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Présentation des carnets de recherche à l’INHA

Anne-​Laure Bri­sac d” Invisu m’a gen­ti­ment invité à pré­sen­ter la pla­te­forme Hypo­thèses et les car­nets de recherche en sciences humaines et sociales à l’Institut Natio­nal d’Histoire de l’Art (INHA). J’essaierai en à peu près une heure, d’évoquer ce qu’est le blog­ging en sciences humaines et sociales en mon­trant plu­sieurs exemples et de faire le point sur le déve­lop­pe­ment de notre pla­te­forme de car­nets de recherche Hypo­thèses.

Ce sera l’occasion pour des équipes de recherche de voir concrè­te­ment com­ment on peut ouvrir très faci­le­ment un site web sur cette pla­te­forme per­met­tant de com­mu­ni­quer sur l’activité d’un sémi­naire, d’un pro­jet de recherche, d’une thèse, d’un pro­jet de publi­ca­tion, d’un chan­tier de fouilles archéo­lo­giques entre autres.

La pré­sen­ta­tion se déroule demain mardi 26 jan­vier à 18h00 à l’INHA, 6 rue des Petits-​Champs, salle Vasari. L’entrée est libre. Venez nombreux !

J’ouvre mon carnet de recherches sur Hypothèses — 17 octobre 2008, EHESS Paris


Typography as a grid

Depuis quelques années, un nombre crois­sant de cher­cheurs en sciences humaines et sociales uti­lise des outils de mise en ligne rapides et légers – les blogs – dans leur acti­vité pro­fes­sion­nelle. Ces « car­nets de recherche » consti­tuent de véri­tables ins­tru­ments de com­mu­ni­ca­tion et d’information scien­ti­fique. Leurs usages sont très divers : car­nets de fouilles archéo­lo­giques, cahiers de ter­rain en sciences sociales, moyens de dif­fu­sion des savoirs, jour­naux de bord de pro­jets de recherche, blogs de revues ou de livres, chro­niques scien­ti­fiques sur un thème précis.

Le Centre pour l’édition élec­tro­nique ouverte (CLEO) a lancé en février 2008 sa pla­te­forme de car­nets de recherche Hypo­thèses. Ouverte à la com­mu­nauté de l’ensemble des dis­ci­plines des sciences humaines et sociales, Hypo­thèses per­met aux cher­cheurs et équipes de recherche de dif­fu­ser faci­le­ment et rapi­de­ment de l’information en rela­tion directe avec leur pra­tique scien­ti­fique.
Pré­sen­ta­tion de la formation

Afin d’accompagner le déve­lop­pe­ment de sa pla­te­forme, le CLEO orga­nise une série de for­ma­tions à des­ti­na­tion de tous les uti­li­sa­teurs déjà ins­crits ou dési­reux d’ouvrir un car­net de recherche. D’une durée d’une jour­née, ces for­ma­tions per­mettent aux par­ti­ci­pants de créer et ouvrir leur car­net de recherche le cas échéant, de per­son­na­li­ser et confi­gu­rer leur car­net, de maî­tri­ser l’ensemble des fonc­tion­na­li­tés d’édition et de ges­tion qui leur sont offertes. En com­plé­ment de cette for­ma­tion pra­tique, la jour­née com­prend une intro­duc­tion aux enjeux des blogs scien­ti­fiques et une pré­sen­ta­tion des pra­tiques exis­tantes appuyée sur l’analyse de dif­fé­rents exemples.
Programme

-Qu’est-ce qu’un car­net de recherche ? Défi­ni­tion et exemples

- Le car­net de recherche : un outil d’information scien­ti­fique

- L’environnement ins­ti­tu­tion­nel et juri­dique des car­nets de recherche

- Pré­sen­ta­tion de la pla­te­forme Hypo­thèses

- Ouvrir un car­net de recherche sur Hypo­thèses : prise en main de l’outil Word­Press

- Éditer et publier des articles et des pages sur son car­net de recherche

- Per­son­na­li­sa­tion et confi­gu­ra­tion avan­cée

- Ges­tion édito­riale des contenus

Infor­ma­tions pratiques

La for­ma­tions se déroule à Paris entre 9h30 et 13 heures.

Lieu : EHESS. 96 Bd Ras­pail, 75006, Paris.
Formateur

Pierre Mou­nier, EHESS, res­pon­sable du pôle For­ma­tion et usages du CLEO et fon­da­teur d’Homo Nume­ri­cus.
Inscription

Pour s’inscrire, il suf­fit d’écrire à formations@​revues.​org en pré­ci­sant bien le titre et la date de la for­ma­tion demandée.

Il n’est pas obli­ga­toire d’avoir un car­net ou d’avoir l’intention d’en ouvrir un pour par­ti­ci­per à ces formations.

Pour en savoir plus sur Hypo­thèses : http://​hypo​theses​.org/​a​b​out

Cré­dits pho­to­gra­phiques : « Typo­gra­phy is a grid », par bluek­de­sign, licence CC.

L’édition en ligne : un nouvel eldorado ?


J’ai récem­ment été invité par l’asso­cia­tion EnthèSe des doc­to­rants de l’ENS LSH à venir par­ler dans une après-​midi de réflexion consa­crée aux enjeux de l’édition scien­ti­fique. Pour cette double table-​ronde, s’exprimaient Yves Win­kin, Cathe­rine Vol­pil­hac, Kim Danière de Cyber­thèses, Oli­vier Jous­lin, sur les ques­tions de la publi­ca­tion de la thèse et de son rôle dans l’évaluation du jeune cher­cheur. De mon côté, je m’exprimais dans une seconde ses­sion consa­crée plu­tôt aux enjeux de l’édition. J’ai eu le plai­sir d’écouter l’exposé très inté­res­sant de Jean-​Luc Giri­bone, que je ne connais­sais pas, des éditions du Seuil, et Denise Pier­rot, d’ENS éditions.

Inter­ve­nant en fin de jour­née, je tenais le rôle de Mr Edi­tion en ligne. Il me reve­nait donc d’expliquer le phé­no­mène à une audience de doc­to­rants en sciences humaines et sociales, dont, fina­le­ment, assez étran­gers à ce qui s’apparente quand même à des dis­cus­sions au sein d’un petit milieu. Voici donc l’essentiel de mon exposé auquel j’ai tenté de don­ner un tour rela­ti­ve­ment didactique.

En guise d’introduction, il me semble néces­saire de faire le point sur un cer­tain nombre de ques­tions qui ont struc­turé les débats sur l’édition élec­tro­nique depuis 10 ans. A mon sens, ces ques­tions sont aujourd’hui lar­ge­ment obsolètes :

1.La dés­in­ter­mé­dia­tion. C’est le terme par lequel on a pu dire que la mise en ligne des publi­ca­tions scien­ti­fiques reve­naient à la sup­pres­sion des inter­mé­diaires (ie les éditeurs). On pas­se­rait donc à un modèle de dis­tri­bu­tion directe du pro­duc­teur au consom­ma­teur. On sait aujourd’hui que cette approche n’est pas per­ti­nente, parce que toute forme de com­mu­ni­ca­tion est mar­quée par la pré­sence d’intermédiaires, aussi dis­crets soient-​ils. Aujourd’hui, les plate-​formes où les uti­li­sa­teurs sont invi­tés à dépo­ser leurs propres pro­duc­tions (les archives ouvertes par exemple), sont des inter­mé­diaires. De par sa seule exis­tence la plate-​forme a un impact édito­rial sur les conte­nus qu’elle héberge ; impact dont il faut tenir compte.

2. L’électronique ver­sus le papier : faut-​il publier au for­mat élec­tro­nique ou papier ? Cette ques­tion ne vaut plus la peine d’être posée ; en ces termes en tout cas. La réa­lité est qu’aujourd’hui, l’édition est for­cé­ment élec­tro­nique ; les auteurs, les éditeurs, les chefs de fabri­ca­tion et même les impri­meurs tra­vaillent en numé­rique. La ques­tion du papier est donc réduite à celle du sup­port de dif­fu­sion. Et même dans ce cas, elle ne concerne qu’un cer­tain type de docu­ments. Typi­que­ment, les livres. Pour les revues, on est aujourd’hui dans une situa­tion où il est peu ima­gi­nable qu’une revue s’abstienne d’être dif­fu­sée en ligne (ou alors elle se pré­pare un très mau­vais ave­nir). La ques­tion qu’elle peut éven­tuel­le­ment se poser est de savoir si elle a inté­rêt à être dif­fu­sée AUSSI sur papier.

3. La chaîne du livre : est-​elle remise en cause par l’électronique ? Ce concept de chaîne du livre me semble inopé­rant pour pen­ser les muta­tions actuelles ; parce qu’il désigne un sec­teur pro­fes­sion­nel consa­cré à la fabri­ca­tion et la dif­fu­sion du livre comme objet maté­riel et non type docu­men­taire. Bref, il écrase le concept de livre sur son actua­li­sa­tion phy­sique et ne cherche pas à le pen­ser d’abord comme objet intel­lec­tuel. Fina­le­ment, le concept même de chaîne est inopé­rant parce qu’il ne rend pas compte d’un mode cir­cu­laire de cir­cu­la­tion des savoirs et pense les choses comme une trans­mis­sion unilatérale.

Au bout du compte, il appa­raît néces­saire, si on veut essayer de com­prendre ce qui est à l’oeuvre avec l’édition élec­tro­nique de remon­ter à un plus haut niveau de géné­ra­lité, d’élargir la pers­pec­tive, c’est à dire de repar­tir de la défi­ni­tion même de ce qu’est l’édition. Bref, il faut ouvrir la boîte noire.

Qu’est-ce que l’édition ?

C’est une acti­vité hybride, bâtarde, qui se déve­loppe à par­tir de l’idée de mise au jour, de trans­mis­sion. L’édition scien­ti­fique, et sin­gu­liè­re­ment l’édition scien­ti­fique de sciences humaines peut être appro­chée par trois côtés.

