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Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
La métaphore du livre interdit l'invention d'une édition véritablement électronique

Les professionnels de l’édition ne cessent d’en parler : une nouvelle génération de liseuses est en train d’émerger. Pressenti comme l’objet miracle qui va faire entrer l’édition dans le monde du numérique, le e-book est annoncé comme le Walkman du livre.

Portable, léger, de lecture confortable, ressemblant au livre à s’y méprendre, la liseuse constituerait la solution de l’édition face à la révolution numérique. Et pourtant, le compte n’y est pas.

Et si on essayait de penser l’avenir de l’édition électronique sans se référer en permanence au bel objet qu’est le livre et aux nobles rayonnages des bibliothèques familiales ou des bibliothèques publiques ?

Sur le fond, d’abord. Les liseuses sont vendues comme des livres électroniques. De la même façon, en 1995, les médias décrivaient Internet comme une bibliothèque. La vertu de la métaphore facilite l’appropriation d’un objet nouveau par une société qui ne connaît, par définition, que des références passées. Cela peut fonctionner lorsque l’image est utilisée dans la phase de diffusion d’une invention, lorsqu’elle est conçue et qu’il faut convaincre. Cela fonctionne souvent avec difficulté lorsque la métaphore sert de tuteur à une invention. S’il avait fallu inventer Internet comme une bibliothèque dans les années 1960, le Web ne serait pas ce qu’il est devenu. Trente ans plus tard, initier le grand public au "world wide web" en faisant une référence erronée au modèle de la bibliothèque était une stratégie pédagogique, pas un modèle créateur. Malheureusement pour le livre électronique, il semble évident que la métaphore a constitué la matrice de l’invention de l’objet. Dès lors, c’est un objet que l’on a conçu, avant de penser un usage. Une continuité, que l’on souhaite mettre en place, avant de penser une adaptation à un contexte nouveau. On connaissait les vertus de l’objet livre. On a songé à les transposer mécaniquement au monde numérique. On a obtenu un monstre qui se révèle inutile, coûteux et lourd. Les liseuses d’aujourd’hui présentent les défauts du livre et quasiment aucune des qualités du texte numérique. Et si on essayait de penser l’avenir de l’édition électronique sans se référer en permanence au bel objet qu’est le livre et aux nobles rayonnages des bibliothèques familiales ou des bibliothèques publiques ?

Sony annonce la "Reader Revolution". Capture du site du Sony Reader, 10 novembre 2008.

Sony annonce la "Reader Revolution". Capture du site du Sony Reader, 10 novembre 2008.

Hypothèse n°1 : le livre est un optimum

Posons comme première hypothèses que l’objet-livre est une réussite parfaitement adaptée aux conditions matérielles et techniques d’une époque. Un optimum adapté aux contraintes particulières de l’imprimé, des pratiques d’écriture et des pratiques de lecture d’un contexte historique précis.

Hypothèse n°2 : l’objet-livre n’est pas l’objet de l’édition

Posons comme seconde hypothèse que l’objet de l’édition est l’expression de la pensée et de la sensibilité humaines, l’échange entre les hommes à travers le temps et l’espace. Un véhicule, une mémoire, un vecteur. L’objet de l’édition n’est pas l’objet-livre. L’objet de l’édition est le texte ; l’écriture du texte et sa lecture.

Hypothèse n°3 : le texte numérique n’est pas un livre

Posons comme troisième hypothèse que le texte numérique présente des caractéristiques spécifiques :

1. L’information numérique, en elle-même, est quasiment immatérielle : il est possible de s’émanciper, grâce à elle, du poids du bois qui constitue le papier.

2. Le texte numérique est reproductible quasiment sans coût spécifique.

3. L’information numérique circule avec une très grande fluidité.

4. Le texte numérique peut se doter de couches successives : il est annotable.

5. Le texte numérique est hypertextuel ; il est liable.

6. Le texte numérique est indexable par des robots, à tout moment et sans cesse, selon des logiques et des algorithmes qui ne cessent d’évoluer.

7. Le texte numérique relève de l’économie de l’attention et non de l’économie de la rareté.

Hypothèse n°4 : l’édition électronique constituera un nouvel optimum

Posons comme quatrième hypothèse que l’avenir de l’édition électronique se situe dans la mise au point d’un nouvel optimum, adapté au nouveau contexte. S’impose en effet la rencontre du texte édité et du numérique. En quoi les e-books de 2008 favorisent-ils la rencontre entre texte édité et numérique ?

Les e-books en 2008 relèvent d’une logique de numérisation

Procédons, pour l’instant, sans préjuger de ce qu’est le texte édité lui-même. Une telle question nous mènera trop loin pour aujourd’hui. Elle pourrait provoquer des angoisses existentielles dans l’esprit de certaines éditeurs, alors qu’elle devrait seulement susciter des questions ontologiques.

Explorons les sept caractéristiques mises en avant :

1. Immatériel ?

Les liseuses permettent d’embarquer dans un objet de quelques centaines de grammes des dizaines, des centaines, bientôt des milliers de livres. En cela, elles laissent de la place dans votre sac à dos ou dans votre coffre si vous partez en vacances avec des lectures de travail en retard ou des lectures appétissantes à dévorer... Score : +1.

2. Reproductible ?

Les liseuses permettent d’intégrer des livres en libre accès et de les reproduire à l’infini. Mais les éditeurs ont décidé, comme pour le MP3, de s’embarrasser de DRM (Digital rights management) pour leurs livres mis en vente. Il est notable d’assister à la mise en place de DRM pour les livres électroniques, au moment où l’industrie du disque en revient chaque jour un peu plus. Ne faut-il pas tirer quelques conclusions de l’expérience ? Il semble que les enjeux soient trop importants pour le permettre.

La FNAC vend donc un fichier epub au prix du livre papier avec une limitation de lecture sur cinq machines, pas une de plus. Il s’agit donc de fichiers définis comme périssables. Il ne sera pas possible de prêter ce livre, alors que c’est une "fonctionnalité sociale" fondamentale du livre. Il sera même impossible de consulter le livre électronique protégé par DRM dans les conditions réelles de la vie quotidienne. Le profil-type du lecteur de demain n’est-il pas celui d’un individu disposant d’un ordinateur au bureau, d’un ordinateur à la maison et d’une liseuse ? Trois machines, donc, au minimum. Or, les gestionnaires considèrent qu’un matériel informatique est renouvelé tous les 4 ans. Cela signifie que, dans 4 ans, le lecteur ne pourra pas lire le livre acheté aujourd’hui sur ses nouvelles machines. La hotline de la Fnac lui indiquera sûrement qu’il aurait été bien inspiré de conserver un vieux coucou à la cave pour lire les livres de l’époque. On appelle cela le progrès. Les administrateurs de parcs informatiques savent, par ailleurs, que les disques durs survivent moins de 4 ans en moyenne et que, virus, formatages et défaillances matérielles aidant, les fichiers stockés sur une machine sont en sursis, voire condamnés dès leur création. Et sont voués à disparaître à l’occasion d’un cambriolage, d’un incendie ou d’un geste brusque du petit dernier qui pousse papa à renverser la cafetière sur le MacBook dernier cri... Il paraît donc évident que les livres achetés aujourd’hui n’auront jamais la durée de vie des objets-livres. Ils sont fragiles, volatiles et, finalement, provisoires. Ils le sont techniquement. Ils le sont, encore plus, en raison des DRM qui les protègent.

