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Le livre numérique est dans l’impasse, faisons le choix de l’édition électronique ouverte !

Pierre et moi venons de publier une Tri­bune sur Lemonde​.fr

Le livre numé­rique est dans l’impasse, fai­sons le choix de l’édition élec­tro­nique ouverte !, par Marin Dacos et Pierre Mou­nier

LEMONDE​.FR | 13.05.10 | 10h43

Ca y est, elle est là, enfin ! La voici qui arrive après avoir tant été annon­cée : la révo­lu­tion numé­rique du livre. Depuis plu­sieurs semaines, le monde de l’édition est agité d’une étrange fièvre tech­no­lo­gique. Après être resté des années durant à l’écart du déve­lop­pe­ment du web, les acteurs de la filière du livre semblent vou­loir plon­ger tête bais­sée dans le grand bain élec­tro­nique. Tan­dis que les rap­ports se mul­ti­plient, les éditeurs fran­çais foca­lisent leur atten­tion sur une ques­tion impor­tante mais plu­tôt étroite : le taux de TVA du livre électronique.

Les vrais enjeux sont cepen­dant d’une toute autre ampleur et ils sont peu dis­cu­tés : sur le seg­ment de la dis­tri­bu­tion et de la vente de livres élec­tro­niques, trois acteurs d’envergure inter­na­tio­nale ont pris posi­tion et semblent bien déci­dés à ver­rouiller le mar­ché dans une situa­tion d’oligopole : il s’agit de Google, déjà pré­sent avec le très contesté Google books et bien­tôt avec Google édition annoncé pour l’été, Ama­zon avec sa tablette de lec­ture Kindle, et enfin Apple son tout récent iPad. Les trois ini­tia­tives ne relèvent pas de la même logique. Elles ont pour­tant des points com­muns et sont grosses de dan­gers : pour les lec­teurs, pour les auteurs, et même pour les éditeurs…

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Parution de L’édition électronique (Repères, La Découverte)

L'édition électronique

Marin Dacos, Pierre Mou­nier, L’édition élec­tro­nique, La Décou­verte, Paris, 2010

Voilà, il est sorti, ce petit livre de syn­thèse. Nous espé­rons qu’il sera aussi dif­fusé sous forme élec­tro­nique par l’éditeur! On nous a glissé que cela fini­rait par arriver.

Table des matières

Intro­duc­tion

I – Le droit d’auteur à l’épreuve du numérique

II – Les condi­tions écono­miques de l’édition électronique

III – L’édition au défi du numérique

IV – L’édition numé­rique

V – L’édition en réseau

Conclu­sion. Les cinq piliers de l’édition élec­tro­nique. À nou­veaux enjeux, nou­veaux métiers
Repères bibliographiques

En savoir plus

Tools of change for publishing

Ground zero (by Marin Dacos, licence CC)

Ground zero (by Marin Dacos, licence CC)

Tools of change for publi­shing (New York, Février 2010)

Pour la deuxième année consé­cu­tive, me voici à New York, pour assis­ter à Tools of change for publi­shing (TOC), la grand-​messe sur l’édition et sur l’édition élec­tro­nique. C’est à Times Square que se pro­duit l’événement, au milieu des néons et au sein d’un palace au luxe tapageur…

Cette année, ce voyage d’études a été financé par Cap Digi­tal, par l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et par le Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte (Cléo).

Comme l’année der­nière, je ten­te­rai de prendre quelques notes et de vous faire pro­fi­ter de ce que j’apprends outre-​Atlantique. Cette fois, j’ai la chance d’avoir un com­pa­gnon de jeu en la per­sonne d’Hubert Guillaud, qui blogue plus vite que son ombre, et qui va me per­mettre de le regar­der tapo­ter pen­dant les confé­rences… Il a déjà publié un compte-​rendu ce matin : Construire la pré­sence des auteurs en ligne.

