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Jstor 2010

La semaine der­nière, j’ai eu la chance de pou­voir assis­ter à la confé­rence Sus­tai­nable scho­lar­ship orga­nisé à New York City par Ithaka. Le pro­gramme de cette confé­rence se répar­tis­sait sur deux jours. Il s’agissait d’abord pour Ithaka de pré­sen­ter les nou­veau ser­vices et les pers­pec­tives de ses ser­vices phares : son dépar­te­ment de recherche et déve­lop­pe­ment S+R, son ser­vice d’archivage Por­tico, et bien sûr son por­tail de revues de sciences humaines et sociales Jstor. Cette année, la grande nou­veauté du côté de Jstor est l’ouverture, à par­tir de jan­vier 2011 de son pro­gramme «  cur­rent scho­lar­ship  ». Autre­ment dit, alors que la pla­te­forme était jusqu’à pré­sent spé­cia­li­sée sur la numé­ri­sa­tion rétros­pec­tive des revues à par­tir de leur ver­sion impri­mée, elle se lance, sur un nombre limité de revues dans la mise en ligne de la par­tie vivante des conte­nus. Nous n’avons mal­heu­reu­se­ment pas pu voir grand chose de ce ser­vice mais j’ai quand même pu obte­nir les infor­ma­tions sui­vantes : les conte­nus sont mis à dis­po­si­tion au sein d’une inter­face tota­le­ment inté­grée à la pla­te­forme Jstor ; elle offre à l’éditeur de la revue des espaces réser­vés où son logo et un des­crip­tif peuvent être affi­chés. L’éditeur dis­pose même d’un espace publi­ci­taire vierge qu’il peut com­mer­cia­li­ser à sa guise. Grande nou­veauté, les articles peuvent être mis à dis­po­si­tion au for­mat HTML et/​ou PDF, à condi­tion que l’éditeur génère ces for­mats. Car c’est l’autre grande nou­veauté, il dis­pose d’un back office dans l’interface lui per­met­tant de publier lui-​même ses propres numé­ros — ce qu’il peut aussi délé­guer à Jstor contre paie­ment. Voilà qui est inté­res­sant et montre que le modèle d’appropriation porté par Revues​.org depuis ses débuts ren­contre aujourd’hui un cer­tain suc­cès ! Reste que l’accompagnement édito­rial des pro­duc­teurs de conte­nus qui leur laisse la main tout en garan­tis­sant la qua­lité des don­nées (et des méta­don­nées !) ne s’improvise pas et néces­site une cer­taine expé­rience… Atten­dons de voir com­ment Jstor qui est plu­tôt un cham­pion du modèle de délé­ga­tion ‚s’en sortira.

La seconde confé­rence à laquelle j’ai assisté por­tait sur les « nou­veaux conte­nus » pro­po­sés par Jstor aux com­mu­nau­tés aca­dé­miques. Je m’attendais à l’annonce de déve­lop­pe­ment impor­tants du côté de la publi­ca­tion de livres et je me suis com­plè­te­ment trompé. Rien de véri­ta­ble­ment nou­veau n’a été annoncé de ce côté là. C’est en revanche, et de manière sur­pre­nante, du côté de la consti­tu­tion de col­lec­tions de sources numé­ri­sées que Jstor semble miser. Une longue et pas­sion­nante pré­sen­ta­tion de la base Plant Science a été pro­po­sée d’abord : il s’agit d’une col­lec­tion d’objets scien­ti­fiques de toutes natures, her­biers, taxi­no­mies, publi­ca­tions, papiers divers, lettres, pho­to­gra­phies, col­lec­tés par une com­mu­nauté lar­ge­ment inter­na­tio­nale, don­nant accès à plus d’un mil­lion d’objets numé­riques rela­tifs aux plantes. La col­lec­tion semble magni­fique, les inter­faces de visua­li­sa­tion fort bien conçues et, sur­tout, un très gros effort est porté à l’animation de com­mu­nauté scien­ti­fique pour la consti­tu­tion et l’usage de cette col­lec­tion. Une autre pré­sen­ta­tion trai­tait d’une col­lec­tion numé­ri­sée de cata­logues de ventes aux enchères d’objets d’art (en par­te­na­riat avec la Frick Col­lec­tion et le MET, rien que ça !) où c’était sur­tout la ques­tion de la mise en rela­tion avec les publi­ca­tions aca­dé­miques qui était posée. L’utilisateur dis­pose ainsi d’un outil en ligne d’annotation par­ta­gée et de créa­tion de liens entre les docu­ments dans toute la base Jstor si j’ai bien com­pris qui lui per­met d’exploiter confor­ta­ble­ment la base au cours de son tra­vail. En dis­cu­tant plus tard avec Rahim Rajan, un des res­pon­sables de ce type de pro­gramme chez Jstor, j’ai décou­vert une troi­sième col­lec­tion, pas­sion­nante elle aussi, sur l’histoire afri­caine appe­lée Aluka. De plus petite enver­gure, elle pro­pose 57000 objets et vise à com­por­ter, elle aussi, une forte dimen­sion com­mu­nau­taire. J’avoue que je ne connais­sais pas cette par­tie de l’activité de Jstor, que j’ai pu décou­vrir à cette occa­sion. De nom­breuses dis­cus­sions ont eu lieu à l’occasion de ces pré­sen­ta­tions sur le modèle écono­mique de ces col­lec­tions numé­riques. Sur ce point Jstor semble hési­tant. Cer­taines sont à accès res­treint, d’autres en libre accès de manière tem­po­raire, et il semble qu’elles ne fassent pas l’objet d’une com­mer­cia­li­sa­tion spé­ci­fique au sein de l’offre Jstor. Elles viennent en bonus, pour ainsi dire, avec les col­lec­tions de revues aux­quelles les biblio­thèques s’abonnent. En réa­lité, il semble que Jstor se demande un peu com­ment com­mer­cia­li­ser ces ensembles hété­ro­gènes et aty­piques auprès des biblio­thèques. Quel prix leur attri­buer ? Seront-​elles suf­fi­sam­ment attrac­tives auprès d’acquéreurs dont les bud­gets sont déjà en forte res­tric­tion ? La situa­tion ne semble ni facile ni claire pour Jstor qui expé­ri­mente peut-​être ici quelques limites de son modèle 100% accès res­treint. Il reste que ces ini­tia­tives sont cohé­rentes par rap­port à la volonté de l’organisme de pro­po­ser aux cher­cheurs une pla­te­forme de réfé­rence tout inté­grée où ils pour­ront trou­ver à la fois des publi­ca­tion aca­dé­miques et des col­lec­tions de sources, au sein d’un envi­ron­ne­ment qui se veut de plus en plus cohérent.