1. C’est d’abord une acti­vité écono­mique. Ce qui défi­nit d’un point de vue fonc­tion­nel un éditeur, c’est sa capa­cité à mobi­li­ser des res­sources écono­miques qu’un auteur ne peut ou ne veut mobi­li­ser pour dif­fu­ser, don­ner à connaître son oeuvre. Depuis la deuxième moi­tié du XIXe siècle, l’édition est une acti­vité indus­trielle ; elle appar­tient au sec­teur des indus­tries culturelles.

2. Qui est for­te­ment arti­cu­lée au champ scien­ti­fique : Com­mu­ni­ca­tion : the essence of science, écri­vait Gar­vey en 1980. Autre­ment dit, des connais­sances, des résul­tats de recherche qui ne sont pas connus, pas dif­fu­sés et par­tant, pas dis­cu­tés n’existent pas dans le champ scien­ti­fique. Le moteur de l’activité scien­ti­fique, c’est la cir­cu­la­tion interne au champ scien­ti­fique des résul­tats de la recherche ; l’édition joue donc un rôle essen­tiel dans ce champ

3. et ins­crite dans la société : une par­ti­cu­la­rité des connais­sances pro­duites dans le champs des sciences humaines est qu’elles impactent la société par des publi­ca­tions essen­tiel­le­ment, qui vont jouer un rôle impor­tant dans le débat public, alors que les sciences exactes impactent la société plus fré­quem­ment par la média­tion de l’ingénierie.

Au point de jonc­tion entre ces trois dimen­sions, on trouve un modèle, qui s’actualise dans le mode de fonc­tion­ne­ment des mai­sons d’édition et des presses uni­ver­si­taires. Cette construc­tion a fait modèle jusqu’à pré­sent par héri­tage ou sou­ve­nir d’une période par­ti­cu­lière, celle des années 60 – 70 que l’on qua­li­fie d”« âge d’or des sciences humaines ». Jusqu’à pré­sent, il me semble que tout le monde a eu cet âge d’or en tête comme un idéal régulateur.Cet idéal repose sur une conjonc­tion mira­cu­leuse entre les trois dimen­sions que j’ai évoquées. En gros, l’idée est qu’une déci­sion de publi­ca­tion satis­fai­sait les trois dimen­sions alors conver­gentes. Edi­ter Levi-​Strauss (Lacan, Fou­cault, Barthes, etc.) se tra­dui­sait à la fois par une réus­site écono­mique, consa­crait en même temps la valeur scien­ti­fique de l’auteur (et lui per­met­tait du coup de pro­gres­ser dans le champ – avec le Col­lège de France comme Pôle magné­tique), et enfin impac­tait for­te­ment le débat public.

Je ne me pro­nonce pas sur le carac­tère réel ou mythique de cette conjonc­ture. Je dis sim­ple­ment que nous l’avons tous en tête comme idéal lorsque nous pen­sons à l’édition de sciences humaines et qu’il a long­temps fonc­tionné comme idéal régu­la­teur orien­tant le com­por­te­ment de la plu­part des acteurs.

Or, nous sommes tous en train de faire le constat que ce modèle ne fonc­tionne plus, qu’il n’est plus opé­rant. On assiste à une diver­gence entre les trois dimen­sions (on peut esquis­ser des pistes d’explication : la finan­cia­ri­sa­tion du sec­teur de l’édition, la sur-​spécialisation des sciences humaines ou les effets désas­treux de la média­ti­sa­tion du débat public. En tout cas, il semble bien ne plus fonc­tion­ner, et c’est ce qu’on appelle « la crise de l’édition de sciences humaines ».

Cela posé, je vais main­te­nant essayer de dres­ser une esquisse d’un nou­veau contexte de publi­ca­tion en émer­gence, où, effec­ti­ve­ment, l’édition élec­tro­nique joue un rôle important.

La dimen­sion écono­mique d’abord

Elle est carac­té­ri­sée par un phé­no­mène assez bien com­pris main­te­nant et qui est qua­li­fié de « longue traîne », pro­po­sée par le jour­na­liste amé­ri­cain Chris Ander­son. Sa pro­po­si­tion repose toute entière sur l’analyse de la loi de dis­tri­bu­tion de la richesse, modé­li­sée par l’économiste ita­lien Vil­fredo Pareto à la fin du siècle der­nier. Appli­quée au com­merce, cette loi de dis­tri­bu­tion rend compte du fait que de manière géné­rale pour tout type de pro­duit, envi­ron 80% des ventes sont réa­li­sées sur 20% des pro­duits. Pour le dire de manière moins mathé­ma­tique, le suc­cès com­mer­cial est réparti de manière très inéga­li­taire. Cette consta­ta­tion de sens com­mun mais qui a fait l’objet d’une modé­li­sa­tion mathé­ma­tique a des consé­quences par­ti­cu­lières pour la dis­tri­bu­tion des biens phy­siques. Elle explique en par­ti­cu­lier que sur un cata­logue total com­por­tant plu­sieurs mil­lions de livres dis­po­nibles en théo­rie, les libraires, qui ne peuvent en pro­po­ser à la vente qu’un nombre limité, pour des rai­sons de simple ratio­na­lité écono­mique vont concen­trer leur offre sur ceux qui se vendent le mieux ; les best-​sellers. Dans un envi­ron­ne­ment phy­sique, il est très coû­teux d’agrandir un maga­sin, d’ajouter des linéaires, bref, d’augmenter son offre. Il n’est donc pas inté­res­sant de le faire pour accueillir des pro­duits pour les­quels la demande est trop faible. On a donc une situa­tion clas­sique de rareté créée par les condi­tions de ren­ta­bi­li­sa­tion des inves­tis­se­ment dans le monde phy­sique. La théo­rie de Chris Ander­son repose sur l’idée inté­res­sante que les pro­prié­tés écono­miques des objets numé­riques sont fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rentes. Ainsi, pour prendre l’exemple de la musique, s’il est très coû­teux pour un dis­quaire clas­sique de pro­po­ser dans ses rayon­nages une très grande diver­sité de CD — dont la plu­part seront ven­dus à un très faible nombre d’exemplaires, il n’est pas plus coû­teux pour un dis­quaire en ligne de pro­po­ser sur son ser­veur une très grande diver­sité de fichiers mp3 plu­tôt qu’un faible nombre. Autre­ment dit, un CD sup­plé­men­taire dans un rayon­nage phy­sique, coûte pro­por­tion­nel­le­ment beau­coup plus cher qu’un fichier mp3 sup­plé­men­taire sur un ser­veur. Donc, alors que dans un envi­ron­ne­ment phy­sique, la ren­ta­bi­lité réside seule­ment dans la vente à un grand nombre d’exemplaires d’un faible nombre de pro­duits dif­fé­rents — les best-​sellers-​, dans un envi­ron­ne­ment numé­rique, il devient aussi ren­table, parce qu’économiquement équi­va­lent, de vendre un grand nombre de pro­duits dif­fé­rents cha­cun à un faible nombre d’exemplaires. C’est sur ces bases que naissent de nou­veaux mar­chés, de niches, qui viennent com­plé­ter (et non rem­pla­cer) le mar­ché global.

L’édition de sciences humaines, royaume des petits tirages risque d’être concer­née par ce modèle.

Quelles sont donc les consé­quences pour le sec­teur qui nous occupe ?

Pre­mière consé­quence : l’explosion docu­men­taire. C’est un constat que nous fai­sons tous, le déve­lop­pe­ment d’Internet est syno­nyme d’une mul­ti­pli­ca­tion consi­dé­rable de docu­ments sou­dai­ne­ment ren­dus dis­po­nibles. On assiste à une aug­men­ta­tion du nombre de revues pure­ment élec­tro­niques en créa­tion, une mul­ti­pli­ca­tion des sites web de cher­cheurs, d’équipes et de pro­jets de recherche, une explo­sion docu­men­taire sur les archives ouvertes, la dif­fu­sion des rap­ports, etc. Tout cela est rendu pos­sible par l’abaissement du coût de fabri­ca­tion et dif­fu­sion des docu­ments. C’est le pre­mier prin­cipe d’Anderson : « make eve­ry­thing avai­lable ».

Deuxième consé­quence : cette explo­sion est quand même ren­due pos­sible et n’est viable écono­mi­que­ment, selon le même prin­cipe, que par une mise en fac­teur des moyens de pro­duc­tion. Il y a 5 ou 6 ans, la plu­part des revues élec­tro­niques étaient dis­per­sées ; cela signi­fie une dis­per­sion des com­pé­tences et des moyens de pro­duc­tion. Cette situa­tion ne s’inscrit pas du tout dans la logique de la longue traîne, pour laquelle il y a ren­ta­bi­lité des publi­ca­tions à faible usage si elles sont agré­gées sur une plate-​forme unique. La logique de la longue traîne est cohé­rente avec la mon­tée en puis­sance, au cours des der­nières années des grosses plate-​formes de dif­fu­sion de revues : Revues​.org, CAIRN, Per­sée, etc. Donc, l’explosion docu­men­taire s’accompagne d’une concen­tra­tion des plate-​formes de publication.


Troi­sième consé­quence
 : le deuxième slo­gan d’Anderson, qui com­plète immé­dia­te­ment le pre­mier, c’est : « help me find it ». C’est tout à fait logique : l’explosion docu­men­taire signi­fie que tout existe. On n’a plus de déci­sion de publi­ca­tion en amont. Dans ce contexte, les outils de recherche d’information deviennent stra­té­giques. Google l’a com­pris avant les autres ; on ne peut s’étonner de la posi­tion que cette entre­prise occupe. Pour ce qui nous concerne, on peut dire que d’une cer­taine manière, dans l’ancien modèle, l’organisation édito­riale des publi­ca­tions repo­sait sur la notion de col­lec­tion. Dans le nou­veau contexte, le prin­cipe orga­ni­sa­teur d’un point de vue édito­rial, c’est le moteur de recherche (principalement).

