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Anna Politkovskaïa a été assassinée

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Tchét­ché­nie, le déshon­neur russe

Selon Le Monde [34], « la jour­na­liste russe d’opposition, Anna Polit­kovs­kaïa, célèbre pour sa cou­ver­ture très cri­tique de la guerre en Tchét­ché­nie, a été décou­verte assas­si­née samedi 7 octobre, à Mos­cou. Le corps de la jour­na­liste, tuée par balles, a été décou­vert en fin d’après-midi par une voi­sine dans le hall de son immeuble, dans le centre de la capi­tale russe, selon un res­pon­sable poli­cier cité sous cou­vert de l’anonymat. Dmi­tri Mou­ra­tov, rédac­teur en chef de son jour­nal, Novaïa Gazeta, a confirmé sa mort sur la radio Echo de Moscou. »

Elle avait notam­ment écrit :

-Tchét­ché­nie, le déshon­neur russe

- Dou­lou­reuse Rus­sie : Jour­nal d’une femme en colère

- La Rus­sie selon Pou­tine

- Voyage en enfer : jour­nal de Tchetchénie

Parce que les écrits restent.

La magie d’Internet (from Sweden)


Ense­veli sous la masse des choses à faire dont les échéances se suc­cèdent à une vitesse sidé­rante, je n’ai guère eu le temps de mener à bien les billets qui sont en attente en inter­face pri­vée du blog. Un mot tout de même pour célé­brer un ins­tant de magie arrivé ce matin.

Il y a deux mois, je découvre via l’excellentissime pod­cast Aur­gasm, deux groupes très dif­fé­rents, mais égale­ment impres­sion­nants : The Cat Empire d’un côté, dont l’énergique Sly (mp3) suf­fit à remon­ter le moral de tout être humain nor­ma­le­ment consti­tué pen­dant au moins une semaine, mais aussi The Tiny, un groupe stock­hol­mois, avec la chan­son titre de son album Clo­ser (mp3). Si vous écou­tez ces deux chan­sons, ne cher­chez pas une quel­conque cohé­rence (sinon dans le sujet, uni­ver­sel, de la ren­contre amou­reuse), tant leurs styles et manière d’aborder le sujet sont aux anti­podes l’un de l’autre. Cela dit, et bizar­re­ment, cela vaut quand même le coup de les enchaî­ner à l’écoute comme je l’ai fait pen­dant les der­nières semaines. Pas­ser ainsi d’un coup de la décon­tra­dic­tion rigo­larde de l’un (bâtie sur une très forte immer­sion latino-​cubaine) à l’angoisse dou­lou­reuse du ravis­se­ment amou­reux de l’autre fait un drôle d’effet, mais pas fon­da­men­ta­le­ment inesthétique.

Bref. Au bout de la 857ème écoute des singles, je cherche à me pro­cu­rer les albums cor­res­pon­dants. Côté feu cubain, pas de pro­blème : via Mar­ket­place d’Amazon, je com­mande chez un impor­ta­teur amé­ri­cain qui m’envoie en une semaine Two shoes, que je recom­man­de­rais chau­de­ment si le disque n’était DRMisé jusqu’à la gueule (merci Emi­mu­sic Aus­tra­lia). Un petit tour sur le disque par l’explorateur Win­dows ne me montre même plus les pistes cor­res­pon­dant aux mor­ceaux de musique, mais seule­ment un lec­teur tout inté­gré qui se lance auto­ma­ti­que­ment à l’insertion du disque. Incroyable ! Ce n’est pas un disque que j’ai acheté, mais un cd-​rom. M’enfin, je le recom­mande quand même. C’est un très très bon album à mon avis, qui bouge énormément.