En conséquence, ils devraient être vendus au prix d’une location. Ils sont vendus au prix de l’objet dont ils constituent une pâle copie numérique. Vendre un livre numérique à 3€ et un livre-objet à 30€ ne serait pas un contre-sens ni une dévalorisation du talent de l’auteur ou de la qualité du travail de l’éditeur. Ce serait une simple prise en compte des différences fondamentales entre l’univers analogique et l’univers numérique. Score : -1.

3. Fluide ?

Alors que l’information numérique circule avec une grande fluidité, les e-books semblent déployer leur talent à émuler les distances physiques qui existent, dans le monde analogique, entre les mots, les phrases, les paragraphes, les chapitres, les livres eux-mêmes. L’ergonomie des e-books se concentre sur la lecture linéaire, de la page 1 vers la page 999, supposée être celle du papier (ce qu’elle n’est pas). Score : -1.

4. Annotable ?

Les e-books ne sont actuellement quasiment pas annotables. Ils sont inférieurs au livre-objet, que je surligne, stabilobosse, corne, annote au crayon. Score : -1.

5. Liable ?

Les e-books ne sont actuellement quasiment pas liables, pas liés, pas liants. Ils restent des objets fermés. Les e-books relèvent d’une logique de numérisation. Pas d’une logique d’édition électronique. C’est particulièrement frappant dans le cas de la liseuse de Sony, qui ignore Internet : elle est alimentée en contenus par un câble USB et se paie le luxe d’ignorer l’existence de Wikipedia, du projet Gutenberg, de Revues.org... Score : -1.

6. Indexable ? Les e-books ne proposent quasiment aucune indexation, aucun moteur de recherche, aucune fonction transverse aux textes édités. Ils sont plats. Ils sont mornes. Ils pèsent comme une parpaing intellectuel. Score : -1.

7. Pléthorique ? L’offre d’e-books est indigente et mal balisée. Les liseuses guident le lecteur vers des supermarchés culturels et ignorent volontairement Wikipedia, Gutenberg, Feedbooks, Lemonde.fr, Maître Eolas, Wikio, Marmiton, etc. Score : -1.

Le Sony Reader, un bel objet

Sur la forme, ensuite. Le Sony Reader 505 est un bel objet. Son écran est magnifique (technologie "E Ink"). Il confirme les vertus annoncées de ce type d’affichage, supérieur en contraste et en stabilité aux plus beaux écrans LCD existant actuellement sur le marché. Mais, sur la liste des vertus, on s’arrêtera là.

Sony Reader 505. Source.

Une boîte vide

L’objet est cher (300€) et vendu sans contenu. Oui, ami lecteur, le premier livre électronique vendu à la FNAC est une coquille vide de tout contenu ! L’objet ne propose que des catalogues de livres Hachette. Ces catalogues sont de magnifiques contradictions pour un e-book à six pattes : ils vantent les mérites de livres qui n’ont -pour l’essentiel- pas encore de version numérique. Ces catalogues sont de simples listes. L’information est statique, non cliquable, inutile. L’architecte d’une ville nouvelle dépose-t-il dans ses rues flambant neuves des prospectus à la gloire des cités médiévales ? Ne peut-il s’appliquer à démontrer l’intérêt de sa ville nouvelle ?

Le créateur et le promoteur du livre électronique devront croire en leur invention. Les consoles de jeu sont livrées avec un jeu inclus, de façon à permettre un déballage au pied du sapin qui ne soit pas une frustration... De même, les e-books devraient être livrés avec quelques friandises à se mettre sous la dent. Le Père Noël Hachette-Fnac-Sony peut-il proposer de diffuser un Reader équipé des titres suivants ?

- un dictionnaire Robert,
- une encyclopédie,
- L’Encycopédie de Diderot et d’Alembert,
- La République de Platon,
- L’extinction du paupérisme de Louis-Napoléon Bonaparte,
- De la démocratie en Amérique de Tocqueville,
- Le Suicide de Durkheim,
- Le Peuple de Michelet,
- A l’école des sorciers,
- Lanfeust de Troy volume 1,
- Shining de Stephen King,
- un livre de cuisine, par exemple C’est moi qui l’ai fait.net,
- un bon guide de bricolage...

Contrairement à Fnac.com, Feedbooks propose un catalogue conséquent, multiformats Capture de la page d'accueil du site Feedbooks, 10 novembre 2008

Contrairement à Fnac.com, Feedbooks propose un catalogue conséquent et multiformats. Capture de la page d’accueil du site Feedbooks, 10 novembre 2008

Feuilleter au ralenti : une expérience moderne

En outre, l’objet est lent, très lent. Il est lent à mourir. Le paradoxe est fort : le livre est bien plus rapide ! Un ordinateur ou un simple Palm le sont également pour consulter Wikipedia et Gutenberg... Il est étonnant d’avoir à attendre plusieurs secondes pour que s’affiche en 9 niveaux de gris un schéma vectoriel en PDF ou une image au format JPEG.

La fonction zoom : une copie à revoir de fond en comble...

A la lenteur s’ajoute la médiocrité des fonctions de lecture, au premier rang desquelles il faut compter la fonction zoom. Peu commode, défigurant souvent le texte, le zoom est la fonction la plus décevante du Sony Reader.

Une offre délibérément réduite

Enfin, l’objet souffre d’une fermeture de l’offre : la documentation incite le lecteur à aller sur Fnac.com pour acheter son livre. Si le Sony Reader est moins fermé que le Kindle d’Amazon (véritable monstre de fermeture propriétaire), il tente de recréer une autoroute de l’information confinant au monopole au profit de la Fnac et d’Hachette, partenaires officiels. C’est sans doute trop demander que Sony suggère d’aller sur une dizaine de sites d’édition électronique...

Pour mener l’expérience jusqu’au bout, j’ai acheté quatre ouvrages à prix d’or sur le site de la Fnac :

- Au fondement des sociétés humaines - 18 €

- Encadrer, une mission impossible ? - 23,41€

- Discours de la servitude volontaire - 2,25€

- Du contrat social - 3,15€

Alors que les nouveautés sont vendues au prix du papier, les classiques sont vendus à des prix intéressants.