La tro­sième et der­nière confé­rence de la jour­née s’annonçait elle aussi pas­sion­nante mais m’a laissé quelque peu dubi­ta­tif : il s’agissait de pré­sen­ter toutes les recherches effec­tuées au sein d’un groupe de tra­vail (Advan­ced Teh­no­logy Group) d’Ithaka, pour ana­ly­ser les com­por­te­ments des uti­li­sa­teurs, col­lec­ter des masses impor­tantes de don­nées d’usages, afin d’anticiper les néces­saires évolu­tions à venir. Deux idées fortes struc­tu­raient cette confé­rence : 1. L’objectif prin­ci­pal est la satis­fac­tion de l’utilisateur, l’amélioration constante de l” »expérience uti­li­sa­teur » par le design d’interfaces et de com­por­te­ments de pla­te­forme qui vont au devant de ses besoins et de ses désirs. C’est évidem­ment la clé du suc­cès écono­mique pour Jstor mais aussi pour les éditeurs qui par­ti­cipent au pro­gramme. 2. La somme des don­nées que l’on peut récol­ter est aujourd’hui suf­fi­sam­ment impor­tante pour que leur trai­te­ment — sta­tis­tique en par­ti­cu­lier — suf­fise à créer de la connais­sance sur les usages. C’est une idée qui me semble très à la mode en ce moment, qui a été popu­la­ri­sée par l’inévitable Chris Ander­son, et que je retrou­ve­rai expo­sée dif­fé­rem­ment au seconde jour de la conférence.

En com­plé­ment de l’analyse des don­nées d’usage, ce groupe de recherche conduit d’une côté des obser­va­tions qua­li­ta­tive de type eth­no­gra­phique sur le com­por­te­ment des uti­li­sa­teurs face aux inter­faces, et de l’autre, orga­nise le design des inter­faces en uti­li­sant les notions de rôle — en clas­sant les uti­li­sa­teurs par tri­bus, cor­res­pon­dant à des rôles par­ti­cu­liers, selon une méthode dans laquelle Ama­zon excelle, et en se repo­sant par ailleurs sur des sto­ry­boards leur per­met­tant de conce­voir des scé­na­rios d’usages. L’exposé de toutes ces recherches, avec pas mal de bagout il faut bien le dire, est très impres­sion­nant, mais doit être rela­ti­visé : l’utilisation de méthodes sophis­ti­quées de concep­tion des inter­faces ne consti­tue pas une garan­tie abso­lue contre les erreurs, comme Jstor l’a lui-​même expé­ri­menté récem­ment en déployant sa nou­velle pla­te­forme qui a sus­cité des réac­tions pour le moins contras­tées chez les uti­li­sa­teurs. Mais je ne veux pas faire la fine bouche ici et je suis admi­ra­tif du fait que Jstor mobi­lise 6 à 7 per­sonnes sur la recherche de la plus grande satis­fac­tion de l’utilisateur qui est mani­fes­te­ment au centre, comme une obses­sion, de toute l’organisation. Cette culture me semble très dif­fé­rente de celle qui pré­vaut en France et je pense que nous pour­rions nous en ins­pi­rer un peu plus que nous le fai­sons actuel­le­ment, même si elle a aussi ses défauts. J’en par­le­rai d’ailleurs dans mon pro­chain billet ; il fera le compte rendu de la seconde jour­née, qui se pré­sen­tait comme un mini-​TOC, en élar­gis­sant la pers­pec­tive, au cours de laquelle nous avons eu droit à un exposé mémo­rable de Dan Rus­sell, res­pon­sable chez Google de la qua­lité de la recherche et de la « satis­fac­tion de l’utilisateur » (« user hap­pi­ness ») jus­te­ment ! Mais je vous par­le­rai aussi d’autres pré­sen­ta­tions tout aussi inté­res­santes, en par­ti­cu­lier celle du fon­da­teur d’Eigen​fac​tor​.org qui a fait un exposé for­mi­dable et m’a (presque) récon­ci­lié avec la bibliométrie.

Au fait : 300 per­sonnes ont assisté à l’événement, dont.…deux fran­çais, tous deux de l’EHESS d’ailleurs !

Un compte rendu des deux jour­nées : http://​www​.insi​de​hi​ghe​red​.com/​n​e​w​s​/​2​0​1​0​/​0​9​/​2​9​/​s​e​a​rch

Connaissez-​vous le livre scolaire ?*

La semaine der­nière, j’ai ren­con­tré le direc­teur d’une petite société, Le Livre sco­laire, née il y quelques mois, mais qui se déve­loppe à grande vitesse. Leur objec­tif est de déve­lop­per des manuels numé­riques pour l’enseignement secon­daire, avec un modèle s’appuyant de manière com­plé­men­taire sur l’imprimé et la dif­fu­sion en ligne. Ils ont démarré en ligne cette année avec deux manuels pour la 5ème, l’un en Fran­çais, l’autre en histoire-​géographie. Inté­res­sant pourrait-​on dire, mais rien de bien révo­lu­tion­naire. Un nombre crois­sant d’éditeurs sco­laires pro­pose ce type de dispositifs.

