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Belle-​maman championne du monde de Linux

Ubuntu

Ubuntu

Je vous ai raconté com­ment le por­table 17″ HP de belle-​maman, 70 ans, a posé pro­blème avec le Vista pré­ins­tallé d’office et com­ment j’ai pro­posé de lui ins­tal­ler Ubuntu (Linux) en lieu et place de Micro­soft Win­dows ©. Grand bien m’en a pris. Aucun pro­blème d’installation et, sur­tout, aucun pro­blème d’acclimatation. Belle-​maman a adhéré au nou­veau sys­tème comme si je m’étais contenté de chan­ger le fond d’écran et de pla­cer le bou­ton « démar­rer » en haut à droite au lieu d’en bas à gauche. Bref, rien à signaler.

Il est vrai que son uti­li­sa­tion de l’ordinateur est très simple : Google et Gmail sont ses amis, tout autant que Skype. Point. Cela me fait pen­ser, de plus en plus, que Linux est l’ami des uti­li­sa­teurs de base et qu’il ne faut pas écou­ter les geek gad­gé­to­philes qui attendent que Linux soit mûr pour eux. Pour moi, l’absence d’Adobe Pho­to­shop et d’Adobe Ligh­troom, qui n’ont aucun équi­va­lent sérieux dans le monde du libre pour un tra­vail de retouche pho­to­gra­phique pré­cis et qua­li­fié, consti­tuent un obs­tacle majeur à l’utilisation d’Ubuntu. Il est vrai que je prends quelques mil­liers de pho­to­gra­phies par an, au for­mat RAW, et que j’en retouche quelques cen­taines, en réa­li­sant des tirages 40X40. Je suis donc un pho­to­graphe ama­teur pas­sionné. Je sais que Digi­kam couvre l’essentiel des besoins de clas­se­ments et d’étiquettage pho­to­gra­phiques. Ce qui me manque, ce sont des outils pro­fes­sion­nels de déve­lop­pe­ment des fichiers RAW.

Je sou­haite la bien­ve­nue à belle-​maman dans le monde Linux. Et je crois que je ne vais pas tar­der à cher­cher à convaincre ma mère. Celle-​ci est un cas plus corsé, car elle uti­lise énor­mé­ment le trai­te­ment de texte, et n’aime pas l’OpenOffice que je lui ai ins­tallé sur son Win­dows. Cela viendra…

Belle-​maman a 70 ans et passera à l’informatique libre dimanche soir

Chicago's Frozen Shadows - CC par Mike Lavoie

Chicago’s Fro­zen Sha­dows — CC par Mike Lavoie

Avec l’arrivée de l’informatique dans les nuages (cloud com­pu­ting), on pour­rait pen­ser que le choix d’un sys­tème d’exploitation pour­rait deve­nir de plus en plus secon­daire. On peut même ima­gi­ner que l’OS pour­rait deve­nir une couche pré­his­to­rique, enfouie pro­fon­dé­ment dans des strates infor­ma­tiques, tou­jours pré­sente, mais de moins en moins visible, de moins en moins déci­sive, dans l’ordinateur du futur.

En pen­sant cela, on ne peut s’empêcher d’espérer la confir­ma­tion du déclin de Micro­soft, qui a tant neu­tra­lisé ses concur­rents et écrasé la dis­tri­bu­tion infor­ma­tique de sa puis­sance com­mer­ciale. Les deux mamelles de Micro­soft que sont Win­dows et la suite Office sont, en effet, cha­cune atta­quée de front par divers concur­rents redou­tables. Avec l’accident indus­triel que fut Micro­soft Win­dows Vista instable, lent, laid, lourd et pro­cé­du­rier, Micro­soft sem­blait avoir engraissé et inté­rio­risé sa posi­tion de domi­na­tion mon­diale au point d’être capable de pro­duire le plus mau­vais OS du monde. Il a mis du temps à prendre la mesure de son incroyable erreur. Micro­soft Win­dows Seven redresse la barre, avec un OS plus moderne, enfin stable…

Les trois OS concurrents

Trois concur­rents majeurs ont pro­fité de la bourde Vista pour conti­nuer à avan­cer leurs pions.

Google, avec Google Chrome OS, est le plus jeune acteur, puisque son sys­tème n’est encore qu’annoncé. Cepen­dant, on sait qu’il sera basé sur Linux, s’appuiera for­te­ment sur le navi­ga­teur Chrome et fera la part belle à la suite bureau­tique en ligne de Google (Google docs). Il com­plè­tera la stra­té­gie de Google en matière d’OS, cou­ron­née par une pre­mière étoile avec Android, le sys­tème d’exploitation pour smartphones.