Pour lire les billets rédi­gés à l’occasion de TOC 2010, c’est par ici.

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Les cinq piliers de l’édition électronique


L’édition élec­tro­nique repose sur cinq piliers dis­tincts : la struc­tu­ra­tion de l’information, la docu­men­ta­tion de l’information, l’optimisation des condi­tions de lec­ture, l’appropriation par le lec­teur et le déve­lop­pe­ment des inter­opé­ra­bi­li­tés (ne sont pas inté­grées ici les dimen­sions écono­miques et juridiques).

STRUCTURATION DE L’INFORMATION

Les choix de struc­tu­ra­tion de l’information sont déci­sifs à long terme. Les enjeux de ces métiers sont la main­te­na­bi­lité, l’évolutivité, l’indexabilité, la cita­bi­lité, la péren­nité et l’interopérabilité des conte­nus. La struc­tu­ra­tion de l’information ne concerne pas que le choix d’un for­mat, mais, plus lar­ge­ment, la façon dont les docu­ments vont subir des inter­ven­tions régu­lières tout au long de leur vie, y com­pris après leur publi­ca­tion. Il faut donc inté­grer le choix des for­mats dans un schéma plus géné­ral, qu’on appe­lera schéma direc­teur du sys­tème d’information, qui ne ser­vira pas qu’à pro­duire des ouvrages, mais aussi à ali­men­ter le cata­logue en ligne, le cata­logue papier et les API ouvertes par l’éditeur.

DOCUMENTATION DE L’INFORMATION

Aussi élaboré et fin qu’il soit, le sys­tème d’information n’est pas une fin en soi et il devient peu à peu ce que les pro­fes­sion­nels qui l’utilisent par­viennent à en faire. Cela dépend de la prio­rité accor­dée à cette tâche par­tiel­le­ment invi­sible, de la clarté et de l’ergonomie des inter­faces qui leur sont pro­po­sées, ainsi que de l’existence de chartes de qua­lité de l’information, afin que celle-​ci soit codée de façon harmonieuse.

L’OPTIMISATION DES CONDITIONS DE LECTURE

L’accessibilité per­met au contenu d’être consulté par la plus large popu­la­tion pos­sible. Les normes tech­niques d’accessibilité sont défi­nies par le W3C (World wide web consor­tium), pré­sidé par Tim Ber­ners Lee. Elles ont pour objec­tif la prise en compte des dif­fé­rents envi­ron­ne­ments tech­no­lo­giques de lec­ture et des dif­fé­rents han­di­caps humains. C’est le pro­jet « Web Acces­si­bi­lity Ini­tia­tive (WAI) » qui regroupe les recom­man­da­tions et les normes édic­tées par le W3C en ce sens. En par­ti­cu­lier, il publie le « Web Content Acces­si­bi­lity Gui­de­lines (WCAG) ».

L’APPROPRIATION PAR LES LECTEURS

L’appropriation des textes par les lec­teurs consti­tue une des nou­veau­tés les plus impor­tantes de l’édition élec­tro­nique. La défi­ni­tion d’une poli­tique d’appropriation édito­riale ne peut se résu­mer à l’insertion d’un forum, de la pos­si­bi­lité de faire des com­men­taires ou de l’installation d’un Wiki dans un coin du site… L’édition ins­crip­tible doit cor­res­pondre à un pro­jet édito­rial fort et cohé­rent. C’est ici l’appropriation des conte­nus par ceux aux­quels ils sont des­ti­nés : les lec­teurs. L’appropriation est à la base des usages du texte : lec­ture, mais aussi par­tages, com­men­taires, copie, et…écriture de nou­veaux textes.