Der­nière consé­quence : dans l’ancien modèle, seules les publi­ca­tions les plus ren­tables existent (font l’objet d’une déci­sion de publi­ca­tion favo­rable). La rareté est donc du côté des publi­ca­tions. Dans le nou­veau contexte, toutes les publi­ca­tions pos­sibles existent. Ce sont donc les lec­teurs qui deviennent rares. C’est le fon­de­ment de ce qu’on appelle l’économie de l’attention, avec une consé­quence impor­tante : si ce sont les lec­teurs qui sont rares et non les publi­ca­tions (rela­ti­ve­ment les unes aux autres), alors les bar­rières d’accès aux docu­ments (l’accès sur abon­ne­ment par exemple) deviennent contre-​productives. Le prin­cipe de la res­tric­tion d’accès est contra­dic­toire avec la logique de ce nou­veau contexte. On voit donc que le mou­ve­ment de l’open access, qui s’est déployé avec une face poli­tique et idéo­lo­gique (libre accès aux résul­tats de la recherche) repose en fait sur une pro­priété très puis­sante de l’économie des biens numé­riques. Il suf­fit de regar­der les nou­velles revues pure­ment élec­tro­niques qui se créent. Aucune ne veut d’une bar­rière d’accès sur abon­ne­ment ; parce que leur prin­ci­pal souci est d’être lues et connues.

Pas­sons main­te­nant aux rela­tions entre l’édition élec­tro­nique dans ses rela­tions avec le fonc­tion­ne­ment du champ scientifique

Ici, on constate des évolu­tions qui ne sont pas le fait des évolu­tions tech­no­lo­giques, mais plu­tôt de l’organisation de la recherche, des évolu­tions poli­tiques et écono­miques, ou propres aux para­digmes scien­ti­fiques. En revanche, on voit com­ment l’édition élec­tro­nique répond plu­tôt bien à ces évolutions.

Pre­mière évolu­tion : l’accélération du rythme de com­mu­ni­ca­tion. Comme la recherche est de plus en plus contrac­tua­li­sée et évaluée, les pres­sions sur les équipes de recherche pour com­mu­ni­quer, publier, rendre compte publi­que­ment de l’avancée de leurs tra­vaux vont crois­sant. Alors que l’édition clas­sique avec des délais de publi­ca­tions qui se comptent en années ne peut pas suivre le rythme, l’édition élec­tro­nique aide les cher­cheurs à répondre à cette pression.

Deuxième évolu­tion : une modi­fi­ca­tion de l’équilibre docu­men­taire en faveur des formes courtes. Tra­di­tion­nel­le­ment, la mono­gra­phie est la forme cano­nique de la publi­ca­tion en sciences humaines. Aujourd’hui, on assiste à une mon­tée en puis­sance de l’article comme forme « nor­male » et rému­né­ra­trice pour les car­rières des cher­cheurs. Cette évolu­tion a beau­coup de fac­teurs dif­fé­rents. L’influence de modèles de com­mu­ni­ca­tion propres aux sciences exactes me semble être l’un de ces fac­teurs. Quoi qu’il en soit, l’édition élec­tro­nique est bien posi­tion­née pour répondre à cette évolution.

Troi­sième évolu­tion : le ren­for­ce­ment du col­lec­tif dans le tra­vail de recherche. Beau­coup de cher­cheurs le disent : la figure mythique du savant génial isolé, qui tra­vaille dans son coin et révo­lu­tionne son domaine au bout de vingt ans d’obscurité n’existe pas (plus). La recherche scien­ti­fique, même en sciences humaines, est aujourd’hui un tra­vail d’équipe repo­sant sur une col­la­bo­ra­tion forte, à tous les niveaux, entre cher­cheurs. Là encore, les outils numé­riques sont très utiles pour répondre à ces besoins crois­sants de coordination.


Der­nière évolu­tion
 : pas la plus simple à cer­ner, elle concerne l’évaluation de la recherche. Dans le modèle idéal, comme il y a conver­gence entre les 3 dimen­sions, la déci­sion de publi­ca­tion sanc­tionne la valeur scien­ti­fique qui est consa­crée par le suc­cès. Il ne me semble pas tout à fait juste de dire que la com­mu­nauté scien­ti­fique délègue aux éditeurs l’activité d’évaluation car, dans les mai­sons d’édition, les direc­teurs de col­lec­tion et les refe­rees sont bien des col­lègues ; ils font par­tie du monde uni­ver­si­taire. Le pro­blème est qu’il y a une diver­gence de plus en plus impor­tante entre l’évaluation de la qua­lité scien­ti­fique d’un tra­vail et la déci­sion de publi­ca­tion. Dans le nou­veau contexte, il n’y a pas de véri­table déci­sion de publi­ca­tion. Toute publi­ca­tion pos­sible existe. L’évaluation est donc néces­sai­re­ment dépla­cée ailleurs. Il me semble qu’on se retrouve alors dans des situa­tions docu­men­taires assez connues en sciences dures qui vivent depuis long­temps des situa­tions d’économie de l’attention avec une abon­dance rela­tive de publi­ca­tion (ce qui n’était pas le cas des sciences humaines jusqu’à aujourd’hui). Des sys­tèmes biblio­mé­triques du type ISI, des sys­tèmes de clas­se­ment des revues que l’on voit arri­ver en sciences humaines consti­tuent des méca­nismes d’évaluation dif­fé­rents. Il fau­drait com­plé­ter l’analyse.

Je vou­drais pour finir sur cet aspect, poser une ques­tion qui me semble impor­tante : cette évolu­tion du mode de fonc­tion­ne­ment du champ scien­ti­fique doit avoir des consé­quences épis­té­mo­lo­giques impor­tantes. Quelles sont-​elle ? Je me gar­de­rai bien de répondre à cette ques­tion main­te­nant. Je ren­voie la ques­tion aux dif­fé­rentes com­mu­nau­tés scien­ti­fiques qui, me semble-​t-​il, doivent en débattre sérieusement.

L’édition élec­tro­nique et l’inscription sociale de la recherche scientifique

Sur cet aspect, il y a une bonne nou­velle et une mau­vais nou­velle pour les chercheurs.

La bonne nou­velle, c’est que les réseaux numé­riques leur donnent de nou­veau la pos­si­bi­lité d’intervenir direc­te­ment dans le débat public sans devoir pas­ser sous les fourches cau­dines du for­ma­tage média­tique. Les blogs de cher­cheurs (ceux de Jean Véro­nis, André Gun­thert,Bap­tiste Coul­mont, parmi d’autres, les revues intel­lec­tuelles en ligne, La Vie des idées, Telos, Sens Public) sont un moyen pour eux de prendre posi­tion dans le débat public et de per­pé­tuer d’une cer­taine manière la posi­tion de l’intellectuel.

La mau­vaise nou­velle (pour les cher­cheurs) main­te­nant, c’est que si les cher­cheurs peuvent de nou­veau inter­ve­nir direc­te­ment dans le débat public, ils ne sont pas les seuls à pou­voir le faire. Il sont même plu­tôt mis en concur­rence avec.…tout le monde ! Pire encore, la posi­tion de pré­émi­nence par l’expertise dont ils pou­vaient se pré­va­loir (et sur laquelle ils comptent) est de moins en moins recon­nue a priori…La mani­fes­ta­tion de cela, c’est Wiki­pe­dia qui est une épine dans le pied de la com­mu­nauté scien­ti­fique. La ques­tion qui est der­rière ce phé­no­mène est la sui­vante : quelle est désor­mais la place, quelle recon­nais­sance pour la spé­ci­fi­cité des connais­sances scien­ti­fiques, c’est-à-dire de connais­sances pro­duites selon des normes pro­fes­sion­nelles par­ti­cu­lières, dans la société de l’information.

Der­nier phé­no­mène inté­res­sant : ce sont les usages non-​contrôlés des publi­ca­tions scien­ti­fiques. Dans un contexte d’accès ouvert aux publi­ca­tions, avec la par­ti­cu­la­rité des sciences humaines que les connais­sances pro­duites sont com­mu­ni­quées en lan­gage natu­rel (pas de rup­ture lin­guis­tique comme ailleurs), on voit des articles poin­tus, publiés dans des revues qui n’étaient jusqu’à récem­ment consul­tables qu’en biblio­thèque uni­ver­si­taires, être cités dans des forums de dis­cus­sion, sur des sites per­son­nels, bref, dans des dis­cus­sions cou­rantes, sans être pas­sées par le filtre de la vul­ga­ri­sa­tion paten­tée. C’est un phé­no­mène mal connu à mon avis, et pour­tant assez passionnant.

Conclu­sion

Tout au long de l’exposé, j’ai essayé de dépas­ser les visions idyl­liques ou infer­nales, pour ten­ter de jeter un éclai­rage sur un nou­veau contexte de publi­ca­tion en émer­gence. Ce que j’ai décrit n’est évidem­ment pas un ins­tan­tané de la situa­tion actuelle. Dans cet ins­tan­tané, j’ai choisi de bra­quer le pro­jec­teur uni­que­ment sur des éléments encore peu visibles, encore en émer­gence, et tenté de mon­trer qu’ils étaient la mani­fes­ta­tion d’une logique assez puis­sante en cours de consti­tu­tion à l’intérieur des cadres héri­tés dans les­quels nous agissons.

PS : Un grand merci très ami­cal à Yann Cal­bé­rac etVanessa Obry qui ont eu la gen­tillesse de m’inviter à m’exprimer au cours de cette après-​midi et à qui revient la pater­nité du titre de mon intervention !


Cré­dit photo : « OMG MACRO ! », par Don solo, en CC by-​nc-​sa 2.0, sur Flickr

L’Unité Numérique


spoon:the way we get by

Pra­ti­quant « à l’insu de mon plein gré » le cloi­son­ne­ment mul­ti­la­té­ral, je me rends compte que je parle assez peu de mon tra­vail sur ce blog, et que je n’ai jamais parlé de l’Unité Nume­rique à l’ENS Lettres et Sciences humaines, au sein de laquelle je tra­vaille depuis un peu plus d’un an. C’est un peu dom­mage ;-) parce que cette petite équipe tente de faire exis­ter dans le pay­sage des sciences humaines et sociales et au niveau de l’établissement, une notion dont on parle beau­coup, mais dont les exemples de réa­li­sa­tion concrètes sont rela­ti­ve­ment rares en France.

