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Chronologie de l’édition électronique (2)


Voici, comme pro­mis, la deuxième par­tie de ma chro­no­lo­gie sur l’édition élec­tro­nique, qui doit beau­coup à celle de Marie Lebert, même si j’ai fait des ajouts et des retraits.

Les pro­jets éditoriaux

1971 — Guten­berg project

1993 — ABU, la biblio­thèque universelle

1995 — Le Monde diplo­ma­tique est le pre­mier pério­dique imprimé fran­çais à se doter d’un site web.

1995 — Ama​zon​.com, librai­rie en ligne.

1996 — Zazie­web, site sur l’actualité du livre.

1996 — Cyli­bris, pion­nier fran­co­phone de l’édition élec­tro­nique commerciale.

1996 — Inter­net archive, des­tiné à archi­ver le web.

1997 — Gal­lica, biblio­thèque numé­rique de la Biblio­thèque natio­nale de France.

1998 — Les éditions 00h00 sont le pre­mier éditeur au monde à vendre des livres numériques.

2000 — Numi­log, pre­mière librai­rie fran­co­phone à vendre exclu­si­ve­ment des livres numériques

2000 — Le lyber, lancé par les éditions de l’Eclat.

2000 — Lan­ce­ment du Mil­lion book pro­ject, dans le but de numé­ri­ser un mil­lion de livres.

2000 — Ste­phen King tente de publier en ligne un livre cha­pitre après chapitre.

2001 — Wiki­pe­dia, ency­clo­pé­die col­la­bo­ra­tive en ligne.

2001 — Inter­net Way­back Machine, qui per­met de consul­ter des pho­to­gra­phies de pages web dans le passé (Inter­net archive).

2002 — Book​share​.org, biblio­thèque numé­rique payante pour per­sonnes aveugles et malvoyantes.

2003 — PLos, Public Library of Science, des­tiné à la créa­tion de revues scien­ti­fiques en libre accès.

[EDIT] 2003 — Pro­jet Sour­ce­berg. Rapi­de­ment renommé Wiki­source.[/​EDIT]

2003 — MIT Open­Cour­se­Ware, ensemble de cours du Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­logy en libre accès.

2003 — CSS Zen Gar­den, site démon­trant la puis­sance de la sépa­ra­tion de la forme et du fond grâce à CSS.

2004 — Google Print, pro­jet de biblio­thèque numé­rique mon­diale de Google.

2005 — Open Content Alliance (OCA), pro­jet de biblio­thèque numé­rique mon­diale asso­ciant de nom­breux acteurs (dont Yahoo ! et Inter­net archives).

2006 — Google Book Search rem­place Google Print et per­met le télé­char­ge­ment des oeuvres du domaine public (jusque-​là ni impres­sion ni télé­char­ge­ment n’étaient possibles).

2006 — Live Search Books, pro­jet de biblio­thèque numé­rique mon­diale de Microsoft.

2006 — Open-​Access Text Archive, biblio­thèque numé­rique dédiée aux textes (Inter­net Archive).

2008 — Knol, a unit of know­ledge, ency­clo­pé­die en ligne de Google.

2008 — Aux USA, accord dit de « set­tle­ment » dans l’affaire « The Authors Guild, Inc., et alii vs. Google Inc. »

2008 — En France, lan­ce­ment conjoint du Sony Rea­der par Sony, Hachette et la Fnac. Gal­li­mard annonce se lan­cer dans les ebooks.

2008 — Euro­peana, biblio­thèque numé­rique européenne.

Ques­tions

Est-​ce que ça tient la route ?

Je n’ai pas encore trouvé la date de créa­tion de Safari Books. Je l’ajouterai pro­ba­ble­ment dès que j’aurai l’information. http://​www​.safa​ri​book​son​line​.com

Chronologie de l’édition électronique (1)


Nous conti­nuons à tra­vailler, Pierre et moi, à l’écriture de notre Repères qui sera inti­tulé L’édition élec­tro­nique. Il m’a sem­blé indis­pen­sable d’établir une chro­no­lo­gie rela­ti­ve­ment claire, bien que syn­thé­tique (au regard de la taille contrainte de l’ouvrage, 128 pages), de l’histoire de l’édition élec­tro­nique. J’ai trouvé une aide pré­cieuse dans le tra­vail au long cours de Marie Lebert, dont les dos­siers et les chro­no­lo­gies sont incon­tour­nables : http://​www​.etudes​-fran​caises​.net/​d​o​s​s​i​e​rs/.