Oui mais atten­tion, un coup d’oeil à la qua­trième de cou­ver­ture fait appa­raître un petit logo géné­ra­le­ment absent des manuels scolaires :

Il s’agit bien d’une licence Crea­tive Com­mons By-​sa, qui indique que ce manuel peut être libre­ment repro­duit et dis­tri­bué, libre­ment modi­fié et même faire l’objet d’une exploi­ta­tion com­mer­ciale par une autre société que Le Livre sco­laire. Pas mal, non ? Mais le logo au dos de l’ouvrage n’est que le som­met de l’iceberg car c’est en réa­lité la tota­lité du manuel (et non de simples exten­sions) qui est libre­ment télé­char­geable en ligne. Mieux encore, ce manuel a fait l’objet d’une élabo­ra­tion col­la­bo­ra­tive menée par plu­sieurs dizaines d’auteurs qui ont tra­vaillé ensemble en ligne au moyen d’un outil spé­cia­le­ment conçu par la société gérant à la fois l’édition de conte­nus, mais aussi les dis­cus­sions internes à l’équipe per­met­tant d’obtenir un pro­ces­sus de cor­rec­tion ité­ra­tif. Cer­taines des illus­tra­tions se trou­vant dans le manuel pro­viennent enfin de Wiki­me­dia Com­mons, dont la richesse des col­lec­tions numé­riques est ainsi mise à contribution.

Enfin, lorsqu’une classe achète l’ouvrage, pro­fes­seur et élèves ont des accès indi­vi­dua­li­sés à la ver­sion en ligne per­met­tant au pre­mier de per­son­na­li­ser les conte­nus et de conce­voir des exer­cices, aux seconds de répondre aux ques­tions qui leur sont posées. L’étape sui­vante, à mon avis, et je me suis per­mis d’en faire part à mes deux inter­lo­cu­teurs, serait bien sûr de bran­cher la pla­te­forme sur un outil d’impression à la demande per­met­tant au pro­fes­seur ayant per­son­na­li­ser son manuel en ligne, d’en effec­tuer un tirage à trente exem­plaires pour les élèves de sa classe. On aurait là une fonc­tion­na­lité extrê­me­ment attrac­tive et puis­sante il me semble.

Voilà, c’était sim­ple­ment un coup de pro­jec­teur sur une ini­tia­tive que je trouve inté­res­sante parce qu’elle posi­tionne l’activité très tra­di­tion­nelle d’édition de manuels sco­laires sur la créa­tion com­mu­nau­taire de conte­nus (et en cela, elle se rap­proche de Sesa­math), et qu’elle pro­duit des conte­nus en Crea­tive Com­mons tout en ne per­dant pas de vue la dimen­sion com­mer­ciale. Voilà donc un exemple sup­plé­men­taire de modèle écono­mique free­mium qui nous occupe beau­coup en ce moment au Cléo.

PS : mes inter­lo­cu­teurs du jour, des amé­ri­cains qui animent une ONG pro­met­teuse — Digi­tal Divide Data - de for­ma­tion aux nou­velles tech­no­lo­gies au Cam­bodge (encore de nou­velles figures de la citoyen­neté numé­rique), me font remar­quer que Le Livre Sco­laire res­semble beau­coup à Flat World qui déve­loppe lui aussi un modèle free­mium pour les manuels.

* : hom­mage à l’excellent blog de Jean-​Michel Billaut bien sûr. Moi aussi, de temps en temps, je « billautise »…

La fin de l’imprimé

Une rapide réac­tion à la suite du billet «  Chan­ger nos façons de tra­vailler  » publié par Vir­gi­nie Clays­sen sur son blog teXtes. Je crois que le fond de la ques­tion n’est pas tel­le­ment celle du rap­port à la tech­nique, de la bonne dis­tance à adop­ter pour un éditeur par exemple dans son rap­port à la tech­nique, qu’à sa capa­cité à gérer la tran­si­tion d’un para­digme à l’autre. Parce qu’en réa­lité, le tra­vail d’un éditeur est déjà très tech­nique, dans sa manière de prendre en charge la pré­pa­ra­tion, la com­mer­cia­li­sa­tion, la cir­cu­la­tion du livre imprimé. Le pas­sage n’est donc pas d’un tra­vail non tech­nique à un tra­vail tech­nique, mais plu­tôt le pas­sage d’un ensemble de com­pé­tences tech­niques exi­gées pour la réa­li­sa­tion du livre imprimé à un ensemble de com­pé­tences tech­niques deman­dées pour la réa­li­sa­tion de livres numé­riques. Du coup, je réagis à ce « on a des livres à faire ! » évoqué par Vir­gi­nie, qui dit que le livre numé­rique vient s’ajouter au livre imprimé. C’est du tra­vail en plus, et donc qui passe après le tra­vail nor­mal que l’on fait tous les jours. Cette posi­tion me semble dif­fi­cile à tenir, pour la simple rai­son que nous assis­tons à la dis­pa­ri­tion du para­digme dans lequel ce tra­vail nor­mal est effec­tué. Nous assis­tons à rien moins que la fin de l’imprimé.

Entendons-​nous : lorsque j’évoque la fin de l’imprimé, c’est exac­te­ment de la même manière que JL Mis­sika évoque la fin de la télé­vi­sion, c’est-à-dire, pas la fin des écrans de télé­vi­sion, mais la fin du para­digme télé­vi­suel tel qu’on l’a vu se déve­lop­per dans la seconde moi­tié du XXe siècle avec ses usages, son modéle écono­mique, et sur­tout la manière dont la télé­vi­sion for­mate les créa­tions cultu­relles. De la même manière, lorsque je dis « fin de l’imprimé », je n’évoque pas la fin de l’impression comme tech­nique — comme les écrans de télé­vi­sion, les docu­ments impri­més se mul­ti­plient au contraire — mais la fin du livre imprimé, de la revue impri­mée et du jour­nal imprimé comme para­digmes cultu­rels et intel­lec­tuels. Il est vrai que ce n’est pas dans le livre qu’on le voir le plus clai­re­ment. Je pré­fère évoquer pour l’instant la presse où l’évolution est beau­coup plus fla­grante : l’apparition des pure players, le sur­gis­se­ment de sources tota­le­ment nou­velles comme Wiki­leaks, le déve­lop­pe­ment du « jour­na­lisme de don­nées » dont on parle tant sont en train de faire explo­ser le para­digme du jour­nal imprimé : c’est-à-dire en par­ti­cu­lier que l’imprimé impose de moins en moins ses contraintes propres au tra­vail et à l’écriture jour­na­lis­tiques, et que ce sont au contraire les nou­veaux sup­ports numé­riques qui imposent aujourd’hui leurs contraintes à ce tra­vail. L’article publié dans Owni sur l’émergence de ces pro­fils hybrides de journalistes-​programmeurs est tout à fait signi­fi­ca­tif il me semble (et il n’épuise pas tous les nou­veaux pro­fils qui sur­gissent d’ailleurs : le journaliste-​community mana­ger en est un autre).

