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Les rencontres de l’Orme (1)


J’ai pro­fité d’une visite aux amis mar­seillais pour assis­ter à une des deux jour­nées des ren­contres de l’Orme qui se déroulent à la Friche de la Belle de Mai. Les Ren­contres de l’Orme, c’est un événe­ment annuel qui ras­semblent tous les acteurs fran­çais des tech­no­lo­gies de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion pour l’éducation. Aujourd’hui, deux confé­rences m’intéressent par­ti­cu­liè­re­ment. La pre­mière traite de la ques­tion de la gou­ver­nance pour le numé­rique à l’école. Autre­ment dit : com­ment les dif­fé­rents acteurs (Etat, éditeurs, pri­vés et publics, acteurs de ter­rain) arrivent, ou pas, à tra­vailler ensemble dans ce domaine. Plu­tôt pas, ou plus, selon Serge Pouts-​Lajus, ani­ma­teur de la table-​ronde, après les deux lois de décen­tra­li­sa­tion. Je ne connais pas bien les per­sonnes pré­sentes à la tri­bune. Pour les iden­ti­fier, voir le pro­gramme des Ren­contres en ligne.

Trois sujets sont mis sur la table :

1. La main­te­nance des maté­riels
2. Les res­sources (conte­nus et logi­ciels)
3. Les ENT

Pre­mier tour de table : le repré­sen­tant de Micro­soft ouvre très fort la dis­cus­sion en oppo­sant les freins et pesan­teurs des struc­tures admi­nis­tra­tives au dyna­misme des com­mu­nau­tés ensei­gnantes. Réac­tion immé­diate des dif­fé­rents repré­sen­tants de ces struc­tures (rec­to­rat, région, conseil géné­ral, minis­tère) trou­vant, dans un bel una­ni­misme, qu’au contraire, beau­coup de choses bougent ; ils recon­naissent que c’est très récent.

A pro­pos des ressources,

On évoque le cas de l’académie Aix-​Marseille avec une ini­tia­tive impor­tante ras­sem­blant tous les acteurs (y com­pris éditeurs) sous la hou­lette de la région : Cor­re­lyce. Appa­rem­ment, le dis­po­si­tif mis en place est pour le moins inno­vant. Il s’appuie sur des « points quart », lieux de proxi­mité où l’on trouve des ensei­gnants, des tech­ni­ciens et des docu­men­ta­listes pour accom­pa­gner et déve­lop­per l’usage des res­sources qui sont ache­tées par l’académie.

Un inter­ve­nant de Seine Saint Denis insiste sur le carac­tère rela­ti­ve­ment excep­tion­nel de cette ini­tia­tive. Com­ment ça se passe dans les autres dépar­te­ments, demande l’animateur de la table-​ronde ? Réponse : pour l’instant, il ne se passe rien. En fait, la plu­part des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales consi­dèrent que la ques­tion des res­sources et de l’accompagnement de leur usage ne sont pas de leur res­pon­sa­bi­lité et n’ont pas à se sub­sti­tuer aux défaillances de l’Etat. Réponse de la région PACA : oui, mais si la Région par exemple reste uni­que­ment sur son domaine de com­pé­tence, c’est-à-dire la four­ni­ture de machines, et qu’il n’y a pas de relais, celles-​ci ne sont pas uti­li­sées et donc, sont inves­tis­se­ment n’est pas valorisé.

Pas­sage de parole au repré­sen­tant du Minis­tère : celui-​ci se féli­cité évidem­ment de l’initiative de la Région. Alors, que fait l’Etat ? Et bien il label­lise, il dis­tri­bue des clés USB aux ensei­gnants sor­tants d’IUFM, et il « impulse ».

Encore une fois, le repré­sen­tant de Micro­soft met les pieds dans le plat. Deux éléments selon lui :

1. Toutes ces ini­tia­tives sont très bien, mais elles ne sont pas à l’échelle, quan­ti­ta­ti­ve­ment, sur­tout par rap­port aux autres pays.
2. L’usage des TIC est bridé par le cadre d’enseignement (cours de 55mn) qui ne peut pas bou­ger, alors que dans les autres pays, l’usage des TIC dans l’enseignement s’est accom­pa­gné d’une réor­ga­ni­sa­tion du temps d’enseignement. Il pointe mal­gré tout quelques fer­ments d’espoir : le dyna­misme des com­mu­nau­tés ensei­gnantes, l’inclusion dans le socle com­mun, de com­pé­tences direc­te­ment liées aux TIC et la pos­si­bi­lité légale pour les chefs d’établissement de réor­ga­ni­ser les ensei­gne­ments beau­coup plus lar­ge­ment qu’ils le font actuellement..