Les fidèles lec­teurs de ce blog auront deviné qu’il s’agit de la notion d’humanités numé­riques, dont j’ai parlé à deux reprises au moins, dans « SHS 2.0 » et « Une cybe­rin­fra­struc­ture pour les sciences humaines et sociales ». Quand on parle d’humanités numé­riques, ou, plus fré­quem­ment de digi­tal huma­ni­ties, on évoque sou­vent un type d’activité par­ti­cu­lier, essen­tiel­le­ment cen­tré autour du tra­vail sur les sources. A titre d’exemple, l’ADHO (Alliance of Digi­tal Huma­nites Orga­ni­za­tions) est ver­té­brée de manière tout à fait typique, par des ini­tia­tives et asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles issues de la lin­guis­tique et de la phi­lo­lo­gie. Le contenu et la pro­gram­ma­tion des confé­rences Digi­tal Huma­ni­ties, qui ont lieu chaque année dans un pays dif­fé­rent (il y a deux ans à la Sor­bonne à Paris, l’année der­nière à Chi­cago, cette année à Hel­sinki) reflètent bien cette par­ti­cu­la­rité. Pour tra­cer de manière un peu gros­sière le pay­sage, les digi­tal huma­ni­ties se trouvent aujourd’hui struc­tu­rées par l’informatique lin­guis­tique d’une part (Trai­te­ment Auto­ma­tique du Lan­gage, Ana­lyse sta­tis­tique des don­nées tex­tuelles), par les inter­faces hommes-​machines de l’autre (anno­ta­tion de sources, visua­li­sa­tion de don­nées), par le champ du patri­moine cultu­rel enfin (numé­ri­sa­tion des sources et manus­crits, biblio­thèques numériques).

Les Huma­ni­tés Numé­riques : un barycentre

Notre approche est un peu dif­fé­rente : le pos­tu­lat sur lequel l’Unité Numé­rique construit son tra­vail est que la révo­lu­tion numé­rique qui touche et bou­le­verse le tra­vail des cher­cheurs en sciences humaines et sociales ne concerne pas uni­que­ment le tra­vail sur les sources, mais en fait tous les domaines de la recherche. Et la recherche, ce n’est pas uni­que­ment le tra­vail sur les sources ; ni même seule­ment le tra­vail biblio­gra­phique de com­pi­la­tion de la lit­té­ra­ture aca­dé­mique sur le sujet de recherche ; c’est aussi la publi­ca­tion, mais aussi la prise en charge de la com­mu­ni­ca­tion qui ne se réduit pas à la publi­ca­tion, l’organisation du tra­vail en équipe et l’insertion de toutes ces dimen­sions dans un contexte aca­dé­mique et ins­ti­tu­tion­nel particulier.

Tra­di­tion­nel­le­ment, les milieux de la recherche en France, sont mar­qués par une divi­sion sociale du tra­vail extrê­me­ment puis­sante : aux cher­cheurs le tra­vail de pro­duc­tion intel­lec­tuelle ; aux éditeurs (presses uni­ver­si­taires, éditeurs com­mer­ciaux spé­cia­li­sés) de prendre en charge la publi­ca­tion ; aux ins­ti­tu­tions aca­dé­miques de s’occuper de la com­mu­ni­ca­tion. Deux événe­ments sont venus mettre à terre ce bel ordon­nan­ce­ment, propre à satis­faire un esprit fran­çais [51]. Il s’agit d’abord du pas­sage au numé­rique des publi­ca­tions aca­dé­miques, articles de revues bien sûr, mais aussi actes de col­loques, avant de tou­cher les mono­gra­phies, ce qui ne sau­rait tar­der. Il s’agit ensuite de l’évolution des modes de finan­ce­ment de la recherche, qui ont bas­cu­lés mas­si­ve­ment et très rapi­de­ment vers des clés de répar­ti­tion par contrats et sur pro­jet, en par­ti­cu­lier avec la mise en place de l’Agence Natio­nale de la Recherche. Du coup, les cher­cheurs ont dû se trans­for­mer très vite en véri­tables entre­pre­neurs de recherche, avec des besoins criant d’organisation et sur­tout, de communication.

Le pari que tente de rele­ver l’Unité Numé­rique consiste à se posi­tion­ner au bary­centre des trois pôles : outils pour la recherche, édition-​publication, com­mu­ni­ca­tion, pour leur per­mettre de fonc­tion­ner à nou­veau dans un contexte qui a à ce point changé que la chaîne de répar­ti­tion des rôles telle qu’on la connaît aujourd’hui, avec les pro­cé­dures exis­tantes, est tout sim­ple­ment paralysée.

On peut expri­mer la même idée en la pre­nant sous un autre angle : le recours des cher­cheurs, comme de tout tra­vailleur intel­lec­tuel aux tech­no­lo­gies numé­riques est mas­sif. Nous bai­gnons tous aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, dans le numé­rique. Il semble mal­gré tout que pour l’instant, l’usage des outils numé­riques à toutes les étapes du tra­vail de recherche ne soit pas pensé comme tel par la plu­part des acteurs (cher­cheurs eux-​mêmes, éditeurs, poli­tiques et admi­nis­tra­tifs de la recherche). L’Unité Numé­rique sert à cela, entre autres : essayer de pro­po­ser une palette d’outils com­plé­men­taires pour la plu­part des étapes du tra­vail de recherche (le tra­vail de recherche « tout-​compris », avec l’édition, l’organisation et la com­mu­ni­ca­tion, si vous avez suivi) et tra­vailler à accroître la cohé­rence de cette palette.

Trois pôles

Concrè­te­ment, qu’est-ce que cela donne ? Trois pôles

1. Mutua­li­sa­tion pour les éditions cri­tiques et cor­pus : je n’entrerai pas dans le détail du tra­vail qu’effectue ce pôle (ce serait trop long pour un billet qui l’est déjà trop), mais l’idée est d’organiser un tra­vail col­lec­tif avec plu­sieurs pro­jets d’éditions cri­tiques numé­riques pour péren­ni­ser les déve­lop­pe­ments infor­ma­tiques qui leur sont néces­saires et sur­tout, accu­mu­ler des com­pé­tences, des tech­no­lo­gies, une exper­tise par­ta­gée sur le domaine. Ce chan­tier, bap­tisé Mutec est porté à la fois par l’Unité Numé­rique et le Ser­vice d’Ingénierie Docu­men­taire de l’Institut des Sciences de l’Homme à Lyon. Il est sou­tenu par le TGE Ado­nis

2. Edition-​Publication : sur ce plan, le gros chan­tier dans lequel l’Unité Numé­rique s’est enga­gée est la publi­ca­tion en ligne de toutes les revues de l’ENS LSH, soit sept revues au total. Le tra­vail qui est en train d’être accom­pli part du constat sui­vant : par rap­port aux revues de sciences dures, les publi­ca­tions en sciences humaines et sociales ont une spé­ci­fi­cité : elles sont por­teuses d’identités par­ti­cu­lières qui se mani­festent dans le trai­te­ment édito­rial des publi­ca­tions, dans la pré­sen­ta­tion de l’information. Or, dans nombre de cas, le « pas­sage au numé­rique » des revues signi­fie une perte d’identité pour elles. Deux rai­sons expliquent ce phé­no­mène : l’influence des por­tails de revues de sciences dures qui sont en fait des bases d’articles en ligne et non des plate-​formes de publi­ca­tion de revues, et, mais c’est lié, les contraintes des sys­tèmes infor­ma­tiques uti­li­sés qui ne per­mettent sou­vent aucune per­son­na­li­sa­tion au niveau de la revue. Le pari que tente de rele­ver l’Unité Numé­rique, est de per­mettre aux revues de l’ENS LSH d’être dif­fu­sées en ligne avec leur iden­tité propre, mais aussi, (pour­quoi faire simple quand on peut faire com­pli­qué), l’identité de l’établissement qui les sou­tient. Bref, c’est un bou­quet de revues ENS LSH sur lequel l’Unité tra­vaille, qui repose sur la concep­tion d’une maquette com­mune, décli­née aux cou­leurs (et à la typo­gra­phie) de chaque revue (avec, par exemple, un rap­pel visuel de la maquette papier lorsque c’est pos­sible). Ce pro­jet ne peut être mené à bien que dans le cadre d’un par­te­na­riat avec Revues​.org. Car ce por­tail, du fait de sa poli­tique édito­riale et des tech­no­lo­gies de publi­ca­tion en ligne qu’il uti­lise (Lodel en par­ti­cu­lier), est le seul à ma connais­sance qui per­mette à la fois de béné­fi­cier du gain de visi­bi­lité que repré­sente la dif­fu­sion sur un por­tail natio­nal héber­geant plus de cent revues, tout en lais­sant à cha­cune d’elle l’autonomie néces­saire à l’affirmation de son iden­tité propre sur le Web. Il y a quelques semaines, la revue Mots a ouvert le feu. Elle sera bien­tôt sui­vie de Tra­cés, puis Ata­laya, Cahiers his­pa­niques, Labo­ra­toire Ita­lien, Asté­rion et Ars Scri­bendi.

