de venir ani­mer des ate­liers sur des sujets aussi poin­tus que la veille thé­ma­tique sur Inter­net, la XML TEI pour l’édition, l’optimisation des don­nées pour Isi­dore, la conser­va­tion du patri­moine scien­ti­fique avec Per­sée, l’enrichissement auto­ma­tique des méta­don­nées, les outils de déve­lop­pe­ment d’une « lec­ture sociale » ou encore l’édition de livres au for­mat Epub.

Goodies

Goo­dies

Autre nou­veauté, de taille, nous com­men­çons à intro­duire une dose d’internationalisation dans notre dis­po­si­tif : nous avons demandé à quatre experts recon­nus de venir faire un cours ou une confé­rence sur leur sujet de pré­di­lec­tion : il s’agit de Chris Meade qui dirige l’Institute for the Future of the Book à Londres, de Jan­neke Adema, jeune cher­cheuse bri­tan­nique elle aussi qui a réa­lisé une étude très inté­res­sante sur l’édition de livres élec­tro­niques de sciences humaines et libre accès, de Cor­ne­lius Pusch­man, jeune cher­cheur alle­mand, orga­ni­sa­teur du That­Camp Cologne l’année der­nière et spé­cia­liste des réseaux sociaux scien­ti­fiques, et enfin d’Octa­vio Kulesz, éditeur argen­tin qui a réa­lisé une pas­sion­nante étude sur l’édition élec­tro­nique dans les pays du sud. Guy Teas­dale vien­dra pour sa part du Canada pour nous par­ler de la situa­tion du libre accès dans son pays. Il est res­pon­sable de tout ce qui concerne le numé­rique à la biblio­thèque de l’Université Laval. Par ces invi­ta­tions, nous cher­chons là encore à croi­ser les pers­pec­tives, à resi­tuer notre expé­rience dans un contexte plus large, ce qui implique un effort par­ti­cu­lier (lin­guis­tique en par­ti­cu­lier, plu­sieurs cours sont en anglais). Nous espé­rons beau­coup de cette évolu­tion qui, si elle est un suc­cès, nous encou­ra­gera à accen­tuer cet aspect pour les pro­chaines éditions.

"Nous attaquerons par là"

« Nous atta­que­rons par là »

Mais que serait l’Université d’été sans ses hapen­nings ? Outre le book­camp suivi d’un pique nique du mardi soir et la sor­tie en mer du mer­credi (une nou­veauté là aussi), nous invi­tons Alain Pier­rot et Samuel Petit à venir pré­sen­ter et lan­cer leur nou­vel ins­ti­tut if:lire ven­dredi soir en conclu­sion de l’Université d’été. Nous avons orga­nisé une confé­rence publique à la biblio­thèque de l’Alcazar (tous les ren­sei­gne­ments ici), ouverte à tous.

Il y a deux ans, la secte dru­pa­lienne avait hacké l’Université d’été. Cette année, j’ai le sen­ti­ment que les gazouilleurs vir­tuels nous pré­parent quelque chose au cours de la semaine. A suivre.

Je ne veux pas ter­mi­ner sans par­ler du par­te­na­riat que nous avons conclu avec l’éditeur Publie​.net à cette occa­sion. Non seule­ment Fran­çois Bon nous fait l’amitié d’intervenir dans notre Uni­ver­sité d’été, mais en plus il offre onze livres élec­tro­niques per­son­na­li­sés issus du cata­logue de Publie​.net à l’ensemble des par­ti­ci­pants ! Ceux-​ci les trou­ve­ront lundi dans leur sac à sur­prises sur une clé USB, mais pas n’importe quelle clé : il s’agit de la Fra­ma­key pro­po­sée par Fra­ma­soft, la célèbre asso­cia­tion de pro­mo­tion du logi­ciel libre. Cette clé est lourde de sym­bole pour moi : elle fusionne dans un objet maté­riel l’association du logi­ciel libre et de l’édition numé­rique de qua­lité, c’est-à-dire, très exac­te­ment, l’ADN du Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte : le Cléo.