Les réac­tions dans la salle (ensei­gnants, parents, etc.) font état d’un manque de concer­ta­tion avec les acteurs de ter­rain. Les ensei­gnants participent-​ils au pro­ces­sus de choix des res­sources ? Peuvent-​ils don­ner un retour d’usage sur la per­ti­nence de ces res­sources ? Un parent d’élève en par­ti­cu­lier pointe du doigt le manque de recon­nais­sance de la com­pé­tence des ensei­gnants en la matière. Tout à coup, je me rends compte qu’aucun ensei­gnant n’est à la tri­bune. Le Minis­tère répond : un pro­jet est en cours pour la créa­tion d’un por­tail par­ti­ci­pa­tif qui peut être ali­menté par les ensei­gnants. Par ailleurs, le Minis­tère sou­tient des ini­tia­tives comme Sésa­math et Weblettres.

On passe main­te­nant aux ENT. L’animateur de la table-​ronde en fait l’historique. Au début, il s’agissait d’outils bri­co­lés (blogs, cms divers). Depuis 2003, l’Etat et la Caisse des dépôts ont financé le déve­lop­pe­ment d’ENT inté­grés indus­triels, sur une base régio­nale. L’Alsace et la Lor­raine ont été pré­cur­seurs, puis l’Ile de France.

En fait, la plu­part des inter­ve­nants font état d’un manque de concer­ta­tion entre l’Etat, les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et les établis­se­ments. Dans l’académie de Cré­teil, des ENT se font ainsi concur­rence ! Cette fois, c’est le repré­sen­tant de la Région PACA qui met les pieds dans le plat. Pen­dant très long­temps, les ENT étaient plu­tôt des usines à gaz. Sur­tout, l’ENT est une approche par les outils, ne cor­res­pon­dant pas à des besoins réels. Core­lys est au contraire une approche par les usages où on voit qu’au bout d’un moment, des demandes cor­res­pon­dant à des fonc­tions ENT com­mencent à émer­ger (du type espaces par­ta­gés, col­la­bo­ra­tifs), et à ce moment seule­ment, ils deviennent per­ti­nents. Bref, c’est la méthode de déploie­ment qui n’a pas été la bonne : déploie­ments par le haut, approche par la tech­no­lo­gie. Der­nier point : la pau­vreté du mar­ché en terme d’offre d’ENT. Cette ana­lyse est par­ta­gée par un acteur du CNDP : on arrive main­te­nant à un moment inté­res­sant où on voit émer­ger des demandes liées à des usages de par­tage et de collaboration.

Le repré­sen­tant du minis­tère défend l’approche par les outils : en Alsace, on a contraint les ensei­gnants à uti­li­ser les outils (ges­tion des absences par exemple) ; puis, se sont déve­lop­pés dans un second temps des usages pédagogiques.

Dans la salle, deux inter­ven­tions très dif­fé­rentes, remettent en cause le slo­gan selon lequel il faut « déve­lop­per les usages ». La pre­mière pose la ques­tion de la connexion entre les ENT et les usages des jeunes qui sont très déve­lop­pés dans le numé­rique. La seconde fait état d’une enquête sur les pra­tiques péda­go­giques inno­vantes en sciences de la vie. Cette enquête a mon­tré que ces pra­tiques ne se déve­lop­paient pas dans les ENT label­li­sés par le Minis­tère ! Mais sur des outils choi­sis loca­le­ment et non label­li­sés. Le déploie­ment des ENT label­li­sés casse dans cer­tains cas les dyna­miques locales.

La table-​ronde n’est pas finie (reste la main­te­nance) mais je dois partir.


Cré­dits photo : « gale­rie chez la friche belle de mai », par eschige sur Fli­ckr en cc by-​nc-​sa 2.0

K-​sup et les « méta-​pages »

Aujourd’hui, je suis en for­ma­tion K-​sup. Il s’agit d’un ENT (Envi­ron­ne­ment Numé­rique de Tra­vail) com­mer­cia­lisé par la société Kos­mos, que la plu­part des uni­ver­si­tés fran­çaises sont en train d’acheter.