LE DÉVELOPPEMENT DES INTEROPERABILITÉS

La mise en liens est stra­té­gique pour insé­rer la publi­ca­tion dans l’écosystème thé­ma­tique qui lui cor­res­pond, à l’échelle du Web tout entier. Cette capa­cité com­porte tou­jours deux sens, sor­tant et entrant. En géné­ral, on se pré­oc­cupe de déli­vrer des don­nées vers l’extérieur, pri­vi­lé­giant plu­tôt le sens sor­tant, alors que le sens inverse est tout aussi stra­té­gique, car il assure une ins­crip­tion com­plète du site dans le réseau. De ce point de vue, les inter­opé­ra­bi­li­tés sont des éléments déci­sifs pour don­ner à l’édition une véri­table réti­cu­la­rité. La mise en liens trans­forme des don­nées inertes en don­nées actives. Elle aug­mente la fré­quen­ta­tion et apporte du sens à la lec­ture. Contrai­re­ment à ce qui est sou­vent admis, l’interopérabilité ne consti­tue pas en un réfé­ren­ce­ment basique : réfé­ren­cer un site, en géné­ral, est fai­ble­ment effi­cace, et ne peut se pas­ser d’un réfé­ren­ce­ment au niveau des uni­tés docu­men­taires plus petites, idéa­le­ment le docu­ment… voire le paragraphe.

LE FOSSÉ DES COMPÉTENCES

Bou­le­ver­se­ment, révo­lu­tion, chan­ge­ment de para­digme, ébul­li­tion, chan­ge­ment de siècle : les expres­sions sont nom­breuses pour décrire la situa­tion de l’édition élec­tro­nique à la fin de la pre­mière décen­nie du XXIe siècle. Ces évolu­tions rapides, et assez éloi­gnées des fon­de­ments de l’édition tra­di­tion­nelle, ont pro­vo­qué des ten­sions dans la pro­fes­sion, créant des défi­cits de com­pé­tence et des dif­fi­cul­tés d’adaptation. Le Skill­set a mené une étude des besoins de com­pé­tences de l’industrie de l’édition en Angle­terre, qui conclut à un gap de com­pé­tences struc­tu­rel (« skills gap »), qui va crois­sant. Pour remé­dier à cette situa­tion, un diag­nos­tic puis une poli­tique de recru­te­ment et de for­ma­tion pro­fon­dé­ment renou­ve­lée semblent s’imposer. Le gou­ver­ne­ment fran­çais a inau­guré en 2009 un por­tail des métiers de l’internet et des lieux de for­ma­tion cor­res­pon­dants qui peut être utile, même s’il ne concerne pas exclu­si­ve­ment l’édition élec­tro­nique et si la car­to­gra­phie des lieux de for­ma­tions reste incomplète.

LE TABLEAU SYNTHÉTIQUE DES CINQ PILIERS ET DE LEURS DIVERSES INTENSITÉS

Les réa­li­tés de ter­rain sont très diverses, mais, pour les besoins de l’exposé, on modé­lise chaque acti­vité en quatre inten­si­tés, de la plus faible à la plus forte. A chaque pilier cor­res­pondent des enjeux, des com­pé­tences et des métiers émergents.


Que pensez-​vous de ce tableau ? Si un débat se déve­loppe, je pour­rai le pro­po­ser sous la forme d’un docu­ment par­tagé, en lieu et place de cette image ter­ri­ble­ment fixe…

Des liseuses aux terminaux mobiles



Cré­dits illus­tra­tion : « La liseuse », par Denis Col­lette. Licence CC/​. http://​www​.fli​ckr​.com/​p​h​o​t​o​s​/​d​e​n​i​s​c​o​l​l​e​t​te/
Une lec­ture confortable…

Le monde de l’édition semble attendre beau­coup des machines à lire por­tables. Ces dis­po­si­tifs, ima­gi­nés dès les années 1970 dans le labo­ra­toire de recherche de Palo Alto de Xerox [Soc­cavo, p.66 dans La bataille de l’imprimé], sont appa­rus au début des années 2000, puis, après une longue éclipse, sont reve­nus en 2008 et ont com­mencé à consti­tuer un mar­ché spé­ci­fique en 2009 (sur­tout autour du Kindle d’Amazon, exclu­si­ve­ment aux USA). On les a long­temps appe­lés E-​Readers, voire même E-​books, confon­dant ainsi le contenu et la machine qui per­met de le lire. Vir­gi­nie Clays­sen a pro­posé d’adopter le terme de liseuse pour dési­gner la machine.