En quelques semaines, le catalogue est passé de quelques dizaines de titres de "tête de gondole" à plusieurs centaines, ce qui constitue un progrès notable, et annonce une amélioration rapide de la situation dans ce domaine.

Achat de 4 livres pour 48€ sur le site de la Fnac. Les classiques sont vendus à des prix intéressants. Les nouveautés sont terriblement chères.

Achat de 4 livres pour 48€ sur le site de la Fnac.Les nouveautés sont terriblement chères.

Tout reste à inventer

N’en jetez plus, me direz-vous. Les vicissitudes actuelles des liseuses ne sont, par chance, que provisoires. L’édition électronique conserve un avenir magnifique. Mais il faudra s’armer de patience encore un petit peu. La pensée et la sensibilité humaines ont besoin de véhicule, et le texte numérique est une merveilleuse modalité pour cette finalité. La lecture mobile semble constituer un passage obligatoire pour permettre le succès de l’édition électronique. Le métro, le TGV, le bus, le taxi, la plage, le lit sont des lieux privilégiés de lecture, agréables et incontournables. Nous ne manquons pas d’écrans mobiles pour lire et relire Cicéron et Hergé, Baudelaire et Le Monde.

Aujourd’hui, je lis beaucoup plus sur mon petit téléphone Nokia que sur la liseuse Sony acquise pour des tests par le Centre pour l’édition électronique ouverte. J’utilise, pour cela, un vieil outil appelé navigateur web. Je peux cliquer sur un lien contenu dans un courriel pour en consulter le texte. Je peux utiliser Google reader pour consulter une sélection précise de contenus. D’un clic, j’accède à ma ressource. Je la lis aussitôt. Lorsque cette ressource propose un lien vers un autre texte numérique, je m’y rends d’un simple clic. J’ai accès à un maillage hypertextuel extrêmement dense et riche. Sur le front des e-books, tout reste à inventer. A moins que nous disposions d’une solution évidente sous nos yeux ?


PS: Je proposerai prochainement un billet proposant une bibliographie en ligne sur le sujet des e-books.


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30 commentaire(s)
1 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
17 novembre 2008 00:16, par Jean-Christophe

Pour ma part, je consulte des livres numériques sur un truc qui n’est pas une liseuse dédiée et qui me permet, d’ailleurs, de faire des tas d’autres trucs comme téléphoner, CQFD. Mais aussi noter le liste de mes courses, faire un tangram, me localiser et localiser la pharmacie la plus proche pour acquérir rapidement un remède pour l’un de mes mômes, voir la météo, lire les fils RSS de mes sites favoris, relever mes mails et y répondre, montrer mes photos à des amis… C’est amusant comme la lecture sous Stanza est agréable et je télécharge des tas d’ouvrages de fond gratuitement sur des sites comme manybooks ou autres… Mieux, l’écran est en couleurs d’une qualité étonnante en couleurs mais ce n’est pas une liseuse dédiée… Mais comme vous, j’adore le papier et j’aime prêter mes livres (dernièrement, un polar, Queue de poisson s’est baladé entre plusieurs mains familiales) et je continue à acquérir du papier qui reste, lui, multiformat et en couleurs… ! Ah, j’oubliais, ma liseuse est une iPomme, si, si, un iPhone…


2 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
17 novembre 2008 08:09, par X

Oui, les e-readers génériques sont assez déceptifs, des contenus moins bien composés que la version papier, une ergonomie moins bonne que sur un mobile (nous préférons de loin Classics et la bande dessinée d’Angoulême aux contenus de Stanza) ou un ultramobile, un prix bien trop élevé et des modèles économiques et éditoriaux difficiles à accepter. Il n’empêche que l’encre électronique a un bel avenir devant elle et que certains créateurs sont en train de se l’approprier. 2009 sera l’année d’expérimentations opérationnelles massives et de la sortie de plates-formes abouties à des prix plus abordables. A partir de 2010, des déploiements massifs, voir mon "poulet“…


3 Il n’y a pas que la Fnac
17 novembre 2008 00:50, par Marc-André Fournier

C’est dommage que vous ne connaissiez pas les Guides MAF hypermédia pour PRS505.


4 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
17 novembre 2008 14:04, par anne

Votre vison du livre numérique est déformée par vos habitudes de chercheur, d’universitaire. Vous aimeriez calquer le modèle de revues.org ou d’internet à la lecture de livres, cela ne fonctionne pas. On ne lit pas un roman ou un essai comme un article de revue en ligne. Vous aimeriez que le sony reader vous offre tous les avantages d’un ordinateur et d’un navigateur, c’est raté, vous êtes déçu : cet appareil sert uniquement à lire -confortablement- des livres, du début à la fin, de la page 1 à la page 999 et c’est son seul (mais néanmoins considérable) avantage sur un ordinateur, un palm ou un iphone. Moi les romans je les lis du début à la fin, je n’ai pas envie de feuilleter ou de cliquer frénétiquement sur tous les liens qui passent, et je pense que l’immense majorité des lecteurs en fait de même. Alors oui vous avez raison le PRS-505 n’est pas parfait pour des usages universitaires, le PRS-700 est mieux pensé pour ça (avec le clavier tactile, la recherche plein-texte et la prise de notes), mais tout de même votre article est un peu à côté de la plaque. Lisez plutôt les commentaires des gens qui ont acheté cet appareil pour ce qu’il est et pour les avantages qu’ils en tirent (et pas pour confronter l’appareil à leurs préjugés théoriques).


5 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
18 novembre 2008 02:05, par piotrr

@Anne : Bonjour, les critiques de Marin sont de deux ordres ; une partie concerne en effet le manque d’interactivité ; mais l’autre concerne les insuffisances de la machine elle-même et de son environnement commercial.

Je suis moi aussi un adepte de la lecture passive :

et donc, d’un certain point de vue, avec des habitudes de lecture proches de vous. J’ai acquis récemment le cybook de bookeen avec un a priori très favorable. Et bien je me retrouve pour une bonne part dans la critique que Marin fait des liseuses. Certes, la qualité d’affichage est là, mais le format physique de la machine n’est pas adapté. Les fonctions ne serait-ce que de changement de page sont très lentes ; il n’y a même pas de numérotation de page ! les notes de bas de page ne sont pas gérées ! et ainsi de suite. Je suis aujourd’hui très déçu. Sans parler du prix auquel les ouvrages sont vendus, pratiquement le même que l’objet-livre, ce qui est tout à fait déraisonnable. Avec en plus les DRM, l’instabilité de la machine qui plante de temps en temps.

Bref, du pain sur la planche.