Apple, avec Mac OS X et iOS 4, dis­pose de deux sys­tèmes d’exploitations modernes, lechés et fer­més. On connaît le suc­cès de l’Iphone et de son OS, désor­mais appelé iOS, qui a pro­duit une dyna­mique dans laquelle le Macin­tosh s’est engouf­fré avec son Mac OS X, dont les qua­li­tés sont indé­niables, et qui est moins fermé qu’iOS : il est en effet pos­sible de déve­lop­per une appli­ca­tion pour Mac OS X sans deman­der l’autorisation de M. Steve Jobs Ier. iOS est une machine à cash qui a pour ambi­tion d’enfermer l’utilisateur dans un écosys­tème ras­su­rant, un hyper­mar­ché cultu­rel design. Pour allu­mer son Iphone la pre­mière fois, il faut don­ner son numéro de carte bleue, qui est ensuite le cézame pour toute évolu­tion dans le monde sou­riant conçu par Apple pour endor­mir les popu­la­tions à fort pou­voir d’achat. Le maga­sin est en le coeur. Lent et ergo­no­mi­que­ment mal conçu, il se com­porte pour­tant comme un immense concen­tra­teur qui relie le consom­ma­teur et le ven­deur, mar­ché au sein duquel Apple se place en entre­met­teur de luxe, pré­le­vant sa dîme au pas­sage et mul­ti­pliant les efforts pour cap­tu­rer l’utilisateur dans son écosystème.

Ubuntu, enfin. La dis­tri­bu­tion Linux la plus facile à ins­tal­ler et à uti­li­ser s’appuie sur deux réus­sites exem­plaires dans le monde du logi­ciel libre. Tout d’abord, Debian, dis­tri­bu­tion rugueuse mais par­fai­te­ment fiable, et Gnome, inter­face confor­table et très simple, ins­pi­rée par la recherche de sim­pli­cité mise en oeuvre par Apple. Encore rela­ti­ve­ment peu connu par le grand public, il souffre de la main-​mise de Micro­soft sur les étals des super­mar­chés. Pour­tant, avec l’arrivée des Net­books, la situa­tion a com­mencé à chan­ger et sa visi­bi­lité a pro­gressé. La débâcle consti­tuée par Micro­soft Win­dows Vista a consti­tué une oppor­tu­nité pour les alter­na­tives, qui n’en deman­daient pas tant. Mais, sur­tout, ce sont les pro­grès rapides et régu­liers d’Ubuntu et de la famille Linux qui ont fait évoluer la donne. D’autant plus que quatre logi­ciels libres pro­gres­saient en paral­lèle, sur tous les OS : Fire­fox, Thun­der­bird, Ope​nOf​fice​.org et VLC.

Les logi­ciels libres qui per­mettent de décro­cher face à la dépen­dance Windows

Avec Fire­fox, le monde du logi­ciel libre a trouvé son navi­ga­teur. Puis­sant et res­pec­tueux des stan­dards, il s’est vite révélé indis­pen­sable grâce à ses exten­sions qui ont per­mis le déve­lop­pe­ment de fonc­tion­na­li­tés nom­breuses. Sur­tout, il fonc­tionne sur Mac OS X, sur Win­dows et sur Linux. Il a, dès lors, consti­tué le prin­ci­pal Che­val de Troie du logi­ciel libre dans le logi­ciel pro­prié­taire. Il a habi­tué des cen­taines de mil­lions d’utilisateurs à uti­li­ser un logi­ciel qui fonc­tionne à l’identique dans un envi­ron­ne­ment Linux. Il a donc pré­paré le ter­rain, en dou­ceur, pour per­mettre la bas­cule vers Linux.

Mozilla Thun­der­bird a consti­tué une pre­mière oppor­tu­nité libre pour dépas­ser le très vieillis­sant Eudora et les pro­prié­taires Apple Mail Micro­soft Out­look. Mais l’indépendance face aux envi­ron­ne­ments pro­prié­taires a été accen­tuée par la mon­tée en puis­sance des Web­mails, Gmail en tête : rapides et d’une capa­cité de sto­ckage inima­gi­nable il y a encore quelques années, ils modi­fient la donne en pro­fon­deur. Autre­fois, pour chan­ger de machine ou d’OS, il fal­lait pro­cé­der à une sau­ve­garde de ses cour­riels, de ses filtres, de ses dos­siers. Cette tâche, hau­te­ment périlleuse, était un frein impor­tant à toute évolu­tion du poste de tra­vail. Face­book et Gmail sont, depuis, pas­sés par là, et les don­nées se sont envo­lées vers les nuages. Cela pose bien sûr des pro­blèmes de société, mais auto­no­mise for­te­ment de l’environnement maté­riel et logi­ciel uti­lisé localement.