Il m’a sem­blé néces­saire de sépa­rer les grandes ini­tia­tives concer­nant les conte­nus des ini­tia­tives concer­nant les tech­no­lo­gies. L’un ne va pas sans l’autre, bien entendu, mais les registres dans les­quels ils s’inscrivent ne sont pas simi­laires. Je com­mence par les tech­no­lo­gies, qui intègrent, me semble-​t-​il, la ques­tion des maté­riels. J’apporterai bien­tôt, ici, une chro­no­lo­gie des pro­jets éditoriaux.

Chro­no­lo­gie des tech­no­lo­gies de l’édition électronique

[EDIT]1965 — MARC, MAchine-​Readable Cata­lo­ging, for­mat de don­nées per­met­tant d’informatiser les cata­logues de biblio­thèques, créé par la Biblio­thèque du Congrès.[/​EDIT]

1968 — ASCII, sys­tème d’encodage de texte de l’American stan­dard code for infor­ma­tion inter­change. Il com­porte au départ 128 caractères.

[EDIT]1974 — Mise au point du pro­cédé Gyri­con par Nicho­las K. She­ri­don. Il s’agit du pre­mier papier élec­tro­nique. cf. http://​the​fu​tu​reof​things​.com/​a​r​t​icl…[/​EDIT]

[EDIT]1986 — SGML, Stan­dard Gene­ra­li­zed Mar­kup Lan­guage (lan­gage nor­ma­lisé de bali­sage géné­ra­lisé) devient une norme ISO (ISO 8879:1986).[/​EDIT]

1987 — TEI, Text enco­ding ini­tia­tive, norme de bali­sage, de nota­tion et d’échange de cor­pus des docu­ments électroniques

1991 — UNICODE, sys­tème d’encodage per­met­tant de trai­ter toutes les langues de la planète.

[EDIT]1991 — World­Wi­de­Web, pre­mier navi­ga­teur web, déve­loppé par Tim Berners-​Lee sur NeXTS­TEP.[/​EDIT]

1993 — HTML 1.0 (en fait, cette ver­sion n’a pas fait l’objet de spécifications).

1993 — Por­table docu­ment for­mat (PDF) 1.0 et Acro­bat rea­der, for­mat et lec­teur de docu­ments mis en page, créés par la société Adobe.

1994 — DAISY, Digi­tal Acces­sible Infor­ma­tion SYs­tem, for­mat pour livres audio des­ti­nés aux per­sonnes souf­frant d’un han­di­cap visuel. Le for­mat est d’abord pro­prié­taire, puis ouvert.

1995 — Apache Web­ser­ver.

1995 — CNET PRISM, Pre­sen­ta­tion of Real­time Inter­ac­tive Ser­vice Mate­rial, pré­cu­seur des CMS. Sera racheté par Vignette en 1996.

1996 — CSS 1.0, Cas­ca­ding Style Sheets, recom­man­da­tion du W3C, for­mat des­tiné à gérer l’apparence des pages web.

1997 — Web Acces­si­bi­lity Ini­tia­tive (WAI), du W3C, dont l’objectif est de pro­po­ser des solu­tions tech­niques pour rendre le web acces­sible à tous, y com­pris aux per­sonnes handicapées.

1998 — XML, Exten­sible Mar­kup Lan­guage. Lan­gage à balises créé par le World Wide Web Consortium.

1999 — RDF, Resource Des­crip­tion Fra­me­work, recom­man­da­tion du W3C pré­fi­gu­rant le web sémantique.

1999 — Dublin Core, for­mat de méta­don­nées com­posé de 15 éléments

1999 — Open eBook, for­mat dédié au livre numérique.

1999 — RSS 0.90 (RDF Site Sum­mary), for­mat créé par Nets­cape pour syn­di­quer des actua­li­tés issues de sources diverses.

2000 — PRISM, Publi­shing Requi­re­ments for Indus­try Stan­dard Meta­data, for­mat de méta­don­nées dédié à l’édition (XML et RDF).

2000 — PRC et Mobi­po­cket, for­mat et société spé­cia­li­sés dans les livres numé­riques pour assis­tant per­son­nel (acquis par Ama­zon en 2005).

2000 — Micro­soft Rea­der for­mat (.lit) et Micro­soft Rea­der, for­mat et logi­ciel de lec­ture de livres élec­tro­niques de Microsoft.