Pour un uti­li­sa­teur inten­sif de petits CMS comme Spip et Lodel, il y a un un air de déjà vu, en plus com­pli­qué et moins abouti d’une cer­taine manière. On voit bien que tout le tra­vail s’est concen­tré sur les déve­lop­pe­ments infor­ma­tiques ; les inter­faces d’édition sont quant à elles assez peu ergo­no­miques, sans par­ler du voca­bu­laire des­crip­tif, pas vrai­ment sta­bi­lisé. Le cas typique est sans doute la ges­tion du sta­tut des docu­ments. Le sys­tème intègre un sys­tème de suivi et d’archivage auto­ma­tique des articles à chaque modi­fi­ca­tion, ce qui est une bonne idée en soi. Le pro­blème est que c’est l’action de pré­vi­sua­li­sa­tion de l’article en cours de rédac­tion qui déclenche ce dis­po­si­tif. Pour­quoi ? Mys­tère. Du coup, lorsqu’on a pré­vi­sua­lisé, le com­por­te­ment de l’article change. On passe du binôme habi­tuel « brouillon »/« en ligne » à « à supprimer/​sauvegarde auto­ma­tique ». C’est assez confu­sion­nant. De la même manière, les dif­fé­rentes ver­sions d’un article sont ajou­tées à la liste glo­bale des articles édités sans qu’aucun indice visuel n’indique qu’il ne s’agit en fait que d’une étape inter­mé­diaire d’un article dont la ver­sion finale se trouve déjà dans la liste.

Mais il y a quand même de véri­tables trou­vailles. Je n’en cite qu’une, pour l’exemple : K-​sup connaît un type d’objets par­ti­cu­liers appelé « pages libres ». Contrai­re­ment aux autre types d’objets, comme les articles, les actua­li­tés ou les fiches des­crip­tives de struc­tures ou d’offres de for­ma­tion, les pages libres sont en fait des « méta-​pages » à l’intérieur des­quelles on peut ajou­ter autant de blocs que l’on sou­haite, que l’on dis­pose comme on veut dans sa page. On peut ainsi com­po­ser une page sur plu­sieurs colonnes, plu­sieurs niveaux en ajou­tant et dis­po­sant blocs sur blocs. Mais le plus inté­res­sant est que cha­cun des blocs peut être « peu­plé » pas des don­nées que l’on puise à l’intérieur des autres pages du site. Ainsi, on peut com­po­ser une page qui intègre en son sein le contenu de plu­sieurs articles publiés sur le site. Evi­dem­ment, chaque mise à jour de cha­cune de ces pages sera réper­cu­tée au niveau de la page libre. Par le moyen de requêtes auto­ma­tiques on peut aussi sélec­tion­ner des listes (d’actualité, d’articles, de per­sonnes, de struc­tures) qu’on pourra ras­sem­bler sur une même page au gré de sa fantaisie.

Cer­tains rédac­teurs peuvent ainsi rap­pro­cher des infor­ma­tions qu’ils jugent per­ti­nent de rap­pro­cher, en com­po­sant, sans aucune connais­sance html, des pages qui vont en quelque sorte « faire leur mar­ché » de don­nées dans le reste du site. Du coup tout le monde à inté­rêt à entrer le maxi­mum de don­nées, de maté­riaux de bases, dont on peut ensuite se ser­vir pour mettre en place une véri­table poli­tique édito­riale au niveau des pages libres, qui ne soit pas pré-​contrainte par la struc­tu­ra­tion admi­nis­tra­tive de l’établissement ou docu­men­taire des types d’objets qu’il mani­pule. Bien joué !

Maj : il y a aussi des fils d’actualités. Mais atten­tion : ces fils sont manuels. Cha­cun peut créer un fil en se fai­sant sa propre petite sélec­tion à par­tir des articles ou des actua­li­tés à l’intérieur du site, selon une logique thé­ma­tique ou autre. Ensuite, le fil peut être inté­gré à plu­sieurs endroits dans le site, au sein d’articles ou de pages libres par exemple. Du coup, on peut faire émer­ger un rôle d’éditeur qui peut avoir une res­pon­sa­bi­lité édito­riale sur ou plu­sieurs fils téham­tiques qui pour­ront ensuite être uti­li­sés libre­ment par d’autres per­sonnes dans le site de l’établissement. Pas mal, ça aussi.