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La fin de l’imprimé

Une rapide réac­tion à la suite du billet «  Chan­ger nos façons de tra­vailler  » publié par Vir­gi­nie Clays­sen sur son blog teXtes. Je crois que le fond de la ques­tion n’est pas tel­le­ment celle du rap­port à la tech­nique, de la bonne dis­tance à adop­ter pour un éditeur par exemple dans son rap­port à la tech­nique, qu’à sa capa­cité à gérer la tran­si­tion d’un para­digme à l’autre. Parce qu’en réa­lité, le tra­vail d’un éditeur est déjà très tech­nique, dans sa manière de prendre en charge la pré­pa­ra­tion, la com­mer­cia­li­sa­tion, la cir­cu­la­tion du livre imprimé. Le pas­sage n’est donc pas d’un tra­vail non tech­nique à un tra­vail tech­nique, mais plu­tôt le pas­sage d’un ensemble de com­pé­tences tech­niques exi­gées pour la réa­li­sa­tion du livre imprimé à un ensemble de com­pé­tences tech­niques deman­dées pour la réa­li­sa­tion de livres numé­riques. Du coup, je réagis à ce « on a des livres à faire ! » évoqué par Vir­gi­nie, qui dit que le livre numé­rique vient s’ajouter au livre imprimé. C’est du tra­vail en plus, et donc qui passe après le tra­vail nor­mal que l’on fait tous les jours. Cette posi­tion me semble dif­fi­cile à tenir, pour la simple rai­son que nous assis­tons à la dis­pa­ri­tion du para­digme dans lequel ce tra­vail nor­mal est effec­tué. Nous assis­tons à rien moins que la fin de l’imprimé.

Entendons-​nous : lorsque j’évoque la fin de l’imprimé, c’est exac­te­ment de la même manière que JL Mis­sika évoque la fin de la télé­vi­sion, c’est-à-dire, pas la fin des écrans de télé­vi­sion, mais la fin du para­digme télé­vi­suel tel qu’on l’a vu se déve­lop­per dans la seconde moi­tié du XXe siècle avec ses usages, son modéle écono­mique, et sur­tout la manière dont la télé­vi­sion for­mate les créa­tions cultu­relles. De la même manière, lorsque je dis « fin de l’imprimé », je n’évoque pas la fin de l’impression comme tech­nique — comme les écrans de télé­vi­sion, les docu­ments impri­més se mul­ti­plient au contraire — mais la fin du livre imprimé, de la revue impri­mée et du jour­nal imprimé comme para­digmes cultu­rels et intel­lec­tuels. Il est vrai que ce n’est pas dans le livre qu’on le voir le plus clai­re­ment. Je pré­fère évoquer pour l’instant la presse où l’évolution est beau­coup plus fla­grante : l’apparition des pure players, le sur­gis­se­ment de sources tota­le­ment nou­velles comme Wiki­leaks, le déve­lop­pe­ment du « jour­na­lisme de don­nées » dont on parle tant sont en train de faire explo­ser le para­digme du jour­nal imprimé : c’est-à-dire en par­ti­cu­lier que l’imprimé impose de moins en moins ses contraintes propres au tra­vail et à l’écriture jour­na­lis­tiques, et que ce sont au contraire les nou­veaux sup­ports numé­riques qui imposent aujourd’hui leurs contraintes à ce tra­vail. L’article publié dans Owni sur l’émergence de ces pro­fils hybrides de journalistes-​programmeurs est tout à fait signi­fi­ca­tif il me semble (et il n’épuise pas tous les nou­veaux pro­fils qui sur­gissent d’ailleurs : le journaliste-​community mana­ger en est un autre).

Dans le sec­teur des revues, de sciences humaines en par­ti­cu­lier, puisque je le connais mieux, il me semble qu’on com­mence à voir un fré­mis­se­ment, en par­ti­cu­lier dans la manière dont les sources du tra­vail de recherche sont convo­quées. L’insertion de docu­ments annexes, de docu­ments mul­ti­mé­dias, le ren­voi vers des bases de don­nées sont des éléments qui vont chan­ger pro­gres­si­ve­ment l’écriture scien­ti­fique elle-​même. C’est d’ailleurs pas­sion­nant de voir com­ment cer­taines revues exclu­si­ve­ment numé­riques s’éloignent pro­gres­si­ve­ment du para­digme ori­gi­nal et se met­tant à publier des docu­ments, ou des textes très courts, ou des listes, bref, tout un ensemble de pro­duc­tions, d’écrits qu’on ne trouve pas dans les revues impri­mées. C’est d’ailleurs aussi au niveau des rythmes de publi­ca­tion et de l’organisation docu­men­taire de la revue elle-​même que les choses se mettent à chan­ger pro­gres­si­ve­ment. Il y aura donc tou­jours des revues impri­mées bien sûr, mais je pense que ce seront de plus en plus des ver­sions déri­vées et secon­daires de la ver­sion numé­rique qui por­tera de nou­velles manières d’écrire et de rendre compte de la recherche ou de la réflexion.