La liseuse, une machine qui concentre les atten­tions et qui fascine

La lec­ture sur ordi­na­teur a mau­vaise presse. On a ten­dance à lui repro­cher une fatigue occu­laire exces­sive, qui serait due à un scin­tille­ment exces­sif des écrans. Étran­ge­ment, l’argument semble per­du­rer avec l’abandon des écrans CRT et l’adoption pro­gres­sive des écrans LCD, pour­tant extrê­me­ment dif­fé­rents. Il est vrai que sub­siste une lumi­no­sité forte. Mais constitue-​t-​elle un véri­table han­di­cap ? Il semble que la fatigue occu­laire soit moins dûe à l’inadaptation des écrans qu’à notre dif­fi­culté à adop­ter des nou­veaux dis­po­si­tifs de lec­ture, dans un envi­ron­ne­ment qui n’est pas opti­misé pour cela. Les fabu­leux pro­grès de l’anti-aliasing et des réso­lu­tions d’écran n’ont sans doute pas suf­fit à rendre la lec­ture en ligne très sédui­sante. En par­ti­cu­lier, l’ergonomie des sites web s’est par­ti­cu­liè­re­ment déve­lop­pée pour les textes courts ou mi-​longs, et pas pour les livres, qui posent des pro­blèmes spé­ci­fiques. A l’inverse, le for­mat PDF est apparu à de nom­breux acteurs comme un for­mat d’édition élec­tro­nique idéal. Cela s’explique par sa proxi­mité avec le papier, confor­tée par le choix d’embarquer les polices dans le fichier pour pro­duire un rendu stable et pré­cis. Or, les pages web dépendent des polices dis­po­nibles sur le poste du lec­teur et sont donc sou­mises à des varia­tions d’affichage impor­tantes. Mais le for­mat PDF a pour objec­tif prin­ci­pal de per­mettre une impres­sion proche du fac simile. Ce for­mat clône le livre, c’est-à-dire qu’il le clôt : il ne l’ouvre pas sur l’internet. Il n’a pas été déve­loppé pour déve­lop­per une lec­ture à l’écran, encore moins une lec­ture en ligne, asso­ciant des inter­ac­tions hyper­tex­tuelles et des éléments dynamiques.