D’autres pro­jets de publi­ca­tion sont en cours dans ce pôle. Une des grosses acti­vi­tés qui le mobi­lisent est la publi­ca­tion de col­loques en ligne qui vont sou­vent jusqu’à la publi­ca­tion des actes. Ici, l’activité édito­riale se déve­loppe à par­tir d’un double constat : La publi­ca­tion d’actes de col­loque en sciences humaines et sociales sur sup­port papier est une acti­vité condam­née, en par­tie parce qu’elle est com­mer­cia­le­ment sui­ci­daire. Par ailleurs, un col­loque est un objet com­plexe, à mul­tiples facettes : d’abord, il a un cycle de vie qui s’étend sur plu­sieurs années entre l’appel à contri­bu­tion et la publi­ca­tion des actes ; ensuite il revêt une dimen­sion sociale au moins aussi impor­tante que la pure pro­duc­tion de connais­sances dont il rend compte. Or, la publi­ca­tion tra­di­tion­nelle des actes sur sup­port papier ne rend compte ni de l’un ni de l’autre de ces deux aspects. Le tra­vail qui est fait au niveau de l’Unité Numé­rique vise donc à prendre en charge à la fois la durée, et l’insertion de la publi­ca­tion dans le contexte d’une socia­lité scien­ti­fique qui doit res­ter visible. La concep­tion de sites de col­loques auto­nomes, qui s’installent et se déve­loppent dans le temps, que les com­mu­nau­tés scien­ti­fiques peuvent s’approprier pour les ali­men­ter de manière auto­nome et puis qui vont finir par accueillir des actes édités consti­tue le type de réponses qui a été choisi. Plu­sieurs sites ont été réa­li­sés ; pour le col­loque Sciences, médias et société, pour les col­loque Ges­ture, puis pour les Pre­mières ren­contres de l’Institut Est-​Ouest. Mais c’est fina­le­ment le site du col­loque sur l’histoire franco-​algérienne qui consti­tue l’exemple le plus abouti de ce que l’on peut faire.

3. Com­mu­ni­ca­tion (scien­ti­fique directe) : en dehors des for­mats bien bali­sés de la publi­ca­tion aca­dé­mique clas­sique, les cher­cheurs et les équipes de recherche ont de plus en plus besoin de com­mu­ni­quer sur leur acti­vité. Ces besoins concernent à la fois la com­mu­ni­ca­tion interne aux équipes (orga­ni­sa­tion, par­tage de docu­ments), mais aussi la com­mu­ni­ca­tion externe, à des­ti­na­tion des par­te­naires et sur­tout des finan­ceurs, dont les exi­gences vont crois­sant. C’est pour cette rai­son que l’Unité Numé­rique entre­tient pour leur usage toute une palette d’outils ou une exper­tise sur des outils comme des sites web « en kit », faciles à déployer et per­son­na­li­ser, des archives ouvertes, des outils biblio­gra­phiques par­ta­gés, voire, si c’était pos­sible, des blogs et des pod­casts. Des sites comme Léo­nard, CCFM, Conduites urbaines, des outils comme PubliENS et l’espace ENS LSH sur HAL SHS sont de bons exemples de ce que per­met le pôle de com­mu­ni­ca­tion : une dif­fu­sion large et rapide d’une infor­ma­tion scien­ti­fique riche et diverse.

Au bout du compte, le por­tail Ecole Ouverte per­met de valo­ri­ser l’ensemble des réa­li­sa­tions et offre au public un moyen de se repé­rer au sein d’une masse gran­dis­sante de connais­sances diffusées.

L’autonomie comme idéal régulateur

Depuis Mutec jusqu’à PubliENS en pas­sant par les revues en ligne, les col­loques et les sites de pro­jets ANR ont peut se deman­der où est la cohé­rence annon­cée. C’est vrai que cette cohé­rence est encore (et sera tou­jours) en construc­tion. Pour l’instant, elle repose sur l’application de grands prin­cipes : uti­li­sa­tion de logi­ciels libres (comme Lodel, Spip, Open Office), res­pect, dans la mesure du pos­sible, des stan­dards de struc­tu­ra­tion de don­nées et de dif­fu­sion (html, xhtml, xml tei), accès ouvert et gra­tuit de tous les conte­nus et sous licence plus libre quand c’est pos­sible, qua­lité édito­riale des conte­nus publiés (soin des inter­faces, cita­bi­lité des docu­ments, cor­rec­tion des textes). Mais le prin­cipe le plus impor­tant, celui qui fait consen­sus au sein de l’Unité, qui en est le véri­table ciment est encore dif­fé­rent. C’est le prin­cipe du res­pect de l’autonomie scien­ti­fique et édito­riale des équipes de recherche avec les­quelles le tra­vail est fait. Et l’application de ce prin­cipe est un peu une quête du Graal car il ne se résume évidem­ment pas à lais­ser les cher­cheurs tout faire par eux-​mêmes. Il s’agit bien plu­tôt de faire en sorte que les choix qui sont faits et les actions tech­niques qui sont délé­guées à l’Unité Numé­rique ne se tra­duisent pas par une dépos­ses­sion et fina­le­ment une tra­hi­son des pro­jets de recherche. Il faut donc pour chaque pro­jet, en fonc­tion du type de réa­li­sa­tion et de demande, mais en fonc­tion aussi des par­ti­cu­la­ri­tés propres à l’équipe qui la porte, ima­gi­ner un dis­po­si­tif qui mixe un choix d’outils appro­priés, une bonne répar­ti­tion des tâches et des niveaux de déci­sion et une dose variable de for­ma­tion des équipes de recherche aux tech­no­lo­gies numé­riques. A ma connais­sance, mais je peux me trom­per, la com­po­si­tion du cock­tail n’est pas tota­le­ment stan­dar­di­sable et ne peut faire l’objet de pro­cé­dures auto­ma­tiques. Cela jus­ti­fie ample­ment une cer­taine proxi­mité de l’Unité avec les équipes de recherche, c’est-à-dire une capa­cité qu’elle doit être capable de conser­ver à accom­pa­gner le tra­vail de recherche dans la durée, et non se conten­ter de prendre en charge ponc­tuel­le­ment telle ou telle commande.

LOLF et LRU

Du point de vue des com­pé­tences elles-​mêmes, la particularité de l'Unité Numérique est d'allier des compétences diverses et complémentaires, en édition, en communication, en informatique, en documentation et en conception web. Cette diversité est essentielle, à mon avis, parce qu'elle empêche l'Unité Numérique de tomber en tant que structure dans le giron d'un des corps professionnels constitués. Pour dire les choses brutalement, l'Unité Numérique est une structure nouvelle qui répond à une situation nouvelle. On peut penser qu'elle est une manière particulière, comme d'autres le font différemment ailleurs, d'inventer un nouveau métier, celui d'éditeur numérique. Elle ne pourrait faire ni l'un ni l'autre (répondre à la situation et inventer un métier) si son centre de gravité se déplaçait et la faisait tomber de l'un ou l'autre des côtés (dans une bibliothèque, un service informatique ou une maison d'édition traditionnelle).

Tous les acteurs sont très conscients de cela, bien évidem­ment. C’est pour cette rai­son que le posi­tion­ne­ment d’une struc­ture de ce type est extrê­me­ment dif­fi­cile au sein d’un établis­se­ment. Si les cher­cheurs et équipes de recherche voient très vite l’intérêt de cette struc­ture qui répond bien aux besoins de la situa­tion dans laquelle la recherche se pra­tique quo­ti­dien­ne­ment pour eux, les autres acteurs, qui eux, sont enga­gés dans des rou­tines et des pro­cé­dures cor­res­pon­dant à un état anté­rieur, ont du mal à accep­ter ce qu’ils voient comme un corps étran­ger tan­tôt fan­tai­siste, tan­tôt mena­çant. C’est le cas des poli­tiques et admi­nis­tra­tifs de la recherche aussi, non par mau­vaise volonté indi­vi­duelle, mais tout sim­ple­ment parce que les cadres dans les­quels ils tra­vaillent sont assez radi­ca­le­ment ortho­go­naux à une logique d’innovation. C’est d’ailleurs un para­doxe inté­res­sant à exa­mi­ner que les nou­veaux outils de gou­ver­nance qui sont déployés en ce moment à grande vitesse dans la fonc­tion publique et par­ti­cu­liè­re­ment dans l’enseignement supé­rieur et la recherche : LOLF puis LRU sous le slo­gan de la « moder­ni­sa­tion » et de la « culture de l’évaluation », ne peuvent pas conduire à une repré­sen­ta­tion de l’innovation dans leur propre cadre et a pour effet de frei­ner voire empê­cher tout type d’invention. La géné­ra­li­sa­tion des objec­tifs chif­frés par exemple et des indi­ca­teurs de per­for­mance, le recours sys­té­ma­tique aux tableaux de bord pour déci­deurs fait radi­ca­le­ment et vio­lem­ment sor­tir du pay­sage ges­tion­naire toute pos­si­bi­lité d’invention et d’imagination, puisqu’ils reposent sur le pos­tu­lat que rien ne peut être repré­senté qui n’existe déjà et que l’activité ne peut évoluer que quan­ti­ta­ti­ve­ment, c’est-à-dire en res­tant à l’intérieur de cadres qui sont déjà donnés.

Le saut qua­li­ta­tif, la réor­ga­ni­sa­tion de l’activité sur la base d’une prise en compte de chan­ge­ments struc­tu­rels est dif­fi­cile à conce­voir dans ces cadres. Or, c’est exac­te­ment ce que fait l’Unité Numé­rique en ten­tant de répondre par un réas­sem­blage inédit d’activités et de com­pé­tences aux consé­quences de la révo­lu­tion numé­rique dans le domaine des sciences humaines et sociales. La révo­lu­tion numé­rique est une révo­lu­tion. Tout la ques­tion pour l’institution est donc de savoir si elle prend le pari de se repo­si­tion­ner dans son nou­vel envi­ron­ne­ment ou pas. J’ai du mal à ima­gi­ner les choses autre­ment que sur le mode de la rup­ture : le pari est fait, ou non. Mais je peux me trom­per et d’autres ont peut-​être ima­giné des tran­si­tions mieux amé­na­gées. Pour moi en tout cas, le débat reste ouvert.