Dans le sec­teur du livre, c’est plus lent et moins évident. Vir­gi­nie est jus­te­ment une bonne obser­va­trice de toutes les expé­ri­men­ta­tions qui foi­sonnent ici et là et elle en rend compte sur son blog. Je pense qu’on aurait tort de consi­dé­rer ces expé­ri­men­ta­tions comme sim­ple­ment mar­gi­nales, parce qu’elles pré­fi­gurent des évolu­tions à venir. Dans cer­tains sec­teurs d’ailleurs (livre pra­tique, guide de voyage, ency­clo­pé­dies), elles sont déjà pré­sentes. Je ne cesse de dire que Wiki­pé­dia, avec toute son ingé­nie­rie sociale et édito­riale en par­ti­cu­lier, est pour moi un livre. C’est même sans doute le pre­mier véri­table exemple abouti de livre du para­digme numé­rique, et on voit bien qu’il a peu à voir, dans son mode de fonc­tion­ne­ment, dans sa réa­li­sa­tion, son modèle écono­mique, ses usages et même son mode d’écriture, avec le para­digme du livre imprimé. Ce qui n’empêche pas qu’il en existe des ver­sion impri­mées bien sûr. C’est ce que dit aussi, mais d’une autre manière, Biblio­man­cienne avec son billet sur la Biblio­thèque du Congrès que je trouve très stimulant.

Alors voilà l’enjeu sans doute pour un éditeur : com­ment pas­ser d’un para­digme à l’autre. C’est-à-dire, com­ment, dans ses com­pé­tences, savoir aban­don­ner pro­gres­si­ve­ment (et l’adverbe est impor­tant) un cer­tain nombre de celles qu’il pos­sède aujourd’hui, parce qu’elles ne sont plus stra­té­giques, pour déga­ger le temps d’en acqué­rir de nou­velles qui, elles, sont en train de le deve­nir. Com­ment iden­ti­fier les tâches qui peuvent être exter­na­li­sées, pour avoir la pos­si­bi­lité d’en prendre en charge, en interne, de nou­velles, sur les­quelles se concen­tre­ront demain l’essentiel de la valeur ajou­tée d’un éditeur ? C’est là-​dessus, que j’aimerais qu’on avance dans la réflexion. J’ai essayé de mon côté, d’explorer cette évolu­tion dans «  le livre et les trois dimen­sions du cybe­res­pace  ». Cet article n’a pas ren­con­tré beau­coup d’écho. Je sais pour en avoir dis­cuté avec cer­tain éditeur de mes amis, qu’il des­sine pour lui, un ave­nir à la fois impro­bable et détes­table de son métier. Mais bon, je suis per­suadé que c’est exac­te­ment à ce niveau que se situe le noeud du problème.

L’édition en ligne : un nouvel eldorado ?


J’ai récem­ment été invité par l’asso­cia­tion EnthèSe des doc­to­rants de l’ENS LSH à venir par­ler dans une après-​midi de réflexion consa­crée aux enjeux de l’édition scien­ti­fique. Pour cette double table-​ronde, s’exprimaient Yves Win­kin, Cathe­rine Vol­pil­hac, Kim Danière de Cyber­thèses, Oli­vier Jous­lin, sur les ques­tions de la publi­ca­tion de la thèse et de son rôle dans l’évaluation du jeune cher­cheur. De mon côté, je m’exprimais dans une seconde ses­sion consa­crée plu­tôt aux enjeux de l’édition. J’ai eu le plai­sir d’écouter l’exposé très inté­res­sant de Jean-​Luc Giri­bone, que je ne connais­sais pas, des éditions du Seuil, et Denise Pier­rot, d’ENS éditions.

Inter­ve­nant en fin de jour­née, je tenais le rôle de Mr Edi­tion en ligne. Il me reve­nait donc d’expliquer le phé­no­mène à une audience de doc­to­rants en sciences humaines et sociales, dont, fina­le­ment, assez étran­gers à ce qui s’apparente quand même à des dis­cus­sions au sein d’un petit milieu. Voici donc l’essentiel de mon exposé auquel j’ai tenté de don­ner un tour rela­ti­ve­ment didactique.

En guise d’introduction, il me semble néces­saire de faire le point sur un cer­tain nombre de ques­tions qui ont struc­turé les débats sur l’édition élec­tro­nique depuis 10 ans. A mon sens, ces ques­tions sont aujourd’hui lar­ge­ment obsolètes :

1.La dés­in­ter­mé­dia­tion. C’est le terme par lequel on a pu dire que la mise en ligne des publi­ca­tions scien­ti­fiques reve­naient à la sup­pres­sion des inter­mé­diaires (ie les éditeurs). On pas­se­rait donc à un modèle de dis­tri­bu­tion directe du pro­duc­teur au consom­ma­teur. On sait aujourd’hui que cette approche n’est pas per­ti­nente, parce que toute forme de com­mu­ni­ca­tion est mar­quée par la pré­sence d’intermédiaires, aussi dis­crets soient-​ils. Aujourd’hui, les plate-​formes où les uti­li­sa­teurs sont invi­tés à dépo­ser leurs propres pro­duc­tions (les archives ouvertes par exemple), sont des inter­mé­diaires. De par sa seule exis­tence la plate-​forme a un impact édito­rial sur les conte­nus qu’elle héberge ; impact dont il faut tenir compte.