Côté glace sué­doise, c’est tout dif­fé­rent. Un seul album, pas de dis­tri­bu­teur en France. En revanche, je peux com­man­der le disque direc­te­ment sur le site du groupe. Le paie­ment s’effectue via Pay­pal vers le compte du label sué­dois (DetEr­Mine records) acces­sible par une adresse en yahoo​.se (? ??). Je passe l’ordre de vire­ment, sans rece­voir de confir­ma­tion autre que celle de Pay­pal qui me dit que j’ai bien payé… A ce moment, je reste un peu dans l’expectative. Où est par­tie ma com­mande ? y a-​t-​il encore quelqu’un de l’autre côté, dans la nuit polaire ? Un coup d’oeil sur l’historique du groupe m’apprend que DetEr­Mine records est en fait un auto-​label, monté par Elle­kari Lars­son, la chan­teuse du groupe, dont le siège social est chez Leo Svens­son, le vio­lon­cel­liste. Inquiétude…

Deux semaines passent. Je m’apprête à reprendre contact, lorsqu’arrive ce matin donc, une enve­loppe en pro­ve­nance de Stock­holm. J’ouvre fébri­le­ment, c’est bien le disque ! avec un pos­ter du groupe, et dédi­cacé de la main d’Ellekari Lars­son en plus ! (cela dit, c’était pro­mis sur la page d’achat du site, mais je ne l’avais pas vu). En tout cas, on a là un mode de dis­tri­bu­tion assez arti­sa­nal, sans inter­mé­diaire, avec un petit ser­vice per­son­na­lisé, qui donne une richesse sup­plé­men­taire à l’échange écono­mique pur. Loin de dés­in­car­ner la rela­tion entre l’auteur et son public, comme le pré­tend le sens com­mun, la tran­sac­tion par Inter­net la reper­son­na­lise au contraire via la micro-​auto-​distribution [12], à l'opposé de celle prise en charge par les supermarchés culturels du type Fnac.

Du coup, j’ai envie, à mon tour, d’entretenir la qua­lité de cette rela­tion, par exemple en célé­brant la voix et la pro­non­cia­tion très par­ti­cu­lières d’Ellekari Larr­son, chan­teuse phare du groupe The Tiny, qui pré­pare d’ailleurs un nou­vel album.

Hej Elle­kari ! Tacka för anslag !

Bienvenue dans un monde meilleur

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Bien­ve­nue dans un monde meilleur

L’arrivée d’un nou­veau mono­ma­niaque dans la blo­go­sphère n’est pas un événe­ment. Je com­mence à écrire dans blogo-​numericus au milieu de la fan­tas­tique armée de blogs repé­rée par les médias récem­ment. Le phé­no­mène est donc déjà passé de mode. Il devien­dra sim­ple­ment un puis­sant et durable phé­no­mène de société. Il avait quitté le camp des pion­niers il y a deux ou trois ans déjà. Puis rejoint celui des adop­tants pré­coces. Aujourd’hui, c’est l’heure des adop­tants tar­difs (mais pas encore des retar­da­taires). L’embouteillage esti­val est à craindre et Bison blo­go­futé aurait bien rai­son d’annoncer de radieuses jour­nées de pro­duc­tion de masse, expo­nen­tielle et foi­son­nante. Lorsque j’ai com­mencé à blo­guer, c’était sous pseu­do­nyme, pour trai­ter, d’une part de sujets pro­fes­sion­nels, d’autre part de sujets per­son­nels. En des endroits pro­pre­ment sépa­rés, culti­vant la mul­ti­pli­cité des pseu­do­nymes comme un ado­les­cent adepte des jeux de rôle et des ava­tars typiques des jeux en ligne ou de la scène des hackers infor­ma­tiques. Car s’exposer est ris­qué. On a dit et redit la dif­fi­culté d’assumer sur la durée un dis­cours aussi public en uti­li­sant son pré­nom, son nom, son matri­cule, son lieu de rési­dence, son numéro de Sécu­rité sociale. Les listes de dis­cus­sion et leurs archives ont depuis long­temps mon­tré les écueils qui guettent toute prise de posi­tion publique sur sup­port élec­tro­nique. Sans aller jusqu’aux pro­blèmes liés à l’étalage de conflits inter­in­di­vi­duels, il faut évoquer les prises de posi­tion poli­tiques, reli­gieuses ou pro­fes­sion­nelles qui sont banales un jour et peuvent pro­vo­quer de graves dif­fi­cul­tés quelques mois, quelques années, quelques décen­nies plus tard. Une vie de prises de posi­tion mémo­ri­sée scru­pu­leu­se­ment par le réseau. Une vie de cas­se­roles, de sédi­men­ta­tion et de com­pres­sions césa­riennes. Le réseau permettra-​t-​il à quelqu’un de chan­ger d’avis, de chan­ger de vie, de chan­ger de vice ? On peut en dou­ter, si le citoyen n’a pas pris la constante pré­cau­tion de se doter d’une deuxième peau en choi­sis­sant un pseu­do­nyme. Et d’en chan­ger aus­si­tôt que sa vie entame un tour­nant signi­fi­ca­tif. Très vite, un pseu­do­nyme désigne quelqu’un qui, sous sa nou­velle iden­tité, est inséré dans un réseau, par­ti­cipe à des entre­prises col­lec­tives, est connu pour cer­taines orien­ta­tions, cer­taines posi­tions, cer­taines lubies. Le réseau ne tisse pas que des liens entre les machines, il en déploie égale­ment entre les indi­vi­dus et les groupes. Dès lors, un indi­vidu uti­li­sant un pseu­do­nyme est un indi­vidu socialisé.