Dans le sec­teur des revues, de sciences humaines en par­ti­cu­lier, puisque je le connais mieux, il me semble qu’on com­mence à voir un fré­mis­se­ment, en par­ti­cu­lier dans la manière dont les sources du tra­vail de recherche sont convo­quées. L’insertion de docu­ments annexes, de docu­ments mul­ti­mé­dias, le ren­voi vers des bases de don­nées sont des éléments qui vont chan­ger pro­gres­si­ve­ment l’écriture scien­ti­fique elle-​même. C’est d’ailleurs pas­sion­nant de voir com­ment cer­taines revues exclu­si­ve­ment numé­riques s’éloignent pro­gres­si­ve­ment du para­digme ori­gi­nal et se met­tant à publier des docu­ments, ou des textes très courts, ou des listes, bref, tout un ensemble de pro­duc­tions, d’écrits qu’on ne trouve pas dans les revues impri­mées. C’est d’ailleurs aussi au niveau des rythmes de publi­ca­tion et de l’organisation docu­men­taire de la revue elle-​même que les choses se mettent à chan­ger pro­gres­si­ve­ment. Il y aura donc tou­jours des revues impri­mées bien sûr, mais je pense que ce seront de plus en plus des ver­sions déri­vées et secon­daires de la ver­sion numé­rique qui por­tera de nou­velles manières d’écrire et de rendre compte de la recherche ou de la réflexion.

Dans le sec­teur du livre, c’est plus lent et moins évident. Vir­gi­nie est jus­te­ment une bonne obser­va­trice de toutes les expé­ri­men­ta­tions qui foi­sonnent ici et là et elle en rend compte sur son blog. Je pense qu’on aurait tort de consi­dé­rer ces expé­ri­men­ta­tions comme sim­ple­ment mar­gi­nales, parce qu’elles pré­fi­gurent des évolu­tions à venir. Dans cer­tains sec­teurs d’ailleurs (livre pra­tique, guide de voyage, ency­clo­pé­dies), elles sont déjà pré­sentes. Je ne cesse de dire que Wiki­pé­dia, avec toute son ingé­nie­rie sociale et édito­riale en par­ti­cu­lier, est pour moi un livre. C’est même sans doute le pre­mier véri­table exemple abouti de livre du para­digme numé­rique, et on voit bien qu’il a peu à voir, dans son mode de fonc­tion­ne­ment, dans sa réa­li­sa­tion, son modèle écono­mique, ses usages et même son mode d’écriture, avec le para­digme du livre imprimé. Ce qui n’empêche pas qu’il en existe des ver­sion impri­mées bien sûr. C’est ce que dit aussi, mais d’une autre manière, Biblio­man­cienne avec son billet sur la Biblio­thèque du Congrès que je trouve très stimulant.

Alors voilà l’enjeu sans doute pour un éditeur : com­ment pas­ser d’un para­digme à l’autre. C’est-à-dire, com­ment, dans ses com­pé­tences, savoir aban­don­ner pro­gres­si­ve­ment (et l’adverbe est impor­tant) un cer­tain nombre de celles qu’il pos­sède aujourd’hui, parce qu’elles ne sont plus stra­té­giques, pour déga­ger le temps d’en acqué­rir de nou­velles qui, elles, sont en train de le deve­nir. Com­ment iden­ti­fier les tâches qui peuvent être exter­na­li­sées, pour avoir la pos­si­bi­lité d’en prendre en charge, en interne, de nou­velles, sur les­quelles se concen­tre­ront demain l’essentiel de la valeur ajou­tée d’un éditeur ? C’est là-​dessus, que j’aimerais qu’on avance dans la réflexion. J’ai essayé de mon côté, d’explorer cette évolu­tion dans «  le livre et les trois dimen­sions du cybe­res­pace  ». Cet article n’a pas ren­con­tré beau­coup d’écho. Je sais pour en avoir dis­cuté avec cer­tain éditeur de mes amis, qu’il des­sine pour lui, un ave­nir à la fois impro­bable et détes­table de son métier. Mais bon, je suis per­suadé que c’est exac­te­ment à ce niveau que se situe le noeud du problème.

Un appel d’offre sur l’édition numérique dans les pays du sud

L’Alliance inter­na­tio­nale des éditeurs indé­pen­dants qui coor­donne une réseau de dizaines de petits éditeurs sur les tous les conti­nents et se fait le héraut de la « biblio­di­ver­sité » vient de lan­cer un appel à pro­po­si­tions des plus inté­res­sants. Il s’agit de réa­li­ser une étude sur l’état de l’édition numé­rique dans les pays du sud. Le finan­ce­ment pour la réa­li­sa­tion de cette étude est prévu entre 6000 et 10 000 euros. La date de rendu du pro­jet est fixée au 29 août. Ci-​dessous, un des­crip­tif plus complet

Contexte et objec­tif de l’étude
• Le prin­ci­pal objec­tif du pro­gramme « Édition numé­rique et pays en déve­lop­pe­ment » – conduit par l’Alliance inter­na­tio­nale des éditeurs indé­pen­dants en par­te­na­riat avec la Fon­da­tion Prince Claus – vise « à établir les condi­tions d’intégration de l’édition numé­rique comme un des ave­nirs pos­sibles de l’édition dans les pays en développement ».

Pour cela, quatre phases consé­cu­tives sont pro­gram­mées sur trois ans (2010 – 2012).

La pre­mière phase du pro­gramme pré­voit la réa­li­sa­tion d’une étude qui per­met­trait à la fois d’apporter les pre­miers éléments de réponse à la pro­blé­ma­tique géné­rale, tout en pré­pa­rant les phases ultérieures.