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Un pique-​nique pour les pirates


Demain dimanche le Parti Pirate orga­nise des pique-​niques dans plu­sieurs régions de France pour lan­cer la pré­pa­ra­tion de la cam­pagne pour les élec­tions légis­la­tives de juin 2012. Je vien­drai pour ma part en famille à celui qui se déroule à Paris, Place des Vosges à midi. Ce sera pour moi l’occasion de mieux connaître et ren­con­trer les membres de ce mou­ve­ment que j’ai rejoint récem­ment. Deux éléments ont déter­miné mon ral­lie­ment après moult hésitations.

C’est d’abord le constat de la fai­blesse du pro­gramme numé­rique des prin­ci­paux par­tis d’opposition pour les échéances élec­to­rales à venir.

Certes, ce pro­gramme existe bien, mais le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas véri­ta­ble­ment porté par les dif­fé­rents can­di­dats puta­tifs. Bref, les ques­tions du par­tage des biens cultu­rels, de la pro­tec­tion de la vie pri­vée (contre la menace que repré­sente l’Etat sur­tout), de la régu­la­tion d’Internet et en par­ti­cu­lier de la liberté d’expression sur les réseaux, mais aussi de la bana­li­sa­tion de la bio­mé­trie, parmi d’autres res­te­ront très mar­gi­nales voire seront inexis­tantes dans le débat pré­si­den­tiel, c’est une évidence. Je crois donc à la néces­sité d’une force poli­tique spé­cia­li­sée qui porte ces ques­tions dans le débat public exac­te­ment comme les Verts ont porté la pro­blé­ma­tique écono­lo­gique dans le débat poli­tique il y a vingt ou trente ans, avant que tout le monde s’en empare.

Mais il y a une autre rai­son qui explique cet enga­ge­ment. Il m’apparaît de plus en plus que si les tech­no­lo­gies numé­riques impactent l’ensemble des sec­teurs d’activité dans toutes ses dimen­sions — et c’est le pos­tu­lat sur lequel Homo Nume­ri­cus a été construit, alors il est néces­saire qu’émergent des pro­po­si­tions poli­tiques arti­cu­lées qui soient adap­tées au nou­veau contexte glo­bal. Autre­ment dit, la société change à tous les niveaux ; les rela­tions que les gens établissent entre eux, le rap­port que les indi­vi­dus établissent avec le col­lec­tif, dans tous les domaines, est en train de chan­ger. Or, je suis abso­lu­ment effaré de consta­ter à quel point notre sys­tème poli­tique, et la classe poli­tique qui l’entretient, reste glo­ba­le­ment scot­ché sur un mode de fonc­tion­ne­ment en déca­lage com­plet, fos­si­lisé sur des héri­tages du siècle der­nier qui n’ont plus aucune pertinence.

Fran­che­ment, je ne me retrouve plus du tout dans le petit théâtre poli­tique qui se joue devant nous, non pas même en ce qui concerne les pro­po­si­tions qui sont faites, mais même du point de vue des pro­cé­dures par les­quelles elles sont élabo­rées. Les condi­tions dans les­quelles nous autres citoyens sommes infor­més par exemple, avec le jour­na­lisme en ligne, les blogs, des ini­tia­tives comme Wiki­leaks, l’open data, mais aussi les condi­tions dans les­quelles nous par­ti­ci­pons au débat public via les forums, les sites per­son­nels, les com­men­taires, les réseaux sociaux, tout cela a com­plè­te­ment changé au cours des der­nières années et désa­morce aujourd’hui abso­lu­ment le dis­cours poli­tique tra­di­tion­nel. C’est quand même un phé­no­mène majeur : Lorsqu’un homme poli­tique fait une décla­ra­tion aujourd’hui, il ne convainc à peu près que les mili­tants de son propre parti (et encore). Et on sait à quel point ils sont, en France, peu nom­breux, quel que soit le parti considéré.