Dis-​moi ce que tu book­markes, je te dirais qui tu es. Le social book­mar­king donne un accès public à l’équivalent de votre biblio­thèque, poten­tiel­le­ment celle qui est dans votre séjour (anciennes, actuelles et futures lec­tures), celle qui est dans votre cui­sine (tiens, tu manges congelé ?), celle qui est dans vos toi­lettes (ça te fait vrai­ment rire, Soeur Marie-​Thérèse des Bati­gnoles ?), celle qui est dans votre chambre (sous la table de nuit, celle qu’on ne lit qu’à deux car elle traite de sujets pirouet­tiques), celle qui est dans votre gar­çon­nière sexuelle, poli­tique ou ludique. De la cave au gre­nier, de la tête aux pieds. Si vous n’y pre­nez garde, le social book­mar­king vous révèle. Les blo­gue­ries aussi. Des pro­pos de comp­toir sou­vent rapides, qui comptent peu en théo­rie, mais pour­ront être mis un jour à votre débit, tout autant qu’à votre cré­dit. Ce qui fait l’unité de votre per­son­na­lité et sa richesse n’est-il pas le com­par­ti­men­tage méti­cu­leux que vous établis­sez entre les par­ties de la jour­née, de la semaine, de l’année, de la vie ? Faut-​il autant de pseu­dos et de lieux d’expression book­mar­kienne ou blo­go­sphé­rique que de pièces dans votre appar­te­ment ? Autant que de facettes de votre per­son­na­lité et de périodes dans votre vie ? Ou allons-​nous voir appa­raître des être publics glo­baux ? Nous dirigeons-​nous au contraire vers l’émiettement élec­tro­nique de l’individu, n iden­ti­tés méti­cu­leu­se­ment étanchéisées ?

Autre­fois, seuls les résis­tants et les écri­vains se dotaient d’identités secondes. Il en allait de la sur­vie des pre­miers. Les seconds avaient par­fois besoin de liberté pour écrire et pour être lus, sous peine d’être enfer­més dans un per­son­nage. Que ce soit le besoin de gagner faci­le­ment de l’argent en toute dis­cré­tion. Ou de s’amuser à goû­ter de genres jugés moins nobles, ou sim­ple­ment de ten­ter une expé­rience d’écriture jugée trop auda­cieuse. La com­pa­rai­son entre les écri­vains et les blo­gueurs uti­li­sant un pseu­do­nyme est par­ti­cu­liè­re­ment valide parce que les écrits res­tent. Sans doute même persistent-​ils davan­tage sur Inter­net, car leur fra­gi­lité rela­tive est com­pen­sée par leur incroyable et quasi uni­ver­selles acces­si­bi­lité, indexa­bi­lité, repro­duc­ti­bi­lité. Elle se pour­suit parce que les deux types d’auteurs prennent des risques pro­fes­sion­nels et judi­ciaires : toute prise de posi­tion publique peut entraî­ner incom­pré­hen­sion, licen­cie­ment, pla­car­di­sa­tion ou pro­cès. Elle ne peut tenir toute la lon­gueur, cepen­dant, parce que l’écrivain fai­sait par­tie de l’élite. Les blo­gueurs, par­ta­geurs de liens pré­fé­rés, par­ti­ci­pants à des listes de dis­cus­sion ou à des forums, ne sont plus des membres de l’élite cultu­relle. S’ils ne sont pas encore tout le monde, ils sont déjà Mon­sieur tout le monde.