2000 — XHTML 1.0, recom­man­da­tion du W3C.

[EDIT] 2000 — PHP-​Nuke, pre­mier CMS popu­laire.[/​EDIT]

2001 — OAI-​PMH, Open Archives Ini­tia­tive Pro­to­col for Meta­data Har­ves­ting, pro­to­cole d’interopérabilité de l’Open Archives Initiative.

2001 — Cybook, liseuse de livres élec­tro­niques pro­duite par la société Cytale.

2001 — Acro­bat eBook Rea­der, logi­ciel de lec­ture pour livres numé­riques sous droits.

2001 — Palm Rea­der, logi­ciel de lec­ture des­tiné aux assis­tants per­son­nels Palm.

2003 — Media­Wiki, logi­ciel ani­mant Wikipedia.

2006 — Epub, for­mat de livres élec­tro­niques, suc­ces­seur d’Open eBook.

[EDIT] 2006 — OASIS Open Docu­ment For­mat for Office Appli­ca­tions, for­mat ini­tié en 2002, devient une norme ISO (ISO/​IEC 26300:2006). [/​EDIT]

2006 — Sony Rea­der, liseuse de livres élec­tro­niques de Sony.

2007 — AZW et Kindle, for­mat et liseuse de livres élec­tro­niques d’Amazon.

2008 — Cybook Gen3, liseuse de livres élec­tro­niques de Bookeen.

2008 — Rea­dius, liseuse de livres élec­tro­niques enroulable.

Inter­ro­ga­tions

Para­doxa­le­ment, la par­tie la moins claire est celle qui concerne les CMS.

D’abord parce qu’ils sont très nom­breux, que le pay­sage est très éclaté, et que la notion même de CMS ne recouvre pas com­plè­te­ment celle d’édition élec­tro­nique. Cepen­dant, ma convic­tion pro­fonde est que les CMS consti­tuent la char­pente de l’édition élec­tro­nique, par rap­port aux chaînes sta­tiques de type « robi­net XML », si je peux me per­mettre l’expression.

Ensuite, parce que je ne connais pas de véri­table his­toire de ce type d’outil, alors que les for­mats, les pro­to­coles et les liseuses ont pro­duit une impo­sante lit­té­ra­ture. Sur la base des éléments dont je dis­pose, il m’a sem­blé utile de mettre en évidence CNET PRISM, qui est un des pre­miers CMS au monde, si l’on en croit Bob Doyle.

Qu’en pensez-​vous ?

Introducing the book

Daniel Gar­cia, de Livres Hebdo, signale cet amu­sante vidéo qui com­pose, mine de rien, une méta­phore des dif­fi­cul­tés et de l’intérêt de l’appropriation des tech­no­lo­gies (nou­velles ?) par le plus grand nombre. Dans le sketch, un moine découvre l’ergonomie dérou­tante d’un nou­vel objet, le Codex. Réti­cences et incom­pré­hen­sions. Quand la vidéo et l’humour décryptent des pro­ces­sus ô com­bien contemporains.

On retrou­vera évoqués dif­fé­rentes conven­tions et divers usages induits par les tech­no­lo­gies numé­riques. C’est le cas de deux bou­tons des navi­ga­teurs web (flèche avan­cer, flèche recu­ler), ces éléments indis­pen­sables que cer­tains cherchent par­fois à cacher, offi­ciel­le­ment par souci de sim­pli­fi­ca­tion ergo­no­mique, en réa­lité pour cap­tu­rer l’utilisateur et le rame­ner en situa­tion de dépen­dance, comme le font si bien les DVD au moment des publi­ci­tés… Est égale­ment convo­qué le pro­blème de la conser­va­tion des don­nées, inquié­tude sans cesse res­sas­sée par les scep­tiques du numé­rique (ils ont en par­tie rai­son, mais en tirent rare­ment des conclu­sions utiles). Est égale­ment au menu la ques­tion de l’introduction de nou­veaux éléments arbi­traires par le nou­veau medium. Ici, le moine est étonné par la dis/​continuité du texte entre les pages. Ailleurs on pour­rait citer d’autres arbi­traires, comme par exemple le très tech­no­cen­tré http:// au début des adresses des pages web, qui a long­temps consti­tué un effi­cace retar­da­teur de l’appropriation du Web (htpp ou http/ : ou http::/ ou bien htpt/​/ : ??). Il reste tou­jours une bizar­re­rie mal com­prise, que la plu­part des navi­ga­teurs ajoutent à la place de l’utilisateur. La vidéo cite égale­ment les incon­tour­nables pro­blèmes de l’allumage et de l’extinction de la bes­tiole : com­ment ça se ferme ? Et com­ment ça s’ouvre lorsque l’objet a été retourné (« so, that actually mat­ters ? ») ? De quoi com­men­cer avec légè­reté et pro­fon­deur, tout à la fois, un cours sur les usages…