Ainsi, les deux prin­ci­paux usages d’un ordi­na­teur aujourd’hui, qui sont le cour­rier élec­tro­nique et la navi­ga­tion sur Inter­net, se sont décon­nec­tés de l’influence des envi­ron­ne­ments de Micro­soft et d’Apple.

Res­taient le vision­nage de films (DivX et DVD) et la bureau­tique. Pour le pre­mier, VLC s’est révélé d’une redou­table effi­ca­cité. Rapide, léger, libre, il sup­porte la quasi-​totalité des for­mats exis­tants. Et il fonc­tionne sur Mac OS X autant que sur Win­dows et, sur­tout, sur Linux. Pour le second, Ope​nOf​fice​.org pré­sente les mêmes qua­li­tés : il lit les .doc et .docx, pro­pose un trai­te­ment de texte rela­ti­ve­ment évolué (bien que moins sophis­ti­qué que Word), un tableur et même un effi­cace concur­rent de Power­point (Pré­sen­ta­tion). Et, bien sûr, Ope​nOf​fice​.org fonc­tionne sur les trois OS : Mac, Win­dows et Linux.

Depuis long­temps déjà, Linux domine le sec­teur de l’informatique pro­fes­sion­nelle, en par­ti­cu­lier dans le domaine des ser­veurs Web. Le géant Google n’utilise-t-il pas des cen­taines de mil­liers de ser­veurs uti­li­sant Linux? Il n’est pas néces­saire de démon­trer la puis­sance du carré magique Linux Apache PHP MySQL (OS, Ser­veur Web, Lan­gage de pro­gram­ma­tion, Sys­tème de base de don­nées), appelé LAMP. Celui-​ci est uti­lisé dans la majo­rité des sites web du monde. Voilà pour la puis­sance et la fia­bi­lité. Mais quid des usages et des habi­tudes? Elles semblent avoir la vie dure. En effet, Linux ne serait ins­tallé que sur 1,24% des postes de par­ti­cu­liers en 2009 (enquête XITI). Com­ment expli­quer une telle situa­tion, alors que l’environnement Linux est très mûr, très fiable, très stable et très convivial?

Trois obs­tacles persistent

Il ne faut pas comp­ter sur l’industrie du jeu vidéo pour déve­lop­per des ver­sions pour Linux. Cepen­dant, les petits jeux en ligne en Flash, d’une part, et les consoles de jeu dédiées, d’autre part, ont per­mis d’imaginer un pas­sage vers Linux sans douleur.

De même, les fabri­cants de maté­riel infor­ma­tique ont long­temps fait la source oreille à Linux, ce qui a consti­tué un frein consi­dé­rable au déve­lop­pe­ment de Linux. En effet, vous deviez d’abord ache­ter votre machine, puis la tes­ter avec un Live CD Ubuntu pour savoir si l’ensemble de ses par­ti­cu­la­ri­tés maté­rielles seraient sup­por­tées par Ubuntu. Pire : à chaque achat de nou­veau maté­riel (impri­mante, smart­phone, clé 3G), le sus­pense est pré­sent. Ce péri­phé­rique sera-​t-​il géré par Ubuntu? L’auteur de ces lignes a lui-​même dû aban­don­ner Linux pour ce type de rai­son : très mobile pro­fes­sion­nel­le­ment, j’ai dû reve­nir sur Win­dows puis pas­ser à Macin­tosh pour avoir une bonne ges­tion de l’économie d’énergie, donc de l’autonomie, de mon por­table, ainsi qu’un sup­port de ma clé 3G me connec­tant au reste du monde, et notam­ment à l’équipe avec laquelle je travaille.