2. L’électronique ver­sus le papier : faut-​il publier au for­mat élec­tro­nique ou papier ? Cette ques­tion ne vaut plus la peine d’être posée ; en ces termes en tout cas. La réa­lité est qu’aujourd’hui, l’édition est for­cé­ment élec­tro­nique ; les auteurs, les éditeurs, les chefs de fabri­ca­tion et même les impri­meurs tra­vaillent en numé­rique. La ques­tion du papier est donc réduite à celle du sup­port de dif­fu­sion. Et même dans ce cas, elle ne concerne qu’un cer­tain type de docu­ments. Typi­que­ment, les livres. Pour les revues, on est aujourd’hui dans une situa­tion où il est peu ima­gi­nable qu’une revue s’abstienne d’être dif­fu­sée en ligne (ou alors elle se pré­pare un très mau­vais ave­nir). La ques­tion qu’elle peut éven­tuel­le­ment se poser est de savoir si elle a inté­rêt à être dif­fu­sée AUSSI sur papier.

3. La chaîne du livre : est-​elle remise en cause par l’électronique ? Ce concept de chaîne du livre me semble inopé­rant pour pen­ser les muta­tions actuelles ; parce qu’il désigne un sec­teur pro­fes­sion­nel consa­cré à la fabri­ca­tion et la dif­fu­sion du livre comme objet maté­riel et non type docu­men­taire. Bref, il écrase le concept de livre sur son actua­li­sa­tion phy­sique et ne cherche pas à le pen­ser d’abord comme objet intel­lec­tuel. Fina­le­ment, le concept même de chaîne est inopé­rant parce qu’il ne rend pas compte d’un mode cir­cu­laire de cir­cu­la­tion des savoirs et pense les choses comme une trans­mis­sion unilatérale.

Au bout du compte, il appa­raît néces­saire, si on veut essayer de com­prendre ce qui est à l’oeuvre avec l’édition élec­tro­nique de remon­ter à un plus haut niveau de géné­ra­lité, d’élargir la pers­pec­tive, c’est à dire de repar­tir de la défi­ni­tion même de ce qu’est l’édition. Bref, il faut ouvrir la boîte noire.

Qu’est-ce que l’édition ?

C’est une acti­vité hybride, bâtarde, qui se déve­loppe à par­tir de l’idée de mise au jour, de trans­mis­sion. L’édition scien­ti­fique, et sin­gu­liè­re­ment l’édition scien­ti­fique de sciences humaines peut être appro­chée par trois côtés.

1. C’est d’abord une acti­vité écono­mique. Ce qui défi­nit d’un point de vue fonc­tion­nel un éditeur, c’est sa capa­cité à mobi­li­ser des res­sources écono­miques qu’un auteur ne peut ou ne veut mobi­li­ser pour dif­fu­ser, don­ner à connaître son oeuvre. Depuis la deuxième moi­tié du XIXe siècle, l’édition est une acti­vité indus­trielle ; elle appar­tient au sec­teur des indus­tries culturelles.

2. Qui est for­te­ment arti­cu­lée au champ scien­ti­fique : Com­mu­ni­ca­tion : the essence of science, écri­vait Gar­vey en 1980. Autre­ment dit, des connais­sances, des résul­tats de recherche qui ne sont pas connus, pas dif­fu­sés et par­tant, pas dis­cu­tés n’existent pas dans le champ scien­ti­fique. Le moteur de l’activité scien­ti­fique, c’est la cir­cu­la­tion interne au champ scien­ti­fique des résul­tats de la recherche ; l’édition joue donc un rôle essen­tiel dans ce champ

3. et ins­crite dans la société : une par­ti­cu­la­rité des connais­sances pro­duites dans le champs des sciences humaines est qu’elles impactent la société par des publi­ca­tions essen­tiel­le­ment, qui vont jouer un rôle impor­tant dans le débat public, alors que les sciences exactes impactent la société plus fré­quem­ment par la média­tion de l’ingénierie.