6 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
18 novembre 2008 04:49, par Marin

@Anne : J’ai écrit ce billet parce que la quasi-totalité des chroniques parues en France au sujet des e-books me paraissaient de simples copier-coller de communiqués de presse, sans réflexion sur les usages, les limites et les modèles. Il me semblait nécessaire de sortir d’une approche consensuelle et un peu béate, qui risque de pousser les gens à acheter un Reader pour des usages qui ne sont pas possibles aujourd’hui. Je me souviens des arguments des défenseurs du logiciel libre, il y a quelques années, qui défendaient Linux avec des arguments naïfs et trop rapides, qui pénalisaient involontairement leur cause, du type : "On peut faire tourner Linux avec un vieux PC" (en 1999, ils oubliaient de préciser qu’on devrait alors se contenter de la ligne de commande) et "Gimp, c’est Photoshop en logiciel libre" (alors qu’en 2008 l’excellent logiciel Gimp ne boxe pas dans la même catégorie que le logiciel d’Adobe). Je voudrais éviter le même syndrôme pour les grands lecteurs qui iraient à la Fnac sur la foi de quelques articles de presse faisant l’apologie d’une machine qui n’a sans doute même pas été testée dans les rédactions... Sachant que les grands lecteurs n’ont pas toujours un budget proportionnel à leur appétit de lecture...

Je suis d’accord sur un point : le livre est polymorphe, et aucune communauté d’usage ne peut prétendre détenir LA définition du livre. Cela ne disqualifie pas, pour autant, les usages de lecture spécialisée. J’ai essayé de lire des spécifications techniques avec le Reader. Le lecteur détruisait les tableaux techniques, au point de les rendre illisibles. Il me semble que la littérature technique que lisent les cadres dans les TGV est une des cibles majeures des liseuses. Cela ne concerne donc pas seulement les pratiques de recherche scientifique. Je voudrais également préciser que l’initiative des Echos montre qu’une des cibles privilégiées par les producteurs de liseuses sont les grands lecteurs de la presse. Là aussi, l’usage n’est pas de lire de la page 1 à la page 999, me semble-t-il, et les unités documentaires sont courtes, bien plus proches des contenus diffusés habituellement sur le web (billets, notices, articles) que des contenus publiés dans les livres de fiction.


7 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
18 novembre 2008 20:04, par Clément Laberge

@Marin : Je comprends que tu aies voulu « rompre le consensus » (je ne percevais rien de tel, mais soit). Ce que je trouve néanmoins déplorable, c’est que ton texte semble nier (ou minimiser) le fait qu’entre la situation actuelle du livre (imprimé) et celle désirée (du livrel parfait)... il y aura forcément de nombreuses étapes... plus ou moins satisfaisantes. Et plus encore qu’un regard puriste sur les outils/appareils actuellement disponibles, je pense que nous avons besoin de textes qui, tout en restant critiques, peuvent contribuer à donner envie d’expérimenter aux auteurs, aux éditeurs et à leurs partenaires dans l’écosystème du livre. Aux lecteurs aussi d’essayer autre chose que le papier...

Je crains parfois — peut-être à tort — qu’en choisissant d’adopter comme perspective « la révolution attendra un peu », on conforte certains acteurs importants dans le statu quo... et que cette perspective ne se transforme en prédiction auto-réalisatrice. Ce serait bien dommage.


8 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 05:22, par Hubert Guillaud

@Clément. Pas d’accord. Je pense qu’on se trompe profondément dans ce débat, en confondant l’objet et son support. Marin nous rappelle quelque chose de très important ici Clément, que les liseuses ne seront jamais le mode d’accès principal aux livres numériques - d’où son insistance à parler de texte plus que de livres d’ailleurs. Pour autant, nous le savons tous, le besoin d’accéder à des contenus sous formes numérique est criant. Mais cela ne signifie pas que nous les lirons sur des liseuses, ni même que nous les utiliserons pour les lire à l’écran, mais aussi pour en faire d’autres usages. Pour ma part, j’ai vu plusieurs fois des édditeurs et des distributeurs rassurés de se dire que tant qu’il n’y aura pas d’iPhone du livre, ils seront tranquilles. Beaucoup n’arrivent pas à se dire que le plus important n’est pas le support, la lecture, mais d’avoir un autre accès aux contenus des livres. En caricaturant, je dirais qu’on a besoin de livres électroniques mais pas pour les lire. ;-).


9 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 05:33, par Clément Laberge

@Hubert : curieusement, même si tu me dis que tu n’es pas d’accord avec la position que j’ai exprimée, j’approuve une bonne partie de ton argumentaire. Je n’ai pas de problème à dire aux éditeurs que les livrels ne sont pas extra aujourd’hui, ou même qu’il ne faut pas se focaliser sur les usages qu’il est actuellement possible de faire de ces appareils — et cela n’a jamais été la clé de voûte de mon discours. Néanmoins, j’estime qu’il est primordial d’éviter d’alimenter la perception que peuvent avoir certains éditeurs plus conservateurs (ils sont nombreux ; parfois avec raison) que « tant qu’il n’y aura pas d’iPhone du livre, ils seront tranquilles ». Nous sommes bien d’accord : il faut bouger maintenant et s’assurer de disposer (et de mettre à disposition) tous les textes sous forme numérique — et quelle que soit cette forme numérique (même un « bête pdf »), dans un premier temps.


10 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 06:31, par Hubert Guillaud

@Clément : Ah, je préfère qu’on soit d’accord ;-) ! Pour montrer aux éditeurs qu’ils ne seront pas tranquille, même s’il n’y a pas d’iPod du livre, il faut justement montrer d’autres usages que ceux permis par les seules liseuses... Et montrer surtout que, même sans liseuses, aujourd’hui, les usages des livres au format électronique sont massifs.


11 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 08:40, par Vincent Jacquet

@Clément : Il est pertinent de s’intéresser aux usages qu’il est possible de faire avec les différents appareils, car, si aucun n’est un substitut idéal du livre papier, certains sont plus adaptés à différents usages que d’autres, et, par conséquent, plus adaptés à certains types d’ouvrage que d’autres.

Quoi que l’on dise, le papier est supérieur au papier électronique en termes d’autonomie et de lisibilité. La capacité de stockage peut être un argument pour le papier électronique mais combien d’entre nous ont besoin d’emporter la totalité des Rougon Macquart en voyage ? A 3Mo le morceau de musique de 3mn, la capacité de stockage est importante, mais à 1Mo le livre qui se lit en plusieurs heures, est-ce si important ?

Pourtant, je pense que le papier électronique est adapté à la lecture de romans. Pourquoi ? Parce qu’il permet au lecteur de choisir la taille des caractères avec laquelle sa lecture est la plus confortable. En revanche, cela devient plus discutable pour les essais. Certains peuvent effectivement vouloir surligner des passages ou annoter des pages. Si cette tâche est prépondérante, n’est-il pas plus intéressant d’utiliser un PDA ou un tablet PC ?