Le der­nier obs­tacle est la puis­sance de l’artillerie com­mer­ciale mise en place par Micro­soft et l’immense flo­tille qui en dépend. Pour ache­ter un ordi­na­teur équipé d’Ubuntu, il faut se lever tôt le matin. La FNAC ou Car­re­four ne vous en ven­dront pas, du moins pas pour l’instant. Seul votre assem­bleur local pourra avoir envie de se lan­cer dans l’aventure. Et si vous consi­dé­rez que les esca­drilles de machines équi­pées de Win­dows consti­tuent de la vente liée ou for­cée, vous avez rai­son, mais il fau­dra vous armer de patience pour vous faire rem­bour­ser. On appelle ce type de logi­ciels des Racke­ti­ciels <http://​racke​ti​ciel​.info/>. Si vous appe­ler l’assistance télé­pho­nique de votre four­nis­seur d’accès à Inter­net, il vous deman­dera de cli­quer sur le bou­ton « Démar­rer » ou d’ouvrir le poste de tra­vail… Si vous lui dites que vous uti­li­sez Ubuntu, il vous répon­dra sans doute que ce n’est pas conforme, que le pro­blème vient de vous, que vous devez d’abord for­ma­ter votre ordi­na­teur et ensuite rap­pe­ler… On a vu des assis­tances télé­pho­niques de fabri­cants d’ordinateurs pro­cé­der de la sorte. Cette alliance indus­trielle a pour objec­tif de culpa­bi­li­ser le cha­land et de sim­pli­fier le mar­ché en l’uniformisant. Elle place l’environnement Linux dans une situa­tion de mar­gi­na­lité déli­gi­ti­mante, qu’il est dif­fi­cile de contrer. Seriez-​vous un odieux hacker, un mau­vais bidouilleur inca­pable d’utiliser un sys­tème qui marche vrai­ment, attiré par la com­plexité et l’odieuse ligne de com­mande, cet irréa­liste idéa­liste tech­no­borné, fai­sant jou­jou avec son bidule high-​tech under­ground? Vous feriez mieux d’aller jouer à Linux dans les caves de Berlin…

Pour­tant…

Cette situa­tion pou­rait durer long­temps ainsi. Pour­tant, Linux entre dans l’actualité quo­ti­dienne de per­sonnes qui sont très loin d’être tech­no­philes. Le signal a été donné par ma soeur. Débrouillarde mais pas abso­lu­ment pas férue d’informatique, elle a tou­jours pensé que sa machine devait avant tout mar­cher, et trou­vait son grand-​frère exces­si­ve­ment techno. Elle s’est donc tenue loin de toutes ses péré­gri­na­tions linuxiennes, jusqu’à ce jour de prin­temps où son col­lègue lui a ins­tallé Linux. Pour­quoi? Parce que son Win­dows était à bout de course. Elle allait jeter l’ordinateur avec le sys­tème… et son col­lègue lui a gen­ti­ment pro­posé de faire un der­nier essai, pour voir si le cadavre bou­geait encore. Miracle, me dit-​elle! Elle a une machine véloce, qui réa­lise 100% des mis­sions qu’elle lui confie. Et elle me demande com­ment virer son Win­dows ins­tallé en dual-​boot, par sécu­rité… Elle uti­lise un web­mail, Ope­nOf­fice, Fire­fox, Face­book et Net­vibes. Point. Mon fil Twit­ter semble fré­mir face à cette option et je découvre des cas simi­laires. Est-​ce une révolte? Non, Sire, une Révo­lu­tion! Se pourrait-​il donc que Linux soit par­venu à un degré de matu­rité tel qu’il soit désor­mais en mesure de faire de l’ombre à ses concurrents?

Pour en avoir le coeur net, j’ai décidé de sau­ver belle-​maman des griffes de Win­dows. Son his­toire est simple : achat d’un PC por­table 17″ de marque HP à la FNAC. Celui-​ci embarque un Win­dows Vista hor­ri­ble­ment bug­gué, plus rapide qu’un péli­can englué, et qui plante plu­sieurs fois par jour, dès le pre­mier allu­mage. Une honte! A un point tel que j’ai dû ins­tal­ler un Win­dows Seven par des­sus, récem­ment, pour redon­ner vie à cette machine pour­tant neuve… Mais j’ai fait le test avec une ver­sion de Win­dows cir­cu­lant sur le réseau, n’ayant pas envie de vider le por­te­feuille de belle-​maman alors qu’elle a une licence de Win­dows Vista dans la sacoche de son ruti­lant HP (mais pas de CD, car il n’y a pas de petite écono­mie). Comme Micro­soft a détecté que je n’avais pas payé de licence, il affiche sur le poste des mes­sages d’alerte m’indiquant que, déci­dé­ment, je suis un hon­teux pirate et belle-​maman est très inquiète. Du coup, de la colère, je me suis laissé convaincre par les amis et vais ten­ter le virage. Accro­chez vos cein­tures, belle-​maman, vous pas­sez à Linux!