Au point de jonc­tion entre ces trois dimen­sions, on trouve un modèle, qui s’actualise dans le mode de fonc­tion­ne­ment des mai­sons d’édition et des presses uni­ver­si­taires. Cette construc­tion a fait modèle jusqu’à pré­sent par héri­tage ou sou­ve­nir d’une période par­ti­cu­lière, celle des années 60 – 70 que l’on qua­li­fie d”« âge d’or des sciences humaines ». Jusqu’à pré­sent, il me semble que tout le monde a eu cet âge d’or en tête comme un idéal régulateur.Cet idéal repose sur une conjonc­tion mira­cu­leuse entre les trois dimen­sions que j’ai évoquées. En gros, l’idée est qu’une déci­sion de publi­ca­tion satis­fai­sait les trois dimen­sions alors conver­gentes. Edi­ter Levi-​Strauss (Lacan, Fou­cault, Barthes, etc.) se tra­dui­sait à la fois par une réus­site écono­mique, consa­crait en même temps la valeur scien­ti­fique de l’auteur (et lui per­met­tait du coup de pro­gres­ser dans le champ – avec le Col­lège de France comme Pôle magné­tique), et enfin impac­tait for­te­ment le débat public.

Je ne me pro­nonce pas sur le carac­tère réel ou mythique de cette conjonc­ture. Je dis sim­ple­ment que nous l’avons tous en tête comme idéal lorsque nous pen­sons à l’édition de sciences humaines et qu’il a long­temps fonc­tionné comme idéal régu­la­teur orien­tant le com­por­te­ment de la plu­part des acteurs.

Or, nous sommes tous en train de faire le constat que ce modèle ne fonc­tionne plus, qu’il n’est plus opé­rant. On assiste à une diver­gence entre les trois dimen­sions (on peut esquis­ser des pistes d’explication : la finan­cia­ri­sa­tion du sec­teur de l’édition, la sur-​spécialisation des sciences humaines ou les effets désas­treux de la média­ti­sa­tion du débat public. En tout cas, il semble bien ne plus fonc­tion­ner, et c’est ce qu’on appelle « la crise de l’édition de sciences humaines ».

Cela posé, je vais main­te­nant essayer de dres­ser une esquisse d’un nou­veau contexte de publi­ca­tion en émer­gence, où, effec­ti­ve­ment, l’édition élec­tro­nique joue un rôle important.

La dimen­sion écono­mique d’abord

Elle est carac­té­ri­sée par un phé­no­mène assez bien com­pris main­te­nant et qui est qua­li­fié de « longue traîne », pro­po­sée par le jour­na­liste amé­ri­cain Chris Ander­son. Sa pro­po­si­tion repose toute entière sur l’analyse de la loi de dis­tri­bu­tion de la richesse, modé­li­sée par l’économiste ita­lien Vil­fredo Pareto à la fin du siècle der­nier. Appli­quée au com­merce, cette loi de dis­tri­bu­tion rend compte du fait que de manière géné­rale pour tout type de pro­duit, envi­ron 80% des ventes sont réa­li­sées sur 20% des pro­duits. Pour le dire de manière moins mathé­ma­tique, le suc­cès com­mer­cial est réparti de manière très inéga­li­taire. Cette consta­ta­tion de sens com­mun mais qui a fait l’objet d’une modé­li­sa­tion mathé­ma­tique a des consé­quences par­ti­cu­lières pour la dis­tri­bu­tion des biens phy­siques. Elle explique en par­ti­cu­lier que sur un cata­logue total com­por­tant plu­sieurs mil­lions de livres dis­po­nibles en théo­rie, les libraires, qui ne peuvent en pro­po­ser à la vente qu’un nombre limité, pour des rai­sons de simple ratio­na­lité écono­mique vont concen­trer leur offre sur ceux qui se vendent le mieux ; les best-​sellers. Dans un envi­ron­ne­ment phy­sique, il est très coû­teux d’agrandir un maga­sin, d’ajouter des linéaires, bref, d’augmenter son offre. Il n’est donc pas inté­res­sant de le faire pour accueillir des pro­duits pour les­quels la demande est trop faible. On a donc une situa­tion clas­sique de rareté créée par les condi­tions de ren­ta­bi­li­sa­tion des inves­tis­se­ment dans le monde phy­sique. La théo­rie de Chris Ander­son repose sur l’idée inté­res­sante que les pro­prié­tés écono­miques des objets numé­riques sont fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rentes. Ainsi, pour prendre l’exemple de la musique, s’il est très coû­teux pour un dis­quaire clas­sique de pro­po­ser dans ses rayon­nages une très grande diver­sité de CD — dont la plu­part seront ven­dus à un très faible nombre d’exemplaires, il n’est pas plus coû­teux pour un dis­quaire en ligne de pro­po­ser sur son ser­veur une très grande diver­sité de fichiers mp3 plu­tôt qu’un faible nombre. Autre­ment dit, un CD sup­plé­men­taire dans un rayon­nage phy­sique, coûte pro­por­tion­nel­le­ment beau­coup plus cher qu’un fichier mp3 sup­plé­men­taire sur un ser­veur. Donc, alors que dans un envi­ron­ne­ment phy­sique, la ren­ta­bi­lité réside seule­ment dans la vente à un grand nombre d’exemplaires d’un faible nombre de pro­duits dif­fé­rents — les best-​sellers-​, dans un envi­ron­ne­ment numé­rique, il devient aussi ren­table, parce qu’économiquement équi­va­lent, de vendre un grand nombre de pro­duits dif­fé­rents cha­cun à un faible nombre d’exemplaires. C’est sur ces bases que naissent de nou­veaux mar­chés, de niches, qui viennent com­plé­ter (et non rem­pla­cer) le mar­ché global.