Pré­sen­ta­tion des par­te­naires du programme

Alliance inter­na­tio­nale des éditeurs indé­pen­dants (www​.alliance​-edi​teurs​.org)
L’Alliance inter­na­tio­nale des éditeurs indé­pen­dants est une asso­cia­tion à but non lucra­tif ; véri­table réseau de soli­da­rité – com­posé de 85 mai­sons d’édition et col­lec­tifs d’éditeurs de 47 pays dif­fé­rents – l’Alliance repré­sente direc­te­ment ou indi­rec­te­ment quelques 360 mai­sons d’édition. L’Alliance orga­nise des ren­contres inter­na­tio­nales et mène des actions de plai­doyer en faveur de l’indépendance. Elle sou­tient aussi des pro­jets édito­riaux
inter­na­tio­naux – sou­tien qui peut prendre la forme d’une aide à la tra­duc­tion ou à la coédi­tion. Enfin, l’Alliance contri­bue à la pro­mo­tion et à la dif­fu­sion des pro­duc­tions du Sud et tente, modes­te­ment, d’inverser le sens « unique » des flux com­mer­ciaux. L’Alliance par­ti­cipe ainsi à une meilleure acces­si­bi­lité des oeuvres et des idées, à la défense et à la pro­mo­tion de la bibliodiversité.

Fon­da­tion Prince Claus (www​.prin​ce​claus​fund​.org)
La Fon­da­tion Prince Claus est convain­cue que la culture est une « néces­sité fon­da­men­tale », un bien de pre­mière néces­sité, indis­pen­sable à l’épanouissement de l’être humain. La Fon­da­tion Prince Claus entre en col­la­bo­ra­tion, par­tout dans le monde, avec des par­te­naires de qua­lité excep­tion­nelle ; ensemble, ils luttent pour la sau­ve­garde de la culture et sou­tiennent des pro­ces­sus cultu­rels durables. Par ses ini­tia­tives, la Fon­da­tion veut favo­ri­ser la prise de conscience de cha­cun s’agissant de la culture : elle est indis­pen­sable à nos vies quo­ti­diennes. Comme le sou­li­gnait le Prince Claus, « on ne déve­loppe pas les per­sonnes, elles se déve­loppent elles-​mêmes ». La Fon­da­tion Prince Claus, dont le siège est à Amster­dam, est finan­cée par le minis­tère des Affaires étran­gères et par la Lote­rie natio­nale du Code pos­tal des Pays-​Bas.

Cahier des charges de l’étude : struc­ture poten­tielle
L’étude pour­rait se déve­lop­per autour de trois objec­tifs prin­ci­paux.
1. Il s’agirait tout d’abord de dres­ser un pano­rama suc­cinct de l’édition numé­rique dans les pays en déve­lop­pe­ment /​émer­gents.
• Quelles sont les ini­tia­tives exis­tantes dans les pays en déve­lop­pe­ment ? Quels en sont les prin­ci­paux acteurs ? Quels sont les pre­miers ensei­gne­ments que l’on peut tirer de ces expé­riences ?
• Existe-​t-​il une spé­ci­fi­cité des pays émer­gents (Bré­sil, Rus­sie, Inde, Chine, Mexique, Afrique du Sud), comme pour les autres acti­vi­tés écono­miques uti­li­sant les tech­no­lo­gies numé­riques ? Si oui, quelles sont les prin­ci­paux ensei­gne­ments que l’on peut tirer de ces expé­riences ?
• Existe-​t-​il un fossé crois­sant entre un ensemble de pays déve­lop­pés de plus en plus inves­tis dans la pro­duc­tion numé­rique de livres et un ensemble de pays en déve­lop­pe­ment ou émer­gents qui seraient très éloi­gnés – sinon indif­fé­rents – à la révo­lu­tion numé­rique dans le monde du livre ?
2. Il serait ensuite utile d’établir, selon une démarche pros­pec­ti­viste, un ensemble de consé­quences /​scé­na­rios pro­bables
• Si un déca­lage crois­sant ou une indif­fé­rence existe bien dans les pays en déve­lop­pe­ment, quels sont les risques pré­vi­sion­nels liés à cette situa­tion ? La pré­sence habi­tuelle des groupes édito­riaux des pays déve­lop­pés sur cer­tains mar­chés des pays en déve­lop­pe­ment est-​elle remise en ques­tion par la numé­ri­sa­tion des conte­nus ?
• À quelles condi­tions la numé­ri­sa­tion de l’édition pourrait-​elle jouer le rôle, pour les éditeurs des pays en déve­lop­pe­ment, qui a été par exemple celui du cel­lu­laire pour le monde de la télé­pho­nie (une nou­velle tech­no­lo­gie qui per­met de com­bler un retard basé sur un manque d’infrastructures et de matières pre­mières) ?
• Sachant que les liseuses sont essen­tiel­le­ment (et/​ou autres sup­ports) pro­duites, ache­tées, uti­li­sées dans les pays déve­lop­pés, l’édition numé­rique peut-​elle répondre à des enjeux de lec­ture – en termes éduca­tifs ou récréa­tifs – pour les pays en déve­lop­pe­ment ? Le sup­port essen­tiel ne serait-​il pas, dans ce contexte, l’ordinateur indi­vi­duel ? Le pro­blème prin­ci­pal de l’édition dans les pays en déve­lop­pe­ment étant la fai­blesse de la demande (« pénu­rie de lec­teurs »), l’édition numé­rique – en déma­té­ria­li­sant les conte­nus et en les ren­dant plus « trans­por­tables » – ne per­met­trai­telle pas aux éditeurs des pays en déve­lop­pe­ment d’atteindre plus faci­le­ment de nou­veaux mar­chés, de nou­veaux lec­teurs ?
• L’édition numé­rique n’est-elle pas « une chance pour la biblio­di­ver­sité », en par­ti­cu­lier pour les éditeurs /​conte­nus des pays en déve­lop­pe­ment ? N’est-elle pas un des nou­veaux moyens qui leur per­met­trait de répondre à des pro­blé­ma­tiques habi­tuelles, liées au contexte géo­gra­phique, poli­tique, écono­mique et déve­lop­pe­men­tal : rareté ou cherté de matières pre­mières (par exemple, papier) ; rareté et/​ou faible com­pé­ti­ti­vité des infra­struc­tures utiles à l’activité (par exemple, impri­me­ries) ; réseaux de dis­tri­bu­tion lacu­naires, peu pro­fes­sion­na­li­sés ; cherté de l’action pro­mo­tion­nelle et du mar­ke­ting, etc.
• Quels seraient, a contra­rio, les sec­teurs qui ne seraient pas ou peu tou­chés par la numé­ri­sa­tion des conte­nus dans les pays en déve­lop­pe­ment : la créa­tion ? Le pré­presse ? Etc.
• Com­ment les dif­fé­rents scé­na­rios se positionnent-​ils par rap­port aux deux scé­na­rios sui­vants : 1) un retard struc­tu­rel dans le domaine qui ne sera jamais com­blé et qui iso­lera les pays en déve­lop­pe­ment (deve­nus « zone papier ») et qui amoin­drira encore la pré­sence de leurs conte­nus dans les sys­tèmes d’information et de for­ma­tion mon­diaux ; 2) un déve­lop­pe­ment rapide de la tech­no­lo­gie, comme par­ti­cu­liè­re­ment adap­tée au contexte des pays en déve­lop­pe­ment.
3. Enfin, compte tenu 1) de la réa­lité de ter­rain consta­tée ; 2) des scé­na­rios pos­sibles envi­sa­geables à ce jour ; 3) de la nature des par­te­naires en pré­sence, il serait sou­hai­table de clore l’étude par une longue par­tie consa­crée à des recom­man­da­tions /​des pro­po­si­tions.
• Quelles seraient les pro­po­si­tions adres­sées aux par­te­naires du pro­gramme
« Édition numé­rique et pays en déve­lop­pe­ment », sachant que les pro­chaines phases du pro­gramme mis en oeuvre par l’Alliance pren­dront la forme à la fois de ren­contres inter­na­tio­nales et inter­pro­fes­sion­nelles et d’un test gran­deur nature (édition ou coédi­tion numé­rique impli­quant des éditeurs des pays en voie de déve­lop­pe­ment) ?
• Quelles seraient les recom­man­da­tions que vous adres­se­riez aux éditeurs des pays en déve­lop­pe­ment ? Dans une pers­pec­tive de soli­da­rité entre éditeurs, quelles seraient les actions soli­daires à mettre en oeuvre au sein du réseau de l’Alliance (mobi­li­sant éven­tuel­le­ment des éditeurs des PED et des éditeurs des PD, assu­rant un trans­fert de tech­no­lo­gie et de savoir-​faire, etc.) ?
• Plus géné­ra­le­ment, quelles seraient les pro­po­si­tions qui pour­raient être adres­sées aux orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales (Unesco, Cer­lalc, etc.) et aux auto­ri­tés des pays en déve­lop­pe­ment, en vue de favo­ri­ser la com­pré­hen­sion (voire le déve­lop­pe­ment) de la numé­ri­sa­tion du monde de l’édition ?