En un mot, je n’attends plus aujourd’hui des hommes poli­tiques qu’ils trouvent « la » bonne idée, qu’ils for­mulent « la » bonne pro­po­si­tion pour résoudre tel ou tel pro­blème ; je n’attends pas d’eux qu’ils me disent ce que je dois pen­ser de tel ou tel sujet, et il me semble que c’est le cas aussi d’une part crois­sante de la popu­la­tion ; car nous avons accès à de tels moyens d’information et d’expression que nous sommes désor­mais auto­nomes sur ce point. Ce qui manque désor­mais, c’est un cadre poli­tique qui per­mette à cette nou­velle manière de faire citoyen­neté de prendre sa place.

Alors, quel rap­port avec le Parti Pirate ? Mon opi­nion est que ce parti est por­teur d’un nou­veau modèle de citoyen­neté même s’il n’est pas encore assez établi et ancien pour l’avancer de manière aussi expli­cite. Pour­quoi ? parce qu’il émane fon­da­men­ta­le­ment d’une géné­ra­tion qui pour l’essentiel a fait son éduca­tion poli­tique dans les com­mu­nau­tés de déve­lop­pe­ment de logi­ciels libres ou au sein de col­lec­tifs col­la­bo­ra­tifs et de par­tage en ligne qui reposent très peu sur la délé­ga­tion de pou­voir et beau­coup sur une culture démo­cra­tique radi­cale fon­dée sur la par­ti­ci­pa­tion et l’échange. Pour le dire autre­ment, une nou­velle culture poli­tique s’est élabo­rée depuis vingt ans je dirais, autour de la ges­tion tech­nique d’Internet, des com­mu­nau­tés de logi­ciel libre comme Linux, de com­mu­nau­tés en ligne pour le par­tage du savoir comme Wiki­pé­dia, parmi bien d’autres exemples. Je pense que cette culture poli­tique nou­velle (et qu’on voit émer­ger dès le début d’ailleurs au sein du Net­work Wor­king Group avec les RFC) a per­colé année après année auprès d’une popu­la­tion tou­jours plus large. Or, dans la mesure où les tech­no­lo­gies et les usages sur les­quels elle repose ont eu une influence consi­dé­rable dans tous les domaines, il est néces­saire que cette culture poli­tique nou­velle émerge à son tour, sorte du ghetto geek dans lequel on essaie de la main­te­nir et s’assume à un niveau plus glo­bal. C’est comme cela que j’interprète l’émergence des par­tis pirates dans tous les pays déve­lop­pés, et j’ai évidem­ment très envie d’apporter mes forces à ce mou­ve­ment libérateur.

J’ai long­temps cru que les Verts por­te­raient avec eux une nou­velle culture poli­tique qui nous sor­ti­rait enfin de l’étouffoir démo­cra­tique que consti­tuent les ins­ti­tu­tions bona­par­tistes de la Ve Répu­blique aux­quelles le Parti Socia­liste a fini par se ral­lier. Lest Verts avaient autre­fois ce slo­gan de « faire de la poli­tique autre­ment » qui a mani­fes­te­ment été jeté aux orties depuis… En réa­lité, il y a tou­jours eu deux cultures poli­tiques presque contra­dic­toires chez les Verts. Une culture scien­ti­fique d’abord, et je dirais par­fois « scien­tiste », sur les ques­tions d’écologie : les déci­sions doivent être prises sur la base de véri­tés scien­ti­fiques indis­cu­tables et il n’y a pas de dis­cus­sion pos­sible. Il y a d’ailleurs beau­coup de scien­ti­fiques chez les Verts qui rai­sonnent de manière méca­niste sur les ques­tions poli­tiques : s’il y a un réchauf­fe­ment cli­ma­tique, s’il y a un pro­blème démo­gra­phique, si nous ne pou­vons gérer cor­rec­te­ment le nucléaire, alors…et s’ensuit un cha­pe­let de mesures abso­lu­ment logiques mais qui mettent juste de côté la variable que repré­sente la volonté humaine, la matière même du poli­tique. D’où un petit côté auto­ri­taire quel­que­fois que l’on voir sur­gir en par­ti­cu­lier sur les sujet envi­ron­ne­men­taux. On va dire que c’est la tra­di­tion René Dumont. Et puis au sein des Verts, il y a une tra­di­tion abso­lu­ment anti-​autoritaire au contraire qui vient des années 60 via des intel­lec­tuels comme Félix Guat­tari. C’est ici une visée éman­ci­pa­trice pour l’individu qui s’exprime et qui a déve­loppé toute une réflexion pra­tique au sein du parti pour contrer les méca­nismes d’embrigadement, de domi­na­tion et même de pou­voir dans le contexte politique.