L’édition de sciences humaines, royaume des petits tirages risque d’être concer­née par ce modèle.

Quelles sont donc les consé­quences pour le sec­teur qui nous occupe ?

Pre­mière consé­quence : l’explosion docu­men­taire. C’est un constat que nous fai­sons tous, le déve­lop­pe­ment d’Internet est syno­nyme d’une mul­ti­pli­ca­tion consi­dé­rable de docu­ments sou­dai­ne­ment ren­dus dis­po­nibles. On assiste à une aug­men­ta­tion du nombre de revues pure­ment élec­tro­niques en créa­tion, une mul­ti­pli­ca­tion des sites web de cher­cheurs, d’équipes et de pro­jets de recherche, une explo­sion docu­men­taire sur les archives ouvertes, la dif­fu­sion des rap­ports, etc. Tout cela est rendu pos­sible par l’abaissement du coût de fabri­ca­tion et dif­fu­sion des docu­ments. C’est le pre­mier prin­cipe d’Anderson : « make eve­ry­thing avai­lable ».

Deuxième consé­quence : cette explo­sion est quand même ren­due pos­sible et n’est viable écono­mi­que­ment, selon le même prin­cipe, que par une mise en fac­teur des moyens de pro­duc­tion. Il y a 5 ou 6 ans, la plu­part des revues élec­tro­niques étaient dis­per­sées ; cela signi­fie une dis­per­sion des com­pé­tences et des moyens de pro­duc­tion. Cette situa­tion ne s’inscrit pas du tout dans la logique de la longue traîne, pour laquelle il y a ren­ta­bi­lité des publi­ca­tions à faible usage si elles sont agré­gées sur une plate-​forme unique. La logique de la longue traîne est cohé­rente avec la mon­tée en puis­sance, au cours des der­nières années des grosses plate-​formes de dif­fu­sion de revues : Revues​.org, CAIRN, Per­sée, etc. Donc, l’explosion docu­men­taire s’accompagne d’une concen­tra­tion des plate-​formes de publication.


Troi­sième consé­quence
 : le deuxième slo­gan d’Anderson, qui com­plète immé­dia­te­ment le pre­mier, c’est : « help me find it ». C’est tout à fait logique : l’explosion docu­men­taire signi­fie que tout existe. On n’a plus de déci­sion de publi­ca­tion en amont. Dans ce contexte, les outils de recherche d’information deviennent stra­té­giques. Google l’a com­pris avant les autres ; on ne peut s’étonner de la posi­tion que cette entre­prise occupe. Pour ce qui nous concerne, on peut dire que d’une cer­taine manière, dans l’ancien modèle, l’organisation édito­riale des publi­ca­tions repo­sait sur la notion de col­lec­tion. Dans le nou­veau contexte, le prin­cipe orga­ni­sa­teur d’un point de vue édito­rial, c’est le moteur de recherche (principalement).

Der­nière consé­quence : dans l’ancien modèle, seules les publi­ca­tions les plus ren­tables existent (font l’objet d’une déci­sion de publi­ca­tion favo­rable). La rareté est donc du côté des publi­ca­tions. Dans le nou­veau contexte, toutes les publi­ca­tions pos­sibles existent. Ce sont donc les lec­teurs qui deviennent rares. C’est le fon­de­ment de ce qu’on appelle l’économie de l’attention, avec une consé­quence impor­tante : si ce sont les lec­teurs qui sont rares et non les publi­ca­tions (rela­ti­ve­ment les unes aux autres), alors les bar­rières d’accès aux docu­ments (l’accès sur abon­ne­ment par exemple) deviennent contre-​productives. Le prin­cipe de la res­tric­tion d’accès est contra­dic­toire avec la logique de ce nou­veau contexte. On voit donc que le mou­ve­ment de l’open access, qui s’est déployé avec une face poli­tique et idéo­lo­gique (libre accès aux résul­tats de la recherche) repose en fait sur une pro­priété très puis­sante de l’économie des biens numé­riques. Il suf­fit de regar­der les nou­velles revues pure­ment élec­tro­niques qui se créent. Aucune ne veut d’une bar­rière d’accès sur abon­ne­ment ; parce que leur prin­ci­pal souci est d’être lues et connues.

Pas­sons main­te­nant aux rela­tions entre l’édition élec­tro­nique dans ses rela­tions avec le fonc­tion­ne­ment du champ scientifique

Ici, on constate des évolu­tions qui ne sont pas le fait des évolu­tions tech­no­lo­giques, mais plu­tôt de l’organisation de la recherche, des évolu­tions poli­tiques et écono­miques, ou propres aux para­digmes scien­ti­fiques. En revanche, on voit com­ment l’édition élec­tro­nique répond plu­tôt bien à ces évolutions.