Mal­gré ce han­di­cap appa­rent, la lec­ture à l’écran semble très cou­rante et en fort déve­lop­pe­ment. Il est en revanche notable qu’elle impose une posi­tion du corps à la fois sta­tique, ortho­go­nale et peu confor­table. En outre, le temps de lec­ture est concur­rent avec le temps passé à tra­vailler, à cor­res­pondre, à échan­ger. Ceci consti­tue une concur­rence redou­table, d’autant que les postes infor­ma­tiques sont des lieux de sol­li­ci­ta­tion impor­tante, pour les­quels une lec­ture iso­lée du reste du monde impose de se pro­té­ger… A l’opposé, le livre est un objet mobile par excel­lence, en par­ti­cu­lier dans son édition de poche. Cela per­met son uti­li­sa­tion à temps perdu, dans des lieux et à des moments où l’environnement et les sol­li­ci­ta­tions ne sont pas tou­jours attrac­tifs. Il est en effet des lieux pri­vi­lé­giés de lec­ture, comme le canapé du salon, le lit et les toi­lettes. Asté­rix aux jeux olym­piques étant trop long pour un séjour nor­mal, des tolé­rances fami­liales existent pour une occu­pa­tion pro­lon­gée des toi­lettes, qui sont d’ailleurs sou­vent gar­nies de rayon­nages de livres pour com­bler l’ennui de l’impétrant ! En dehors du lieu de rési­dence, les lieux de lec­ture ne manquent pas non plus : l’ascenseur, le train, le métro, le bus, le taxi sont des lieux pri­vi­lé­giés de lec­ture, pen­dant les­quels on cherche à tuer le temps et à s’isoler du bruit et de l’agitation urbaine. Par ailleurs, il existe des lieux confor­tables, comme le canapé, le fau­teuil et le lit, qui peuvent accueillir une lec­ture de plai­sir ou de détente, sans com­pa­rai­son avec le fau­teuil à rou­lettes du bureau… Enfin, il existe encore des lieux non connec­tés et des dépla­ce­ments pour les­quels on n’emporte pas son ordi­na­teur, fût-​il por­table, pour des rai­sons écono­miques ou pour se décon­nec­ter réel­le­ment, y com­pris du tra­vail. Dès lors, à la plage, au som­met des Alpes ou dans la val­lée de la Loire, le lec­teur appré­cie d’être décon­necté et de pou­voir empor­ter de la lec­ture. L’apparition des ordi­na­teurs à bas prix plus petits que des ultra­por­tables, les net­books, début 2008, n’a pas changé grand-​chose à cette situa­tion. L’Eee-PC d’Asus n’est pas fait pour lire et il n’a pas été opti­misé pour être ouvert entre la sta­tion St Mar­cel et la sta­tion Mai­rie de Bagno­let, avec fer­me­ture rapide pen­dant la bous­cu­lade des chan­ge­ments de station…

Une machine à tout lire ou autant de dis­po­si­tifs que d’usages, d’usagers et de situations ?

Ce sont tous ces argu­ments qui ont donné nais­sance à l’idée que les livres élec­tro­niques avaient besoin d’une machine dédiée, opti­mi­sée pour la lec­ture des livres : les liseuses. L’attrait sym­bo­lique est évident : une liseuse rema­té­ria­lise l’objet-livre. Ce fai­sant, elle faci­lite la tran­si­tion entre l’ancien et le nou­veau monde, et favo­rise l’adoption par la pro­fes­sion de ce nou­veau sup­port. Ce rai­son­ne­ment a été poussé un peu trop loin et a débou­ché sur l’attente de la liseuse abso­lue, celle qui allait faire bas­cu­ler le monde de l’édition dans l’électronique. Il pour­rait ne pas y avoir de bas­cule, mais un glis­se­ment pro­gres­sif. Il y aura pro­ba­ble­ment un ensemble com­po­site de solu­tions cor­res­pon­dant à des usages et à des popu­la­tions dis­tinctes. Il faut en effet se rap­pe­ler com­bien le monde de l’édition couvre des sujets, des usages et des popu­la­tions divers. De la recette de cui­sine à l’ouvrage savant sur la défi­ni­tion de la notion de temps, du roman poli­cier à la saga Harry Pot­ter en sept volumes, des jeux dont vous êtes le héros aux best-​sellers des­ti­nés à la plage, des livres rédi­gés par des hommes poli­tiques pour soi­gner leur image aux beaux livres, des réédi­tions du Petit Nico­las aux dic­tion­naires de langues, des manuels sco­laires à la col­lec­tion de La Pléiade, il y a un monde. A la fois dans le contenu : la forme, la lon­gueur, la com­plexité, le besoin d’indexation ; dans le lec­to­rat : classes popu­laires, classes moyennes, uni­ver­si­taires, élèves, étudiants… ; dans les besoins de ce lec­to­rat : lire dans le bus qui va à l’école, lire sous la couette avec sa lampe de poche, sur­li­gner, anno­ter, apprendre par cœur, retrou­ver une réfé­rence et même… don­ner fière allure à une biblio­thèque dans un salon.