Cahier des charges de l’étude : forme pré­vi­sion­nelle
• Des études spé­ci­fiques – pou­vant consti­tuer des cha­pitres de l’étude géné­rale – par zone géo­gra­phique /​région (Afrique, Amé­rique latine, Asie) ;
• Une syn­thèse, une ana­lyse trans­ver­sale, en quelques pages ;
• De courts articles décri­vant l’avancée des tra­vaux, des points par­ti­cu­liè­re­ment éton­nants ou ori­gi­naux, etc. ;
• Un docu­ment final sous forme numé­rique – et sous for­mat papier, le cas échéant – contien­dra l’ensemble des ana­lyses, des annexes, etc. Ce dos­sier pour­rait ali­men­ter la col­lec­tion « État des lieux de l’édition » de l’Alliance ou être uti­lisé en tota­lité ou en par­tie pour ali­men­ter le centre de res­sources en ligne de l’Alliance (par­tie « Ana­lyses » et/​ou « For­ma­tion en ligne ») ;
• Le bud­get pour l’ensemble des étapes de l’étude devra être com­pris entre 6 000 et 10 000
euros.
Can­di­da­tures
• Vous êtes inté­res­sés par cette mis­sion ; nous vous invi­tons à dépo­ser votre can­di­da­ture
avant le 29/​08/​2010
• Il est sou­hai­table que les can­di­dats parlent et puissent écrire en fran­çais et en anglais (voire espa­gnol), sans que cela soit une condi­tion obli­ga­toire (une des deux langues, bien maî­tri­sée, est suf­fi­sante).
• Une can­di­da­ture repose sur l’envoi à l’adresse lhugues@​alliance-​editeurs.​org des éléments sui­vants :
o une pré­sen­ta­tion du can­di­dat ;
o une pro­po­si­tion de mise en oeuvre de l’étude ;
o une pro­po­si­tion de bud­get pré­vi­sion­nel concer­nant la réa­li­sa­tion de l’étude,
orga­ni­sée si pos­sible en postes de dépense ;
o une pro­po­si­tion de calen­drier de réa­li­sa­tion pré­vi­sion­nel.
• Il n’y a pas a priori de res­tric­tion aux can­di­da­tures ; par contre, le can­di­dat pourra se pré­va­loir d’être en mesure de : géné­rer une fac­tu­ra­tion confor­mé­ment aux dis­po­si­tions légale de la loi fran­çaise ; être payé en droits d’auteurs si son tra­vail fait l’objet d’une publi­ca­tion ; (etc.).
• Les can­di­da­tures seront exa­mi­nées par un Comité de sélec­tion, com­posé de Thierry Quin­que­ton (Pré­sident de l’Alliance) et de Lau­rence Hugues (direc­trice de l’Alliance), de Serge Dont­chueng Kouam (coor­di­na­teur du réseau fran­co­phone de l’Alliance), d’un repré­sen­tant de la Fon­da­tion Prince Claus et d’Étienne Gal­liand (Double ponctuation).