Pre­mière évolu­tion : l’accélération du rythme de com­mu­ni­ca­tion. Comme la recherche est de plus en plus contrac­tua­li­sée et évaluée, les pres­sions sur les équipes de recherche pour com­mu­ni­quer, publier, rendre compte publi­que­ment de l’avancée de leurs tra­vaux vont crois­sant. Alors que l’édition clas­sique avec des délais de publi­ca­tions qui se comptent en années ne peut pas suivre le rythme, l’édition élec­tro­nique aide les cher­cheurs à répondre à cette pression.

Deuxième évolu­tion : une modi­fi­ca­tion de l’équilibre docu­men­taire en faveur des formes courtes. Tra­di­tion­nel­le­ment, la mono­gra­phie est la forme cano­nique de la publi­ca­tion en sciences humaines. Aujourd’hui, on assiste à une mon­tée en puis­sance de l’article comme forme « nor­male » et rému­né­ra­trice pour les car­rières des cher­cheurs. Cette évolu­tion a beau­coup de fac­teurs dif­fé­rents. L’influence de modèles de com­mu­ni­ca­tion propres aux sciences exactes me semble être l’un de ces fac­teurs. Quoi qu’il en soit, l’édition élec­tro­nique est bien posi­tion­née pour répondre à cette évolution.

Troi­sième évolu­tion : le ren­for­ce­ment du col­lec­tif dans le tra­vail de recherche. Beau­coup de cher­cheurs le disent : la figure mythique du savant génial isolé, qui tra­vaille dans son coin et révo­lu­tionne son domaine au bout de vingt ans d’obscurité n’existe pas (plus). La recherche scien­ti­fique, même en sciences humaines, est aujourd’hui un tra­vail d’équipe repo­sant sur une col­la­bo­ra­tion forte, à tous les niveaux, entre cher­cheurs. Là encore, les outils numé­riques sont très utiles pour répondre à ces besoins crois­sants de coordination.


Der­nière évolu­tion
 : pas la plus simple à cer­ner, elle concerne l’évaluation de la recherche. Dans le modèle idéal, comme il y a conver­gence entre les 3 dimen­sions, la déci­sion de publi­ca­tion sanc­tionne la valeur scien­ti­fique qui est consa­crée par le suc­cès. Il ne me semble pas tout à fait juste de dire que la com­mu­nauté scien­ti­fique délègue aux éditeurs l’activité d’évaluation car, dans les mai­sons d’édition, les direc­teurs de col­lec­tion et les refe­rees sont bien des col­lègues ; ils font par­tie du monde uni­ver­si­taire. Le pro­blème est qu’il y a une diver­gence de plus en plus impor­tante entre l’évaluation de la qua­lité scien­ti­fique d’un tra­vail et la déci­sion de publi­ca­tion. Dans le nou­veau contexte, il n’y a pas de véri­table déci­sion de publi­ca­tion. Toute publi­ca­tion pos­sible existe. L’évaluation est donc néces­sai­re­ment dépla­cée ailleurs. Il me semble qu’on se retrouve alors dans des situa­tions docu­men­taires assez connues en sciences dures qui vivent depuis long­temps des situa­tions d’économie de l’attention avec une abon­dance rela­tive de publi­ca­tion (ce qui n’était pas le cas des sciences humaines jusqu’à aujourd’hui). Des sys­tèmes biblio­mé­triques du type ISI, des sys­tèmes de clas­se­ment des revues que l’on voit arri­ver en sciences humaines consti­tuent des méca­nismes d’évaluation dif­fé­rents. Il fau­drait com­plé­ter l’analyse.

Je vou­drais pour finir sur cet aspect, poser une ques­tion qui me semble impor­tante : cette évolu­tion du mode de fonc­tion­ne­ment du champ scien­ti­fique doit avoir des consé­quences épis­té­mo­lo­giques impor­tantes. Quelles sont-​elle ? Je me gar­de­rai bien de répondre à cette ques­tion main­te­nant. Je ren­voie la ques­tion aux dif­fé­rentes com­mu­nau­tés scien­ti­fiques qui, me semble-​t-​il, doivent en débattre sérieusement.

L’édition élec­tro­nique et l’inscription sociale de la recherche scientifique

Sur cet aspect, il y a une bonne nou­velle et une mau­vais nou­velle pour les chercheurs.

La bonne nou­velle, c’est que les réseaux numé­riques leur donnent de nou­veau la pos­si­bi­lité d’intervenir direc­te­ment dans le débat public sans devoir pas­ser sous les fourches cau­dines du for­ma­tage média­tique. Les blogs de cher­cheurs (ceux de Jean Véro­nis, André Gun­thert,Bap­tiste Coul­mont, parmi d’autres, les revues intel­lec­tuelles en ligne, La Vie des idées, Telos, Sens Public) sont un moyen pour eux de prendre posi­tion dans le débat public et de per­pé­tuer d’une cer­taine manière la posi­tion de l’intellectuel.