Cré­dits illus­tra­tion : Spoon : the way we get by. © Visual Panic, en CC by 2.0 sur Fli­ckr

Les dépôts OAI francophones en SHS


Taïwan
En 2005, j’ai com­mencé sur ce blog, dans le cadre de la rubrique « Obser­va­toire des sciences humaines et sociales », à faire un point sur les dépôts OAI fran­co­phones. Il y a quinze jours, j’ai fait quelques nou­veaux comp­tages, qui confirment la ten­dance à la crois­sance, régu­lière et sou­te­nue, du nombre de docu­ments disponibles.

Du côté des por­tails de revues, on trouve :

- Cairn

2006 : 16 251 enregistrements

2007 : 27 580 enregistrements

- Per­sée

2005 : 12 262 enregistrements

2006 : 55 881 enregistrements

2007 : 84 313 enregistrements

- Revues​.org

2005 : 10 005 enregistrements

2006 : 16 228 enregistrements

2007 : 22 361 enregistrements

Il s’agit là d’une for­mi­dable crois­sance de l’ensemble des por­tails, dont on ne peut que se féli­ci­ter. Les par­ti­cu­la­ri­tés dis­ci­pli­naires et tech­niques de cha­cun pour­raient être com­men­tées, pour affi­ner l’analyse. Mais, en l’état, les valeurs brutes pré­sentent une infor­ma­tion de base.

Si d’autres por­tails fran­co­phones SHS étaient dotés d’un dépôt OAI, merci de me l’indiquer, afin que je puisse les ajou­ter à la liste.

On note l’apparition du CRHST :

- Centre de Recherche en His­toire des Sciences et des Techniques

2007 : 2 540 enregistrements

L’École natio­nale des chartes reste stable :

2005 : 253 enregistrements

2006 : 256 enregistrements

2007 : 256 enregistrements

Du côté de l’édition de thèses, Cyber­thèses pour­suit son bout de chemin :

- Uni­ver­site Lyon 2 — Cybertheses

2005 : 542 enregistrements

2006 : 816 enregistrements

2007 : 992 enregistrements

Enfin, comme on pou­vait s’y attendre, la crois­sance du dépôt d’archives ouvertes HAL reste forte.

- Hal SHS

2005 : 2 061 enregistrements

2006 : 10 969 enregistrements

2007 : 19 100 enre­gis­tre­ments (dont 8000 com­portent le texte intégral)

Pho­to­gra­phie © par Cédric. http://​fli​ckr​.com/​p​h​o​t​o​s​/​l​e​c​e​d​r​e​/​6​9​2​5​0​7​3​10/

Une cyberinfrastructure pour les sciences humaines et sociales


J’ai récem­ment décou­vert, via un article publié par Corinne Wel­ger dans l’Observatoire Cri­tique, le rap­port publié à la fin de l’année 2006 par l’ACLS et inti­tulé Our Cultu­ral Com­mon­wealth, The report of the Ame­ri­can Coun­cil of Lear­ned Socie­ties Com­mis­sion on Cybe­rin­fra­struc­ture for the Huma­ni­ties and Social Sciences. Comme le dit Corinne Wel­ger, ce rap­port mani­feste une prise de conscience, aux Etats-​Unis, de la néces­sité de pas­ser, pour les sciences humaines et sociales, à un autre niveau de déve­lop­pe­ment en ce qui concerne les usages des nou­velles tech­no­lo­gies. Pour­tant, on ne peut pas dire que ce pays soit par­ti­cu­liè­re­ment en retard sur ce plan, sur­tout quand on com­pare à la situa­tion fran­çaise. Les Etats-​Unis, de même que la Grande-​Bretagne, les pays scan­di­naves ou l’Allemagne du reste, pos­sèdent plu­sieurs centres de recherche et déve­lop­pe­ment dans le domaine des digi­tal huma­ni­ties : on pour­rait citer par exemple le Mary­land Ins­ti­tute for Tech­no­lo­gies in the Huma­ni­ties, l’Illi­nois Cen­ter for Com­pu­ting in Huma­ni­ties, Arts and Social Science, ou encore le Scho­larly Tech­no­logy Group for the Huma­ni­ties de Brown University.

C’est à par­tir de cette base, que l’ACLS tente de tra­cer les grandes lignes de ce qui pour­rait consti­tuer un pro­gramme cohé­rent de déve­lop­pe­ment pour les SHS. Et le mot-​clé qui résume cette stra­té­gie est celui de cyber-​infrastructure, que le rap­port défi­nit de la manière sui­vante : « a layer of infor­ma­tion, exper­tise, stan­dards, poli­cies, tools, and ser­vices that are sha­red broadly across com­mu­ni­ties
of inquiry but deve­lo­ped for spe­ci­fic scho­larly pur­poses : cybe­rin­fra­struc­ture is some­thing more spe­ci­fic than
the net­work itself, but it is some­thing more gene­ral than a tool or a resource deve­lo­ped for a par­ti­cu­lar pro­ject,
a range of pro­jects, or, even more broadly, for a par­ti­cu­lar discipline. »

Très prag­ma­tique dans sa démarche, le rap­port arti­cule son argu­men­ta­tion en trois moments : il fait d’abord un état des lieux des nou­velles pos­si­bi­li­tés qu’offrent les tech­no­lo­gies numé­riques en réseau à la recherche en SHS. Puis, il pointe les obs­tacles les plus fon­da­men­taux à la concré­ti­sa­tion de ces pos­si­bi­li­tés, pour énumé­rer fina­le­ment une série de recom­man­da­tions pour l’avenir.

On est frappé de consta­ter à quel point la ques­tion de l’accès du public aux res­sources est impor­tant dans cette pers­pec­tive. Au delà en effet de la mise à dis­po­si­tion des cher­cheurs de masses de don­nées et de nou­veaux outils d’exploitation de ces don­nées qui per­mettent d’engager de nou­velles recherches, ce qui semble impor­ter aux auteurs du rap­port, c’est d’abord et avant tout le fait que les pro­grammes de numé­ri­sa­tion des sources pri­maires, la consti­tu­tion de biblio­thèques vir­tuelles d’ampleur, per­mettent à un large public d’accéder enfin à des maté­riaux et des infor­ma­tions qui lui étaient inac­ces­sibles jusque là. Il y a là mani­fes­te­ment le souci d’un rendu au public d’un bien com­mun (d’où la notion de com­mon­wealth qui appa­raît dans son titre) dont le carac­tère tout à fait par­ti­cu­lier est reconnu.

De la même manière, dans la liste des dif­fi­cul­tés qui accom­pagnent inévi­ta­ble­ment le déve­lop­pe­ment des usages du numé­rique, parmi ceux que l’on connaît bien déjà : les pro­blèmes de péren­nité, le manque de res­sources, le conser­va­tisme de la com­mu­nauté en SHS, on est sur­pris de voir appa­raître la ques­tion du copy­right, qui fait l’objet du plus long déve­lop­pe­ment. Plus encore, l’affaire Eldred, et son cor­ré­lat légis­la­tif, le Sonny Bono Copy­right Exten­sion Term Act, est men­tionné comme un cas typique des obs­tacles que le droit de pro­priété intel­lec­tuelle oppose à la libre dif­fu­sion des oeuvres et des savoirs par le moyen des réseaux numé­riques. Et l’ACLS de recom­man­der aux cher­cheurs d’une part de ne pas se lais­ser inti­mi­der par les ayants-​droits et de tirer parti de tous les usages que leur per­met le fair use, et d’autre part de prendre les devants en dif­fu­sant sous licence Crea­tive Com­mons leur propre pro­duc­tion académique.

On relè­vera dans cette sec­tion un pas­sage très inté­res­sant inti­tulé « Culture, Value, and Com­mu­ni­ca­tion » qui tente de recons­ti­tuer très rapi­de­ment une écono­mie poli­tique de l’édition numé­rique scien­ti­fique, sur la base de trois sous-​systèmes écono­miques : l’économie de mar­ché, l’économie sym­bo­lique et l’économie des finan­ce­ments publics. Il s’agit pour les auteurs du rap­port de mon­trer sim­ple­ment à tra­vers quelques exemples pré­cis (Muse, l’EPIC, etc.) à quel point ces trois sys­tèmes sont entre­mê­lés dans les pra­tiques d’édition qui ne peuvent se déve­lop­per qu’au point de jonc­tion entre eux. Voilà une approche bien prag­ma­tique qui ren­voie un cer­tain nombre de débats fran­çais, pour ne citer qu’eux, au rang des vieilles lunes idéologiques.

Mais il est temps main­te­nant d’en venir à l’essentiel du rap­port : les recom­man­da­tions, adres­sées pour l’essentiel aux com­mu­nau­tés savantes elles-​mêmes, qu’il s’agisse des cher­cheurs, des poli­tiques de la recherche, des éditeurs ou des bibliothèques.

Tout d’abord, une cyber-​infrastructure pour la recherche en SHS devra néces­sai­re­ment être :

  1. Un bien public
  2. Pérenne
  3. Intéropérable
  4. Encou­ra­geant la col­la­bo­ra­tion entre chercheurs
  5. Pre­nant en charge l’expérimentation

Ten­tant de déve­lop­per moi-​même depuis quelques années au sein de mon établis­se­ment une poli­tique d’édition élec­tro­nique qui tente de répondre (avec plus ou moins de bon­heur) à ces cri­tères, en bonne intel­li­gence avec d’autres d’ailleurs, j’avoue res­sen­tir une cer­taine joie au constat que ces efforts ne sont pas iso­lés et sont recon­nus comme fon­da­men­taux pour ce domaine.

Mais j’en viens main­te­nant aux recom­man­da­tions. Il s’agit donc de :

  1. Inves­tir mas­si­ve­ment dans une cybe­rin­fra­struc­ture pour les SHS
  2. Déve­lop­per des poli­tiques publiques et ins­ti­tu­tion­nelles qui encou­ragent l’ouverture et l’accès
  3. Pro­mou­voir les coopé­ra­tions entre le public et le privé
  4. Culti­ver le lea­der­ship sur cette ques­tion de l’intérieur des com­mu­nau­tés scientifiques
  5. Encou­ra­ger une « érudi­tion numé­rique » (digi­tal scho­lar­ship. Je ne suis pas sûr de ma traduction)
  6. Mettre en place des centre natio­naux qui sou­tiennent la cyber-​infrastructure
  7. Déve­lop­per des stan­dards ouverts et des outils robustes pour les tra­vaux de recherche.