Au cha­pitre des regrets, on pourra cepen­dant noter le flou concer­nant l’auteur, le réa­li­sa­teur, les autres corps de métier ayant par­ti­cipé au docu­ment, ainsi que les acteurs et, last but not least, la licence. Défaut de jeu­nesse du média, certes, qui méri­tera, dans un ave­nir proche, de s’enrichir de méta­don­nées pré­cises. En l’espèce, le média n’est pas en cause par nature, mais par immaturité.


Introducing the book

Gnutella : communautés et innovation autour d’un système d’échange de fichiers

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Ano­ther call
Image © par Le cedre, avec son aimable auto­ri­sa­tion. Ano­ther call.

La troi­sième séance du sémi­naire « Tech­no­lo­gies numé­riques et société » se dérou­lera à l’EHESS, le ven­dredi 19 jan­vier 2007 à 15h, salle 1, 105 Bd Ras­pail, 75006, Paris. Gwen­dal Simon pré­sen­tera ses recherches sur la com­mu­nauté des déve­lop­peurs de Gnu­tella.

Résumé de la séance

Gnu­tella fut le pré­cur­seur des sys­tèmes d’échanges de fichiers qui, depuis 2000, ont bou­le­versé l’industrie musi­cale. Au-​delà des débats pas­sion­nels qui entourent ces logi­ciels, les pro­ces­sus d’innovation spon­ta­nés et ouverts qui ont per­mis le déve­lop­pe­ment de Gnu­tella sont remar­quables et révèlent la puis­sance de com­mu­nau­tés en réseau. Dans cet exposé, la démarche uti­li­sée par les prin­ci­paux déve­lop­peurs sera dis­sé­quée. Puis, les prin­ci­pales ten­dances d’utilisation des sys­tèmes d’échanges de fichiers seront pré­sen­tées. Enfin, quelques recherches à la fron­tière des sciences humaines et de l’informatique seront briè­ve­ment introduites.

Au sujet du Gwen­dal Simon

http://​enstb​.org/ gsimon/

Gwen­dal Simon recei­ved his PhD degree in Com­pu­ter Science in decem­ber 2004 after three years at both France Tele­com R&D (with Joa­quin Kel­ler) and IRISA (with Michel Ray­nal, Emma­nuelle Anceaume and Maria Gra­di­na­riu). During his PhD, he most nota­bly concei­ved and deve­lo­ped the Solip­sis sys­tem — a decen­tra­li­zed sha­red vir­tual world — which recei­ved a world­wide atten­tion culmi­na­ting at Code­con 2004.

He then wor­ked as a resear­cher at France Tele­com R&D for almost two years. He co-​founded the Netof­peers ini­tia­tive whose pur­pose is to deve­lop open-​source decen­tra­li­zed sys­tems and he ini­tia­ted the crea­tion of a large consor­tium, namely Over­crow­ded, to widely open this ini­tia­tive. In a multi-​disciplinary pro­ject on spon­ta­neous net­works, he was res­pon­sible for the research acti­vi­ties rela­ted to peer-​to-​peer sys­tems. He imple­men­ted a strong col­la­bo­ra­tion with the INRIA research group Gyro­web to form a note­wor­thy natio­nal research team in this area.

Since Sep­tem­ber 2006, he is assistant-​professor at ENST-​Bretagne, a gra­duate engi­nee­ring school affi­lia­ted to GET.

Connais-​toi toi-​même


Pas si inin­té­res­sant que cela, fina­le­ment, le débat sur le Web 2.0. Depuis quelque temps, il a dépassé le pre­mier cercle des pro­fes­sion­nels, geeks et autres pas­sion­nés du réseau, pour être évoqué de manière de plus en plus fré­quente par la presse géné­ra­liste. Libé­ra­tion par exemple a demandé à Pierre Chap­paz de lui livrer une chro­nique sur ce thème. Le Monde a publié au début de l’été une série de papiers expli­quant de quoi il s’agissait. Et ainsi de suite.