La mau­vaise nou­velle (pour les cher­cheurs) main­te­nant, c’est que si les cher­cheurs peuvent de nou­veau inter­ve­nir direc­te­ment dans le débat public, ils ne sont pas les seuls à pou­voir le faire. Il sont même plu­tôt mis en concur­rence avec.…tout le monde ! Pire encore, la posi­tion de pré­émi­nence par l’expertise dont ils pou­vaient se pré­va­loir (et sur laquelle ils comptent) est de moins en moins recon­nue a priori…La mani­fes­ta­tion de cela, c’est Wiki­pe­dia qui est une épine dans le pied de la com­mu­nauté scien­ti­fique. La ques­tion qui est der­rière ce phé­no­mène est la sui­vante : quelle est désor­mais la place, quelle recon­nais­sance pour la spé­ci­fi­cité des connais­sances scien­ti­fiques, c’est-à-dire de connais­sances pro­duites selon des normes pro­fes­sion­nelles par­ti­cu­lières, dans la société de l’information.

Der­nier phé­no­mène inté­res­sant : ce sont les usages non-​contrôlés des publi­ca­tions scien­ti­fiques. Dans un contexte d’accès ouvert aux publi­ca­tions, avec la par­ti­cu­la­rité des sciences humaines que les connais­sances pro­duites sont com­mu­ni­quées en lan­gage natu­rel (pas de rup­ture lin­guis­tique comme ailleurs), on voit des articles poin­tus, publiés dans des revues qui n’étaient jusqu’à récem­ment consul­tables qu’en biblio­thèque uni­ver­si­taires, être cités dans des forums de dis­cus­sion, sur des sites per­son­nels, bref, dans des dis­cus­sions cou­rantes, sans être pas­sées par le filtre de la vul­ga­ri­sa­tion paten­tée. C’est un phé­no­mène mal connu à mon avis, et pour­tant assez passionnant.

Conclu­sion

Tout au long de l’exposé, j’ai essayé de dépas­ser les visions idyl­liques ou infer­nales, pour ten­ter de jeter un éclai­rage sur un nou­veau contexte de publi­ca­tion en émer­gence. Ce que j’ai décrit n’est évidem­ment pas un ins­tan­tané de la situa­tion actuelle. Dans cet ins­tan­tané, j’ai choisi de bra­quer le pro­jec­teur uni­que­ment sur des éléments encore peu visibles, encore en émer­gence, et tenté de mon­trer qu’ils étaient la mani­fes­ta­tion d’une logique assez puis­sante en cours de consti­tu­tion à l’intérieur des cadres héri­tés dans les­quels nous agissons.

PS : Un grand merci très ami­cal à Yann Cal­bé­rac etVanessa Obry qui ont eu la gen­tillesse de m’inviter à m’exprimer au cours de cette après-​midi et à qui revient la pater­nité du titre de mon intervention !


Cré­dit photo : « OMG MACRO ! », par Don solo, en CC by-​nc-​sa 2.0, sur Flickr

Les rencontre de l’Orme(2)


Suite des ren­contres de l’Orme avec un ate­lier de l’après-midi sur la ques­tion du par­tage et de l’échange dans la chaîne de pro­duc­tion édito­riale numé­rique. Ici, on est davan­tage dans la pré­sen­ta­tion d’expériences (tant mieux).

Pre­mière pré­sen­ta­tion, par Odile Che­ne­vez, coor­don­na­trice CLEMI dans l’académie d’Aix-Marseille, sur une expé­ri­men­ta­tion de pro­duc­tion d’un jour­nal d’établissement avec Spip. Plu­sieurs choses très inté­res­santes dans cet exposé : tout d’abord, cette idée que la forte sépa­ra­tion entre espace privé et site public qui carac­té­rise ce CMS par rap­port à d’autres, ou aux wiki, fonc­tionne très bien dans un contexte péda­go­gique, car, et la dis­tinc­tion entre les trois niveaux de vali­da­tion de chaque article ren­force cette dimen­sion, il per­met d’éduquer les élèves à la res­pon­sa­bi­lité de la publi­ca­tion. Autre chose, l’intervenante montre que les pro­fes­seurs qui enca­draient l’initiative étaient très inquiets du pla­giat des conte­nus sur Inter­net. Or, ce que montre cette expé­rience, c’est que ce sont les élèves eux-​mêmes qui, par le biais du forum interne, se sont auto-​régulés direc­te­ment, alors que les ensei­gnants sem­blaient rela­ti­ve­ment dépas­sés par le phé­no­mène. Autre chose inté­res­sante, les capa­ci­tés lin­guis­tiques des élèves (de l’expérimentation en ques­tion) appa­raissent de manière frap­pante en com­pa­rant les textes que les élèves ont pro­duit pour ce jour­nal de classe et leur propre Sky­blog. Les deux der­niers points mettent en évidence la réa­lité des com­pé­tences numé­riques d’un cer­tain nombre d’adolescents qui peuvent être capables d’adapter leur niveau de dis­cours aux dif­fé­rents espaces de publi­ca­tion dont ils com­prennent bien ce qui les dis­tingue, ou savent iden­ti­fier les com­por­te­ments inac­cep­tables (ainsi pas exemple une ten­ta­tive d’usurpation d’identité sur un forum).