Les avis seront ren­dus avant le 20/​09/​2010 et com­mu­ni­qués aux can­di­dats, sans que le Comité de sélec­tion soit tenu de moti­ver ses décisions.

Annonce sur le site de l’Alliance

Que recouvre le terme de « numérique » dans l’édition ?

Effer­ves­cence orga­nise la confé­rence : L’édition numé­rique : réa­lité et enjeux. Samedi 22 mai de 14h à 17h Amphi­théâtre Gui­zot, 17 rue de la Sor­bonne, Uni­ver­sité de La Sor­bonne, 75005 Paris. Entrée libre. Ins­crip­tion sur info@​effervescencesorbonne.​com Invi­tés, par ordre de pas­sage : Pierre Mou­nier, ensei­gnant à l’EHESS et auteur du livre Les Maîtres du Réseau (2001), Xavier Cazin, dis­tri­bu­teur numé­rique à Imma​te​riel​.fr, Sébas­tien Bigo, dépar­te­ment numé­rique des éditions Eyrolles, André Schif­frin, direc­teur de The New Press. Retrou­vez le pro­gramme com­plet sur : http://​www​.paris​-sor​bonne​.fr/​f​r​/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​1​2​093

Le livre numérique est dans l’impasse, faisons le choix de l’édition électronique ouverte !

Pierre et moi venons de publier une Tri­bune sur Lemonde​.fr

Le livre numé­rique est dans l’impasse, fai­sons le choix de l’édition élec­tro­nique ouverte !, par Marin Dacos et Pierre Mou­nier

LEMONDE​.FR | 13.05.10 | 10h43

Ca y est, elle est là, enfin ! La voici qui arrive après avoir tant été annon­cée : la révo­lu­tion numé­rique du livre. Depuis plu­sieurs semaines, le monde de l’édition est agité d’une étrange fièvre tech­no­lo­gique. Après être resté des années durant à l’écart du déve­lop­pe­ment du web, les acteurs de la filière du livre semblent vou­loir plon­ger tête bais­sée dans le grand bain élec­tro­nique. Tan­dis que les rap­ports se mul­ti­plient, les éditeurs fran­çais foca­lisent leur atten­tion sur une ques­tion impor­tante mais plu­tôt étroite : le taux de TVA du livre électronique.

Les vrais enjeux sont cepen­dant d’une toute autre ampleur et ils sont peu dis­cu­tés : sur le seg­ment de la dis­tri­bu­tion et de la vente de livres élec­tro­niques, trois acteurs d’envergure inter­na­tio­nale ont pris posi­tion et semblent bien déci­dés à ver­rouiller le mar­ché dans une situa­tion d’oligopole : il s’agit de Google, déjà pré­sent avec le très contesté Google books et bien­tôt avec Google édition annoncé pour l’été, Ama­zon avec sa tablette de lec­ture Kindle, et enfin Apple son tout récent iPad. Les trois ini­tia­tives ne relèvent pas de la même logique. Elles ont pour­tant des points com­muns et sont grosses de dan­gers : pour les lec­teurs, pour les auteurs, et même pour les éditeurs…

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Parution de L’édition électronique (Repères, La Découverte)

L'édition électronique

Marin Dacos, Pierre Mou­nier, L’édition élec­tro­nique, La Décou­verte, Paris, 2010

Voilà, il est sorti, ce petit livre de syn­thèse. Nous espé­rons qu’il sera aussi dif­fusé sous forme élec­tro­nique par l’éditeur! On nous a glissé que cela fini­rait par arriver.

Table des matières

Intro­duc­tion

I – Le droit d’auteur à l’épreuve du numérique

II – Les condi­tions écono­miques de l’édition électronique

III – L’édition au défi du numérique

IV – L’édition numé­rique

V – L’édition en réseau

Conclu­sion. Les cinq piliers de l’édition élec­tro­nique. À nou­veaux enjeux, nou­veaux métiers
Repères bibliographiques

En savoir plus

Parution de Read/​Write Book. Le livre inscriptible

Read/Write Book. Le livre inscriptible. Éditions du Cléo, 2010.

Read/​Write Book. Le livre ins­crip­tible. Éditions du Cléo, 2010.

Read/​Write Book. Le livre inscriptible, paraît en HTML en libre accès, en for­mat PDF et Epub chez Imma​te​riel​.fr et en impres­sion à la demande (POD, début avril). L’ensemble est publié aux Éditions du Cléo.

Les géné­ti­ciens, ces spé­cia­listes de la genèse des œuvres, qui tra­vaillent par exemple sur les brouillons de Madame Bovary, savent qu’il y a une vie avant le livre. Tout un monde d’essais, de mots, de phrases, d’empilements, de ratures, de remords, d’errements, de décou­pages et de col­lages, d’associations et de désas­so­cia­tions, de traits, de flèches et de cercles entou­rant des blocs qui doivent glis­ser ici ou s’en aller là, glis­ser au-​dessous ou au-​dessus, tout une vie de para­graphes qui enflent, de phrases qui mai­grissent, de mots qui s’éclipsent, d’expressions qui l’emportent. Bref, un dia­logue explo­sif entre l’auteur et son œuvre, jusqu’à ce que celle-​ci soit sou­mise à un éditeur qui, lui-​même, va lui faire subir divers trai­te­ments – la cor­rec­tion, la mise en col­lec­tion et la mise en page n’étant pas les moindres. On sait égale­ment qu’il y a une vie après le livre. Une vie publique, sous forme de recen­sions, comptes ren­dus, débats, cita­tions, évoca­tions, imi­ta­tions. Une vie pri­vée, plus encore. La pho­to­co­pie par­tielle, la glose, l’annotation, le sur­li­gnage, l’opération du sta­bilo, le coin corné. Et même le clas­se­ment, qu’il soit alpha­bé­tique ou thé­ma­tique, par éditeur ou par pays, par cou­leur ou par col­lec­tion, par taille ou par date d’achat. Un conti­nent d’appropriations indi­vi­duelles, dont l’essentiel est intime, conservé dans les biblio­thèques de cha­cun. En amont comme en aval, donc, plu­sieurs mondes du livre s’ignorent lar­ge­ment, et qui pour­tant font par­tie du livre lui-​même. Avec le numé­rique, ces conti­nents immer­gés semblent se rem­plir d’oxygène, se connec­ter entre eux et remon­ter à la surface.