Dans le cas de dictionnaire, qui est avant tout un outil, il faut d’abord pouvoir rechercher et afficher des articles rapidement. Un PDA ou un smartphone peuvent faire l’affaire. Une encyclopédie peut parfaitement se consulter sur un ordinateur car les articles sont suffisamment cours pour que la lecture à l’écran, si elle est adaptée, ne soit pas trop fatigante. Il en est de même pour les articles techniques et scientifiques, qui peuvent bénéficier de la recherche, de l’indexation, ainsi que du surlignage et de la prise de notes.

Le vrai danger, s’il y en a un, ne vient pas des critiques. Il viendrait plutôt d’un manque de critique qui ferait que les éditeurs, en ne connaissant ni les limites des liseuses pour lesquels ils proposent leurs contenus ni les nouveaux besoins de leurs lecteurs, gaspilleraient leur énergie dans une mauvaise direction et soient ainsi échaudés.

Il faut agir, expérimenter… et rester ouvert à toute critique pour améliorer l’offre.


12 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 05:44, par René Audet

« le livre est polymorphe, et aucune communauté d’usage ne peut prétendre détenir LA définition du livre »

@Marin : c’est justement en raison de cette affirmation (oubliée dans le texte de départ) que je me suis permis de réagir (avec la perspective d’une histoire du livre). Et c’est sans compter que le fait d’interroger les usages de la liseuse est d’abord et avant tout une prise en compte des pratiques de lecture... My 2 ¢ !


13 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 08:57, par Marin Dacos

@René : Merci pour ta contribution.

@Clément : Mon texte a un titre percutant, concernant la "révolution" car c’est bien révolution que parle Sony dans son discours marketing. C’est la raison pour laquelle j’ai reproduit l’image de leur site web "Reader revolution" avec cet homme qui tend son Reader comme un étendard politique, comme la figure de proue d’une foule en liesse participant à un événement révolutionnaire.

Sur le fond, je pense qu’il est urgent de produire des contenus adaptés aux machines existantes, avant de produire des machines nouvelles. Je me trompe peut-être !


14 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 10:59, par Virginie Clayssen

Vincent et René rappellent avec raison la nécessité de toujours parler "des livres" et non pas "du livre". Le numérique impacte bien différemment sur les différents types d’ouvrages. Des secteurs entiers de l’édition sont passés de façon assez discrète au numérique, en particulier l’édition professionnelle. Seulement, et c’est bien naturel, c’est au moment où le numérique commence à concerner la "littérature générale", c’est à dire le grand public, que les débats se font plus vifs. Quand on dit "livre", c’est à cela que l’on pense, aux romans, aux essais, aux pratiques de lecture partagées par le plus grand nombre. Et, de fait, c’est ce plus grand nombre qui décidera. Qui adoptera, ou pas, les liseuses. Qui appréciera ou non, massivement, la lecture sur un téléphone portable, un netbook, un MID. Qui indiquera par ses choix s’il est plus tenté par une liseuse connectée en 3G à une librairie en ligne ou si le fait de faire transiter ses livres numériques par son PC ne le dérange pas. Qui pourra décider aussi que ma foi, rien ne vaut un bon vieux livre imprimé. Il me semble que le rôle des éditeurs est de rendre disponible les œuvres de leurs auteurs auprès du plus grand nombre possible de lecteurs, et donc de prendre en compte toutes les attentes de ses lecteurs. Donc, en ce qui concerne le numérique, de les rendre accessibles dans toutes les formes requises pour mener à bien ce projet. Cela semble une évidence, mais cela nécessite pourtant un renouvellement en profondeur des pratiques des éditeurs, qui continuent à produire des livres imprimés, tout en mettant en place de nouveaux circuits de production pour les versions numériques de ces livres qui ne se créent pas d’un claquement de doigt, on a vu les débats sur la mise en page, la présentation, les problèmes posés à tous les étages - hardware, moteur d’affichage, formats. On sous estime généralement ce qui est présenté souvent comme un "simple portage" des livres imprimés vers les formats numériques. Rien n’est simple dans ce portage, et rien ne le sera, parce que les technologies évoluent sans cesse. Les éditeurs sont aussi très conscients du fait que le numérique va faire apparaître des objets éditoriaux radicalement nouveaux, et lorsqu’ils mettent en place progressivement comme ils sont nombreux à le faire, des chaînes éditoriales permettant la structuration, c’est bien pour permettre à certains de leurs ouvrages des "destins" que la forme imprimée leur interdisait jusqu’à présent. Qui peut croire un instant le message simpliste du lecteur miracle qui va révolutionner d’un coup de baguette magique le paysage éditorial ? Il y a encore bien du chemin à faire, mais je suis d’accord avec Clément pour dire que les choses se feront par étapes, et qu’il est assez peu utile de tirer à boulets rouges sur ce qui est tout à fait améliorable, mais vient cependant questionner des usages de lecture très profondément ancrés dans les habitudes. La généralisation de l’usage des PC et le web avait déjà bouleversé nos façons de lire, d’écrire, de nous informer et d’échanger ; les terminaux mobiles proposés pour la lecture, quels qu’ils soient, viennent questionner des usages plus intimes, plus personnels.. Personne ne peut prédire avec quels effets. C’est dans cette incertitude qu’il faut agir. Et c’est peut-être ça qui est le plus passionnant, plus que les controverses sans fin sur tel ou tel "killer device".


15 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 11:22, par Clément Laberge

« C’est dans cette incertitude qu’il faut agir. »

J’aime beaucoup cette phrase de Virginie. C’est l’espace qu’il faut cultiver avec les éditeurs. Maintenir l’incertitude sur la forme que prendra la suite — parce que c’est là qu’il est possible/nécessaire d’expérimenter. C’est dans ces conditions que le statu quo devient plus risqué que la mise en mouvement.

@Marin : je comprends que tu aies voulu réagir au discours de Sony. Mais je pense que c’est un piège de structurer notre discours autour de celui des marchands d’appareils — aussi caricatural puisse-t-il être. Restons sur les oeuvres (cela me semble plus sain que de parler de « contenus »), sur les pratiques et sur les usages, indépendamment des machines qui les matérialiseront éventuellement. Et restons curieux, et critiques ; là, tu as tout à fait raison.