L’exposé sui­vant, pro­posé par Laure Endrizzi de la Cel­lule Veille Tech­nique et scien­ti­fique de l’INRP, dont Homo Nume­ri­cus avait remar­qué un des der­niers textes, porte sur Wiki­pe­dia. Mal­heu­reu­se­ment, il s’agit seule­ment d’une pré­sen­ta­tion, infor­mée certes, de l’encyclopédie en ligne. Un des points impor­tants sur les­quels elle insiste, ce sont les méca­nismes internes à l’initiative qui visent à déga­ger ou mettre en valeur les par­ties de meilleure qua­lité de l’encyclopédie : les por­tail, le pro­jet Wiki­pe­dia 1.0 (qui « fixe » les articles de qua­lité et en font un export dis­tri­bué sur DVD), les labels de qua­lité, et les pro­jets thé­ma­tiques. Bref, l’idée est la sui­vante : ce qui donne de la qua­lité et qui se déve­loppe dans Wiki­pe­dia, ce sont les pro­jets col­lec­tifs et concer­tés qui orga­nisent l’acte édito­rial plu­tôt que de le pen­ser comme l’agrégation d’actes indi­vi­duels. Der­nier point impor­tant, ce tra­vail col­lec­tif au sein de l’encyclopédie porte à la fois sur les conte­nus à pro­mou­voir par ce que de qua­lité, et sur les articles qui ne le sont pas et qui sont à supprimer.

Troi­sième pré­sen­ta­tion : Sophie de Qua­tre­barbes, de l’association Deci-​dela, pré­sente un pro­jet bap­tisé « le média­teur éduca­tif ». Son asso­cia­tion conçoit, en par­te­na­riat avec un éditeur des conte­nus éduca­tifs mul­ti­mé­dias (sites et cd-​rom) sur des thèmes spé­ci­fiques. Dans le pro­ces­sus d’édition de ces conte­nus, cette asso­cia­tion cherche à amé­lio­rer l’interaction avec les ensei­gnants, les « remon­tées du ter­rain » comme on dit. Il s’agit donc d’ouvrir une plate-​forme de blogs per­met­tant aux ensei­gnants d’échanger leurs idées d’usages de ces conte­nus (comme l’organisation d’ateliers, etc.) L’ensemble de ces blogs sont agré­gés sur un por­tail afin de don­ner plus de visi­bi­lité aux pra­tiques péda­go­giques dont ils rendent compte. L’initiative en est à ses débuts. La ques­tion qu’elle se pose porte sur le manque d’enthousiasme des ensei­gnants à com­mu­ni­quer sur leurs pra­tiques et leurs expé­riences ; bref, cette ini­tia­tive ne semble pas avoir le suc­cès escompté.

Odile Che­ne­vez prend la parole pour répondre à ces inter­ro­ga­tions. En gros, la réponse est simple : quel est l’intérêt des ensei­gnants à contri­buer chez/​pour un éditeur de conte­nus ? C’est sim­ple­ment à cette ques­tion qu’il faut répondre.

Fina­le­ment, le débat s’engage sur la ques­tion de la construc­tion de l’autorité, en par­ti­cu­lier sur Wiki­pe­dia. Laure Endrizzi évoque la manière dont l’autorité sur l’encyclopédie en ligne n’est pas du tout construite sur la bio­gra­phie du contri­bu­teur, mais bien plus sur l’historique de ses contri­bu­tions sur Wiki­pe­dia. Elle évoque le Trust Colo­ring Tool, un sys­tème de cal­cul auto­ma­tique de l”« autorité » d’un contri­bu­teur en fonc­tion de la péren­nité de ses contri­bu­tions. Le résul­tat de ce cal­cul est ensuite mani­festé par une colo­ra­tion pro­gres­sive des contri­bu­tions. Ainsi, sur un article, on pourra voir cer­tains pas­sages plus ou moins colo­rés en fonc­tion de l’autorité dont jouissent leurs auteurs. On pourra donc en déduire qu’ils sont moins fiables.

Une pre­mière réac­tion me vient à l’esprit : ce méca­nisme de construc­tion de l’autorité par agré­ga­tion d’actes indi­vi­duels est contra­dic­toire avec les ini­tia­tives édito­riales qu’elle a évoquées pré­cé­dem­ment. Fina­le­ment, c’est l’aspect qui me sem­blait le plus inté­res­sant dans cet ate­lier : le par­tage et l’échange dans la chaîne de pro­duc­tion édito­riale, peuvent être encou­ra­gés de manières très différentes.


Cré­dits photo : « Power law of par­ti­ci­pa­tion », par Ross May­field, sur Fli­ckr en CC by-​nc 2.0