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Tools of change for publishing

Ground zero (by Marin Dacos, licence CC)

Ground zero (by Marin Dacos, licence CC)

Tools of change for publi­shing (New York, Février 2010)

Pour la deuxième année consé­cu­tive, me voici à New York, pour assis­ter à Tools of change for publi­shing (TOC), la grand-​messe sur l’édition et sur l’édition élec­tro­nique. C’est à Times Square que se pro­duit l’événement, au milieu des néons et au sein d’un palace au luxe tapageur…

Cette année, ce voyage d’études a été financé par Cap Digi­tal, par l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et par le Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte (Cléo).

Comme l’année der­nière, je ten­te­rai de prendre quelques notes et de vous faire pro­fi­ter de ce que j’apprends outre-​Atlantique. Cette fois, j’ai la chance d’avoir un com­pa­gnon de jeu en la per­sonne d’Hubert Guillaud, qui blogue plus vite que son ombre, et qui va me per­mettre de le regar­der tapo­ter pen­dant les confé­rences… Il a déjà publié un compte-​rendu ce matin : Construire la pré­sence des auteurs en ligne.

Pour lire les billets rédi­gés à l’occasion de TOC 2010, c’est par ici.

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Une base de données pour les modèles économiques de l’édition

Dans le cadre de la pré­pa­ra­tion de notre Repères sur L’édition élec­tro­nique à paraître en mars 2010 aux Edi­tions La Décou­verte, j’ai été amené à tra­vailler sur la diver­sité des modèles écono­miques de l’édition. L’impression qui pré­vaut est l’absence de modèle domi­nant : accès gra­tuit avec modèle publi­ci­taire, achat à l’unité, abon­ne­ment par bou­quets, vente du papier avec l’électronique, de l’électronique en sus ou à la place du papier, modèles « free­mium », reve­nus hybrides sur plu­sieurs types d’activité, appels aux dons, modèle auteur-​payeur… les expé­ri­men­ta­tions sont nom­breuses et variées. Afin de pou­voir mieux s’y repé­rer, j’ai uti­lisé une feuille de cal­cul en ligne sur Google docs, qui me sert de mini-​base de don­nées très simple. J’y recense un cer­tain nombre d’entreprises d’édition (tous types : livres, presse, revues).

Hor­mis les don­nées pure­ment des­crip­tives (nom, pays, types de docu­ments dif­fu­sés), j’ai pri­vi­lé­gié trois variables :

- L’origine des reve­nus : lec­teurs (ou leurs repré­sen­tants comme les biblio­thèques), auteurs (ou leurs repré­sen­tants comme des ins­ti­tu­tions de recherche dans le cas des publi­ca­tions scien­ti­fiques), reve­nus publi­ci­taires, pres­ta­tions (comme des réa­li­sa­tions de sites web, des pres­ta­tions de cor­rec­tion, de mises en page, de mar­ke­ting), ventes d’exemplaires papier, dons et sub­ven­tions enfin.

- La struc­ture dans le temps de ces reve­nus : sont-​il récur­rents (sub­ven­tions, abon­ne­ments, coti­sa­tions) ou ver­sés « à l’unité » (ventes, dons, prestations).

- L’accès : la der­nière variable ne relève pas direc­te­ment du modèle d’affaire mais joue mal­gré tout un rôle impor­tant : l’accès aux publi­ca­tions sur Inter­net est-​il libre ou non ? Tota­le­ment ou par­tiel­le­ment ? Dans ce der­nier cas, concerne-​t-​il les nou­veau­tés ou les archives, ou s’effectue-t-il selon un autre découpage ?

Au final, j’obtiens un tableau qui res­semble à ceci :

La visua­li­sa­tion n’est pas opti­male dans un billet de blog. Aussi, vous pou­vez vous rendre direc­te­ment à l’adresse de la feuille de cal­cul qui est en libre accès. Je vous conseille for­te­ment de bas­cu­ler en mode de vue « liste ». Cela vous per­met­tra de jouer avec les colonnes, de neu­tra­li­ser tel ou tel cri­tère, ou sur­tout de retrier (et donc faire des rap­pro­che­ments) selon la pré­sence ou l’absence de dif­fé­rents cri­tères. Il y a pour l’instant assez peu de don­nées mais j’ai bon espoir de com­plé­ter pro­gres­si­ve­ment la base et sur­tout de pou­voir la tenir à jour car les modèles changent rapidement.

Je ne peux pas ouvrir la base en écri­ture à tous pour d’évidentes rai­sons de pro­tec­tion contre le van­da­lisme. N’hésitez pas en revanche à m’écrire pour que je vous donne des accès si vous sou­hai­tez par­ti­ci­per à son enri­chis­se­ment. Ce serait vrai­ment inté­res­sant si on pou­vait y retrou­ver une masse suf­fi­sante d’information appor­tée par plu­sieurs per­sonnes. On peut aussi conce­voir qu’elle évolue dans sa défi­ni­tion : on peut pré­ci­ser des variables ou en ajou­ter. Atten­tion tou­te­fois à éviter de trop com­plexi­fier la base, jusqu’à la rendre ingé­rable. Quoiqu’il en soit, je suis ouvert aux sug­ges­tions qui peuvent se dis­cu­ter en com­men­taires de ce billet.

On peut aussi dis­cu­ter des rap­pro­che­ments qui appa­raissent déjà, ou qui appa­raî­tront avec d’avantage de données.

J’ai mis de l’anglais un peu par­tout pour qu’elle soit aussi acces­sible au-​delà de la fran­co­pho­nie. Cela pour­rait être inté­res­sant d’avoir des contri­bu­teurs de plu­sieurs pays de manière à avoir un plus large panel de don­nées. Pour m’amuser j’appelle donc cette base DPBMDB : Digi­tal Publi­shing Busi­ness Model Data Base. Si vous trou­vez mieux (pas dif­fi­cile sans doute), je suis preneur.