Je l’ai dit ailleurs, à pro­pos des ques­tions de gou­ver­nance de l’Internet, le plus dif­fi­cile lorsqu’on tente n’est serait-​ce que d’observer les ques­tions tech­no­lo­giques, c’est de pla­cer le regard à la bonne dis­tance : ni trop près pour éviter d’être absorbé par le détail de telle ques­tion tech­nique, ni trop loin de peur de sur­vo­ler le pay­sage d’une vue d’ensemble qui n’en sai­sit pas véri­ta­ble­ment la logique. Il me semble bien qu’en cette occa­sion, le rap­port de l’ACLS effec­tue le bon réglage de focale et la notion de cybe­rin­fra­struc­ture est l’élément essen­tiel qui le lui per­met. Au coeur de toute cette logique, on retrouve évidem­ment la fameuse notion d’appropriation que nous sommes un cer­tain nombre à por­ter, contre tous les conser­va­tismes qui tiennent réso­lu­ment à dis­tance l’intellectuel et le tech­no­lo­gique. La notion même de digi­tal huma­ni­ties syn­thé­tise toute cette ques­tion, et fait le pari d’une adé­qua­tion, d’une inter­ac­tion très forte, entre la recherche intel­lec­tuelle et les outils et ins­tru­ments de cette recherche. Pour ce qui concerne les tech­no­lo­gies numé­riques en réseau, l’exploration et l’appropriation par les com­mu­nau­tés de recherche elles-​mêmes de cette rela­tion vient tout juste de com­men­cer. Encore faut-​il avoir conscience de sa nécessité.


Cré­dits photo : Jean Kempf, en CC by-​nc

Crise de la «valeur travail» ou crise du «travailler ensemble» ?


Il paraît que du point de vue de la qua­lité du mana­ge­ment, la France est à peu près au même niveau que le Véné­zuela. C’est assez inquié­tant pour le Véné­zuela. Il est vrai qu’en France, les rela­tions inter-​individuelles au sein des orga­ni­sa­tions de tra­vail ont la par­ti­cu­la­rité d’être par­ti­cu­liè­re­ment détes­tables et contre-​productives. Ce qui les carac­té­rise le plus sou­vent, c’est l’écrasement de l’initiative indi­vi­duelle par un mélange éton­nant de bureau­cra­tie tatillonne et d’arbitraire tyran­nique. Pour un nombre consi­dé­rable de per­sonnes, la vie de bureau est syno­nyme d’humiliation, d’insatisfaction, de démo­ti­va­tion. Ce sen­ti­ment sub­jec­tif a récem­ment fait l’objet d’une objec­ti­va­tion et d’une ana­lyse très sug­ges­tive par l’économiste Tho­mas Phi­lip­pon dans un petit livre inti­tulé Le Capi­ta­lisme d’héritiers, et sous-​titré « la crise du tra­vail en France », publié dans la col­lec­tion La Répu­blique des idées, qu’anime Pierre Rosanvallon.

Publier un tel livre en ce moment n’est pas inno­cent. Il consti­tue en effet une prise de posi­tion par rap­port au man­tra de la réha­bi­li­ta­tion de la « valeur tra­vail », dont on nous assomme –et cer­tains plus que d’autres — depuis le début de la cam­pagne élec­to­rale. Face à la culpa­bi­li­sa­tion géné­ra­li­sée qui sous-​entend que les Fran­çais sont des fei­gnants, il était bon que quelqu’un remette les pen­dules à l’heure. La soi-​disant ergo­pho­bie qu’aurait contrac­tée les Fran­çais depuis la loi sur les 35 heures n’est cor­ro­bo­rée par aucun indi­ca­teur tan­gible… Ce qui appa­raît de manière beau­coup plus nette, c’est l’insatisfaction d’un nombre consi­dé­rable de sala­riés à l’égard de l’organisation du tra­vail, des rela­tions avec leur direc­tion, et fina­le­ment de la qua­lité du tra­vail qu’ils font. En un mot, s’il y a défi­cit, ce n’est pas du côté de la valeur tra­vail qu’il faut le cher­cher, mais bien plu­tôt du mana­ge­ment, pris ainsi en fla­grant délit d’incapacité à sus­ci­ter la coopé­ra­tion plu­tôt que le conflit au sein de l’entreprise. Phi­lip­pon n’a pas à remon­ter bien loin pour en connaître la cause. Un extra­or­di­naire tableau com­pa­ra­tif, établis­sant l’origine des patrons des grandes entre­prises fran­çaises met en évidence la sur­re­pré­sen­ta­tion des héri­tiers au sens pre­mier du terme d’une part, mais aussi de diri­geants émanant de la haute fonc­tion publique d’autre part, c’est-à-dire d’héritiers aussi, mais dans un sens plus large, par rap­port à ceux qui sont arri­vés aux postes de déci­sion par pro­mo­tion interne. La pro­por­tion est exac­te­ment inverse en Alle­magne et au Royaume-​Uni. Fina­le­ment, on se retrouve avec un modèle mana­gé­rial où le diri­geant, igno­rant de l’histoire de la société qu’il dirige et de la réa­lité des métiers qui en font l’activité, déve­loppe une méfiance natu­relle envers ses subor­don­nés et refuse caté­go­ri­que­ment de leur délé­guer la moindre par­celle de res­pon­sa­bi­lité ou de capa­cité d’initiative. En un mot, il se com­porte comme un pro­con­sul et dif­fuse du haut vers le bas ce modèle mana­gé­rial qu’il incarne par son comportement.

L’analyse de Tho­mas Phi­lip­pon com­porte d’autres ana­lyses très inté­res­santes qui mettent en évidence la res­pon­sa­bi­lité de ce modèle mana­gé­rial dans les dif­fi­cul­tés que connaît le capi­ta­lisme fran­çais depuis les débuts de son his­toire, le faible taux d’activité qui carac­té­rise la société fran­çaise par rap­port à ses voi­sines et le manque de com­pé­ti­ti­vité de ses entre­prises. Il fait cepen­dant au cours de son exposé une remarque sur laquelle je vou­drais m’arrêter un ins­tant. Il constate en effet que le coût écono­mique de cette situa­tion, carac­té­ri­sée par une absence de dia­logue social et de coopé­ra­tion au sein de l’entreprise a eu ten­dance à croître au cours des der­nière décen­nies. Pour­quoi ? L’hypothèse qu’il pro­pose est très sti­mu­lante : « En fait, on peut pen­ser que la troi­sième révo­lu­tion indus­trielle, avec l’importance accrue du capi­tal humain qui la carac­té­rise, a rendu la coopé­ra­tion au sein des entre­prises plus cru­ciale que jamais. Aujourd’hui, la capa­cité d’adaptation et d’anticipation est deve­nue la clé du suc­cès des orga­ni­sa­tions. Au delà des modes de court terme, ces chan­ge­ments d’organisation reflètent l’adaptation effi­cace des entre­prises aux modi­fi­ca­tions de leur envi­ron­ne­ment. Il se trouve que le mode d’organisation ancien [ie le tay­lo­risme carac­té­risé par un mode d’organisation rigide et la par­cel­li­sa­tion des tâches], était rela­ti­ve­ment peu inten­sif en rela­tions humaines, alors que le nou­veau l’est beau­coup plus. […] De ce fait, on peut dire que la qua­lité des rela­tions sociales est deve­nue un para­mètre rela­ti­ve­ment plus impor­tant que par le passé. Voilà sans doute ce qui explique pour­quoi les coûts écono­miques de la mau­vaise qua­lité du dia­logue social sont deve­nus si lourds. » [41]

Cette ana­lyse est très éclai­rante pour moi à deux niveaux reliés entre eux : tout d’abord, j’ai naï­ve­ment cru pen­dant long­temps à une irré­duc­ti­bi­lité fon­cière entre les uni­vers de tra­vail. En gros, je pen­sais que les pro­blé­ma­tiques propres aux entre­prises pri­vées, aux admi­nis­tra­tions publiques et au monde aca­dé­mique étaient radi­ca­le­ment étran­gères. Or, ce que dit Phi­lip­pon des grandes entre­prises fran­çaises résonne étran­ge­ment dans d’autres domaines. Le monde aca­dé­mique en par­ti­cu­lier est en train d’évoluer à grande vitesse. C’est une bana­lité que de dire qu’il est en train d’entrer glo­ba­le­ment dans un contexte de com­pé­ti­ti­vité dont les règles sont nou­velles pour lui. Pas plus que dans d’autres uni­vers de tra­vail, les ins­ti­tu­tions de recherche n’échappent à la néces­sité de déve­lop­per des capa­ci­tés de flexi­bi­lité, d’adaptabilité et de réac­ti­vité par rap­port aux évolu­tions de leur envi­ron­ne­ment. Cette évolu­tion néces­site de repen­ser les rela­tions de tra­vail entre et au sein des équipes dans la conduite des tra­vaux de recherche. En un mot, de redé­fi­nir le mana­ge­ment de la recherche. Or, cette redé­fi­ni­tion semble pas même dif­fi­cile, mais tout sim­ple­ment impos­sible ; non par résis­tance de l’ancien modèle par rap­port à des réformes qui seraient expli­ci­te­ment pro­po­sées, mais plus direc­te­ment parce que la notion même de mana­ge­ment y est pure­ment et sim­ple­ment igno­rée ! Dans ces condi­tions, l’organisation du tra­vail dans ces ins­ti­tu­tions semble régie par une hybri­da­tion étrange entre une tra­di­tion admi­nis­tra­tive rigide héri­tée du Pre­mier Empire, une égalité for­melle entre égaux venue de l’utopie de la Répu­blique des savants et un sys­tème de castes qui ne dit pas son nom. Le tout assai­sonné ici et là d’aberrations diverses, telles que les com­por­te­ments pro­con­su­laires évoqués précédemment.