16 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 12:32, par F Bon

et en attendant, on bosse

il y a des points de méthodologie vraiment bizarres dans l’approche de Marin, prendre les insuffisances de la gamme actuelle des appareils pour leur régler leur compte globalement, alors que non seulement ça bouge très vite, et que si on veut suivre il faut les pratiquer, y mettre les mains et du temps, mais que dans cette évolution les croisements s’inventent de façon non prédictible, tablette Mac avec la structure iPhone et semi rigide si ça débarque ce billet il fera pâlot, idem l’utilisation éventuelle d’écrans eInk sur mini portables

mais surtout, Marin se place hors de toute logique de contenus, sinon leur triste état commercial : la question de fond continue de m’apparaître : 1, développer des usages de lecture dense dans le numérique, parce que la bascule est irréversible, 2, que ce qui nous soude comme communauté, aussi bien question sciences humaines que littérature et tous lecteurs, c’est le fait même de lire, donc de disposer des textes, et l’édition papier prendra de moins en moins en charge ceux qui nous concernent le plus

et pour qui utilise les eReaders, suis sûr qu’à plus de 70% il s’agit soit de textes libres, soit de documents de travail

après, je dirais bien que si on prend comme ça un bousin payé par le boulot, et qu’on veut faire 3 manips pour voir comment ça marche, on risque pas de comprendre vraiment l’intérêt, c’est pas grave, Marin, on t’en veut pas

donc garde bien au chaud ton parpaing intellectuel, et nous on bidouilles nos petits softs pour entrer dans les machines

je tiens à ta disposition "la mer" de Michelet pour le Sony, on y navigue très vite et on peut lire au lit sans peine, et la version Sony d’un bel essai de Christophe Fiat sur Stephen King : soit on dit que la proposition numérisée actuelle est indigente, soit on retrousse les manches et on s’y colle - là je crois qu’on n’a pas pris le même chemin

l’encyclopédie et la cuisine (et même le dictionnaire : longtemps que chez moi je ne les consulte qu’en ligne, TLF, Littré, Furetière etc) c’est pas la peine : le Net est là et c’est là que la logique iPhone (ou Kindle) est plus radicalement porteuse, je crois savoir que les discussions internes chez Sony sur cloison étanche avec la téléphonie c’était pas consensuel

par contre, très grand merci pour tout ce que tu dis sur l’écriture à développer en fonction du numérique, et notion d’auteur pluriel etc


17 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 15:10, par Hubert Guillaud

Jugement bien hâtif François, j’en ai peur. Si je ne me trompe Revues.org travaille à sortir des contenus pour reader...

Quant aux sept caractéristiques que souligne Marin, elles ne semblent pas devoir être dépassées demain, même par le reader de la mort qui tue.


18 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
19 novembre 2008 21:31, par F

merci, Hubert, pour le hâtif mais la preuve que non c’est que j’ai attendu 2 jours pour réagir, tout ce que dit Marin est probablement vrai pour l’immédiat mais c’est statique et donc hors cible - je me retrouve beaucoup mieux dans l’approche de Virginie et Clément, et ce que dit Virginie pour la structuration des textes ça vaut de la même façon pour les textes exclusivement numériques - la question du lecteur de notre côté est assez secondaire en tant que support, mais l’idée de multi-support essentielle en tant que concept pour les "oeuvres", terminologie Clément, qui nous concernent - pour ça que pas trop l’intention perdre du temps à ce genre de discussion qui me semble faussée d’entrée – mais de mon côté jamais je n’irai protester parce que qqun trouve que son eReader ne lui convient pas, franchement y a aucune gravité là-dedans

je suis par contre entièrement d’accord avec les 4 "hypothèses" formulées par Marin en tête de son billet et lui suis reconnaissant de ce travail d’analyse et de formulation


19 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
20 novembre 2008 06:13, par piotrr

Bonjour,

je ne suis pas d’accord avec l’affirmation, partagée par les deux camps de cette discussion, selon laquelle la question du support est secondaire alors que c’est le texte numérique qui est important. L’écran d’ordinateur est adapté pour la lecture/écriture de textes courts, fragmentaires voire utilitaires. Si les liseuses ne progressent pas très vite sur quoi allons-nous lire les textes longs ? les textes-plaisir ? Je veux bien qu’on en reste au vieux papier, mais cela signifie que de tous les mediums, le texte sera le seul à rester irrémédiablement coupé en deux entre le monde numérique et le monde analogique. Je ne donne alors pas cher du développement des pratiques de lecture de ce type de textes les générations se renouvelant.

Par ailleurs, le texte de Marin peut se lire de deux manières : charge ou cahier des charges. Beaucoup l’ont lu comme une charge. Moi je le lis comme un cahier des charges. Je résume :

- amélioration de la rapidité du système
- amélioration du zoom
- index et moteur de recherche interne
- gestion des liens internes (et externes ?)
- possibilité d’annotation, de surlignage
- moins chers les livres !
- No DRM !
- moins cher le reader !
- avec des livres dedans (cf. les consoles de jeu)
- ouvert sur Internet et pas seulement les catalogues éditeurs

C’est sur ce cahier des charges qu’il faudrait éventuellement discuter sérieusement (des points à ajouter, à retrancher, quelles priorités ?)

Je retrouve avec dépit beaucoup des critiques que l’on adressait à la première génération d’e-books il y a 8 ans. Tout ce passe comme si une seule chose avait changé entre les deux époques : la technologie d’affichage. Par ailleurs, quand je vois le prix auquel sont vendus les nouveautés, DRMisées qui plus est et que j’entends des éditeurs répéter à l’envi qu’ils ont bien de la chance de pouvoir tirer les leçons de ce qui s’est passé sur le secteur musical, je crois rêver.

Editeurs et fabricants sont gâtés : ils viennent de se voir offrir gratuitement un retour utilisateur précis et détaillé par les bons soins de Blogo Numericus et du Centre pour l’Edition Electronique Ouverte. Ils peuvent zapper l’étape cabinet de consultants et investir l’argent économisé dans l’amélioration de leur offre.


20 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
20 novembre 2008 16:34, par anne

@piotrr : jetez votre cybook, achetez un Sony PRS-700 aux Etats-Unis, téléchargez vos livres sur le site de votre blibliothèque si vous êtes fauché, et déjà 50% de votre "cahier des charges" sera rempli ! Pour le reste (la connexion à internet et la gestion des liens, et les DRM), il faudra attendre quelques années. Et d’ici là il y aura la couleur, une profonde modification de la chaîne de diffusion des livres numériques, et vous rigolerez bien en relisant vos commentaires de l’époque.