Il res­sort de la plu­part de ces articles que le Web 2.0 consti­tue une révo­lu­tion de l’Internet, carac­té­ri­sée par la place cen­trale qu’y prend l’utilisateur et l’interactivité. Évidem­ment, les vieux rou­tiers du réseau de se moquer, en disant qu’il n’y a là rien de révo­lu­tion­naire et que c’est ce qui carac­té­rise le sys­tème depuis les pre­mières minutes de son exis­tence. [28]. D’où les inter­mi­nables débats : s’agit-il d’une véri­table révo­lu­tion ? d’un nou­vel Inter­net ? ou d’un buzz idiot comme il en fleu­rit tous les 15 jours dans ce sec­teur ? Pour ma part, j’aurais ten­dance à dire que l’un et l’autre camps ont par­fai­te­ment rai­son. Et c’est cette contra­dic­tion qui m’intéresse, parce qu’elle me semble révé­ler un trait carac­té­ris­tique de l’histoire du réseau.

En gros, l’idée est que cha­cun des grand sou­bre­sauts qui ont changé quelque chose d’important sur le réseau depuis qu’il existe (je sélec­tionne par exemple : le mail, Use­net, le Web, Mosaic, les CMS, la bulle de 2000, le Web 2.0) consti­tue à la fois une étape clas­sique de la dif­fu­sion d’une inno­va­tion auprès de nou­veaux cercles d’utilisateurs, et en même temps une manière pour tous de (re)découvrir et l’approfondissant ce qui en consti­tue l’essence sin­gu­lière. Inter­net est un ins­tru­ment de com­mu­ni­ca­tion mul­ti­la­té­ral de pair à pair. Cette défi­ni­tion est tota­le­ment banale, et pour­tant il semble bien que nous ayons tous besoin d’en expé­ri­men­ter la réa­lité à l’occasion de cha­cune des « révo­lu­tions » qui émaillent son his­toire , ou, plus exac­te­ment, d’imaginer à chaque fois, pour de nou­veaux uti­li­sa­teurs, de nou­veaux usages qui ne font pour­tant qu’en actua­li­ser l’essence de manière nou­velle. Autre­ment dit, tout se passe comme si Inter­net était dans un état de per­pé­tuelle redé­cou­verte de ce qu’il est, à tra­vers la mise en place de tech­no­lo­gies, de formes et d’usages différents.

Dire que le Web 2.0 est une révo­lu­tion est à la fois vrai et faux. C’est faux parce que l’interactivité et la place cen­trale de l’utilisateur dans le pro­ces­sus de com­mu­ni­ca­tion consti­tuent l’essence même d’Internet depuis ses débuts. Mais c’est vrai parce que les ser­vices qua­li­fiés de « Web 2.0 » consti­tuent une nou­velle manière d’actualiser cette essence pour de nou­veaux uti­li­sa­teurs. Et si on veut raf­fi­ner, on peut dire que jusqu’à pré­sent ces uti­li­sa­teurs se ser­vaient du réseau, mais d’une manière non conforme à son essence par­ti­cu­lière ; par exemple comme une télé­vi­sion, un jour­nal ou une bou­tique. Le Web 2.0, c’est ce qui leur per­met de décou­vrir une nou­velle dimen­sion d’un outil tech­nique dont ils se servent déjà, et d’en exploi­ter à leur tour toute la puis­sance, en mode lecture/​écriture, c’est-à-dire très exac­te­ment pour y agir au même titre que les autres. Et de ce point de vue, on peut dire que cette « révo­lu­tion » a bien des points com­muns avec celles qui l’ont pré­cé­dée dans l’histoire d’Internet (c’est par exemple l’histoire de Use­net dont le déve­lop­pe­ment tient en par­tie à l’impossibilité pour un cer­tain nombre d’universités de pos­ter sur Arpa­net, tout en étant auto­risé à lire).

Qu’est-ce qui carac­té­rise cette évolu­tion ? Tout sim­ple­ment la dis­pa­ri­tion pro­gres­sive de l’obstacle tech­nique, avec la mul­ti­pli­ca­tion d’outils intui­tifs per­met­tant aujourd’hui de faire sans appren­tis­sage ce qui néces­si­tait autre­fois de pas­ser de longues heures les mains dans le cam­bouis des lignes de code.