Ce n’est pas parce que la réor­ga­ni­sa­tion n’est pas pen­sée ou expli­ci­tée qu’elle ne se met pas en place à d’autres niveaux. Ainsi, les équipes sont-​elles confron­tées quo­ti­dien­ne­ment à l’évolution de leur envi­ron­ne­ment de tra­vail et tentent, tant bien que mal, de s’y adap­ter. Cette adap­ta­tion passe sou­vent par les outils tech­niques. C’est ainsi que l’évolution vers des formes d’organisation souples et flexibles néces­site sou­vent d’accroitre l’effort de com­mu­ni­ca­tion et de coor­di­na­tion. D’où la véri­table explo­sion de l’usage des group­wares, outils de com­mu­ni­ca­tion (à com­men­cer par le mail), outils col­la­bo­ra­tifs (wikis, par­tage de docu­ments) et de par­tage d’information (calen­driers par­ta­gés, outils de veille, etc.). Contrai­re­ment à ce qu’on croit, ces outils ne sont pas des gad­gets super­fé­ta­toires, mais des réponses aux besoins crois­sants des orga­ni­sa­tion de se recon­fi­gu­rer et se coor­don­ner en per­ma­nence… Le pro­blème, est qu’ils entrent en per­ma­nence en conflit avec le modèle clas­sique qui, lui, fonc­tionne encore sur une struc­tu­ra­tion rigide et ver­ti­cale. Pour­tant, et c’est là que les choses deviennent réel­le­ment inté­res­santes, le conflit n’éclate jamais au grand jour. Tout sim­ple­ment parce que les prin­cipes de délé­ga­tion, de coopé­ra­tion et de flexi­bi­lité de l’organisation au sein des col­lec­tifs de tra­vail sont eux-​mêmes l’objet d’un dis­cours de moder­ni­sa­tion de la part des direc­tions. Autre­ment dit, et pour pré­ci­ser les choses de manière plus concrète, les ser­vices qui mettent en oeuvre les tech­no­lo­gies de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion au sein des ins­ti­tu­tions de recherche, peuvent se trou­ver dans des situa­tions très com­plexes : d’un côté, ils répondent aux demandes des équipes de recherche qui doivent com­mu­ni­quer de manière rapide, réac­tive, décen­tra­li­sée. De l’autre, les déploie­ment de ces outils de com­mu­ni­ca­tion ren­contre un dis­cours des direc­tions adhé­rant à la moder­nité pro­cla­mée du tra­vail col­la­bo­ra­tif et des outils qui l’accompagnent. En réa­lité, le consen­sus n’est qu’apparent et finit pas se bri­ser sur la réa­lité d’un mana­ge­ment rigide qui, lorsque les enjeux sont per­çus comme impor­tants, s’en tient aux réflexes auto­ri­taires propres à sus­ci­ter le conflit, basés sur la réten­tion de l’information, l’arbitraire des déci­sions et les rigi­di­tés de la hiérarchie.


Cré­dit photo : 45 Fre­mont, par Tho­mas Hawk en cc-​by-​nc sur Flickr

Le nouvel OAISTER

Le pay­sage des moteurs de recherche scien­ti­fiques souffre de la domi­na­tion d’outils géné­ra­listes (Google) et spé­cia­li­sés (Google scho­lar, Sci­rus). Leur force de frappe est énorme, bien que leurs méthodes res­tent opaques, cen­trées sur la langue anglaise et sur les sciences dures. Les moteurs de recherche scien­ti­fiques qui listent clai­re­ment l’ensemble des sources indexées, et qui s’appuient sur le pro­to­cole OAI exclu­si­ve­ment n’ont pas les moyens de leurs concur­rents pour se faire connaître. Le plus impor­tant d’entre eux, OAISTER, pro­duit par l’Université du Michi­gan, a long­temps souf­fert d’une inter­face désuète et, pour tout dire, pas très sérieuse. Dif­fi­cile, dans ces condi­tions, de démon­trer la per­ti­nence d’une démarche pour­tant pré­cieuse. Il s’agit en effet rien de moins que de confir­mer la vali­dité de la démarche des archives ouvertes, d’une part, et du pro­to­cole OAI, d’autre part, comme moyen de faire émer­ger une véri­table dyna­mique de libre accès à la lit­té­ra­ture scien­ti­fique dans le monde.

Alors que le moteur OAISTER atteint les dix mil­lions d’enregistrements, pui­sés dans 730 dépôts OAI dif­fé­rents, il se dote d’une nou­velle inter­face, plus sérieuse et plus ergo­no­mique. On ne peut que féli­ci­ter les concep­teurs de cet ins­tru­ment, qui devrait vite deve­nir incon­tour­nable pour les étudiants et les chercheurs.

L’ancienne inter­face d’OAISTER


La nou­velle inter­face d’OAISTER


Le nouvel OAISTER

La formation à l’information scientifique et technique


"Arena"
Mal­gré la fièvre, je pré­pare une inter­ven­tion, demain, dans le cadre de stages URFIST. Pour­quoi, diable, quand j’en parle à des col­lègues, me demandent-​ils tou­jours « c’est quoi les URFIST ? ». Les URFIST sont les Uni­tés régio­nales de for­ma­tion à l’information scien­ti­fique et tech­nique [«36]. Elles sont au coeur de la diffusion de compétences numériques dans le supérieur. Et, pourtant, elles sont mal connues.

Il y a un réseau des URFIST, qui réunit les URFIST régionaux. URFISTINFO est leur blog. C'est une URFIST qui a organisé les passionnantes journées sur la "Communication scientifique et valorisation de la recherche à l'heure d'Internet" à Toulouse. J'ai publié un bref billet synthétisant ma communication. J'ai pris beaucoup de notes lors de cette journée. Si j'en trouve le temps et l'énergie, j'en écrirai un compte-rendu. Ce sont également les URFIST qui organisent la journée "Évaluation et validation de l'information sur Internet« à Paris, le 31 janvier.

Ils sont très actifs [37].
La journée à Toulouse était densément peuplée, ce qui atteste d'un intérêt réel de la part des universitaires, même si les chercheurs et les enseignants-chercheurs ont rarement le temps de se pencher sur ces questions qui, pour être essentielles, paraissent secondaires. Un petit peu comme l'écologie pour le citoyen. Il y a toujours un article à finir, un cours à préparer, des mémoires à lire.

J'ai eu l'occasion de dire, ailleurs, que les URFIST pourraient proposer des formations à l'édition électronique en général, et à l'édition en particulier. Les principales notions de typographie ne sont quasiment jamais enseignées. La structuration de documents est loin d'être maîtrisée par les doctorants. Les CIES (Centres d'initiation à l'enseignement supérieur) pourraient, d'ailleurs, s'unir avec les URFIST pour traiter ce genre de question. Combien de thèses utilisent vraiment des styles, ont une table des matières dynamique, des index automatiques ? C'est possible avec Word et OpenOffice.org, mais peu le savent. Combien de thèses très illustrées ont-elles bloqué sur les outils classiques de traitement de texte ? Qui, en SHS, en dehors des économistes, a entendu parler de TeX et de LyX ? Je ne sais pas s'il y a beaucoup d'initiatives comparables à Cyberthèses, à l'Université Lumière Lyon 2. Leurs for­ma­tions sont exem­plaires.

A suivre.

Comment le droit vint aux revues en sciences humaines et sociales (1999 – 2006).


Good old (burnt) time II
La tra­di­tion de l’édition des revues en Sciences humaines et sociales s’est long­temps appuyée sur des usages très peu for­mels, maté­ria­li­sés par l’absence de contrat entre l’auteur et l’éditeur. Cet état de fait, qui souffre des excep­tions, n’a pas été pro­fon­dé­ment remis en cause par les nom­breuses alertes émises par les juristes depuis les débuts de l’édition en ligne. Paral­lè­le­ment à l’épanouissement d’un pro­ces­sus de pro­fes­sion­na­li­sa­tion de l’édition élec­tro­nique scien­ti­fique, le déve­lop­pe­ment de pro­jets de mise en ligne mas­sive (patri­mo­niale) ou payante a par­tiel­le­ment modi­fié la donne.

La mise au point de licences ins­pi­rées par les mou­ve­ments du logi­ciel libre (GPL, Copy­left) et du libre accès (Open access ini­tia­tive, Décla­ra­tion de Ber­lin 2003), en par­ti­cu­lier les licences Crea­tive com­mons et Science com­mons, a pro­duit un nou­veau dépla­ce­ment des lignes de force. Cepen­dant, ces évolu­tions n’ont concerné qu’une mino­rité de titres et sont donc res­tées rela­ti­ve­ment marginales.

En juin 2006, l’intervention à contre-​temps du légis­la­teur (DADVSI) a connecté la pro­blé­ma­tique du « Peer to peer » avec celle de l’exception juri­dique à des fins d’enseignement et de recherche. La confu­sion entre enjeux géné­raux et inté­rêts par­ti­cu­liers a conduit à une légis­la­tion confuse et dila­toire. Ses pre­miers effets ont été la fer­me­ture d’un des sites pion­niers de l’édition élec­tro­nique en France, celui de la revue Études photographiques.

A long terme, on peut s’interroger sur la façon dont les revues intè­gre­ront les contraintes juri­diques, les néces­si­tés écono­miques et les impé­ra­tifs scien­ti­fiques de dif­fu­sion. Après avoir long­temps ignoré la ques­tion juri­dique, grâce à la confiance et à l’entente que per­met l’entre-soi scien­ti­fique, les revues seront-​elles condam­nées à choi­sir entre dis­si­dence et silence ? Les usages l’emporteront-ils pour faire évoluer les tables de la loi ?

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Pro­gramme com­plet de la journée
Sémi­naire URFIST : « Droit d’auteur, copy­right, contrats Crea­tive Com­mons : quel(s) espace(s) de cir­cu­la­tion des savoirs ? »

Jeudi 23 novembre 2006. Toulouse.