21 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
21 novembre 2008 06:25, par F

en accord, Piotrr, et avec tout ça on avance, Marin en conviendra aussi j’espère !

après 8h d’avion côte à côte avec Bruno Rives hier aprem on a eu le temps de rebrasser

et ce n’est pas le PRS-700 qui règlera tout (la surface tactile enlève du contraste, même si elle permet annotation et recherche)

je crois plutôt qu’il nous faut laisser aux e-zoublietttes là où Hubert nous pousse à aller, l’idée de la "révolution" (non, c’est une suite de micro-changements tous azimuts, et longtemps que le Net nous habitue à cette façon de penser) ou du "reader qui tue", pour l’instant y en a qu’un c’est le livre papier, mais justement : urgence de tous les côtés, parce que c’est via le numérique que nous avons à en rebâtir les fonctions, du plus matériel (annoter surligner corner) au plus symbolique (le partage, la transmission, l’étude, le poème)

alors on manipule tous nos ergonomies écran, nos bidouillages iPhone, oui pour ma part je confirme qu’après 5 mois la Sony est d’usage quotidien, en ce moment me relis la Correspondance de Flaubert via mise en forme typo de la version html proposée par l’univ de Rouen, ma vieille et bonne édition du Club de l’Honnête Homme je ne la regrette pas, malgré la bonne odeur cuir et le grain des pages, je découvre autre chose, une autre proximité du texte

mais ce que je ne veux pas, au nom de tout ce qui nous rapproche, et – pour moi – de la dette à la communauté "homo-numericus" qu’on laisse cette question globale sur les usages de lecture s’ancrer sur l’état actuel des machines : ce n’est pas opposer support et oeuvres, c’est entrer dans une logique où les 2 sont médiation de l’autre, mais où évidemment l’état actuel des liseuses ça ressemble à mon 1er PowerBook PB 145 de 1993 (45 Mo de disque dur, je l’avais appelé "ocean") par rapport à ce MacBook que je viens de connecter depuis la chambre d’hôtel Montréal, et pourtant je pourrais bien être en rogne de ce que le précédent m’a explosé sa carte-mère il y a 3 jours sans prévenir après seulement 15 mois d’usage (intensif)

donc bien sûr en accord sur le cahier des charges, bien sûr encore plus d’accord sur le no-drm, bien sûr d’accord sur construire les livres - me réjouis de savoir, alors que la plupart des BU proposent juste Acrobat Reader pour le feuilletage, et en l’état actuel, que je continue de trouver scandaleux, de Digital Editions, des courageux bossent sur des feuilletoirs à annotation et reconnaissance du lecteur, et bien sûr, encore plus, pour ce qui s’ouvre à nous d’exploration via l’association de la "lecture-terminal", avec ce que ça exige de typo, de préparation, de temps lecture lent, et la lecture flux, la porosité constante lecture-écran et ressources web (oui, lire la Correspondance de Flaubert sur la Sony m’induit à prolonger sur le site via manuscrits et autres ressources, ou recherches intra-textuelles dans la totalité de la Correspondance, mais je ne saurais pas la lire continûment en html...)

alors, je retire les expressions polémiques, si Marin veut bien repeindre en bleu son "parpaing intellectuel", parce que là ça exagère aussi : je me sers constamment de la Sony en lecture publique, je n’ai jamais eu de pb de temps pour la "tourne" (en plus, elle se fait d’un doigt), et pour la lecture de mon Flaubert, c’est pas plus que le temps de tourne du livre papier

et évidemment, question prospective, qu’à l’horizon éco-techno de 2 ans tout ça va encore valser, probablement le reader à moins de 100 euros, renvoi à la discussion "grille-pain" chez teXtes le mois dernier : mon Mac enregistre, mon appareil photo enregistre, mais ça ne m’empêche pas, là pour le Salon de Montréal, d’avoir apporté le HandyZoom enregistreur dédié, et sans doute de même pour la lecture – la Sony ne remplace pas l’ordi, ni n’équivaut à l’ordi, mais elle me permet d’embarquer des "livres"

inversement, mes 2 achats de la semaine dernière : nouvelle trad de Don Quichotte en Pochothèque et biographie de St John Perse, j’aurais été prêt à les acheter en version numérique, si on me l’avait proposé, et dans des conditions que j’estime viables, ce qui n’est pas le cas dans l’offre actuelle

et quel plaisir, à l’inverse, d’explorer les surgissements d’images, les navigations intra-textes (nemolivier vient de nous créer - texte sous droits, pour amateurs only – un "Mal vu mal dit" de Beckett superposé à un commentaire IMEC, juste avec petits aller-retours poussoir...), si je suis long ici c’est que c’est trop passionnant, alors on n’avait pas besoin forcément de la douche froide

et tellement, tellement de questions à réouvrir ou prolonger ensemble, par exemple en ce moment pour moi la façon dont l’iTouch ravive le plaisir de l’écriture fiction brève, mais organiquement liée à images et son etc etc...

désolé d’avoir été long (mais là pendant 3 jours on va échanger là-dessus avec ceux de la Belle Province)

quelque chose bascule : on a la chance d’appréhender cette bascule de l’intérieur et en temps réel, alors go


22 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
21 novembre 2008 12:18, par Virginie Clayssen

Bravo Piotrr pour ce distingo "à charge" - "cahier des charges"

Faire un peu de classement ?

- amélioration de la rapidité du système oui, oui, oui : le plus désagréable, le temps trop long au moment de la mise en route. pour la tourne des pages, on s’habitue très vite à anticiper, c’est gênant, mais pas très longtemps.

- amélioration du zoom

ça dépend des liseuses : sur ce plan, la Cybook de Bookeen est supérieure à la Sony

- index et moteur de recherche interne
- possibilité d’annotation, de surlignage

je ne suis pas sûre que ces fonctionnalités (fort utiles pour bien des lectures) soit prioritaire pour une grande majorité de lecteurs. Mais pour tous les autres, ça va venir.

- gestion des liens internes (et externes ?)

externes : ça veut dire une liseuse connectée. une liseuse connectée, ça veut dire un accord entre un fabricant et un opérateur télécom. ça va surement venir.

-moins cher le reader !

ça va baisser, c’est sûr. Je me souviens que j’ai acheté mon premier mac quelque chose comme l’équivalent en francs de 3000 euros : un minuscule écran noir et blanc, pas de disque dur, le système sur une disquette, les applications sur une autre...

- ouvert sur Internet et pas seulement les catalogues éditeurs

les liseuses lisent déjà quantité de formats, le Kindle permet de lire des blogs et des journaux (oui, je sais, via Amazon...) la liseuse parfaite pour surfer sur le web, ce ne sera plus une liseuse, mais un netbook ou un MID

- moins chers les livres !

Combien moins cher ? Ne pas oublier la TVA à 19,6% au lieu de 5,5% : à prix public égal, le prix hors taxe est déjà mécaniquement plus bas. Baissons encore un peu le prix parce que "c’est du numérique". Baissons-le encore de combien ? Où se niche la valeur ? Dans la bonne odeur de l’encre ? Dans le doux bruit du papier ? Dans l’expérience de lecture proposée ? C’est une vraie question.

- No DRM !

D’accord, mais malheureusemet, cela ne pourra pas se faire immédiatement. On va commencer avec. Sinon, impossible d’obtenir les droits numériques de nombreux auteurs. Et de nombreux éditeurs, mais pas tous, pensent encore que c’est un rempart indispensable contre le piratage. Il faudra du temps.