Cette idée est féconde, je trouve, mais elle sus­cite aussi des inter­ro­ga­tions. Côté fécon­dité, elle me four­nit une pierre de touche me per­met­tant de révé­ler l’adéquation de tels ou tels inno­va­tions, gad­gets, légis­la­tions dans le domaine. Je peux dire aujourd’hui avec une rela­tive assu­rance qu’Internet ne consti­tue pas seule­ment un outil tech­nique qui n’aura pour effet que d’améliorer l’efficacité des pra­tiques dans les domaines où il est uti­lisé. C’est au contraire une véri­table techno-​logie qui imprime sa forme par­ti­cu­lière à une société entière, au même titre que la télé­vi­sion [29] ou l'automobile, étant entendu que plusieurs technologies peuvent modeler de manière concurrente les sociétés, et non une seule à son tour, successivement. Internet n'est donc pas la plus grande bibliothèque du monde, ou la télévision numérique de demain, ni même le téléphone sur IP, etc. Le Réseau a une logique propre, une dynamique interne, une constitution technique, dit Lessig, qui s'actualise sous différentes formes au cours de son développement. Il y a là, pour moi, une certitude grandissante.

A l’inverse, la dis­pa­ri­tion pro­gres­sive de l’obstacle tech­nique que je vois à l’oeuvre sus­cite pour moi beau­coup d’interrogations ; d’abord comme pro­fes­sion­nel, et for­ma­teur, où je me pose très concrè­te­ment la ques­tion de l’utilité de faire des cours sur le html, voire sur la mani­pu­la­tion de tel ou tel outil. Je me demande s’il ne vau­drait pas mieux orien­ter ces for­ma­tions vers une meilleure connais­sance de ce que c’est que la com­mu­ni­ca­tion en ligne, de l’exploration des consé­quences de tel ou tel type d’action dans ce contexte, de l’acquisition d’une vue pano­ra­mique de la société (presque au sens de socia­bi­lité) de l’Internet. Je me pose des ques­tions pour mes enfants aussi, qui com­mencent à arri­ver à l’âge de la mani­pu­la­tion des outils infor­ma­tiques. Il y a une chose dont je suis cer­tain, c’est que tous les jeux et autres logi­ciels plus ou moins ludo-​éducatifs spé­cia­le­ment conçus pour eux sont à mettre au pla­card car ils ne sont jamais, pour ceux que j’ai vus du moins, que des sortes de films inter­ac­tifs qui placent l’enfant dans le car­can d’un scé­na­rio pré-​établi extrê­me­ment contraint. Ces jeux, pour moi sont men­son­gers en lais­sant croire que l’enfant est actif alors qu’il ne doit le plus sou­vent que réagir aux sol­li­ci­ta­tions du logi­ciel. Au contraire, je suis à la recherche d’outils tout à fait simi­laires à ceux que nous uti­li­sons, nous les adultes. Tux­paint est de ce point de vue un véri­table modèle du genre en ce qui concerne le des­sin. J’aimerais bien connaître un trai­te­ment de texte du même aca­bit. Mais mes inter­ro­ga­tions ne sont pas vrai­ment là. Hier, j’ai regardé la pré­sen­ta­tion par Steve Jobs de la future ver­sion, Leo­pard, de Mac OS X. J’avoue en être resté un peu baba ; on voit bien qu’il y a une énorme dif­fé­rence avec des envi­ron­ne­ments du type win­dows ou Linux où la moindre mani­pu­la­tion demande des com­pé­tences tech­niques non négli­geables. Sous Mac OS, un nombre incroyable d’entre elles (sur du texte, du web, de l’image, de la vidéo) se fait de manière tota­le­ment intui­tive, et ne néces­sité même pas la maî­trise des notions de base (le copier-​coller, qu’est-ce qu’un fichier, redi­men­sion­ner une image, local/​distant, etc.). Comme je suis sur le point d’acheter un ordi­na­teur pour les enfants, je me vois très bien lan­cer sans effort mes petits bouts sur la retouche photo, la créa­tion de pages Web, la com­po­si­tion de mails sophis­ti­qués sans effort, avec un tel outil. Mais en même temps, j’ai quelques scru­pules à les ins­tal­ler dans un envi­ron­ne­ment que j’estime opaque (où sont mes fichiers ? je n’ai jamais com­pris avec Mac) et cade­nassé et dont je ne veux pas pour moi (dans l’état actuel de ma réflexion, mais je peux chan­ger, à force de regar­der les shows de Steve).

Qu’en pensez-​vous ?


Cré­dit photo : Me and my camera, par Stria­tic, CC-​2006