Si tu uti­lises un pseu­do­nyme, c’est sans doute que tu as quelque chose à cacher. Ainsi parlent ceux qui défendent les lois liber­ti­cides qui, sous pré­texte de lutte contre le ter­ro­risme et la cri­mi­na­lité cherchent à nous doter d’un numéro de série unique, tra­çable comme des vaches dingues, loca­li­sable, fil­mable, archivé. Tout ce que vous ferez et ne ferez pas, tout ce que vous direz et ne direz pas, tout ce que vous pen­se­rez et ne pen­se­rez pas, tout ce que vous aime­rez et n’aimerez pas pourra être retenu contre vous. Bien­ve­nue dans un monde meilleur.

Bien­ve­nue dans la blo­go­sphère sans pseu­do­nyme, Marin.

Pacte autoblographique

Faut-​il qu’un blog com­mence néces­sai­re­ment en se jus­ti­fiant d’exister ? Qui parle, pour qui, pour dire quoi, sur quel mode, pour­quoi, etc. ? Un roman, un poème, un article de jour­nal ou de revue, et même par­fois un rap­port rendent rare­ment des comptes à ce point. Pour­quoi faut-​il qu’un blog expli­cite presque sys­té­ma­ti­que­ment son contrat de lec­ture ? rende à ce point rai­son de sa parole ?

A bien y regar­der, le pacte auto­blo­gra­phique appa­raît rare­ment au pre­mier billet ; la plu­part du temps, c’est au troi­sième ou qua­trième qu’il finit par être scellé. Comme si ce qu’on avait à dire devait sor­tir immé­dia­te­ment, sous le coup d’un désir impé­rieux, ce dont il fal­lait se jus­ti­fier, ensuite seule­ment : mais au fait…

Qu’est-ce que c’est un « pacte auto­blo­gra­phique » ? Ceux qui réduisent le blog à une auto­bio­gra­phie en ligne en sont pour leur frais ; car cela n’a rien à voir avec le pacte auto­bio­gra­phique ; c’est même qua­si­ment le contraire. Alors que ce der­nier joue le rôle d’un opé­ra­teur d’absorption de la per­son­na­lité par l’écriture (c’est tout moi qui se trouve là-​dedans, tota­le­ment, dans mon entière vérité), le pacte auto­blo­gra­phique cloi­sonne : atten­tion, je ne suis pas tout entier dans mon blog (même si je peux y être à tout ins­tant). Ce n’est qu’une par­tie de moi, une facette, voire une par­tie de mes acti­vi­tés ; et même, par­fois, je m’y exprime sous pseudo, afin de redou­bler le cor­don sani­taire ; ce qui ne veut pas néces­sai­re­ment dire que je me cache, mais plus sim­ple­ment que je ne sou­haite pas néces­sai­re­ment devoir assu­mer com­plè­te­ment, en tous lieux et per­pé­tuel­le­ment ce que j’avance, en par­ti­cu­lier par le biais du Google eve­ryw­here

Menace d’invasion totale de la per­son­na­lité, le blog four­nit dans le même temps les outils pour résoudre le pro­blème qu’il pose : en jouant le rôle d’un démul­ti­pli­ca­teur de per­son­na­li­tés, en ajou­tant de nou­veaux rôles aux rôles exis­tants. Il faut donc inver­ser la menace en libé­ra­tion : ce qui est là-​dedans, c’est vrai­ment moi, mais seule­ment une par­tie ; c’est vrai­ment du moi, mais pas la totalité.

Pas facile.

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