Les très grands lec­teurs sont heu­reux de pou­voir trans­por­ter dans une machine de 700 grammes leurs 25 livres des vacances, qui rem­plis­saient autre­fois une petite malle dans un coffre encom­bré. Pour les petits lec­teurs, les liseuses spé­cia­li­sées consti­tuent un encom­bre­ment sup­plé­men­taire, un coût ini­tial non négli­geable, un risque de vol, d’oubli ou de des­truc­tion acci­den­telle. Dès lors, il faut sur­tout faire en sorte que les livres aillent vers leur lec­to­rat, plu­tôt que d’attendre que le lec­to­rat vienne vers les livres. Il faut, pour cela, s’inspirer du suc­cès des télé­phones por­tables. Lorsqu’ils se sont dotés d’une fonc­tion­na­lité d’appareil pho­to­gra­phique, celle-​ci a été plé­bis­ci­tée et les télé­phones por­tables sont deve­nus des téléphones-​appareil pho­to­gra­phique por­tables. La médio­crité tech­nique de l’appareil photo, tant en ce qui concerne la vitesse, la lumi­no­sité et la réso­lu­tion, n’a pas empê­ché un suc­cès popu­laire for­mi­dable. L’aspect pra­tique l’a emporté. C’est autour de ces appa­reils poly­va­lents, ainsi que des lec­teurs MP3/​vidéo por­tables, que se trouve un débou­ché pour le livre élec­tro­nique de masse.

Quel est le parc ins­tallé d’appareils poly­va­lents sus­cep­tibles de se trans­for­mer en liseuses ? En 2009, 78% des foyers amé­ri­cains pos­sèdent un télé­phone mobile, 71% un ordi­na­teur et 40% une console de jeux [http://​www​.ctam​.com/​h​t​m​l​/​n​e​w​s​/​r​e​l​e​a​s​e​s​/​0​9​0​8​0​4​.​htm]. Au deuxième tri­mestre de l’année 2009, 286 mil­lions de télé­phones mobiles ont été ven­dus dans le monde, dont 40 mil­lions de smart­phones (Source : Gart­ner). On ima­gine ainsi que les man­gas pour­raient se déve­lop­per sur Nin­tendo DS et sur PSP, les guides tou­ris­tiques sur des télé­phones équi­pés d’un GPS (Iphone), les livres de cui­sine sur ordi­na­teur por­table ou sur ordi­na­teurs fami­liaux équi­pés d’une impri­mante, les pro­chains grands feuille­tons pour ado­les­cents se décom­po­ser en mini-​chapitres envoyés par MMS sur leur télé­phone ou par Itunes sur leur Ipod… A l’inverse, on ne lira peut-​être par Emma­nuel Kant sur une PSP, mais le Gaf­fiot sur Iphone fera peut-​être les délices des Hypo­khâ­gneux si on le dote d’une inter­face per­for­mante ? Le Robert, le Vidal, la col­lec­tion Poésie/​Gallimard, sauront-​ils trou­ver leur sup­port élec­tro­nique de pré­di­lec­tion, celui qui paraî­tra natu­rel au lec­teur, en exploi­tant les res­sources du dis­po­si­tif de lec­ture et en s’adaptant à la culture ainsi qu’à l’équipement du lec­teur. Il reste beau­coup à explorer. 

Dans ce contexte, les liseuses spé­cia­li­sées pour­raient trou­ver leur place si elles s’ouvrent à la fois vers le réseau, afin de s’inscrire dans la nou­velle socia­bi­lité du livre et de per­mettre les rebonds per­mis par la lec­ture hyper­tex­tuelle, et vers les autres sup­ports, en n’enfermant pas le livre élec­tro­nique dans la liseuse, mais en faci­li­tant le pas­sage d’un même exem­plaire vers l’Iphone, l’ordinateur, ou l’imprimante, en fonc­tion des besoins du lec­teur au moment où il s’exprime…