- avec des livres dedans (cf. les consoles de jeu)

D’accord aussi. Ça viendra aussi. Il faut que se mettent en place des pratiques commerciales nouvelles, et cela prend du temps, tout est à inventer, en train de s’inventer.

Patience, chers consultants. Et merci pour le cahier des charges, on transmettra..


23 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
22 novembre 2008 03:54, par Alain Pierrot

No DRM !

Argumentation de Peter Brantley contre les mesures techniques de protection (DRM) et commentaires.

Une remarque originale de Michael Jensens (The National Academies) :

Publishers need to shift from thinking of every publication as a product, to publication as a process — every book is an advertisement for itself, and for other related books in the publisher’s fold. In that context, piracy and sharing is viral marketing.

[Les éditeurs doivent cesser de penser chaque publication comme un produit et se mettre à considérer la publication comme un processus — chaque livre est sa propre publicité, et de la publicité pour les autres livres du même genre dans le fonds de l’éditeur. Dans ce contexte, le piratage et le partage sont du marketing viral.]

Un conseil pour sortir du modèle de gestion du "compte ouvrage" et pour une consolidation des collections et de l’activité totale de l’éditeur. Pas facile de remettre en cause les structures de gestion utilisées pour la prise de décision d’éditer ou pas (d’autant que les auteurs individuels peuvent être réticents à faire la publicité de [trop de] leurs confrères), mais, somme toute, c’est bien ce genre de consolidation qui justifie les concentrations industrielles des maisons et groupes d’édition.


24 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
23 novembre 2008 05:24, par xong

>Peu commode, défigurant souvent le texte, le zoom est la fonction la plus décevante du Sony Reader. c’est tout de même mieux avec les derniers firmwares ( >= 1.1... ). [ enfin, c’est mieux pour la littérature et pire pour les textes techniques qui sont démontés. ]

Sinon je crois que beaucoup de monde est d’accord sur un point : c’est déjà très bon pour la littérature (romans, essais, poésie, nouvelles, traités, ..) mais c’est quasi-inutilisable pour les textes plus techniques. ( papiers scientifiques, livres maths/physique/info/.., manuels et rapports divers, ... ) et les journaux (mais il faudrait aussi que les éditeurs s’adaptent un peu..) Le pdf est déjà un problème tout seul, mais le traitement des pdfs par le Sony est vraiment très mauvais.

Enfin annoter/rechercher/etc. serait tout de même très agréable pour l’utilisation littéraire (les citations...), et ils l’ont compris, suffit de regarder le 700..

Pour le connectivité web et la lecture facile du web, ça manque évidemment.. d’un autre coté c’est un choix très raisonnable pour l’instant : l’écran nvg imposerait une mode limité, nous disposons de biens meilleurs supports, et franchement je n’aurai pas envie de payer encore un abonnement pour avoir le net dessus.

Pour l’instant ça me permet de lire des milliers d’œuvres classiques sans rajouter aux prix initial, et j’en suis déjà très content. Mais comme étudiant en science j’adorerai pouvoir lire tous mes cours et livres dessus. ça viendra. Ce n’est qu’un début, et donc c’est vrai qu’il y a un coté early-adopters béats/passionnés.


25 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
25 novembre 2008 02:52, par Bruno Rives

@ Marin Dacos "Sur le fond, je pense qu’il est urgent de produire des contenus adaptés aux machines existantes, avant de produire des machines nouvelles. Je me trompe peut-être !" Oui, je pense que vous vous trompez, du moins en ce qui concerne les dispositifs à base d’encre électronique. L’alchimie du livre électronique, comme cela arrive pour toute rupture de média, se fera par l’avancée simultanée du travail des créateurs et la mise au point des outils qui leur conviennent. La grosse erreur que toutes les tentatives démontrent, c’est de vouloir faire rentrer dans des readers ou des formats dégradés génériques toute la diversité du livre, de la presse, des magazines et des futures générations de contenus.


26 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
26 novembre 2008 00:17, par Marin

@Bruno Rives : Je suis bien d’accord. Les innovations ne jaillissent pas sans un long processus de rebond entre diverses instances. Quand je parle de machines nouvelles, je veux en fait parler de la focalisation exclusive sur l’objet nouveau. En revanche, que des dispositifs nouveaux émergent est évident, sous forme de rupture ou de transition plus douce, qui associeront quoi qu’il arrive du contenu, de la structure de contenu, du logiciel ainsi que du matériel.


27 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
29 novembre 2008 21:44, par FB

@ marin : c’est bien de l’entendre dire, et ça aurait été un meilleur point de départ !


28 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
1 décembre 2008 06:50, par X

Bonjour, ll y a un appareil qui permet de lire des e-books sous tout format, d’être connecté, de faire du traitement de texte, de consulter des albums photos, etc..., ç’est tout simplement un ordinateur portable. Pour le prix d’une liseuse on peut avoir des modèles classiques ou des mini-ordis à écran de 7 ou 9 pouces. Avec ça vous pouvez naviguer sur tous les sites de ventes de livres à télécharger, payants ou gratuits, et pour les bouquins en format pdf, vous pouvez les annoter, faire des marques pages etc... avec un lecteur de pdf gratuit et complet comme Foxit reader par exemple. La liseuse de l’avenir, c’est l’ordi portable ! Cordialement Manu


29 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
9 décembre 2008 05:35, par X

j’ai acheté le Ereader Sony uniquement pour lire les livres proposés par Gallica. Il y a, disponibles, une foule de livres que je n’ai jamais pu lire, faute de temps. Il a fallu tatônner pour pouvoir les lire mais maintenant, je suis à peu près satisfait. Pour supprimer les marges si gênantes de leurs fichiers pdf, j’utilise PDFill PDF tools, qui est gratuit et qui permet entre autres de couper des pages et de supprmer les marges. Auparavent je lisais les fichier Gallica sur mon Palm, mais avec beaucoup de fatigue visuelle. La solution Sony me convient très bien, et je peux lire 2 à 3 heures d’affilé, mes meilleurs bouquins anciens. En ce qui concerne la FNAC, je dois vous avouer que je trouve surprenante leur approche commerciale : le PRS est souvent présenté dans un coin, personne ne sait le faire fonctionner et il a fallu que je démonte l’appareil de présentation (à l’insu de tous les vendeurs !) pour essayer un fichier pdf de Gallica sur une carte SD. On pourrait penser qu’ils préfèrent ne pas le vendre ! Amicalement.


30 Livre numérique : la révolution attendra encore un peu
5 août 2009 06:30, par Hubert Guillaud

Les recommandations de Couperin pour le livre électronique me semblent prolonger celles de Marin : http://www.couperin.org/spip.php?ar...


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