Cette der­nière tra­di­tion aurait très bien pu faire la jonc­tion avec la nou­velle culture poli­tique venue d’Internet dont je par­lais pré­cé­dem­ment. Je pense que cela pour­rait même don­ner des pistes très inté­res­santes. Mais j’ai l’impression qu’elle a été lami­née entre-​temps par la nor­ma­li­sa­tion des écolo­gistes, contraints de se cou­ler dans le moule ins­ti­tu­tion­nel pour exis­ter poli­ti­que­ment. Et comme par ailleurs le centre de gra­vité de la pro­po­si­tion poli­tique des Verts s’établit néces­sai­re­ment autour des ques­tions d’environnement et d’écologie, ils ne se trouvent pas à la bonne posi­tion dans le champ poli­tique pour iden­ti­fier et por­ter la nou­velle culture démo­cra­tique qui vient d’Internet, du logi­ciel libre, de wikipédia.

Je vais dire les choses plus crû­ment : l’écologie poli­tique a per­mis de rendre visible les insuf­fi­sance et les limites du sys­tème poli­tique actuel : basé sur le prin­cipe de la sou­ve­rai­neté natio­nale et l’électoralisme court-​termiste, ce sys­tème est inca­pable, on le voit bien, de répondre aux défis que posent des menaces aussi impo­santes, trans­na­tio­nales et de long terme que le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et le nucléaire. L’écologie poli­tique a l’immense mérite de poser le pro­blème de la gou­ver­nance. Mais elle s’est aussi avé­rée abso­lu­ment inca­pable de pro­po­ser des solu­tions poli­tiques à ce pro­blème de gou­ver­nance. Je peux bien sûr me trom­per mais mon hypo­thèse est que les com­mu­nau­tés tech­niques qui gèrent l’Internet, les com­mu­nau­tés en ligne de type Linux ou Wiki­pé­dia, mais aussi les réseaux décen­tra­li­sés peer to peer au sein des­quels s’échangent des conte­nus, les com­mu­nau­tés fortes et les réseaux faibles, parce qu’ils ont fait la preuve de leur capa­cité à ras­sem­bler et coor­don­ner des dizaines de mil­lions de per­sonnes de manière tota­le­ment trans­ver­sale aux fron­tières natio­nales et en les mobi­li­sant sur des objec­tifs com­plexes et par­fois très dis­tants, ont mon­tré qu’elles por­taient en germe un ensemble de pro­po­si­tions poli­tiques et je dirais presque ins­ti­tu­tion­nelles très inté­res­santes pour chan­ger de mode de gouvernance.

Voilà où j’en suis de ma réflexion sur le sujet et c’est pour cet ensemble de rai­sons que je me ren­drai au pique-​nique des pirates demain — en dehors du soleil radieux pro­mis par la météo. J’espère bien y retrou­ver — pour­quoi pas — cer­tains lec­teurs de Blogo Nume­ri­cus pour dis­cu­ter de tout cela IRL, ce qui n’empêche pas de réagir en ligne en com­men­tant ce billet.

Le pique-​nique fran­ci­lien se déroule donc Place des Vosges à midi. Pour en connaître la liste dans les autres régions, c’est ici.